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Fi^. 80. — Terrasses orientales.

FOUILLES DM DELPHES

n'existent plus qu'en fondations, mais leur face supérieure est si régulière et horizontale que l'on a pu supposer avec vraisemblance1 qu'ils étaient, dans l'élévation, non pas en pierres.

Fig. 81. — Tranchée n" 1.

mais en briques crues. Les murs du plus petit des deux édifices, de même largeur que ceux de l'autre, présentent la même particularité (fig\ 79). Ses dimensions sont beaucoup plus

I . A.-D. Kéramopoullos, ibid., p. 54-55. Le mémo archéologue affirme avoir reconnu dos débris de briques crues à la porta intérieure du petit bâtiment ('Eo. xpy., 1909, p. 2C6).

LE SANCTUAIRE D'ATHÈNA PRONAIA

modestes (long. 4 m 76 ; larg. 3™ 90; larg. des portes, 1 m 43) ; un mur de refend divise l'intérieur en deux chambres, dont la seconde a 2 m 23 de profondeur, la première, \ '" 25 seulement.

La moitié méridionale des terrasses de l'Est ne nous est connue que par quelques sondages faits en 1921 '. Deux tranchées, menées d'Est en Ouest jusqu'à une profondeur moyenne de 2 mètres, traversèrent

obliquement le terrain (fig. 80).

La tranchée n° I, celle du Nord, a permis de noter : a) un reste de base (?) ; dimensions : I "' 25 sur 0 m 65 ; ép. 0'" 10 ; b) les fondations d'une construction (fig. 81), comportant un mur de I '" .*il) de longueur, avec, à chaque extrémité, un retour de 0 '" 60 d'épaisseur'-'. Au centre et ;i l'Ouest, les déblais de la tranchée contenaient des fragments de charbon et d'abondants débris d'ossements et d'objets calcinés (tessons, cornes, bronzes ou pierres ayant subi l'action du feu) ; à l'extrémité Ouest, on retrouvait la couche des cendres, os brûlés et charbon, épaisse de 0 '" iO environ, provenant de la région des autels voisine.

Dans la tranchée n° 2, celle du Sud, on n'a pu noter qu'un mur Est- Ouest assez important, fait de plusieurs assises de moellons (fig. 82), et conservé sur près d'un mètre de hauteur ; il repose à environ 8 m 70 plus bas que le seuil de la porte Nord-Est.

Ces débris sont trop minimes pour autoriser une hypothèse quelconque concernant les constructions de la terrasse. Peut-être n'existait-il là que des ex-voto, et, à l'Ouest, des autels, comme celui qu'on voit encore aujourd'hui, près de l'angle Sud-Est du grand autel

Fi^'..82. — Tranchée n" 2 'mur de terrasse).

1. Cette terrasse, plantée d'oliviers et non expropriée, put être sondée grâce à la complaisance de son propriétaire delphiote. Mais il fallut combler rapidement les tranchées, après un levé sommaire, reproduit fig. 80.

2. Le retour Ouest se poursuit en mur courbe rappelant les constructions archaïques en abside ; le retour Est, rectiligne, donnerait plutôt à penser qu'il s'agit encore de soutènements; le haut du mur de fond est à 6m 30 plus bas que le seuil de la porte Nord-Est, dont il n'est pourtant éloigné que d'une quinzaine de mètres.

(fig. 83) '. Ce dernier — autel, plutôt que base, d'après la construction — se compose, sur un soubassement de 3 m 50 de longueur et 1 '" 60 de largeur, d'une série d'orthostates, dont les joints courbes rappellent ceux du grand autel voisin. Les dimensions de cette bordure d'orthostates donneraient une longueur de 3 '" 35 et une largeur de 1 "'55; le milieu était garni d'un blocage de terre et petits moellons; la hauteur actuelle est 0m(>3. L'orientation est presque la même que celle du grand autel voisin.

Fig. 83. — Autel (?) situé à l'K. du grand autel

On a, par contre, recueilli dans cette partie du téménos un grand nombre de petits objets, dont quelques-uns méritent une mention particulière.

Fig. (Si. — - Tessons, surtout d'époque classique ; le fragment de bordure décoré d'une guirlande de laurier provient d'un cratère altique à ligures rouges (type de cratères à retouches blanc jaunâtre, de la fin du Ve siècle)2 ; il a été trouvé dans les débris du mur de la tranchée n° 2, non loin d'une petite tête de figurine, de même époque (v. fig. 84, à droite; haut. 0 '"053j.

Fig. 85. — Fragment de grand pithos avec bande estampée (3 fragm. ; long, totale, 0™ 17 ; tranchée n° 2, au centre ; prof. env. 1 mètre ; argile rouge grossière ; dessin très effacé;. La même scène, imprimée vraisemblablement au cylindre", se répétait chaque huit centimètres

I. A.-I). Kéramopoullos ('Es. ào/., 1909, p. 269j pense que cette partie de l'enceinte a pu èlre consacrée à d'autres divinités qu'Athèna.

■2. Cf. P. Perdrizet, ibid., p. 168 sq. ; E. Pottier, Catal.vases Louvre, III, p. 871. ■ 3. Technique. usitée dans tout l'Orient, de l'Assyrie à l'Étrurie. Cf. J. Martha, L'art étrusque, p. 94-9.'i 'vases de hucehero nero avec dessins imprimés au rouleau); P. Ducati, Storin délia eeramlcn çjreca' p. 499 sq. ; A. délia Seta, Iialia antica, p. 171.

LE SANCTUAIRE D'ATHÈNA PKOXAIA

sur le rebord du vase : un char se dirige vers la gauche, monté par deux personnages debout, auriges en longues tuniques, tenant les rênes ; la roue du char a quatre rais seule-

Fig. 81. — Tessons provenant des terrasses orientales (2/5 grand, nat.).

Fig. 85. — Bande estampée (1/2'grand. nat.).

ment; suit un guerrier, posant un pied sur la caisse du char (parabate ?) ', armé de deux lances et du bouclier rond, et brandissant — semble-t-il — un javelot de la main droite ;

1. Cf. l'une des bases archaïques dernièrement découvertes h Athènes: A. Philadelpheus, BCH, XLYI f 1922), p. 18 sq. ; bibliogr., ihid., p. 23, n. 4. Cf. aussi F. Courby, Les rases grecs n reliefs, p. 87, fig-. d8.

FOtILLES DE DELP1I KS

derrière lui accourent trois hoplites pareillement armés. Cette scène — ■ pompe guerrière ou sacrée — reprend un des thèmes les plus chers aux artistes ioniens : le bronze, les métaux précieux ', après la pierre, ont souvent figuré, au repoussé ou incisé, un décor qu'ont rendu banal les innombrables reproductions peintes ou moulées par les céramistes sur les vases2 et les terres cuites architectoniques !. Notons seulement ici la petitesse des auriges, plus disproportionnée qu'il l'ordinaire '', leur nombre (ils paraissent bien être tous deux sur le

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Fifr. 86. r-r Petits bronzes (1/4 grand, nat.).

même char où monte le guerrier), et la silliouette archaïque du cheval, à la. maigre queue très écartée d'un corps démesurément allongé. En plus de cette zone limitée en haut et en

1. L. Grifi, Monument/ di Gerè anlica, pi. V et VIII (coupe en argent, de style égyptisant ?).

2. Spécialement les amphores à reliefs béotiennes. Cf. BCH, XLV (1921), Chronique, p. 518, n. 1 ; F. Courby, ibid., p. 66 sq. Cf. aussi E. Poltier, Les Bases archaïques à reliefs, BCH, XII (1888), p. 491 sq.

3. E. Douglas van Buren, Figurative terra-cotta revelmenls in Etruria and Latium, p. 63 (Friezes, type IV, « chariots and warriors ») et pi. XXVIII-XXX.

4. La loi ftisoképhalie vaut aussi pour ce type modeste de frise.

LE SANGTUAURE D' AT H EN A PRONAI A

SI

bas par des filets, l'épaule du pithos était ornée d'une autre, bande à rosaces, et de trois gros filets, celui du milieu portant des lignes obliques de points imprimés.

Fig\ 80. — Divers petits bronzes, parmi lesquels des garde-joues de casques, un arceau de grande fibule à trois boules perforées (long. 0m 12), une pince à épiler (long. 0 m045).

Fig. 87. — Fragment.de trépied à cuve clouée.

Fig. 87. — Haut du pied d'un grand trépied a cuve clouée (type dorien), à pieds fondus (haut. 0 m 20 ; poids, 1 kil. 77o; tranchée n° 1 ; prof. env. 1 mètre). La face principale est décorée de petits filets verticaux reliés entre eux, en bas, par des filets horizontaux ; en dessous, zigzags horizontaux encadrés dans des filets; plus bas, cinq bandes verticales séparées par des filets : au centre, séries de doubles chevrons superposés ; à droite et à gauche de la bande centrale, cercles avec tangentes ; aux extrémités, zigzags avec doubles filets aux bords extérieurs. Les faces latérales sont ornées de lignes brisées et de festons.

Fig. 88. — Pied de grand trépied à cuve mobile (haut. 0 "' 17; poids, 1 kil. 700 ; tranchée n° 1, au centre ; prof. 1 "' 20). Il est en forme de pied de bœuf. Il n'existe aucun tenon sous le sabot, mais par contre trois en haut, qui sont les restes des tiges portant la cuve du trépied. Travail soigné. F*- 6 - Picd de t,'<;'Pic(i à cuve mobile-

Fig. 89. — Statuette archaïque d' « Apollon » ', en bronze (manquent les jambes au-des-

1. Cf. BCH, XLV (1921), Chronique, p. 518; S. Reinacli, Réperl. slat. r/r. et mm., Y, p. 32, //. Fouilles de Dfi.piiiîs. Il

sous du genou, lavant-bras droit et la main gauche ; haut 0'" 075 ; la statuette a été trouvée près du périhole néo-polygonal Est, à hauteur du mur moderne, à environ 1 m 30 de profondeur sous le sol actuel), Il est nu, debout, la jambe gauche en avant ; le bras droit est levé, le gauche en avant du corps ; la main gauche percée, tenait quelque objet. Les proportions sont élégantes : le torse est allongé, le buste quasi triangulaire tant la taille est fine ; les hanches sont peu saillantes ; les fesses, au contraire, musclées et proéminentes. Un profond sillon vertical creuse le dos ; sur la poitrine, deux incisions demi-circulaires cernent les pectoraux. La tète est forte, posée sur un cou massif, qu'élargit encore à droite et à gauche la masse des cheveux retombant sur les épaules : chevelure des Apollon s archaïques,

Fi^. ko. — « Apollon >> archaïque.

s'épandant en largo nappe sur le dos; les tresses sont divisées en six ondulations horizontales avec fines incisions, parallèles dans chaque ondulation, et variant de l'une à l'autre. Le nez est volumineux et haut placé ; la bouche marquée d'une simple fente ; le menton, mince, est très saillant (barbe?) ; les yeux sont sommairement indiqués par des lignes incisées.

On ne s'accorde pas sur la signification de l'attitude représentée par ce type d'Apollons archaïques1. Ici l'on a très clairement, semble-t-il, le f/es/e du combattant : le bras droit

1. P. Perdiizet, Fouilles de Delphes, p. 29-30; A. do Ridder, Citai, bronzés Acropole, p. 241 ; id., Bronzes Mus. nal. Athènes, dans BCH, XXIV MODO), p. 6 ; cf. aussi R. Dussaud, Civilis. préhellén.*, p. 237-8 (type du dieu guerrier).

LE SANCTUAIRE D'ATHÈNA PRONAIA

lové tenait la lance, le gauche, ramené devant le corps en un geste de protection, portail sans doute le bouclier.

Les fig. 90 et 91 montrent un certain nombre de fragments de petite sculpture en marbre, dont plusieurs d'excellent style, provenant soit d'ex-voto, soit de la décoration

Fie. 90. — Frag/ïl'entS de, sculpture en marbre.

sculptée des grands monuments de Marmaria. On a même eu la surprise de découvrir, dans la tranchée n° 2, à l'Ouest, parmi un amas de grosses pierres, alignées là à une époque tardive, un fragment de chapiteau corinthien, ayant couronné une des colonnes engagées de l'ordre intérieur de la tholos (fig. 92).

Le nombre et l'intérêt des objets recueillis, lors de simples sondages faits dans la terrasse orientale, prouvent que celle partie du sanctuaire, pour paraître aujourd'hui désertique, n'en

si

était pas moins autrefois richement peuplée d'ex-voto ; on ne concevrait point qu'un si grand espace fût demeuré inutilisé, dans un téménos où. par ailleurs, les monuments sont si pressés les uns contre les autres, que les nouveaux devaient, pour trouver place, détruire complètement ou partiellement les anciens.

Si, en partant de la terrasse orientale, l'on suit extérieurement le tracé du péribole archaïque, au Sud des autels, le grand nombre des soubassements plus ou moins ruinés que l'on rencontre ' l'ait saisir une des raisons de l'agrandissement du sanctuaire, à la lin du

Fig. 91. — Fragments de sculpture en marbre,

VIe siècle. Le motif principal reste l'obligation de loger le grand temple en tuf, avec l'orientation Nord-Sud commandée par la pente. Mais on a dû tenir compte aussi du fait qu'on manquait d'espace pour placer les bases et monuments votifs décorant le sanctuaire et affluant toujours plus nombreux. Ces ex-voto ont pour la plupart disparu, avec leurs soubassements même, placés qu'ils étaient dans la partie du téménos à tous égards la plus exposée. On doit mentionner seulement, au Sud de l'angle Sud-Ouest du temple en tuf,

1. Quelques-uns, très ruinés et masqués par les déblais, n'ont pas été portés sur le plan.

Fig. 92. — Fragmcni de chapiteau corinthici

Fig. 93. — Base au Sud du temple en tuf.

trois dalles de calcaire ' , autrefois liées par des crampons en T. et paraissant avoir servi d'assise de réglage à une grande base (fig. 93). Bien que trouvée là-même, d'après le témoignage des fouilleurs de 11)01 . cette base, qui repose seulement sur quelques moellons portant directement sur la terre, n'est presque certainement pas in si/u*. On fera la même remarque pour une petite base (avec inscription d'époque impériale) placée au Sud du trésor dorique, qui a peut-être porté une statue d'Hadrien3.

Fig. (il. — Grande base remontée par J. Replat),

La plus importante des bases, d'après les dimensions considérables de la plate-forme qui la portait, se trouvait devant les deux trésors (fig. 94). Elle parait (v. pi. I) étroitement serrée entre le vieux mur polygonal et la bordure de stèles entourant les trésors. En réalité, l'adjonction des stèles est postérieure ; d'autre part, le vieux mur polygonal n'existait plus

1. Dimensions approximatives de la hase: 2 '" (iO sur I '" 70. Un autre soubassement de grandes dimensions existait au Sud du grand autel, dans le sentier moderne : un bloc monolithe, dressé au lit d'attente, mesure environ 1 m 80 sur 1 m 40 ; ép. env. 0m i.'i.

2. Sji.elle était en place, il faudrait noter que cette base eût été légèrement dominée, dans son élévation, par les assises supérieures du vieux mur polygonal, qui, plus éloigné du temple, à l'Est, aurait pu subsister comme mur de terrasse.

'.'>. ('A'. A.-l). Kéramopoullos, To-. Sù.z., 1, p. ~'A, n. I.

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