‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 118 sur 148 · I . Cf. supra, p · texte numérisé non relu

I . Cf. supra, p

nales de chacun de ces murs semblent donner quelque vraisemblance à cette dernière hypothèse.

En partant de l'extrémité orientale, le mur de tuf se dirige vers le Nord-Ouest pendant 5'" NI), en s'élargissant peu à peu, pviis, après un léger changement de direction donné par le joint de la dernière pierre, il continue en ligne droite pendant 6m 30 ; il dévie alors légèrement vers le Sud-Ouest, et forme, dans une direction presque constante, iine série de pans de 1 "' 95, 0 m 60, 7 '" f).v>, enfin i '" 00 jusqu'à l'extrémité occidentale. Au centre, la largeur atteint I "' 20, attestant que le remblai était sur ce point pins élevé qu'à L'Est, où elle n'était

Fig. 76. - Mur situé au Nord de 1 « habitation des prêtres

que de 0 '" 80 (avant-dernière pierre) ; la largeur du mur, à l'Ouest, est de 1 "' iS. A ses deux extrémités, le soutènement ne conserve plus qu'une assise en profondeur ' ; ailleurs, deux, et, à deux endroits, trois2. En largeur, il a parfois deux pierres juxtaposées ; le plus souvent, une seule, avec parement au Sud. L'extrémité Ouest, présentant deux blocs d'inégale longueur (iig. 75), indique que le mur continuait certainement vers l'Ouest. La fouille n'a pas permis de trouver trace de ce prolongement, ce qui n'est pas surprenant, puisqu'il ne subsiste là qu'une pierre en profondeur. Les blocs disparus ont pu être enlevés, au moment

1. Les pierres des extrémités ne sont, d'ailleurs, pas au même niveau : le sol s'élevant vers l'Est, il y a, à l'Est, une assise de moins ; l'assise inférieure, la seule qui subsiste à l'Ouest, où on peut la suivre pendant 4m60, ne continuait pas jusqu'à l'extrémité orientale.

2. En face du mur polygonal Nord-Sud situé à l'Est de la tholos (haut, des trois assises, en commençant parle bas : 0m36, 0,U3S, 0m38), et, plus à l'Ouest, où deux pierres, désaxées, semblenl se diriger vers le mur hellénique Nord-Ouest.

LE SANCTUAIRE D'ATHÈNA PRONAIA 71

de la construction de la tholos et du temple en calcaire, pour être remployés dans les fondations de la tholos, où l'on voit en effet des pierres analogues I. Ainsi le mur de tuf n'aurait pas été bâti pour la tholos, mais partiellement détruit pour elle. Il aurait donc servi de péribole au sanctuaire classique, et aurait vécu à peu prés le temps que vécut, comme lieu de culte principal, le deuxième temple en tuf. Il devint, eu tout cas, inutile, lors de la construction du nouveau mur hellénique, sauf à l'Est, où il subsista peut-être — à partir de l'endroit où l'on voit encore trois assises en place — puisqu'il semble bien que, de ce côté, il n'ait jamais existé d'autre mur de soutènement en arrière de lui.

Le mur de tuf, nous venons de le voir, se prolongeait originellement vers l'Ouest. Il est vraisemblable qu'il ne rejoignait pas le péribole néo-polygonal Ouest, mais qu'il s'arrêtait dans l'intérieur du remblai, comme plus tard les grands soutènements helléniques. Le raccord se faisait vraisemblablement sans ;heurts, par un chemin en pente conduisant, vers la route du haut, à une sortie voisine de l'angle Nord-Ouest du téménos. Quelques petits murs de soutènement auraient protégé, les constructions de cette partie du sanctuaire contre la menace moins pressante d'un remblai divisé en paliers. L'un d'eux est encore visible, bien qu'en piètre état (fîg. 76),;au Nord de. 1' « habitation des prêtres », dont il dépasse de 0 m 60 le haut des fondations. Ce mur, en moellons de calcaire irréguliers, de petites dimensions, semble avoir eu pour rôle essentiel la protection immédiate du mur de fond de 1' « habitation des prêtres », auquel il est parallèle.; A lOuest, une série de pierres indique un retour oblique ou incurvé ; l'extrémité Est; près du temple en calcaire, est bouleversée ; sa largeur varie de 0'" 60 à 0 m 80. Peut-être; correspondait-il au gradin qu'indique le péribole Ouest, à l'endroit où le mur néo-polygonal disparaît sous la terrasse supérieure (v. fig. 67). L'état de la ruine ne permet pas de se prononcer de manière assurée.

Si, pour terminer le tour de l'enceinte classique. Ion passe maintenant à l'Est de la niche du temple en tuf, on rencontrera d'aussi grandes difficultés pour établir la liaison entre la région des autels et la porte Nord-Est. Il est peu vraisemblable d'imaginer un raccord direct entre le vieux mur des autels et l'angle Nord-Est du sanctuaire, limitant au Nord un téménos particulier : la porte Nord-Est, de dimensions majestueuses, eût manqué d'air, écrasée par la proximité du remblai. Les lignes de pierres que l'on voit entre la porte et le grand autel (v. pi. I) sont les restes de petits murs de terrasse ou de soutènement de la voie sacrée. La forme régulière et parfaitement symétrique du tiers oriental du sanctuaire semble bien procéder d'une volonté consciente des constructeurs de l'enceinte néo-polygonale. On ne peut guère supposer, à l'époque classique, un autre péribole Nord-Est, qu'un soutènement néo-poLygonal partant des environs de la grande porte et suivant, à peu de chose près, le même tracé que le mur hellénique : il aurait, ainsi, rejoint, derrière les deux petits bâtiments qui dominent la terrasse des autels, le soutènement polygonal parallèle à leur mur de fond. Et l'on ne s'étonnera pas de constater que, sur ce point — et sur ce point seulement a Marmaria — , un soutènement postérieur ne gagne pas de terrain sur le précédent soutènement : tout agrandissement du sanctuaire, de ce côté, était entravé, sans parler de la hauteur menaçante des terres, par la proximité de la route longeant en haut le sanctuaire. Le mur d'appareil polygonal a disparu au moment de la construction du soutè-

I. Cf. infra, p. 10'.*, n. M; Cl'. ,1. Charbonneaux, L:i tholos, \>. -Ji- .

nement hellénique : il n'en subsiste, en fondations, qu'une dizaine de mètres, avec de forts blocs irréguliers et une pierre nettement polygonale, au Nord du petit bâtiment occidental1 (fig. 77). Ce mur, d'appareil, autant qu'on en peut juger, analogue à celui du péribole classique, n'avait qu'un parement, au Sud, et son épaisseur ne peut être restituée ; il ne subsiste,

en profondeur, qu'une pierre, sauf à l'Ouest ; là le mur semble s'être infléchi pour rejoindre le rocher, qui complète, du côté de l'Ouest, la protection du petit bâtiment.

Après avoir ainsi fait le tour du sanctuaire d'Athèna à l'époque classique — vaste domaine qui s'étend sur 150 mètres de longueur et 30 à 40 mètres de largeur — , le moment est venu de rechercher quels monuments le décoraient. Suivant le même ordre topographique qui s'impose à Marmaria, l'on parcourra successivement les terrasses orientales, la région du temple, les agrandissements de l'Ouest du téménos.

Le sanctuaire dessine, à l'Est, un vaste trapèze isocèle (v. pi. I), dont la base mesure une quarantaine de mètres, le sommet une vingtaine, pour une hauteur d'environ 25 mètres. Cette étendue relativement considérable, et dont la symétrie ne saurait aucunement être attribuée au hasard, n'a pas été sans renfermer des constructions importantes -. La rapidité de la pente, un déblaiement trop poussé de la moitié septentrionale, la non-expropriation de la moitié méridionale, où sont venus s'accumuler les déblais évacués de la terrasse du temple, en ont sans doute

fait disparaître à jamais une bonne part, et nous empêchent, de toutes manières, de faire

état de ce qui en peut subsister.

Fi

Mur polygonal de In terrasse sise au X. des autels

1. Dislance du mur au petit bâtiment : 0 m 80 ; dimensions du bloc polygonal : long, pins d't mètre; liant. 0m70 ; ép. 0'" 20.

2. Hérodote ni Pausanias ne parlent de cette région orientale, qu'ils ont dû traverser tous deux. Ce silence n'est pas surprenant. Hérodote, dont le dessein n'est point de raconter ses voyages, mais d'écrire l'histoire, ne donne pas de description du sanctuaire. Quant à Pausanias, il a passé sans doute à une époque où cette partie du téménos avait été déjà saccagée et ruinée par les hommes et par les éléments.

LE SANCTUAIRE DWTHÈNA PRONAIA

Les rares débris visibles sont quelques lignes de pierres ayant appartenu aux soutènements des différentes terrasses qui coupaient la pente en paliers étages.

La région orientale du téménos d'Athèna est divisée en deux moitiés symétriques par un mur Est-Ouest perpendiculaire au péribole Est. Ce mur est moderne, saut' à l'extrémité occidentale: là, on voit encore, dans le soubassement, quelques restes de briques et de maçonnerie, semblant avoir fait partie d'une maison de basse époque romaine. Selon toute vraisemblance, il n'existait, dans l'antiquité, aucun mur de soutènement à ce niveau, où il eût entravé le libre accès à la terrasse des autels et au temple : le sol antique descendait en pente très raide, à partir d'une sorte de remblai soutenant la voie sacrée. A l'extrémité orientale du mur, il n'existe, même en fondations, aucune trace de liaison avec le grand péribole néo-polygonal.

Dans la moitié septentrionale, deux petits murs, ayant tous deux leur face au Sud, limitaient vraisemblablement la voie sacrée descendant de la porte Nord-Est vers le temple : celui du Nord se dirigeait, après un crochet, vers la parastade Nord de la porte, à quelque distance de laquelle il devait cesser ; il soutenait une terrasse allongée, celle dont l'extrémité occidentale porte les fondations de deux petits bâtiments rectangulaires (v. pi. I). Le niveau de celte terrasse était à peu près constant, le seuil des petits bâtiments étant d'environ 2 mètres plus bas que le seuil de la porte Nord-Est. La voie sacrée descendait beaucoup plus rapidement, exigeant que le soutènement de cette terrasse allongée fût plus résistant vers l'Ouest : ce que prouvent trois pierres polygonales, de plus grandes dimensions1, demeurées en place non loin de l'angle Sud-Est de l'édicule oriental2 (fig. 78). Cette terrasse comprenait peutêtre une série d'autres petits édifices analogues aux deux qui subsistent à l'Ouest, selon un dispositif qui rappellerait celui de la terrasse des trésors à Olympie.

Lorsqu'on creusa la niche du deuxième temple en tuf, on voulut conserver le mur saint des autels — et peut-être le chemin descendant de la route, au Nord de ce mur — , et l'on

Fier. 78.

Mur de terrasse, au S. de l'éboulis du mur hellénique.

1. Ces trois pierres mesurent respectivement 0 '" 70, 1 '" 20 et 0 m 80 de longueur, sur 0 '"'60 à 0 m 00 de hauteur et d'épaisseur. Il n'existe, en arrière, ni autre pierre, ni blocage, ce qui prouverait que le mur ne soutenait pas un remblai élevé.

2. Cet angle se trouve aujourd'hui, par suite du même glissement qui a scindé en deux le mur hellénique, à près de 2 mètres plus au Sud.

Fouilles de Delphes. ni

créa un reclan au Nor.l delà terrasse des autels1. Ce redan fut occupé par deux petits édifices rectangulaires, orientés Nord-Sud avec entrée au Sud. Rien, parmi les objets découverts sur ce point-, ne permet de supposer une occupation plus ancienne de celte terrasse. On étudiera plus loin3 le problème de l'identification de ces deux édifices, où l'on voit généralement les hérôa de Pli ylakos 4 et d'un de ses compagnons, héros locaux qui avaient contribué à chasser les Perses en 480. Mais on doit dès maintenant noter que rien n'autorise à attribuer à ces petits bâtiments un autre rôle que celui des diverses constructions — trésors ou bases d'ex-voto — qui pouvaient, plus à l'Est, être alignés tout le long du mur de soutènement •'. Ils ne paraissent isolés que du fait que le glissement des terres a rompu le mur hellénique au Nord-Est du grand « hérôon », et que le soutènement, à demi éboulé et encore menaçant, n'a pas permis de rejoindre, par la fouille, les deux moitiés d'une même terrasse.

Le plus grand des deux édifices, celui de l'Est, mesure fim05 sur 8 mètres; il est divisé en deux chambres par un mur de refend, situé à 4 m 20 du mur de l'entrée et 2 m 55 du mur de fond : Le pronaos serait ainsi près de deux fois plus grand (pie la cella. Les deux salles communiquent par une porte, qui, en fondations, est plus large que la porte d'entrée (1 '" 75 au lieu de 1 "' 55), ce qui peut témoigner seulement d'une simple différence d'épaisseur des jambages. Les murs sont faits de blocs polygonaux assez forts, surtout du côté de l'entrée11, avec, en haut, des moellons plus petits. L'épaisseur moyenne des murs est de 0 "' {25. Ils

1. On n'eût pas songé, à l'époque archaïque, à installer en un endroit si difficile un téménos, ou seulement quelque bâtiment, quand la terrasse s'ouvrait libre à l'Est des autels. Au contraire, lorsque l'enceinte 'néo-polygonale s'étendit à l'Est, lorsque surtout la niche creusée dans la pente pour loger le grand temple en tuf eut, par ce saillant hardi, obligé, pour ainsi dire, toute la ligne du soutènement à reculer, il était naturel d'utiliser l'espace libéré entre la grande route passant au Nord et le vieux mur des autels. Le gain sur la montagne se chiffra, à l'Ouest autant qu'à l'Est du temple, par deux importantes bandes de terrain : lune, à l'Ouest, permit d'établir une liaison facile, en pente douce, entre le centre du sanctuaire et la route du haut (un abreuvoir y fut installé à une époque beaucoup plus tardive) ; l'autre, à l'Est, prolongea la terrasse de la grande entrée, et permit l'édification de nouveaux bâtiments.

2. Tessons atliques à figures noires et rouges, fragments de lances, débris de bronze (garde-joues de casques, entrelacs au repoussé d'orbe de boucliers, anneaux). Plusieurs blocs de bronze fondu, amalgamé avec du charbon, donneraient à penser que l'édifice de l'Est fut quelque temps utilisé comme atelier.

3. A propos de la rotonde archaïque de l'Ouest, cf. infra, p. 101 sq.

4 Sur le nom de ce héros gardien, cf. P. Foucart, Lé culte des héros chez les Grecs, p. 53, dans Mém. Institut, XLII (1922).

:i. A.-l). Kéramopoullos a raison [ibicl., p . 55, n. 4) de se refuser à y voir, avec Fr. Poulsen (ibid., p. 370), (i les restes de maisons particulières o, ainsi placées eu plein sanctuaire.

6. Bloc de l'angle Sud-Est: haut. 0 m 80 ; larg. 0 m 53 ; ép. 0 m ï2.

Fig. 79. — Mur du petit bâtiment O.

(terrasse au N. des autels).

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