‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 29 sur 58 · INSCRIPTIONS GRAVÉES SUR LE MUR POLYGONAL · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS GRAVÉES SUR LE MUR POLYGONAL

3° Iyes 36 autres textes datent du Ier siècle av. J.-C. : 19 des prêtrises XIV- XV (84/3 à 60/59), 9 des prêtrises XVI (63/2 à 51/0) et XVII (53/2 à 39/8), 4 de la prêtrise XIX (après 40 av. J.-C), 4 de la prêtrise XXV (fin du Ier siècle av. J.-C). Ils sont gravés à l'emplacement de poteaux (1) et souvent dans la partie supérieure du mur polygonal, que n'avaient pas atteinte les inscriptions du 11e siècle.

40 En effet, la hauteur des panneaux inscrits au 11e siècle entre les poteaux extrêmes est d'une régularité à peu près constante, sauf en trois cas. Deux des panneaux de hauteur exceptionnelle sont respectivement limités, à l'Ouest et à l'Est, par le poteau extrême : 125-129 (haut. : 2 mètres) et 16-20 (haut. : 2 m. 65). En outre le panneau 97-104 atteint la hauteur de 2 m. 30 au-dessus du socle (2). A ces exceptions près, aucun texte n'a été gravé au 11e siècle à plus de 1 m. 50 au-dessus de l'assise supérieure du socle, soit à moins de 1 m. 65 du haut des assises polygonales du mur (3).

(1) L'hésitation est permise pour les textes 20, 24 et 107.

(2) La répartition des inscriptions entre les prêtrises VI et IX à l'intérieur des panneaux 97-104 et 125-129 fournit une indication sur l'histoire du monument : cf. plus loin, p. 118.

(3) Ces observations pourraient orienter dans une direction nouvelle les recherches, demeurées jusqu'à présent vaines, sur l'emplacement primitif de huit grands blocs inscrits provenant d'un mur polygonal. Sept de ces blocs sont énumérés dans BCH, LXVI-LXVII, 1942-1943, p. 68 ; un autre, retrouvé en 1947, avait été publié, d'après un estampage d'HoMOLi,E, par G. Datjx, BCH, LXVIII- LXIX, 1944-1945, p. ni sq. L'appartenance d'un neuvième bloc à un mur polygonal est douteuse : BCH, LXVI-LXVII, 1942-1943, p. 81. Les actes d'affranchissement gravés sur ces blocs ont été classés parmi les inscriptions du grand mur polygonal. Or ce mur ne présente qu'une brèche, aux assises supérieures, dans la partie abritée par le portique, entre la 3e et la 7e colonne du monument à partir de l'Ouest. Toutes les tentatives matérielles pour remettre les blocs à leur place dans cette brèche ont échoué. (Il convient de préciser que la plus grande hauteur de la brèche est de 1 m. 40 ; l'assemblage des blocs A, B et C, tel qu'il est dessiné dans BCH, 1942-1943, p. 69, fig. 1, atteindrait une hauteur totale de 1 m. 60 ; mais cet assemblage est erroné ; une vérification matérielle, effectuée en 1949, a montré que les pierres A et B ne se raccordent pas.) Ces blocs sont couverts, sur toute leur surface, d'actes datés de la prêtrise IV (arch. Amphistratos, un acte) et de la prêtrise VI (arch. Babylos, 9 actes ; Euklès, 5 ; Soxénos, 3 ; Eucharidas, 2 ; Eudoros, 1), donc d'une époque où l'on ne gravait sous le portique qu'en panneaux larges de o m. 60 et limités à la partie inférieure du mur. En outre la brèche correspond, sur presque toute sa hauteur, à la partie du mur qui devait être masquée par une sablière ; aucun texte n'y a été gravé, même au ier siècle (cf. plus loin, p. 118 et n. 1).

Alors que la brèche se trouve dans la partie orientale du mur polygonal, le bloc A a été découvert au coin S.-O. du trésor des Athéniens, le bloc B au Sud du trésor de Siphnos(?), le bloc D entre l'Asclépieion et le mur Ouest du péribole du VIIe siècle, le bloc E entre le trésor des Athéniens et le mur Ouest du téménos ; le bloc retrouvé en 1947 était enfoui à l'intérieur du « trésor des Béotiens ». Le lieu de trouvaille des autres n'est pas connu.

Une conclusion paraît s'imposer : les blocs proviennent d'un autre mur polygonal situé dans la partie Ouest du sanctuaire, à hauteur de la terrasse du temple ou de celle du grand mur polygonal. On ignore comment se présentait le mur de soutènement de l'esplanade du temple, qui masquait du côté Sud les fondations de l'édifice ; les restes de fondations visibles en quelques points seraient plutôt favorables à l'hypothèse d'un appareil polygonal (Courby, FD, II, Terr. Temple, p. 141, a admis que l'élévation de ce mur était faite de blocs réguliers de poros ; les indices invoqués à l'appui de cette hypothèse n'imposent pas de l'adopter). Le revêtement de ce mur, au IVe siècle, au moyen des plaques de comptes de la reconstruction du temple ne peut être prouvé (sur cette hypothèse d'E. BourgtjET, cf. Courby, op. cit., p. 141, n. 2) ; il aurait pu n'affecter qu'une partie du mur. D'autre part, entre le retour Ouest du grand mur polygonal et le mur Ouest du téménos, un mur de terrasse

I^a portée de ces constatations ne s'éclaire pleinement que par rapport à l'histoire de la gravure des inscriptions sur l'ensemble du mur polygonal (i). C'est vers le début du deuxième quart du 111e siècle av. J.-C. qu'on a commencé à utiliser, pour l'inscription des actes officiels, la paroi du mur polygonal aux endroits le mieux exposés à la vue des pèlerins : retour Est, entre l'angle S.-E. du mur et l'autel (2), et partie orientale de la face Sud, entre l'angle S.-E. et le portique des Athéniens (3). Vers le milieu du 111e siècle, les lapicides se transportèrent à l'Ouest du portique et, jusqu'au rocher du Sphinx, gravèrent sans ordre des textes que séparaient de larges intervalles (4), cependant que, à l'Est du portique, de nouveaux textes s'intercalaient jusqu'à la fin du siècle parmi ceux qu'on y avait précédemment inscrits.

Mais ce ne fut qu'au 11e siècle av. J.-C, et surtout dans la première moitié du siècle, que la face Sud du mur polygonal se couvrit d'inscriptions. On y lit, à de rares exceptions près (5), tous les actes d'affranchissement des prêtrises I à VIII. En une cinquantaine d'années, sous les prêtrises I à V, 400 textes environ trouvèrent place sur la paroi du mur, de la région du rocher du Sphinx à l'angle S.-O. du mur. Certes il est arrivé à un lapicide de revenir en arrière pour occuper un emplacement laissé vacant ; mais, tant que la place ne fit pas défaut, la progression d'Est en Ouest demeura assez régulière (6). A partir de la prêtrise VI, le manque de place se fit sentir : on intercala des textes, près de l'extrémité Ouest du mur, dans les intervalles encore nombreux entre les actes des prêtrises IV et V (7) ; puis, sur toute la longueur du mur, on utilisa la place encore disponible, parfois au ras du sol, au niveau des fondations du mur (8). C'est de cette époque

assez puissant a sûrement retenu les terres de remblai de la place de l'opisthodome ; il n'a laissé aucune trace sur le terrain. Les fondations de deux murs en petit appareil polygonal, visibles dans cette région, paraissent remonter au delà du milieu du VIe siècle av. J.-C. Le mur de soutènement a pu s'appuyer au trésor XX (plan de P. DE LA COSTE-MESSEUÈRE, Au musée de Delphes, pi. L; hypothèse formulée par Courbv, op. cit., p. 158) ou au grand mur polygonal lui-même.

(1) Cette h'stoire n'est traitée ici que dans ses grandes lignes. Le travail de statistique présenté à propos des inscriptions gravées sous le portique sera étendu à l'ensemble du mur dans la publication topographique de la région du sanctuaire de la Terre.

(2) Sur les 33 textes gravés dans cette partie du mur (Daux, FD, III, 3, 179 à 211), 24 remontent approximativement à cette époque. Un date de la fin du 111e siècle, 7 du IIe siècle av. J.-C. (prêtrise IV), un de l'époque impériale.

(3) Seize des textes de cette partie dix mur remontent au deuxième quart du 111e siècle (Daux, Chron. delph., archontats G 5 à G 24) : cf. FD, III, 3, p. 26.

(4) Les plus anciens de ce secteur du mur doivent être les listes de vainqueurs aux Sotéria [GDI, 2563 à 2566).

(5) Cf. Daux, Chron. delph., p. 51, commentaire à L 22.

(6) Cependant, entre le secteur où dominent les archives de la prêtrise II et celui qu'occupent celles des prêtrises III et IV, une partie du mur est demeurée libre jusqu'aux prêtrises V et VI (GDI, 1891 à 1948). Il y aura lieu de chercher à cette irrégularité une explication topographique.

(7) Pour la disposition des textes à l'extrémité Ouest du mur, cf. les dessins de Daux, FD, III, 3, p. 3, et de PomTow, Bcitr'àgc, pi. III, textes 19 à 53. Là aussi, si une large surface est restée vide d'inscriptions, c'est qu'une terrasse masquait une partie de la paroi du mur.

(8) Cf. par exemple, sous l'archonte Dexondas, les textes GDI, 1926 à 1928, 1816, 1817, 1859.

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