LE SANCTUAIRE HELLÉNIQUE
Avec la tholos et le temple en calcaire, nous voici parvenus à la dernière grande époque du sanctuaire d'Athèna Pronaia, celle qui correspond à la réfection en bel appareil hellénique des soutènements du Nord-Ouest et du Nord-Est du téménos.
Le temple en calcaire et la muraille hellénique, contemporains du dernier temple du grand sanctuaire, ont pu bénéficier des ressources extraordinaires procurées au trésor sacré tant par les offrandes recueillies pour rebâtir le temple d'Apollon, après la catastrophe de 373 ', que par les indemnités de guerre prélevées sur les Phocidiens au milieu du ive siècle'-. La tholos serait un peu plus ancienne !, bien qu'on ait, semble-t-il, démoli pour elle le mur de tuf — dont on aurait remployé quelques blocs dans ses fondations '' — , et qu'il n'ait pas existé de soutènement entre le mur de tuf et le mur hellénique, contemporain du temple en calcaire.
La tholos et le temple de calcaire faisant chacun l'objet d'une étude spéciale dans cette même publication 5, on se bornera à indiquer ici quelles conséquences eut pour l'ensemble du sanctuaire l'adjonction de ces monuments. Jusque-là le centre du culte n'avait pas varié. Depuis l'époque préhellénique, la région sainte était à l'Est : la terrasse des autels. Le temple en calcaire marque un déplacement très notable vers l'Ouest. Pourtant, autour de lui, on n'a relevé nulle trace d'autel.
1. Séisme ou incendie ici'. Beloch, Griech. Gesehichte-, III, 1, p. 370, n.4), ou écroulement provoqué par les eaux de ruissellement, selon l'ingénieuse hypothèse de F, Courby (ibid., p. 112-3).
2. A.-D. Kéramopoullos, ibid., p. 84, et G. Karo, ibid., p. 217, le placent clans le 3e quart du ive siècle.
3. Sa place même sur la terrasse l'indiquerait. Si les deux monuments (temple de calcaire et tholos) étaient exactement contemporains, ils eussent été presque nécessairement différents par leur destination et peut-être aussi par l'origine des fonds. Simultanément, on n'eût pas, semble-t-il, construit la demeure d'Athèna moins belle que la tholos, quel que soit le rôle tenu par cette dernière. L'intervalle, toutefois, ne doit pas être considérable, si l'on s'en fie à l'analogie des chapiteaux et des soubassements (krépis, goujons liant les colonnes au stylobate). Pourtant J. Charbonneaux estime que, malgré le scellement des tambours inférieurs des colonnes au stylobate, les proportions des gouttes (1/3 de la régula) « exceptionnelles au Ve s. » (La tholos, p. 6) et l'amortissement supérieur rectiligne des canaux des triglyphes (p. 6), la tholos doit être datée au plus tard du dernier quart du v s. (p. 32). Cf. p. 34 : « le chapiteau, contemporain, de Bassae » (K. Gottlob). Il semble toutefois avoir eu peine à abandonner l'attribution traditionnelle (1er tiers du ive s.) : cf., p. 28, date de la tholos : « près d'un siècle après les guerres modiques ». Th. Homolle, au contraire (BCII, L (1926), p. 10b), maintenait la date de 373 à 360 pour « la tholos et le nouveau temple d'Athèna », où il pensait reconnaître les /.i.-o> vaoûs de Plutarque. L'adoption de cette dernière hypothèse inciterait à reculer cette date, puisqu'il place (ibid., p. 97) « l'épisode de Cratès et Orsilas entre 450 env. et 428 ». Les travaux ont pu s'échelonner sur une relativement longue période.
4. On retrouve la même forme trapézoïdale des blocs de poros dans le mur de tuf (principalement au Nord de la tholos: et dans les deux assises supérieures des fondations de la tholos.
5. J. Charbonneaux (et K. Golllobl, La tholos;]. Charbonneaux (et M. Andersen;, Le temple en calcaire.
Voici comment on pourrait, selon nous, comprendre la succession des deux temples. Le fond du temple en tuf, plus résistant parce que protégé, depuis la chute des rochers de 480, par les murs d'entrecolonnemerits ', aurait continué à être utilisé après le ivr siècle — comme peut-être le vieil Hécatompédon d'Athènes, après l'incendie — , et on s'expliquerait ainsi le mur de séparation venu tardivement réduire la longueur de la cella -. Le centre du
culte étant demeuré, au moins pour un temps, à l'Est du hiéron, on conçoit qu'il n'y ait pas trace d'autel aux environs du temple en calcaire. Du fait que le grand temple en tuf a été vu en ruines par Pausanias au n1' siècle après J.-C. — et, à l'époque de Pausanias, le temple d'Athèna Pronaia était bien le temple en calcaire — , il ne s'ensuit pas qu'il ait été détruit complètement cinq siècles auparavant, lorsqu'on a édifié le temple en calcaire, Les deux temples ont pu, on en a par ailleurs de nombreux exemples, coexister, au moins pendant un certain temps. Si le temple en tuf avait été complètement en ruines au ivr siècle, on aurait probablement remployé ses pierres, en tout ou en partie, dans les murs du nouveau temple, comme on l'avait fait déjà lors de la construction du deuxième temple. Or, on n'a pas utilisé, dans les fondations ni dans les murs du temple en calcaire, le moindre bloc de tuf, et on a choisi un nouvel emplacement, non point parce que l'ancien était plus exposé (il suffit de voir l'énorme rocher arrêté au-dessus du temple en calcaire (fig\ 117), pour convenir que les quelques dizaines de met res séparant les deux temples diminuaient Fig. 117. — Hocher arrêté au-dessus du temple en calcaire, assez peu les risques d'écrasement), mais
parce qu'il ii'élaUjtas encore, désaffecté. On a pensé d'abord que l'un des temples était celui d'Athèna Erganè, l'autre celui
1. Lesmùrs ferrùantlès eMrcécîf.Gmiements du temple F de Sélinoutr ou de l'Olynipic'mn d'A-ri-enUne peuvéat être invoques ici comme terme de comparaison. Datant de l'époque de la construction des temples, ce dispositif tient lieu, non pas de contrefort, comme à Marmaria, mais de barrière masquant au public certaines cérémonies du eullo. Cf. .1. Mulot et (i. Fougères; SY///,o/i/<\ p. 248;