EN
(.N i86r. Napoléon III, qui avait déjà fort ^ avancé son étude sur la vie de Jules César, ^ commencée en 1858, voulut s'éclairer sur fj le lieu où les Helvètes avaient été défaits 5 au passage de la Saône, Pour cela, il exprima le désir que des recherches fussent opérées dans le but de constater ce fait par l'archéologie, s'il était possible.
Pour des raisons que j'ai eu l'occasion d'exposer dans un autre travail, l'Empereur, ne voulant plus s'adresser à la Commission de la carte des Gaules en cette circonstance, chargea le Ministre des Travaux publics, M. Rouher (i).
(i) Rouher (Eugène}, né à Rîoin, (Puy-de-Dôme), le 10 novembre 1814, nommé au Ministf^e de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics eniS;j, et, le ij juin 186], Ministre pràidant le Conseil d'Ëut; mon le ] février 1884.
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2 FOUILLES DANS LA VALLiE DU FORMANS
de faire opérer des fouilles dans la Saône, par les ingénieurs, et lui écrivit, à cet effet, une lettre le t" décembre 1861.
M. Rouher donna, en conséquence, des ordres à M. de Franqueville (2), directeur général des Ponts-et-Chaussèes, et celui-ci, dès le 2 décembre, adressa à M.ThioUière, ingénieur en chef du service de la Saône à Chalon, une lettre (Pièces justificatives, n" l), par laquelle, lui transmettant les ordres du Ministre, il lui exposait les deux systèmes émis au sujet de l'événement qu'il s'agissait de vérifier. « Est-ce à Mâcon, disait-il, comme le pensent quelques personnes (allusion à M. de Saulcy), ou vers Trévoux, comme le disent d'autres savants, tels que Gceler, colonel de l'armée badoise ? »
L'Empereur penchait évidemment pour cette dernière hypothèse, car suivant les termes de M. de Franqueville, il « désirait que, sur ce point,... on fit des dragues dans la Saône, afin de chercher si l'on ne trouverait pas dans le fond de la rivière quelques armes ou quelques indices qui éclairciroient la question, n
Ce ne fut pas sans un certain émoi que M. Thiollière reçut cène mission quelque peu en dehors de ses attributions habituelles. Il transmit d'abord immédiatement la lettre administrative à M. Cadot, ingénieur ordinaire de la Saône, en résidence à Mâcon ; et, en même temps, le 3, il adressait à M. de Franqueville deux lettres, l'une par laquelle il lui faisait pan de son embarras et lui demandait la marche i suivre; la seconde lui annonçant qu'il venait de faire
(ï) Franqueville (Alfred-Charles-Emest Franquet de), né i Cherbourg, le 9 mai 1809, coaseiller d'Etat, nommé, en 18^5, directeur général des Ponts-et-Cliaussées; mort i Aix-les-Bains, le 20 août 187}.
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jouer une drague qu'il se proposait de porter à Maçon, suivant les indications fournies par M. de Saulcy dans son étude sur les campagnes de Jules-César (3).
Le S, M. de Franqueville lui répondait (P. J., 2), en le priant, au nom du Ministre, de continuer les travaux et d'en rendre un compte fréquent. Il l'engageait également à se mettre en rapport avec moi. Cette invitation venait de l'initiative personnelle de M. Rouher, avec lequel j'étais paniculièrement lié et qui avait connaissance de mes études archéologiques.
M. ThioUiére s*empressa de se conformer à ce désir et m'écrivit le 6, pour s'entendre avec moi à ce sujet et me demander une note sur le pays et sur la manière dont les recherches devaient être conduites (P. J., 3). Ma réponse (P. J., 4) renfermât un exposé sommaire des divers systèmes émis au sujet de la marche de César et de sa rencontre avec l'arrière-garde des Helvètes au passage de la Saône ; rejetant la théorie de M. de Saulcy que j'avab autrefois admise (4), j'émettais cette opinion que des fouilles dans la Saône ne produiraient rien, cène rivière ayant été déjà draguée dans le lieu désigné, et ce que l'on en avait retiré ayant été dispersé entre différentes mains. J'insistai spécialement sur la nécessité de rechercher d'abord les routes gallo-romaines superposées aux routes celtiques, et je finissais 'en signalant, comme un précieux auxiliaire, M. Guigue, qui déjà s'adonnait aux études archéologiques avec l'intelligente ardeur dont il n'a depuis cessé de faire preuve.
(3} Guerre dts Helvitts, première campagiu ât Cisar dans Ui Gaula. in-80, Paris, 1860, pp. 39, 41 et 44.
{ii Mtmograi^ù de la Saine, Lyon, iSsi, in-S*, p. j6.
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Entre temps, M. Vaïsse, préfet du Rhône, avàt luî-mème tiè invité, par une lettre du Ministre de l'Intërieur, h fournir à MM. les ingénieurs de la Saône tous les documents qu'il pourrait leur procurer et it leur faciliter, autant que possible, les moyens d'élucider la question du passage des Helvètes sur la Saône.
Dans ce but, M. Vaïsse mit MM. Ttiiolliëre et Cadot en rapport avec M. Martin-Daussigny, conservateur du Musée des Antiques du Palais Saint-Pierre et des Musées du département du Rhône. Des conférences, auxquelles je panicipais au titre officiel de vice-président du comité d'histoire et d'archéologie de l'Académie de Lyon, eurent lieu entre M. Martin-Daussigny et les ingénieurs. De ces conférences préalables sonirent les conclusions préliminaires suivantes :
César arrivant d'Ocelom à Vienne, se transporta de cette ville non loin du confluent du Rhône et de la Saône, traversa le Rhône probablement vers la Pape et posa son camp à peu prés vers Sathonay, passant ainsi des Allobroges chez les Ségusiaves qui occupaient en ce point un territoire sur la rive gauche de la Saône, suivant l'usage des Gau* lois d'avoir toujours quelques possessions sur les deux rives d'un fleuve : ab AUobrogibus in Seguiiavos exercilum ducil ; . ht suttt extra Provinàam tram Shodanum primi (César, I, lo) .
Si César avait posé son camp à Sathonay, comme il était parti vers le 8 juin, à la troisième veille, c'est<à-dire entre minuit et trois heures du matin, pour attaquer les Helvètes, qu'il surprit en désordre et défit, il en résultait que la bauillc avait dû se livrer entre Trévoux et Villcfranche, sur les bords de la Saône: De terliavigiliacumlegionibus tribus i castris profedus, ad eam partent pervertit qtue nunàum fiumm tramierat. Et impeditos et inopinanies aggressus, etc. (I, 12).
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On avait d'abord pensé que le camp de César avait pu être porté à Trévoux, et la bataille livrée à Montmerle. Cette opinion ne tarda pas à être abandonnée par cette raison que Trévoux étant situé entre deux Ambérieux, Arabérieux d'Anse et Ambérieux en Dombes, devait nécessairement appartenir aux Amharres, et qii'il résulte positivement du texte de César qu'il avait posé son camp chez les Ségusiaves, et dès lors non à Trévoux, qui faisait partie des Ambarres. Ab AUobrogibus m S^usiavos exercilum duàt
Cette appréciation était conforme à Topinion du colonel de Goeler, qui avait placé la défaite des Tigurins entre Trévoux et Vi]lefranche(5) et justifiait cette position.
L'opinion de M. de Saulcy (6) qui plaçait cette défaite au-dessus de Mâcon (7), n'étant pas admise par nous, il fut arrêté que le draguage de la Saône serait porté au-dessus de Trévoux. Mais, en même temps et comme je l'avais écrit moi-même à M. ThioUière, M. Martin-Daussigny faisait observer que le dragage de la Saône ne pourrait amener aucun résultat.
Il insistait doncpour que des fouilles fussent faites sur les berges de la rivière, entre Trévoux et Montmerle, MM. les ingénieurs répliquaient qu'ils ne pouvaient adopter cette proposition ; que leur seule mission et leur seule compétence était de faire opérer des dragages et qu'ils ne pouvaient pas aller au-delà.
(5) Casar's Gaïlischtr Krieg l'n den lahren fS bis S} vor ChriUus; Stntigan, 1858, in-8, pp. is-16.
(6) Saulcy (Louis- Félicien-Joseph Caignard de), né A Lille, le 9 mus 1807, membre de l'Itutitui ea 1845, sén&teur le 16 novembre 1859 ; mon i Paris, le 4 novembre \88o.
(7) La gutrrt ia He!tiiles,elc., io-8', Paris, 1860, p. JJ, 41, 44.
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L'Empereur avait affecté k ces dragages vingt-cinq mille francs sur sa cassette, et si MM. les ingénieurs tenaient à faire quel<^ues découvertes répondant au désir du Souverain, ils n'avaient pas moins fort à cceur d'utiliser la somme, dont ils avaient l'emploi, au dragage de la Saône, là où, dans l'intérêt de la navigation, la drague n'avait pu, jusquelà, être portée.
Enfin, le 13 décembre eut lieu, conformément aux intentions exprimées par M. Vaïsse, une séance du Comité d'histoire et d'archéologie de l'Académie de Lyon, auquel j'assistais en qualité de vice-président (7) en même temps que MM. les ingénieurs avec lesquels on avait à s'entendre.
Dans cette séance, M. Marti n-Daussigny, faisant observer qu'en qualité de conservateur des Musées archéologiques, il avait été invité à fournir tous les renseignements nécessaires à MM. les ingénieurs chargés d'opérer les recherches ordonnées par l'Empereur. Il insista de nouveau sur la nécessité de pratiquer des fouilles sur les berges de la Saône. A son avis, il devait exister encore quelques armes et des ossements dans les terrains sur lesquels s'est livrée la bataille, et ce n'était pas par le dragage de la Saône qu'on pouvait espérer les trouver. En conséquence, il déclarait qu'il lui semblait indispensable, pour la solution de cette question, de faire des fouilles et de pratiquer des tranchées sur les points qui paraissaient promettre un résultat; par exemple, entre Trévoux et Montmerle (8).
(8) Le vice-président du Comité en était le président efTectif ; mats ce corps, dépendant de l'Académie, avait naturelleniem pour préudent en litre celui de cette Société.
(9) Voit le procès-verbal delà séance du ij décembre 1862, dressé par le Comité d'histoire et d'archéologie de l'Académie de Lyon. — Lyon, ]86î,in-8'.,p. 2i8desJMMDiwde cette Académie et p.^ de VExtraif,
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