I.K SANCTUAIRE D'.ATHÈNA PRONAIA
/'i enfin plusieurs fragments de statuettes en marbre.
Des indications données par les objets précédemment décrits, il résulte (pie le monument circulaire ne peut avoir été ni une cabane ronde préhistorique, ni une bâtisse primitive analogue au temple-hutte ou au temple-ruche, les ancêtres légendaires du grand temple d'Apollon. 11 peut difficilement remonter plus haut que la période archaïque '. L'absence de moyens d'accès ne permet pas d'y voir une habitation de L'époque dorienne. Quelle a donc pu être la signification de cet énigmatique monument ? La plupart des édifices curvilignes se rattachent à un culte chthonien -. En serait-il de même ici?
Il se présente à l'esprit une solution tentante du problème : les substructions circulaires ne seraient ni un tombeau, ni un bothros, ni une crypte. On n'aurait pas creusé le'sol pour y loger une construction souterraine ; ce serait au contraire le sol qui, par les remblayages de la terrasse, aurait été exhaussé tout autour de ce témoin d'un niveau précédent. Il eût fallu laisser à l'air libre un lieu qu'un motif quelconque rendait sacré, ce qui expliquerait que cet ancien abaton fût en contre-bas de la terrasse néo-polygonale. A cette hypothèse il serait trop facile d'opposer un argument puissant: un' abaton n'eût pas été chevauché, même partiellement, par le temple en calcaire. Celui-ci mord à vrai dire tiès peu sur la rotonde (v. fîg. 112) ; mais, si Xahaton avait continué d'exister à l'air libre, la face des lourds blocs de brèche du soubassement n'eût pas manqué d'être soigneusement dressée, et n'eût pas présenté l'aspect fruste qu'on leur voit encore aujourd'hui (v. fig. 11.3).
11 faut donc, quelque déplaisir qu'on ait à penser que la belle tholos de marbre a pu avoir un ancêtre aussi primitif, avouer que la solution la plus logique du problème est celle qu'avait indiquée depuis longtemps H. Graef et, à sa suite, Er. Poulsen, universellement critiqués tous deux 3 : dans l'état actuel des recherches, c'est-à-dire en l'absence de fouilles entre Marmaria et Phlemboukhos (la roche Ilyampéia, à l'Est de là fontaine de Castalie), l'hypothèse selon laquelle la tholos serait un héroon de Phylakos çst celle qui s'accorde le mieux, sinon avec les textes, du moins avec les monuments. .
Les textes sont bien connus. Hérodote mentionne le sanctuaire de Phylakos avec celui d'Autonoos, qui étaient tous deux « ^ep: zo ipôy », celui d'Autonoos, près de Castalie, sous la roche Hyampéia, celui de Phylakos, « %y.p w-xirp tyjv sccvj i x#TJM*£pQé Tij.;.p:o r/jr
1. Los monuments à abside, circulaires ou semi-circulaires, ne sont nullement exceptionnels à l'époque archaïque. Cf. la maison de la Pythie, à Delphes même (sanctuaire d'Apollon), le petit temple en fer à cheval de Gonnoi, en Thessalie (A. Arvanitopoullos, f[pazTt/.à, 1011, p. 315 sq.), et surtout les substructions circulaires détruites par l'opisthodome du temple d'Égino ou par le temple d'Apollon Daphnéphoros à Erétrie d'Eubée. Cf. G. Leroux, Les origines de l'édifice hypostyle, p. 71 sq. (réapparition des j>lans curvilignes, à Thermos, à Gonnoi, à Erétrie, à Egine, à Olympic).
2. Par exemple le Philippeion d'Olvmpie, la rotonde d'Ephèse, le monument circulaire d'Arsinoé à Samothrace, la tholos du Ptoïon, et même la tholos d'Asklèpios à Epidaure. D'après G. Leroux, ibid., une bâtisse circulaire ne saurait être qu'un tombeau. « Dans les ruines du iV et du ve siècle, écrit-il, ibid., p. 184, tout sanctuaire de plan rond doit être considéré, jusqu'à preuve formelle du contraire, comme un hérôon. » Et plus loin (p. 206) : « L'art du Ve et du ive siècle a réservé le naos h abside, comme la Iholos ronde, pour les cultes infernaux » (Kabiria de Thèbes, de Samothrace, de Délos, etc.). Cf. .1. Charbonneaux, Tholos etprytanée, dans BCH, XLIX (1Ô25) p. 158 sq.
3. Jahrbuch, XV11 (1902), Areh. Anz., p. 85 ; Fr. Poulsen, ibid., p. 370 sq. ; cf. IL Bliimner, Berl.philol. Wochenschrift, 1909, p. 920; A. Trendelenburg-, Wochenschrift fur klass. Philol., 1909, p. 618 sq. ; A.-D. Kéramopoullos, 'Es. ip-/„ 190!), p. 263-272; Fr. von Rissino-, Athen. Milt., XXXVIII (1012). p. 219-221.
Fouim.es de Delphes. I i
Il porr^.r,; » '. Pausanias, après avoir parlé des temples de Marmaria, sauf de la tholos, ajoute : « xpbq sk t<7> (epw -f,: Ilpsvstaç <ï>uXa%ou ts[/.svsç Isriv t^mc; »-. Evidemment, Fr. Poulsen s'appuie, dans son explication de ces textes, sur quelques faits, que l'étude impartiale des lieux rend caducs : par exemple, le soi-disant bothros de la tholos de marbre :1, ou l'emplacement qu'il fixe à la grande route 4 ; il traduit à tort ip;v par temple. Le texte d'Hérodote peut s'expliquer aussi facilement si l'on place la route au Nord du téménos, là où elle était en fait. Il faut reconnaître que l'expression 7.»TÔTwîp6e tsj [pou ne s'interprète que par un artifice ' : la route montait, d'Est en Ouest, vers le sanctuaire d'Apollon ; le téménos de Phvlakos, situé plus à l'Ouest, était donc plus haut que celui d'Athèna ; sou entrée le long de la route était à un niveau légèrement plus élevé. Le petit mur archaïque, noté cidessus à l'Est de la tholos'', indiquerait que le sol était un peu plus haut en elfet à l'Ouest de la terrasse. Le texte de Pausanias s'accorderait mieux avec les ruines. Si l'on peut se lier à la précision de son récit, il nommerait d'abord les quatre monuments du téménos d'Athèna7 , puis il indiquerait un téménos important qui lui est adjoint, celui du héros Phvlakos. Il ne mentionne pas de téménos de Zeus. d Attends, de Poséidon, d'Hygie, ni d'aucune autre divinité, mais il cite celui de Phvlakos, parce qu'il est représenté par un monument important, la tholos. La découverte de cette sorte de bothros (pue représentent les substructions circulaires, bien que nul déhris probant n'y ait été recueilli, vient donner une force singulière à la thèse de Fr. Poulsen 8.