LETTRE DE M. ARCEUN A M. VALENTIN-SMITH
Màcon, le ; avril 1868.
Moxs[ei:r,
Voulez-vous me permeiire, saas atiendre votre retour, de vous coramuniquer quelques laits nouveaux ie rattachant à I3 question de Saint- BarnarJ. Comme vous pourrez avoir l'occasion de vous entretenir de ce sujet, soit avec M. de Mortillet, soit avec d'autres confrères en archéologie, j'ai pensé qu'il ne serait peut-être pas inutile de mettre, sans plus tarder, quelques élifments de plus ù votre disposition.
Je sub ollii, avant-hier, passer la journée tout entière i explorer les environs de Sainc-Bnrnard et de Trévoux, et je me suis appliqué tout particulièrement h scruter Us berges de la Saûiic entre Kioiiiers et Saint-Barnard, dans l'espoir qu'elles me leraieni d'utiles révélations. Comme je m'y attendais, elles m'ont présenté, régulièrement enfouies dans le limon des alluvions de la rivière, des stations humaines bien caractérisées, et qu'il est impossible de ne pas assimiler aux stations et aux sépultures du plateau de Saini-Bamard.
J'ai trouvé li, dans la berge qui confine la prairie d'Anse, tous les niveaux de toutes les couches que j'ai déjà observées de tous les points de la rivière.
A savoir : 1° la couche romaine à un mètre ou ibijo de profondeur; V la couche de l'âge de bronze, bien caractérisée par des poteries identiques A celles de tous nos gisements et identiques ausù aux poteries de Saint-Barnard que je rapporte à l'Sge de bronze ; cette couclie est X euvirot) i°>;o de profondeur ; 3° Entre les couches romaines et les coudies du bronze des stations avec poteriis grises i bandelettes, bien cuites, faites au tour, que j'attribuais 1 l'âge du fer, et où je viens, en effet, d'être assez heureux pour retrouver uue broche de ce métal ; ce qui coudrme pleinement mes premières conclusions basées sur ces niveaux relatifs. — J'ai remarqué que la décoration en bandelettes, très fréquente dans le voisinage du niveau romain, diminue et disparaît k mesure qu'on se rapproche du niveau du bronze; 40 enfin, 1 i>i<,76
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132 FOUILLES DAXS LA VALLÉE DU FORMANS
et à i'°,98 des stations dont les poteries sont d'aspect franchemeat néolithique, mais où je n'ai pas trouvé de silex et qui [>ouvaient bien appartenir déji à la base de i'ige de bronze.
Vous voyez donc. Monsieur, que dans le cas ofi des termes de comparaison, dont je me suis servi pour classer les sépultures de Saint-Batnard, auraient pu être rejeiés, sous prétexte que je les empruntais i des lieux très éloignés de Trévous, il est impossible de les contester maintenant, puisque les choses se sont passées à Salnt-Bamard et â Bîotliers comme ailleurs.
Un point essentiel serait de savoir si les beaux vases entiers, découverts sur le plateau des Bruyi-res de Saint-Barnard, envoyés i Saint- Germain, i l'époque des fouilles, se rattachent au type du bronze ou au type du fer ; parce que s'ils se raiiadicnt au dernier type, nous aurions eu i Saiiit-Barnard des sépultures du premier âge du fer par incinération et par inhumation. Je souhaite bien vivement que vous puissiez vous assurer du fjjt, en examinant les vases et en les comparant avec nos poteries.
Enfin, Monsieur, j'^i communiqué mes dessins et mes conclusions à M. Desor, de Neufcliitel, qui est mieux que personne A même d'éclairer une question où les Helvètes sont en jeu, M. Desor me répond que, pour lui, les sépultures de Salnt-BamarJ appartiennent, sans héïiration, les unes à l'^ge de bronze (et peut-être à la pierre polie), les autres, au premier âge du fer.
Ces dernières, les plus modernes, sont absolument du temps des tombelles d'Alaise, du cimetière d'Ha'lstatt et des Higelgraeber de l'Allemagne occidentalej c'est-à-dire antérieures, d'après M. Moilot, d'au moins cinq siècles avant notre ère. Le jugement de M. Desor est d'autant plus important, qu'il termine en ce moment un grand travail de généralisation sur le premier âge du fer.
J'ai rendu visite aussi à la poype de Riottiers, dont )'ai minuiieuscment examiné tous les débris.
Les plus vieilles poteries que j'y ai recueillies sont des poteries giises i bandelettes, celles que je rapporte à l'âge de kt gaulob ; je ne pense pas qu'on soit autorisé à l.iire remonter plus haut l'érection de cette poype. — Il est d'ailleur: ù remarquer que la plupart des poypes de la Bresse ont donné des indices du premier âge du fer.
Je suis allé également visiter un lieu que vous m'avex signalé et qui
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est des plus intéressants, c'est Montiniy. Là encore, la povf e ce fournit rien de plus ancien que l'époque gauloise du fer.
Je me propose d'y faire prochainement des fouilSes, pour tâcher de retrouver quelques crânes à esamincr. A défaut de crâne, vous avez déjà une mâchoire qui pourrait, je pense, fournir des conclusions. — Il y a eu évidemment là un grand fait militaire ; tout le terrain environnant la poype est rempli de corps ensevelis simplement i une petite profondeur dans le sol. Qjie s'est-il passé là i Des fouilles nous l'apprend roni-ell es?
Enfin, Monsieur, permettez -moi d'appeler votre attention sur une sorte de monuments, qui me paraissent très curieux, et dont j'avais jusqu'à présent oublié de vous parler, mais qui n'ont certainement pas édiappé à vos observations. Je veux parler d'aires brûlées, traces d'andcns foyers dont tout le territoire de la Bresse et des Dombes est littélalement couvert, et qui apparaissent surtout dans les berges des chemins creu» qui les ont coupés (i). Les paysans prétendent que ce sont d'anciens fours. Je viens d'en explorer plusieurs ; le résultat de mes fouilles est très peu concluant et tr^s obscur.
Les seuls objets recueillis sont : un frontal de bceuf, un pariltal de crâne humain, des cendres, des charbons, des noix calcinées, mais jusqu'à présent ni poteries, ni briques, ni rien de caractéristique. Nous avons évidemment affaire à des fo}-ers très anciens 0(1 l'on a cuit U[i peu de tout ; peut-être sont-ce les foyers d'anciennes huttes, d'anciennes cabanes des primitifs habitants de la Gaule; ils sont généralement circulaires, quelquefois très grands (g à 10 mètres de diamètre), et généralement creusés à i^ijo ou même 21» au-dessous du sol (3j. Mais je m'aperçois que je perds mon temps à vous donner des détails que vous connaisse! sans doute depuis longtemps et sur lesquels vous pouvei, je l'espère, m'éclairer.
Je vous remercie, Monsieur, d'avoir bien voulu vous charger de mon Mémoire et de l'avoir communiqué à M. de Mortîllet. Il m'écrit qu'il est en liaio d'examiner la question avec vous.
J'apprendrai avec le plus extrême intérêt les concluions que vous formulerez pièces en mains.
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134 FOUILLES DAKS LA VALLÉE DU FORMANS
Veuillez, en attendint, je vous prie, Monsieur, agréer de n l'expression des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'tne votre très humble et très dévoué serviteur.
Ad. Arceuk.
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LETTRE DE M. CASTAN A M. VA LENTIN- SMITH (i)
II mai iS68.
Monsieur,
Je vous demande mille excuses d'avoir tant lardé à vous retourner le recueil archéologique que vous m'avez obligeamment communiqué; mais je tenais à le lire, et le temps me faisait toujours défaut, puisque la cause de ces empêchements interminables était cette distinction que vous avez contribué à me valoir.
J'ai pu enfin prendre cocnùssance des lettres et de la note de M. Arcclin, et je m'y suis vivement intéressé.
L'idée d'explorer les couches d'alluviou des berges de la Saône est e.iiièmement heureuse et peut être très féconde. Il ne s'agit pour cela que de fouiller avec beaucoup de précautions) de répéter nombre de fois des sondages analogues, de n'attribuer à une couche que les objets que l'on en a euraits soi-même avec les doigts, comme l'on dégage le minerai de sa gangue. On ne saurait trop se défier de la facilité avec laquelle les objets quelque peu denses coulent de haut en bas dans les terrains mal si ratifiés.
Je ne me défierais pas moins des formules amphigouriques de la classification du Musée de Saint- Germain- Tout le vocabulaire date d'une époque où la science des antiquités celtiques commençait à poindre, et il est le fait de gens qui ont voulu conclure avant d'avoir observé. La doarine dont il est l'expression est une chose bdc'.ée et qui se démolira i mesure qu'avancera la science. Elle repose sur le principe
(ij Voir page jC] du numiro ; de U Eifiu du Lpni
essent tellement faux pour des périodes oCi l'on n'a pu que prociïder par tâtonnements, de la brusque iatroduaion d'un élément nouveau qui aurait, du jour au lendemain, opéré un changement i vue dans les décors de la scène du monde. It est prouvé, cependant, que le fer se détruit infiniment plus vite que le bronze : noire Gaule avait dans son sol les matériaux du premier de ces métaux, tandis qu'elle a dû tirer de contrées lointaines l'un des deux éléments du second ; tout me porte i croire qu'elle a utilisé d'abord ce que les gisements indigènes lui fournissaient, et la plus rapide oxydation du iêr expliquerait, scion moi, pourquoi on n'en trouve plus de traces dans des couches où il a sans doute existé concurremment avec le brome.
Je crains que le souci de M. Arcelin de faire cadrer ses résultats avec les doctrines devenues otSdelles n'ait un peu nui i la netteté de ses observations.
Quant aux fouilles des luntiili, M. Arcelin ne me paraît pas avcnr suffisamment tenu compte de l'habitude qu'avaient les Galîo-Romains du premier âge de pratiquer des dépAis d'incinération dans l'épidémie des tombelles de l'époque antérieure.
Nous avons été les premiers i constater cette coutume, et l'on ne saurait trop y prendre garde dans la démolition des linnuli où l'on avait vu avant nous de l'amalgame; il y a lieu à présent de reconnaître deu:i couclies distinctes résultant d'une superposition.
Malgré ces réserves, j'ai beaucoup proiîté de votre gracieuse communication, je vous eu remercie et vous prie de croire; Monsieur, aux sentiments de profond respect et de vive gratitude de votre tout dévoué
A. Castan,
P. S. Je remets à la poste votre intéressant cahier. Dès que j'aurai quelques heures à moi, je réunirai à vi des spéùniens de nos poteries et vous les cxpéUierai à Trévoux.
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