S'-BARNARD
et
Tableau synoptique
Lyoa. — Lhfaog. HouaiK-&b'SAi{n.
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RÉSULTAT DBS FOUILLES
^ES recherches avaient, comme il a été dit, poni ' sur trois points : le plateau de Saint-Bamard, la [ vallée du Formans et le hameau de Connuz.
Je ne m'occuperai pas des secondes : le catalogue complet et détaillé qu'en a donné M. Gautherot ne laisse rieo à dire sur ce sujet et je ne pourrais qu'en donner une reproduction inutile et fastidieuse. J'y joins des notes et des figures fort intéressantes (P. J., n" J4 bis), que je dois, pour la plupan, à une gracieuse communication de M. Guigue. Je me bornerai donc aux deux autres fouilles. Les tumuli qui firentl'objetdes premières et plus longues recherches, formaient un groupe considérable occupant sur le plateau de Saint-Bamard et ses pentes une superficie de
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26 FOUaLES DANS LA VALLÉE DU F0RMAN5
plus de 3,200 mètres carrés, sans compter quelques groupes isolés à 258, 400, 700 et même 1,300 mètres de discauce de la masse principale. Une douzaine seulement de ces sépultures étaient encore apparentes entièrement, la plupart ayant été nivelées depuis l'époque (1813) où ces terrains, anciens communaux, avaient été livrés à la culture. Celles qui étaient encore visibles se présentaient sous l'aspect de mamelons circulaires de dimension et de hauteur à peine sensibles; seul le tumulus de Riottiers formait un massif conique d'environ 3 mètres de hauteur et loo mètres de superficie (P. J., n" 24). Ces dimensions qui le distinguaient des tola du plateau, lui avait valu le titre de poype, terme employé dans notre région pour désigner des émînences comme on en trouve fréquemment dans le département, et qui sont soit de vastes tumuli, soit des buttes ayant été autrefois fortifiées.
Les quarante et un tumuli qui ont donné. des résultats ont mis au jour des sépultures de deux genres différents : les unes les plus nombreuses, 37, par incinération, les autres, 4, par inhumation ; une, enfin, indiquait l'emploi des deux modes.
Cette dernière, d'un caractère tout à fait distinct des autres et située presque à l'extrémité du groupe principal (n" 29 du plan), se composait d'une fosse creusée à 2 mètres 75 au-dessous du sol; elle était longue de 6 mètres, large de 3 mètres 40, et se trouvait divisée en deux compartiments distincts et inégaux, séparés par de longues, larges et minces pierres brutes dites de molasse, posées sur champ; des pierres semblables et posées de même garnissaient les parois intérieures, de manière à former une sorte de caisse s'élevant jusqu'à 0,3; c. an-dessous du sol. Dans te plus petit des compartiments, tourné du côté du sud-est et
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n'ayant que 2 mètres 80 de large, on ne trouva que des cendres dont le volume fut évalué k i mètre cube. A trois des angles on reconnut les traces de trois piquets carbonisés qui parurent avoir servi à soutenir le bûcher. L'autre companiment, plus grand, était rempli d'une masse d'ossements humains, parmi lesquels quelques-uns de femmes et d'enfants, enterrés à i mètre 75 du sol; ils avaient été recouverts par une couche de pierres de molasse et de gros cailloux que l'on retrouva mêlés avec eux. Calculé d'après l'espace que devait occuper chaque corps, le nombre des squelettes fut estimé avoir été de 150 à 200 (i). Au reste, cette fosse commune ne fournit ni poterie, ni aucun objet de métal ou de silex (P. J., n" 34, 3S> etc.).
Les autres sépultures étaient ordinairement formées d'une aire en terre battue ou d'un pavé en cailloux (les dix premières qui furent fouillées étaient de ce genre) (P. J., n." 24), sur lesqueb les corps ou les cendres avaient été déposées (P. J., n" 31). On a même rencontré en trois endroits (tumuti n" 4. 12 et 13), des cailloux disposés régulièrement et d'une manière intentionnelle (P. J., n' 34).
Dans presque toutes les tombelles à incinération, recon-
(t) Comme tout ce que produisirent les fouilles ixtw dépesé chez moi, on y apporta deux brouettées des ossements du tumulus rfi 1^. Ce n'était que des fragments. Il n'y avait pas un seul crise entier, ce que j'aurais surtout désiré obtenir. J'ai conservé dans une vicrioe de mon mus^e quelques-uns de ces fragments. Jugeant inutile de faire reporter le surplus au lieu d'oii il avait été extrait, j'ai fait faire une fosse daos mon jardin de Trévoux, au fond de l'allée i gauche, dans laquelle j'ai placé les ossemeuis provenant des fouilles, avec une grande quantité de tessons de poteries et quelques fi-agments de marbre de même origine, le- tout recouvert d'tine grande dalle de pierre uiUée.
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naissables à la présence de cendres, de charbons et de bibles restes d'ossemena humains à demi calcinés (2), on a constate l'existence de vases ayant servi à contenir les cendres. Neuf de ces sépultures, sans compter la fosse commune n* 29, n'ont pas montré traces de poteries, ce sont les n" 6, 10, ij, 17, 3S, 26, 31, 36et4i.Les28autres ont fourni 23 vases dans dix-sept sépultures (n" 2, 3, 7, 11, I3, 13, 16, 18, 19, 20, 21, 32, 33, 34, 33, 37 et 38). Les tumuli 3 et 38 en renfermaient deux, le n" 19 trois, et les n*" 12 et 37 deux placés l'un dans l'autre; maïs ceux du a" 12 ont pu seuls être retirés entiers ; tous les autres ont été brisés. Qjiant aux autres sépultures (n" i, 5, 8, 9, 14, 28, 32, 34j 3Si 39 tt 40)1 on n'a trouvé que des débris de poterie.
Ces vases ne renfermaient pas toujours les cendres, mais les recouvraient parfois comme au n" 3, où ils affectaient, du reste, la forme aplatie de vériubles couvercles (P. J., n" 34), et abritaient non seulement les cendres, mais, l'un le plus grand un collier, l'autre une pendeloque de bronze. Quelquefois aussi (n" 12), les couvercles étaient remplacés par des pierres plates (P. J., n" 31); en cette circonstance, il y avait surabondance de cendres qui étaient, comme aussi au n" 20, rassemblées auprès du vase, ou à une certaine distance et couvraient même un espace considérable comme dans te tumulus n" i où elles occupaient 45 mitres canes sur une épaisseur moyenne de 7 centimètres (P. J., n" 34).
Les mêmes sépultures par incinération ont presque toutes également produit des éclats de silex, treize particulière-
(2) Treize tumuli ont donné des débris d'o ïoatlcs op*2, 3, 7,8,9, 10, 12, 19, 20, 31, 32, 3} e
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ment (n" 3, 6, 7, 8, 9, 10, ir, 14, 19, 30, 32, 33 et 40) (P. J., n" 31), parmi lesquels des pièces entières (n*" 14, 40) et deux objets, une scie (n' 19) et un poignard(n'' 32) du plus haut intérêt. On rencontra aussi un caillou grossie rement taillé comme une sorte de hache iacomplètement ébauchée (n" 26).
Les autres objets découverts étaient de métal. Le bronze dominait (n" 3, 12, 15, 25, 28 et 30) sous la forme de bracelets, de colliers, de pendeloques, de petites perles, etc. on ne rencontra du fer que dans trois sépultures (n°' 1,1; et,2j}. C'était de longues tiges, des sortes de clous ou de dards. Au surplus, aucune arme nettement caractérisée n'a été tirée des fouilles du plateau de Salnt-Bamard et de Rîottiers, ni de la vallée du Formans (3).
Les quatre tumuli à inhumation (n°' 4, 27, 30, 36), non compris la fosse n" 29, ne renfermaient aucun vase, et deux d'entre eux (n"' 27 et 36) n'ont même produit aucun objet.
Il ne parut pas que l'on eût suivi un système spécial pour l'orientation des corps, des deux squelettes dont on a pu constater la direction ; l'un (n° 4) avait la tête dirigée au nord-ouest, l'autre (n' 27) au sud.
Ce n'est que dans les tumuli a*** 4 et 30 que l'on a trouvé des ornements de bronze ; dans le premier, un fragment de collier formé d*anneaux et la moitié d'un bracelet; dans le second, cinq bracelets disposés d'une façon singulière, formant une sorte de croix dont L'un occupait le sommet, l'autre le centre, le troisième les pieds et les deux derniers les bras (P. J., n' 34).
(}} Cependant, j'ai posséd<i une épée fort curieuse décrite plus loin et praveaant du plateau de Saînt-Barnard, niaîi elle avait été d&ouvette â une autre époque.
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Cette analyse sommaire peut être facilement complétée par l'examen du plan. Grâce à nne disposition ingénieuse et nouvelle de figures et de couleurs, le dessinateur en a fait comme une sorte de tableau synthétique où l'on reconnaît, d'un seul coup d'œil, le mode de sépulture, la nature des objets et la matière dont ils étaient formés. Nous pouvons donc, sans nous attarder davantage ii l'examen de ces généralités, aborder Texamen détaillé des objets classés méthodiquement par catégorie. J'ai cru devoir y joindre, à titre de complément, quelques pièces trouvées sur le même sol, mais à d'autres époques. Depuis de longues années que ce terrain a été livré à la culture (P. J., n" 24), il a été si profondément remué, qu'il restait de ses richesses archéologiques des débris bien minimes lors des fouilles de 1862. Il est donc à propos d'y rattacher tout ce que j'ai pn recueillir des objets mis au jour en d'autres temps par le soc ou la pioche du cultivateur.
Mais avant de procéder h cet examen détaillé, je dois exposer le tableau d'ensemble des objets trouvés à Cormoz. Comme à Saint-Barnard, les sépultures par incinération dominaient : sur 17 tumuli ayant donné des résultats (on en a fouillé 183 un seul corps avait été inhumé (n° 5). La plupart du temps, les corps avaient été consumés soit par le feusoitpar le temps; huit tombes seulement (n"' i, 2, 4, 8, 9, 10, 1 1 et 14) avaient gardé des débris d'ossements ; les cendres se trouvaient partout et souvent très abondantes, par exemple, dans le tumulus n° 1, oîi elles formaient une couche de 70 centimètres d'épaisseur, répandues sur une circonférence de 32 mètres carrés (P. J., n" 34). L'usage des vases cinéraires était néanmoins aussi répandu qu'A Saint-Barnard. Sauf dans quatre sépultures (n"' 4, 9, 10 et 1 1 ) on en a constaté l'existence, soit en les reconnaissant
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quoique brisés (n" 2, 3, 6, 7, 8, 17), soit par la présence de fragments de poteries (n" 1, 12, ij, lî et 18).
Ces tumuli présentaient, d'ailleurs, certaines particularités. Ainsi, le corps non incinéré reposait sur une couche de 50 centimètres d'épaisseur, de gros cailloux et de pierres provenant de l'Albarine et avait été recouvert d'une autre couche semblable. D'autre part, le tumulus n" i était intérieurement délimité par une enceinte de 59 mètres 69 de circonférence, formée de pierres tirées de l'Albarine (P. J., n" î4).
La seconde particularité consistait dans la découvene, outre des bracelets et ornements de bronze (n°* 4, 5, 6, 8), d'une épée de bronze dans son fourreau (n" i) et d'armes de fer : une épée (n° 3) et un fer de lance (n- 3). Les fouilles de Cormoz ont ainsi comblé une lacune regrettable de celles de 5aint-Bamard et fournissent dès lors un ensemble complet.
Abordons maintenant la description détaillée des objets les plus remarquables.
Poteries. — Elles étaient de deux sortes, les unes noires, fines et travaillées au tour; les autres jaunâtres, mal pétries, mal cuites et mêlées de fragments siliceux. Parmi les poteries noires, M. Guigue a signalé 17 vases qui mesurent de 20 à 30 centimètres de diamètre sur une hauteur moyenne de 40 et dont la forme, dit-il, rappelait celle des vases trouvés dans les tombes celtiques de l'Alsace. M. Arcelin, de son côté, s'est anaché i l'examen de ces poteries dans les intéressantes lettres qu'il m'adressa plus tard et que je reproduis intégralement dans l'Appendice (n" 9 et 11) ù la suite des Pièces justificatives . Il a recueilli à la poype de Riottiers des débris de poteries grises à bandelettes qu'il
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32 FOUaLES DANS LA VALLÉE DU FOHMANS
attribue ù l'âge du fer (App. n" 13); il a, d'autre part, jugé que les poteries de Saint-Baraard offraient les caractères de l'âge du bronze, qu'il reconnaît à la couleur brune, rougeâtre ou noire (cette dernière couleur était celle de nos poteries) à l'emploi du polïssoïr destiné à effacer la iracc des miins, le tour étant inconnu â cette époque; enfin, à la décoration qui se compose d'impressions grossières faites avec les doigts ou au moyen d'instruments, taillée en rond, en pointe ou en triangle. A la même époque appartiennent les pâtes jaunes, épaisses et grossières mêlées de grains de quartz dont j'ai parlé plus haut.
Les deux vases conservés intacts (tum. n" 12) seraient aussi de l'époque du bronze et M. Arcelin signale leur analogie de forme avec ceux que M. Desor a reproduits dans ses Palafittes du lac de Neufchâtel (Paris, 1865, in-8, p. 33 et 34). Ils sont d'une terre sans vernis, noire et ffne, travaillés au tour. La panse en forme de cône tron* que renversé, surmonté d'une calotte hémisphérique, supportant un col de 8 centimètres de haut sur 18 de large à rebords plats. Trois cannelures très adoucies ornent la face supérieure de la panse (PI. I, âg. i). Le plus petit n'a que les deux cinquièmes de la hauteur du grand, il présente la même décoration et la même forme, sauf que là base repose sur un pied qui rappelle les torches (4) des palaffttes et que le col est d'une proponion relativement plus fone, égalant presque la hauteur du grand (PI. I, fig. 2). Ces deux piices intéressantes sont aujourd'hui
(4) On a donné le nom de torches i des anneaux de terre cuite qui servaient de supports aux vases i bases coniques, découverts dans les palaRlies (V. Desor, p. J4).
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conservées au Musée de Saint-Germain-en-Laye sous le n- 1441.
Les poteries formant couvercle de la tombe n" j, ne sont parvenues qu'en débris; on a pu reconstituer, à l'aide de sept morceaux, un quart seulement de la circonférence de l'un d'eux, qui devait mesurer 44 centimètres de diamètre, d'une terre rougeâtre et mal cuite (PI. I, fig. 4). Le second n'avait guère plus de 14 centimètres de diamètre ; î[ a pu être mesuré exactement, les débris recueillis ayant permis de le rétablir sur deux points opposés. Il offrait des traces visibles du polîssoir. Sa forme ne manquait pas d'élégance et sa décoration, composée d'un bouton sphérique central d'où partait une bande ornée d'un zigzag et aboutissant au bord, était d'une originalité toute particulière (PI. II, Hg. i). Le profit reproduit dans la planche me dispense d'une description compliquée et toujours obscure, indiquant la forme des rebords ; il la montre très exactement (PI. II, fig. 2). On peut juger aussi par les Bgures, que ces deux objets témoignent d'un goût pur et élevé chez nos ancêtres de ces époques reculées.
Silex. — Trois pièces en silex ont été retirées presque enuères de nos fouilles. L'une provenant du tumulus n" 14, mesurait 83 millimètres; la nervure médiane était interrompue par un méplat qui allait en s'élargissant jusqu'à la base. Si YoR admet que l'autre extrémité se terminait en pointe comme la direction des lignes latérales l'indique, on aurait ici une pointe de lance et le méplat aurait eu pour objet de faciliter l'emmanchement de cette arme (PI. III, fig. 3). Elle a été lichographîèe dans les Etudes paUoethnologiques de M. Chantre (Paris et Lyon, 1867, in-4, pi. lU), par suite d'une erreur d'indication, sous le n" 4 au lieu
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34 FOUIU.ES DANS LA VAUis DU FORKANS
de 3, énoncé dans le texte. Le savane auteur lui donne le nom de grattoir, mais, si l'on considère que la pièce est brisée vers la pointe, la restituûon proposée par notre dessinateur ne, manque pas de vraisemblance. H est boa d'ajouter que M. Chantre a parlé d'après un dessin. La planche reproduit aussi deux silex (âg, 3 et 4) de provenances diverses et qui ont beaucoup d'analogie avec le nôtre. L'un appartient à lariche collection de M. Lacroix, de Mâcon, qui n:e permit de le faire dessiner par M. Cadot, ainsi que plusieurs autres pièces de son musée ; l'autre provient de la Grotte des Eées du Sail-sous-Gïusan (Loire), décrite par M. Eleuthère Brassan (5) dans les Mimnres de la Diana (1881, t. Vil, p. 207 et suiv. et tir^e à part). Le second silex parait intact et complet. II prônent du tumulus n" 19. C'est une vériuble lame avec le dos plat et allant en s'élargissant jusqu'au tranchant; mais celui-ci par une disposition toute panicuUèce se creuse dans sa panie moyenne qui' est habilement et intentionnellement taillée en dentelures (PI. IH, fig. 2). Aussi cette pièce a-t-elle été classée sous le titre de sâe dans le musée Saint-Germain, où elle porte le n° 1407. M. de Mortillet en a, dans son Musée préhistorique (Parts, 1881, in-4) reproduit la figure (PI. XXXV, n" 272} et donné la description que voici :
f Scie à manche, plaquette de silex. Saint-Bamard (Atn). Fouilles Valentin-Smith. Les retouches qui forment la dentelure de la scie existent des deux côtés de la plaque, dont le bout de droite a été laissé plus allongé pour servir de manche ou poignée. »
(5) Notre dessin est copié d'après la belle hiliogragravu sur les pboiographies de l'iutear.
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A considérer les différents spécimens figurés dans la planche de ce bel ouvrage, la scie de Saint-Bamard est certainement le plus parfait de tous (6).
La troisième pièce découverte dans nos fouilles est aussi depremierordre.C'esctinpoiguardiong de 18; millimètres, Ptat d'un côté, en dos d'âne de l'autre, il se compose de deux parties distinctes ; le manche plus large, le dos d'âne en méplat, la lame étroite et s' amincissant graduellement, le dos d'âne triangulaire (PL III, fig. i et i bis). Une arme absolument semblable, mais incomplète d'un quart environ, avait été découverte par M. Desor. N'ayant ritn rencontré d'analogue, il y vit une pointe de lance et prit la lame pour une scie ÇLes Palafitles, p. i6, tîg. 3 et p. 17). ' Kotre poignard, qui est d'une perfection exceptionnelle, est conservé au Musée Saint-Germain sous le n° 1417 ; il a été reproduit pour la première fois en 1867 par M. Chantre (Op. cit., pi. XIII, fig. l), avec la scie et le grattoir (7), en second lieu, par M. de Mortillet (Musée préhisloriquî.
(6) Qffaiorze ans avant M. de Mortillet, M. Chanue ca avait donué la figure )ith(^aphiée de la grandeur originale (o^. cit., pi. XIII, 2), mais c'est par erreur que le texte lui actiibue la centimiires de loag, elle n'en a que ii>
(;) Outre ces trois pièces capitales produites par les fouilles de 1862, M. Chantre a reproduit suc la mtme plnnclie et par le crayon habile de M. Faisan, trois autres objets recudllis par M. Guigue. Un couteau trouvé aux Bruyères de Sânt-Bamard en 186; (n" 4) et deui grattoirs {n^ J et 6), trouvés l'un dans les berges, l'autrcdans les graviers de la SaAne. La pi. IV, fig. i et 2, reproduit le couteau et l'un des grattoirs. Outre cela, le savant archéologue a consacré i nos fouilles une page de son lotroduction (p. $0, s i). Son Uvtc étant rare et précieux, j'ai cm devoir reproduire ces lignes lutéiessantes dans l'Appendice {no ,7).
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pi. XLI, fig. 344), qui l'a accompagné de la note suivante (8) :
s Poignard ï poignée plus large que la lame, en silex du Grand-Pressigny (9) un peu transparent. Saint- Bamard (Ain). Récoltes Valentin-Smith, a été cassé en deux, n
Au sujet de la cassure et de la découverte, il faut consulter le Catalogue de M. Gautheroi (P. J., n" 34).
Bronze. — C'est le bronze qui s'est trouvé le plus abondant à Saint-Bamard et à Cormoz. Les seules fouilles de 1862 ont donné: uneépée, une cuillère, deux épingles, deux pendeloques, trois colliers, neuf bracelets, sans compter de nombreux fragments. Des autres découvertes, je puis ciier un bracelet, deux poignards, deux épées, deux tibules, deux haches et une faucille.
Il ne m'est resté ni dessin ni photographie de la cuillère.
Des deux épingles, l'une, celle de Cormoz, était la plus longue et se terminait par une boule surmontée d'un petit disque (PI. VU, fig. j); l'autre (tumulus n° 3), était ornée d'une tête cylindiique composée d'anneaux juxtaposés (Pi. VII, iig. 6]; elle a beaucoup d'analogie avec celle qui a été découverte dans le tumulus de la Combe-Bernard, à Magny-Lambert (Côte-d'Or), et que l'on croit avoir été la
(8) M, de MoriiUet tomme M. Chanire classe nos silei dans l'époque Robenhausienne, période oëoliihique ou de la pierre polie, dernière de l'ige de la pierre.
(9) Le silei n'existe pas dans la Dombes ; il est plui vraîsembUble de aoire que ceux-d provenaient du Mont-U'Or lyonnais en face de Neuville-sur- Saône et de Trévoux.
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RÉSULTAT DES F0UIU3S 37
sépulture d'une femme. (Bertrand, Archéologie ceîtique et gauloise, p. 278 (10).
Les pendeloques étaient formées l'une d'un anneau (Saïnt-Bamard, n" 3) (PI. V, fig. i), Tautre de deux (Corrooz, n' 4) concentriques entourés d'autres anneaux plus petits rayonnant autour de la circonférence (PI. V, fig. 2). Des débris d'anneaux indiquaient l'existence d'une seconde pendeloque qui avait été brisée (Ibid., fig. 4). Ce genre d'ornements paraît avoir été spécial à notre région, car M. de Monillet en reproduit un troisième (Musée préhistorique, pi. LXXXVI, n" 990) qui provient de la collection de M°* Febvre, de Mâcon, et se trouve actuellement au Musée Saint-Germain, n" 17722, Je l'ai fait reproduire ici (PI. V, fig. 3).
On ne découvrit aucun torques ou anneau de cou, mais de nombreux colliers qui devaient être formés de perles de métal, retrouvées éparses, les cordons qui les maintenaient ayant été détruits. M. Cadot a essayé la resttmrion de celui du tumulus n" 3, la planche ci-jointe (V. fig. s) donne le fac-simU de son dessin. A Cormoz, dans le tumulus n" 4, se trouvaient les restes d'un a collier formé de plaques de bronze très minces et très bombées de manière à imiter des peries... quelques-unes éuient percées d'un trou rond (PI. V, fig. 6). Des plaques très minces de bronze, informes, dont la destination n'a pu être déterminée, se sont rencontrées avec ces perles. Sur deux d'entre elles on voit des cercles concentriques (Pl.V, fig. 7) produits par le repoussé ou l'estampage (Notes communiquées par M. Guigne; P. J-, n" 34, 34 his et Appendice, n' 11).
(10) La plaDche VII! de cet ouvrage donne h figure de cette épingle qui, longue de 40 ceutïiuitres, éuit beaucoup plus grande que la nôuci
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38 FOUILLES DAHS LA VALLÉE DU FOKMANS
Les bracelets de bronze se sont trouvés en grand nombre dans les tombelles de Saint-Bamard (n" 3, 4, 5, 25 et 30) et de Cormoz (n" 4 et 8) (11). A eux seuls les tumulî n" 8 et 30 en contenaient l'un 4, l'autre s disposés en derniers trois n'étaient que de simples fils de métal, et croix. Ceux-ci n'avaient pour décoration que de petits traits circulaires. Les deux autres, formés d'une lame de bronze légèrement creusée dans son épaisseur, sont ornés de compartiments gravés en losange et remplis de stries parallèles ou contrariées (PI. VI, fig. i). La Bruyère-Saint- Barnard a donné, à une autre époque, un bracelet massif piano-convexe et orné sur les deux tiers de sa surface extérieure d'une série de moulures transversales et arrondies. (PI. VI, fig. 2). Un autre était composé d'une lame repoussée se terminant en deux petites volutes et décoré d'une façon très originale, de triples stries transversales reliées par des l^nes obliques, disposées alternativement en sens contraire, de manière à. figurer des triangles. Deux petits cercles remplaçaient en deux endroits les stries transversales et avec l'ouverture divisaient la circonférence en trois parties égales (PL VI, fig. 3).
A Cormoz, des quatre bracelets du n" 8, le premier était ovale, formé d'une tige cylindrique assez épaisse, gravée extérieurement; les bouts terminés en aplatissements à crêtes évasées, « véritable forme de l'âge de bronze », dit \e Dictionnaire archéologique de la Gaule (Appendice, n" 18). Les deux autres étaient en tout semblables, sauf que la tige était un peu aplatie intérieurement. J'ai fait reproduire l'un
(11} Pour le nombre des bracelets du tumulus n* 8, il y a conir diction entre le Catalogue Gautherot et lcs iioies de M. Guigne, celui «n indique un de moins (P. }., n» }4 et }4 bis).
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RÉSULTAT DES TOUILLES $$
de ces deux derniers qui fait partie de ma collection (PI. VI, fig. 4). On remarquera sa décoration aussi simple qu'élégante formée de zigzags et de stries transversales symétriquement disposés. Qjiant au quatrième, on s'en fera une idée en se figurant un cercle replié en double, de manière à ne former qu'un demi cercle formant à uae de ses extrémités une boucle et à l'autre un crochet (12). »
En dehors des fouilles de i8é2, je mentionnerai encore deux fibules trouvées également k Saint-Bamard. La première, de bronze, est semblable à celte du lac de Neufchâtel, qui figure sous le n" 84 dans l'ouvrage de Desor(p. 94). C'est absolument le modèle imité de nos jours et que l'industrie moderne a remis en usage sous le nom d'épingles anglaises (PL VII, fig. i).
La seconde, avec un ressort à boudin, du même genre que la précédente, en diffère complètement sous le rapport artistique. Au lieu de la simple tige recourbée en trois replis, s'étalant en une feuille mince, creusée pour recevoir et maintenir fixe la pointe, et assujettie à son extrémité par ua simple manchon de métal, on a une agrafe composée de deux pièces distinctes : l'aiguille et la plaque décorative derrière laquelle est soudé le crochet, mutilé dans la pièce originale. Les dessins de la planche (fig. 2, 3 et 4), qui reproduisent ce cuiieux objet sous ses principaux aspects, remplacent avantageusement une description qui ne serait jamais bien claire.
(11) Dktiomiain orchid^iipiedtUtGaiiU, Paris, Imprimerie nationale, 187s, in-4, 1. I», p. 272, article Cbileau-Gailkrd. Voir ausû A^màiu, ne 18. Le Dictionnaire a fait erreur dans le classement de ces bracelets, aprÈs avoir décrit les trois premiers, il plice le <iuatriéine dans an autre tumulas avec les pendeloques.
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L«s fîbules de cette forme ne sont pas communes. M. Sirsnd en avait cependant recueilli quelques-unes du même style, découvertes en i S40 à Montmerle, dans un cimetière gatlo-romain (^Courses archéologiques dans le diparlement de l'Ain, Bourg, 1848, in-8, p. 184, pi. IV, fig. 16, 17 ei 18).
Je possède aussi, dans ma collection, deux haches de bronze trouvées à Saim-Barnard vers 1850; l'une (Pl.VIII, fig. i) du genre de celles que l'on désignait sous le nom de C«/( ressemble beaucoup de forme et de proportions à l'une des haches à ailerons du Musée de Saint-Germain (n° 8104), que M. de Mortillet a publié dans son Musée préhistorique (pi. LXXIV, n" 765). La seconde (PI. Vm, fig. 2), de la classe des haches à bords droits comme on les a dénommées, parce qu'elles n'ont pas comme les haches à talons un arrêt transversal ou une cavité destinée à asseoir le manche, se rapproche assez des types figurés dans le même ouvrage de M. de Mortillet, pi. LX\% n" 664, 673 .
Saim-Barnard n'a pas fourni une seule arme de bronze. Cormoz, au contraire, en a donné une riche récolte.
Le tumulus n" t renfermait une grande épée de bronze à lame renflée, longue de 60 centimètres, 48 pour la lame et 12 pour la poignée (13).
Celle-ci plate, ovoïde, terminée par un disque, avait été recouverte de deux plaques de bois, fixées par douze rivets et arrêtées tout autour par de légers rebords qui contournent la poignée (PI. IX, fig. i). Cette pièce est incomplète de la pointe. Une autre épée (PI. IX, fig. 2) de même forme, dont la pointe extrême et la poignée sont brisées, a été trouvée au même lieu de Cormoz dans un autre tumulus et
(13] 11 restait des fragments de son fourreau qui était de bois (,Catalogut Gatitherot, P. J., a? 34)-
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en d'autres circonstances; s» longueur totale est de $6 centimètres. Elle fait partie de ma collection (P. J., n" 54; App., n" r8. Je l'ai acquise en 1855 ■ Le Musée de Lyon possède une troisième épée de même provenance, de forme différente, trouvée avec son fourreau (PI. IX, 6g. 3 et 4).
Fer. — Ce métal ne s'est montré à Saint-Barnard et à Cormoz que dans 5 tumuli. Cormoz a fourni (tum. n" 10) un fer de lance (PI. IX, fig. 3). Le tumutus n° 3 contenait une grande épée de fer et un collier de même métal (P. J., n" 34; App., n" 18) composé de disques très minces et très petits (PI. IX, fig. 4). L'épée (PI. X, fig. i), à Uquelle il manque lapointe et la majeure partie de la poignée, mesure encore 5 3 centimètres, ce qui annonce des dimensions plus grandes que celles des deux autres, et en effet, elle est, en outre,plus large que les deux précédentes. La po^née est plate comme dans celles-ci, mais la lame, au lieu d'être légèrement bombée, était munie d'une nervure médiane. Cette arme, de même que l'épée du tumulus n" i, est conservée dans le Musée de Saine-Germain, salle Gauloise.
M. Bertrand a consacré plusieurs lignes de son ÂrchiologU altique et gauhriie (p. 291), à cette épée, à laquelle il attribue un sérieux intérêt et qu'il cite comme étant le onzième exemplaire de la grande épée de fer gauloise. « L'arme, dit-il, est trop altérée pour que l'on puisse affirmer ce qui parait cependant probable, que les nervures particulières à ce type s'y retrouvent, mais la scie plate et à rivets (de fer) est très reconnaissable. »
A Saint-Barnard, trois tiges aiguSs à l'une de leurs extrémités et qualifiées pointes de fièches (14) dans le Catalogue
(14) L'une, celle du tumulus n« i, est reproduite (PI. X, fig. ij d'après un dessin de M. Cadot.
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des fouilles, sont les seuls objets de fer que nous ayoos rencontrés. Ils se trouvaient dans lestumuli n" i, 15, 25 et (P. J.,n" 34, 3S). Mais plus tard, en 1864, un paysan trouva aux Bruyères an glaive de fer (PI. X, fig. 2) long de 61 centimètres, dont 15 pour la scie et 48 pour la lame. Celle-ci, longue et large de 33 millimètres, se termine par une forte pointe. Devenu acquéreur de cette piècej j'en fis don à l'Empereur qui la remit au Musée de Saint-Germain. Elle fut classée (15) comme éunt ua exemple de l'épée ibérique, arme des soldats romains, décrite par Polybe (VI, 23) et par Tite-Live (XXH, 46).
EuAiL ET VERROTERIES. — A CCS objets de métal il faut ajouter la mention d'une a petite pierre cristallisée, » comme s'exprime M. Gautherot (P. J., n" 34), trouvée dans le tumulus n" 30, et des « perles en pâte de verre » rencontrées ï Cormoz, avec l'épée et le collier de fer, dans la tombelle n" 3 et dont l'une (PI. IV, fig. 11), « très bien conservée, est à fond vert, ornée au pourtour de ronds avec points au milieu d'émail jaune » (P. J., n" 34 bis); Dicl. arebêol. de la Gaule; App., n» 18). M. l'abbé Béroud a trouvé dans le cimetière gallo-romain dcToussieux (commune de Reyrieux), une perle du même genre beaucoup plus grosse, de verre noir à incrustations d'émail blanc cerclées de jaune. Je conserve, en outre, dans mes collections, deux petits morceaux de cristal de roche trouvés, en 1850, dans an tumulus à Cormoz.
L'examen de ces tombes et des objets qu'elles contenaient
(ij) PromeuaJa au iiusU âe Saint-Germain-m'Layc, par M. Gab, de MortUlet. Paris, 1869, in-8, p. 47.
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RiSULTAT DES FOUItLES 43
n'a pas inspiré aux archéologues un jugement unanime ; il provoqua, au contraire, entre eux, des divergences absolues d'opinion et des systèmes tout à fait opposés.
MM. Cadot et Guigue qui avaient suivi les Touilles jour par jour et avaient assisté à toutes les découvertes, se trou^ virent d'accord pour décider que ces tombes étaient un témoignage d'une grande bataille el attestaient que là César avait dé&it les Tigurins.
Dans son rapport du 25 avril, quand l'ordre de suspendre les fouilles venait d'arriver, M. Cadot, après avoir énuméré les conditions topographiques du plateau de Sûnt-Bamard, qu'il jugeait favorable à l'opinion qui plaçait la bataille en ce lieu, poursuivait en disant : « Mais il y a plus, ce plateau est couvert de tumuli..., ces tumuli présentent, d'ailleurs, les mêmes caractères d'une construction rapide... Il a pu même être constaté que tous les ossements mis à nu par la culture et le minage du sol appartendent à des hommes jeunes et de grande taille. En résumé, il parait démontré que le plateau de Riottiers et des Bruyères de Saint-Barnard a été, à l'époque gauloise, le théâtre d'une lutte à la suite de bquelle une grande quantité de Celtes ont été inhumés ou incinérés à la hâte. Rapproché des considérations développées plus haut, ce fait établit nettement, selon nous, que c'est sur le plateau de Riottiers que César surprit et anéantit les Tigurins. » (P. J., n" 24).
Quand il écrivait ces lignes, M. Cadot n'avait fouillé que onze tombelles. Six mois plus tard, après que trente et un autres tumuli eurent apporté de nouveaux éléments, il y trouvait la confirmation de ses précédentes conclusions et jugeait que les preuves k l'appui de son opinion étaient « aussi complètes que celles sur lesquelles reposent les
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opinions les moins contestées de la vie de César. » (p. J., n" 30).
M. Guigue, dont l'ingénieur ordinaire de la Saône invoquait d'ailleurs l'opinion, avait émis des appréciations semblables. Il faisait remarquer (P. J., n" 3 1) que « les cadavres de la fosse commune a avaient été entassés pêle-mêle, qu'ils appartenaient, pour la plupart, à des hommes de haute stature et qu'aucun de ces hommes n'avaient dépassé l'âge de cinquante ans. » A son avis s les résultats produits par les fouilles faites sur les plateaux de la Bruyère de Saint- Bamard... établissent de la manière la plus positive l'existence sur ce point de nombreuses sépultures, les unes galloromaines, les autres celtiques... Le caractère si tranché des objets celtiques et romains retrouvés dans les mêmes lieux (la vallée du Formans) et en quelque sorte dans les mêmes sépultures. Le nombre considérable de ces tombelles disséminées sur une surface d'environ 6 kilomètres carrés; la. hâte avec laquelle toutes paraissent avoir été simultanément pratiquées, exclut toute idée d'un cimetière ordinaire et im< plique consèquemment celle d'une lutte entre les soldats Celtes et Gallo-Romains, qui auraient été inhumés ou incinérés à la place même où ib étaient tombés. »
Comme nouvelle preuve, M. Guigue citait a les fours de campagne qui jalonnent, en quelque sorte, ta route suivie par les troupes celtiques » et dont il avait constaté les traces depuis la sortie du défilé de Saint-Rambert jusqu'aux pieds des coteaux de Trévoux, de Saint-Didier, etc. S' exprimant d'une façon plus explicite dans une note complémentaire (P. J., n" 32), il ajoutait : « Nous pensons que toutes les inhumations du plateau de la Bruyère indiquent les tombes des vaincus, et que les incinérations, à pan celles où les
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armes en sitex ont été recueillies, indiquent les tombes des vainqueurs. »
La décision formulée par MM. Cadot etGuigue parut concluante à l'Empereur. Des conclusions si nettement et unanimement exprimées par deux hommes éclairés et instruits qui avaient de visu pu juger des choses ; ces conclusions, si conformes, d'ailleurs, à l'opinion qu'il s'était formée à priori, lui semblèrent hors de doute et il les adopta dans son livre, de même qu'il accepta, pour la marche des Helvètes, le tracé que j'avais indiqué (i6), comme on peut le voir sur la carte n" 3 'de son ouvrage. A l'égard du lieu de h bataille, il 6t même valoir expressément les arguments allégués par MM. Cadot et Guigue. Au livre III, chapitre m, de la Fie de CéiOr, il écrivait ainsi, en copiant des phrases textuelles du rappon de M. Guigue : « Nulle part (dans ces sépultures) la crémation n'a été complète, ce qui prouve qu'elles ont été faites à la hâte et exclut toute idée d'un cimetière ordinaire. » Et plus loin : « De nombreux fours de campagne jalonnent en quelque sone la route suivie par les Helvètes. Ces fours, très communs au pied des coteaux abrupts de Trévoux, Saint-Didier, Frans, Jassans et Mizérieux, se retrouvent sur la rive gauche de l'Ain et jusques dans le voisinage d'Ambronay. n (Histoire delà Vie de César, i8£é, t. n, p. J4, note i de l'édition In-follo; Âpp., n" i,
Ce résultat était assurément des plus flatteurs spécialement pour M. Guigue, dont la prose, contresignée par Napoléon m, avait été insérée dans un ouvrage d'un
(16} Voir le procis-verbal de la s£ance du 15 dâcembre 1861, dressé par le Comité d'histoire et d'aichéolc^ de l'Académie de Lyon. — Mimoirts dt VAcadimU de Lyon, in-8<>, Lyon, 1S63, p. 2t8.
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46 FOUaLES DANS LA VALLÉE DU FORBANS
retentissement universel non seulement à cause du rang de son auteur, mais aussi parce qu'il était considéré comme l'expression du dernier mot de la science sur cet important su)et.
Le succès obtenu était complet et le jugement sur la question des Helvètes allait être admis par le monde érudit de tous les pays; l'Allemagne savante l'adoptait, et avec ce zèle de vulgarisation qui la caractérise, le répandait dans te public lettré et dans l'armée. Le célèbre écrivain militaire, Wilhem ROstoWj popularisait les idées émises par l'Empereur ,dans un petit Atlas (17) contenant une carte re. produisant exactement notre tracé de la marche des Helvètes, l'emplacement de la bataille au même lieu, le nom du Formans très bien indiqué quoique le ruisseau fut réduit à 4 millimètres, le nom de Trévoux et celui de Dombes.
Cependant le problème ne me semblait pas aussi complètement résolu; la solution ne me paraissait pas aussi claire, aussi certaine qu'on se plaisait à le croire. Je cherchais à m'eutourer de lumières ; j'écrivis pour recueillir des avis autorisés et pour obtenir des échantillons d'objets analogues à ceux que nous avions découverts (i8). Peu après, en 1867, M. Arcelin, ancien élève de l'Ecole des Chanes, jeune archéologue qui terminât un travail sur les antiquités préhistoriques des bords
(17) Allas dar Ctaar's Gallischtn KrUg in if karten utid Plxnai fii stuàierende unà mililcers, von Wilhem Rûstow. — Atlu de la guerre dts Gaules âê Clsar en ij cartes a plans pour lis étudiants et les militairtf, par Guillaume R&stow. Stuttgart, ia-S. — C'est à M. A. Steyert que je dois la connaissance de cette publication.
(18) Voir ma corresponditace avec MM. Faiy, Halley, Thomaon, Bulliot, Qfiiquerei (F. J-, d<>* 2 â 8).
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.de la Saône, s'adressa à moi pour se renseigner (App., n' 9). Je l'engageai à venir étudier ma collection, ce qu'il accepta.
Je ne puis dire avec quel plaisir je reçus ce charmant jeune homme d'une grande érudition et plein d'une noble ardeur pour le travail. Il passa quelques jours chez moi où il prit force notes.
Le dernier jour de février 1868, il m'adressa un travail d'un très grand intérêt dans lequel il combat l'opinion de MM. Cadot et Guigue, et de Napoléon m (App., n" 10), en ce qu'ils attribuent à l'époque de César les tombelles de nos plateaux et où il émet cette conclusion que « les fouilles de Saint-Bamard ont mis au jour des sépultures pouvant se rapponer à l'âge de U pierre polie, à l'âge de bronze, au premier âge du fer, appartenant par conséquent aux temps celtiques bien antérieurs à la conquête. »
La théorie de M. Arcelln était basée sur le caractère des poteries classées d'après une échelle qull avait créée au moyen d'une méthode dont il était l'auteur. Elle résultait de l'étude des alluvions successives de la Saune et des poteries que chacune d'elles contient. Il avait ainsi trouvé que l'âge de bronze apparaissait à l mètre ;o de profondeur; l'âge de la pierre polie â 2 mètres, et l'âge du renne à 4 mètres cinquante. Le sol romaia se trouvant à i mètre au-dessous du sol actuel, lui donnait une unité chronologique de 1800 ans. Partant de là, il retrouvait que nos tumuli remontaient les uns à l'âge du bronze, les autres à celui de la pierre, soit à 700 et 1800 ans environ avant Jésus-Christ. Les Tigurins n'étaient pas prêts de venir se faire battre par César.
Je répondis, le 3 mars, à M. Arcelin pour lui exprimer combien j'appréciais son travail par lequel il élucidait pair-
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faitement plusieurs points archéologiques obscurs, en déterminant à quel âge géologique appanenaient plusieurs objets recueillis dans les fouilles de 1862. Mais, en même temps, je lui témoignai mes regrets de ce qu'il se fût borné, pour déduire les conclusions qu'il avait tirées, à porter exclusivement son attention sur ces fouilles qu'il n'avait, d'ailleurs, pu juger que par ma collection très insuffisante, laquelle ne comprend que quelques doubles. Je lui faisais observer que certains objets, quoique en petit nombre, il est vrai, dataient cenainement de l'époque de César, et qu'ils devaient se lier à d'autres de la même date, recueillis aux mêmes lieux dans des fouilles postérieures en 1863, 1S64 et i86j, tels que, entre autres, le glaive de fer trouvé en 1864 et considéré comme romain par les hommes compétents.
Une seconde lettre de M. Arcelin, en date du 6 mars (App., n° 12), admettait quelques réserves à ses premières conclusions tout en les maintenant néanmoins dans leur ensemble.
M, Guigue, à qui j'avais communiqué le travail de M. Arcelin, y répondit de son côté (App., n" 13 et 13 Wf) en abordant de front les doctrines sur lesquelles il s'était appuyé. Il opposait à la théorie déduite de l'étude des berges de la Saône, des arguments positif ; il soutenait que les poteries noires ou grisâtres, classées aux âges du bronze ou du fer, avaient persisté pendant plusieurs siècles après ; ce quil prouvait, en attestant qu'une monnaie gauloise en caractères grecs, des médailles consulaires et jusqu'à un moyen bronze de Domitien avaient été recueillis avec ces poteries que M. Arcelin plaçait à des époques si reculées.
Dans une nouvelle communication de M. Arcelin, du S avril (App., n' 14), il persistait dans ses premières opinions, en s'autorisant d'observations qu'il venût de &ire
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dans les berges de la Saône près de Trévoux et d'Anse et aussi en invoquant le jugement de M. Desor, lequel lui affirmait que nos sépultures de Saint-Bamard appartiennent, les "unes à l'âge de bronze et peut-être de la pierre polie, les autres au premier âge du fer.
En présence d'une autorité si imposante, je n'osais pas répliquer moi-même; je soumis le débat h M. Ca'stan, bibliothécaire de la ville de Besançon. Le savant archéologue, tout en applaudissant à l'idée d'explorer les couches d'alluvioQ des berges de la Saône, formulait des réserves expresses aux conclusions trop hâtives qui en avaient été tirées. Se retranchant derrière le doute scientifique qui est b condition la plus essentielle d'une saine critique, il slgnaait la méfiance que l'on devait avoir k l'égard de cette méthode, sujette à égarer l'observateur. Il formukit même une critique sévère contre les classifications du Musée de Saint-Germain et la doctrine qui en était l'expression, doctrine dont M. Arcelin lui p.uaissait Ctre l'adepte trop convaincu et trop docile (App., n° 15).
Le 28 juillet, je recevais de M. Arcelin (App., n" i6) l'annonce d'envoi de différents échantillons préhistoriques et d'un travail fort intéressant sur les fouilles de S.iint-Barnard. Epris seulement de ta vérité historique, il m'invitait à lui communiquer mes observations et à soumettre i M. Guigue son travail, qu'il désirait soumettre ensuite à M. de Mortillet. Il s'excusait avec trop de modestie de ■ revenir sur cette question et disait que « les gisements de Saint-Barnard sont si importants pour l'archéologie des bords de la Saône, qu'on ne saurait les étudier de trop près ni trop longtemps. »
Pour moi, j'aî jugé cette observation si vraie et les communications de M. Arcelin si intéressantes, que je les ai
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toutes insérées intégralement dans l'Appeadice avec les figures dont il avait accompagné son travail.
Il y a bientôt vingt-cinq ans que les fouilles de la vallée du Formans ont été opérées; les révéler aujourd'hui dans tous leurs détails ne peut être chose inutile; elles constituent un document des plus précieux pour l'examen de l'épisode de César et des Helvètes, premier acte du drame émouvant de la conquête de notre pays par les Romains, Depuis un quart de siècle la science a fait des progrès et, en mettant aujourd'hui sous les yeux des hommes compétents des éléments importants de ce problème, je ne crois pas, je le répète, faire une œuvre sans utilité pour la connaissance de notre histoire nationale, comme aussi sans intérêt pour la science archéologique.
J.-E. Valestis-Smith.
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'Nf I LETTRE DE M. FBANQUEVILLE A M. THIOLUÈRE
Paris, le 2 décembre i
Mon cher Camarade,
Danis une lettre qu'il vient d'adresser au Ministre, l'Empereur lui eipriipe le désir de vériâer un fait historique, celui de savoir retidroîi où César battit les Helvétfens au passage de !a Saône. — E.si-ce Mflcon, comme le pensent quelques personnes, ou Trévoux comme le disent d'autres savants? — L'Empereur désirerait que sur ce dernier point, en choiâssant un lieu où les rives moins escarpées peuvent présenter un passage facile, on lit des dragages, afin de chercher ù l'en ne trouverait pas dans le fond de la rivière quelques restes d'aimes, ou des indices qui éclairciraieat la question.
Le Ministre vous prie de vouloir bien vous occuper immédiatement de cette aâaire. Je pense que vous aves une drague avec laquelle vous pourrez faire les recherches demandées, en y mettant, bien entendu, la
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discrétion convenable. Je vous prie, en tous cas, de me répondre par k' plus prochain courrier, sous le couvert du Ministre, pour tue Taire savoir quelles dispositions vous comptez prendre i ce sujet. Croyez, mon cher Ca'narade, â mes sentiments afTectueus.
Signé : E. FitANai;EViij.E.
Pour copie conforme délivrée sur autorisation de M. le Directeur général i M. Valentin-Smiib.
L'ItiginUtiT tu chf, P. Thiolliëre.
LETTRE DE M. FRANQ.UEV1LLE A M. THIOLLIÈRE
Paris, j décembre 1861.
Mon cher Camarade, J'ai reçu vos deux lettres et je vous en remercie. — Je les ai mises sous les yeux du Ministre qui vous prie de continuer vos travaux ei de nous en rendre un compte fréquent. — Le Ministre vous engage aussi d vous mettre en rapport avec M. Smith, conseillera la Cour Impériale de Lyon, qui s'occupe beaucoup de questions archéologiques, et qui se fera un plaisir de vous aider de tout son pouvoir. — M. Smith est lié particulièrement avec le Ministre, et j'ai eu nioi-mëmc avec lui les meilleurs rapports.
Votre dévoué camarade,
Signé : E. Fbakquevilie.
Pour copie conforme délivrée sur autorisation de M. le Directeur général 1 M. Valen lin- Smith.
L'Itigitiimr e» cImJ, P. Thioluère.
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PlàcES JUSTinCATIVES
LETTRE DE M. THIOLLIÈRE A M. VALENTIN-SMITH (Wtw emvi de la Mirt it M. FranquevUh du s diambre.)
ChaloD, le 6 décembre 1861.
Monsieur,
Le Ministre me demande de la part de l'Empereur de (aire faire quelques recherches dans la Sa4ne, i Trévoux, afin d'éûlairdr le point de savoir si, en eflet, c'est à ce demi» lieu que César baiiit au passage de cette ri vitre les Helvètes.
J'étais k Lyon mardi dernier, } décembre, et comptais avoir l'honneur de vous voir, mais M. Martin-d'Aussigny m'a appris que vous étiez i Paris, d'où vous deves être revenu un de ces jours, ou revenir ; je reçois ce matin une lettre de l'Administration dans laquelle le Ministre m'engage i entrer en rapport avec vous.
Il s'agit sans doute du passage qui fait l'objet du paragraphe XII du !« livre des Commentaires de la guerre des Gaules. César aiteignit avec trois légions le dernier quart de l'armée helvétieonc qu'il n'avait pu encore traverser et le détruisit. Il passa lui-même après la Saâne au moyen d'un pont qu'il fît jeter.
Le passage des Helvètes et de César eut lieu, ce me semble, de la rive gauche sur la droite, c'est-â-^ire du département actuel de l'Ain sur le territoire de celui du RhAae.
Je compte reticontrer vendredi prochain, i] décembre, à Trévoux M. Cadet, ingénieur ordinaire, chargé de diriger les recherches, aiîn de parcourir les campagnes environnantes avec lui, et découvrir, s'il est possible, des indices de la direction de ce passage.
Je tlcherai de vous voir après ; mais si vous étiei assez bon pour me donner i l'avance une petite note sur ce que vous sauriez vous-même du pays et sur la manière dont nos recherches devraient être conduites, je vonsen serai très reconnaissant.
Comme il s'agit d'un service i rendre i la sdence, dont vous êtes un des adeptes renommés, et dont je n'aspire, dans la drconstance, qu'l être |e modeste, miis zûi serviteur, j'espère, Monsieur, que vous voudrez
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bien m'exeuser et être usez bon pour vouloir bien répondre à l'intention de M. Rouher.
Vous me voyez enlïa bien satisfait d'avoir une occasion d'entrer de nouveau en relation avec vous et de vous prier d'agréer l'assurance de :s dévoués et respectueux.
P. THIOLLI(:Rt.
liigiiiirar en clxf des Ponls-tl-Chaïuties, à Chàlott {Saône-et-Jj)iri).