RÉPONSE DE M. VA LEN TIN-SMITH A M. THIOLLIÈRE
INGÉNIEUR EK CHEF DE LA SA6^JR, A ChALON
Lyon, 9 décembre 1861.
Monsieur,
Je m'empresse de me mettre i votre disposition pour tout ce qui sera en mon pouvoir au sujet de la mission dont le Ministre des travaux publics a eu l'heureuse idée de vous cliarger.
Je regrette bien de n'être pas libre, i raison de mes audiences, ni vendredi, ni samedi, jours où vous serez â Trévoux, et où j'aurais été diarmé de vous recevoir chez moi.
Vous ne me dites pas si vous avez un plan arrêté pour les explorations que vous devez faire; car vous n'ignorez pas que la marche de César contre les Helvètes est tracée d'une manière bien différente par divers auteurs, suivant l'interprétation qu'ils donnent i ses Commentaires sur ce point.
Ainsi, M. de Saulcy, président de la Commission de la cane des Gaules, instituée par l'Empereur, dans une publication qu'il vient de faire paraître, est d'avis que, d'Ocelum, César s'est rendu i Vienne, et que là il a passé le Rhône avec ses troupes. ■ A Vienne, dit-il,
■ l'armée romaine passa le Rhône et se trouva immédiatement chei
■ les Ségusiaves (i), p. 287. ■
(i) Voir Sanu érMtl^ifmi, la-B*, PHit. |g£i , ï< Mndin, p. 1
Puis, M. de Saulcy fait traverser h SaAne, par César, de ta rive drdtc sur la rive gauche. Après quoi, il se serait porté au lieu où les Helvètes avaient jeté un poat de la rive gauche sur la rive droite, lieu qu'il place un peu au nord de AUcon (i), p. 289.
Li, suivant M. de Saulcy, se serait livré le combat contre 1» Tigurins, qui furent complètement défaits. Le lendemain, César fit ausii construire lui-tnème un pont sur la Saâne, passa de nouveau sur la rive droite de cette rivière (p. 29)}, se mit i la poursuite des Helvètes qui avaient suivi la vallée de la Saâne (p. )0o et 303), laquelle ils auraient quittée vers Chllon, pour se poner vers Cussy-la-Colonne, oii ils Auraient été mis en pleine déroute [p. 344-349), et d'où ceux qui échapfèreut i la mort se dirigèrent vers le pays des Lingons. Je crois pouvoir dire que M. de Saulcy n'est pas d'accord avec l'Empereur.
Pour mon compte, quelque soit mon entraînement pour M. de Saulcy, je ne puis partager son opinion. Ainsi, je ne pius admettre que César ait traversé le BMoe i Vienne, et puis deux fois traversé la Saône.
L'erreur de M. de Saulcy, — du moins suivant moi, — vient de ce qu'il n'interprète pas, dans leur sens véritable, les paroles de César, lorsque celui-ci dit, en parlant des Ségusïaves : Ht tuni txtra Provittciam Irani Rhodanum primi. Ces paroles doivent s'entendre des Ségusiaves placés au Nord du Rhûne, au-dessus de son confltieot avec la Saâne ; s'étendani sur la rive gauche de cette rivière, probablement jusque vers Neuville; — et non pas des Ségu^ves qui étaient séparés des Allobroges par la prolongation des Cévennes.
Ced peut s'établir par des déductions qui ne peuvent trouver ici leur place.
V^d ma manière d'envisager cette question..
Je crds que César a dû passer le Rhâne un peu au-dessous de Lyon, d'où il est entré chea les Ségusiaves trams Rbodahum. Ai AlUbragibHs in'^StgusiaiMi exercUum iucil (I, I, p. 10).
De 1i, d'après les conjectures les plus probables. César a dû marcher vers Trévoux ob il ■ placé son camp, ou du moins aux alentours de cette ville.
Informé par les rapports de ses éclaireurs, lorsqu'il jugea le moment
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5ë FOUILLES DAKS LA VALLÉE OU FORMAMS
propice pour attaquer l'arrière -garde des Helvètes qui n'avaient pu traverser la Sadne vers Montmerle, où ils avaient mis 30 jours i construire un pont, il se porta rapidement sur cette arrière-garde, défit les Tigurins, dont les fuyards allèrent se jeter dans les forêts vcrisines : in pToximas sylvas abiiderunt (I, 12),
Lorsque j'aurai l'Iionneur de vous voir, je vous déduirai les raisons qui me font embrasser cette opinion, en modifiant sur ce point, après une nouvelle âiude, celle que j'avais émise en 1852, dans une publication où je plaçais, comme M. de Saulcy, la bataille contre les Tigurins un peu au-dessus de Micon.
Cette élude nouvelle m'a amené i penser que les Helvètes se portant vers les Santons durent naiurellement se diriger vers la Loire, pour se rendre dans le pays de ceux-ci (}}.
L'on découvre, dans te diïpartement de l'Ain, des traces d'une route romaine, que l'on peut présumer recouvrir une route celtique allant àv la rivière d'Ain à la Saône, et dont on voit encore des vestiges à Saint- Mautice-de-Kémens, au PJantay, à Sandrans, dans h direction de Monimerlc, où CMSiait une ancienne ville gallo-romaine ou celtique, ce qu'aiicsteni des tombeaux et de nombreuses découvertes d'objets antiques en celte commune, au lieu dit le ThioUais, nom qui rappelle les Thiolland celtiques.
D'un autre côté, il existait une route romaine de BuUeville i Autun se bifurquant sur la Loire, à Bourbon-La ncy, d'où une autre roule romaine se dirigeait également sur Autun.
Après cela, ne peut-on pas supposer, sans trop d'invraisemUance, que ces routes, existant i l'époque celtique, les Helvètes les suivirent comme les plus directes pour aller dieï les Santons ?
César, au surplus, dit positivement que les Helvètes se détournèrent de la Saune : Quoi itcr ab Arari Hflvelii averterant (I, 16),
Maintenant pertnettez-moi de vous dire qu'ignorant entièrement les instructions que vous avez reçues, et dans quel sens vous devez étudier l'application que vous dtnez faire du texte de César, il m'est imposable
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vaiti «luellM de Vdlefrirchç et 4e Bellertllç.
de pouvoir vous dire, coiiims vous me le demandez, ma pensée sur U niauiire dont vos lecherdies pourraient être conduites.
A vous dire ma fafon de penser, je suis porté i croire que d«j fouilles dans la Saâae à Trévoux ne vous produiront rien. Cette rivière a été draguée dans ce lieu ; et tout ce qu'on en a pu retirer est dispersé.
Toutefois l'on prétend que feu M. Bouchage m M"' Fèvre, de Micon, ont acquis divers objets retirés en ce lieu par la drague- Il me semble que pour étudier aussi complètement que possible la marche des Helvètes ec celle de Cés^r les poursuivam, il faudrait d'abord chercher à se rendre compte autant que possible :
lo Des routes gallo-roroaines superposées aux routes celiiques;
2° Des tombeaux celtiques qui existent i Château-Gaillard.
Peut-être l'étude de toutes ces dioses n'amènerait-elle rien de probam sur la question qui nous occupe, i l'exception toutefois des rouies anciennes, mais peut-être aussi pourrait-il sortir de quelques fouilles dlnattendus et précieux renseignements.
Je viens de voir M. le Sous-Préfet de Trévoux A qui )'ai lîiit pjn de votre arrivée dans cette ville vendredi et qui devait se rendre ce jour-ll à S^nt-Ëiienne. J'ai pensé qu'il était bon qu'il fut prévenu pour le cas où vous auriez besoin de recourir i lui.
Vous vous rappelez sans doute, comme plusieurs fois je vous en ai entretenu, que les deux seules personnes qui s'occupent de l'histoire du pays sontM. Joiitxiis, curé de Trévoux, qui a fort bien élucidé la question des Ambarres, et M. Guigue, anden élive de l'école des Chartes, qui se dévoue i cette étude avec une intelligente ardeur, et auquel, comme je vous l'ai dit ainsi qu'à M. Cadot, je porte un grand intérêt.
Je n'ai pas besoin de vous dire combien je me félicite d'entrer de nouveau en rapport avec vous au nom de tant de bons souvenirs et de liens qiù me resteront i jamais chers.
Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments de haute conâdération et de cordiale estime.
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58 FOUILLES DANS LA TALLÈB DU FORMANS