‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 20 sur 148 · OBSERVATIONS CHRONOLOGIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS CHRONOLOGIQUES

On a remarqué volontiers la parenté du chapiteau du deuxième temple en tuf de j Marmaria avec celui du Trésor des Athéniens2. Mais s'il est vrai que ce Trésor doive être sûrement daté d'après 490 3, il n'est pas possible d'admettre une date aussi basse pour le temple d'Athèna. Ses lourdes colonnes de tuf (cf. pi. VIII et IX, reconstitutions des façades S. et E.), le plan allongé de sa cella sans opistbodome, les entrecolonnements plus larges aux façades qu'aux longs côtés, la mosaïque du sol, la krépis à deux marches inégales, le style enfin de la décoration sculptée ne permettent pas, à notre avis, de proposer une date postérieure à 500.

Préciser davantage est difficile. S'il est toutefois permis de le tenter, nous nous reporterons aux conclusions auxquelles l'étude de la topographie du sanctuaire nous a conduit antérieurement4 : le temple de tuf du vic' siècle est contemporain de la grande enceinte d'appareil néo-polygonal. En elfet, les dimensions du nouveau temple, très supérieures à celles du précédent, ont pour ainsi dire fait éclater l'ancien péribole. On dut, au Nord, couper le vieux mur des autels (cf. fig. 8,-|-), et creuser dans la montagne une niche de dix mètres de profondeur; les terres récupérées servirent de remblai, et permirent d'élargir la terrasse vers le Sud. Si donc les murs d'enceinte, qui le protègent au N. et au S., sont contemporains du temple, l'ensemble du grand péribole, qui se poursuit identique au S., à l'E. et à

1. Nombreux exemples pour les temples d'Apollon. (X F. Courby, Fouilles de Delphes, II, lu Terrasse du lemple, 1, p. 88-9 et 108.

2. A. Frickenhaus, A t lien. Mitt., XXXV, 1910, p. 238 ; E. Bourguel, Les Ruines de Delphes, p. 312. La courbe des échines nous paraît toutefois assez différente.

3. Les dernières recherches de l'Ecole Française à Delphes ont permis de dater ce monument de façon certaine : la date de 490 devrait être considérée comme un terminus posl quem obligatoire.

4. Essai sur les murs d'enceinte du sanctuaire d'Athèna Pronaia à Delphes, mémoire présenté à l'Académie des Inscriptions en 1920. Cf. Th. Homolle, CR. Ac.ul. Tnscr., 1921, p. 40.

l'O.. est également de la même époque que lui. Par conséquent, les travaux entrepris n'auraient pas été limités au temple, mais étendus à l'ensemble du sanctuaire.

Une pareille activité suppose que les finances sacrées de Delphes avaient été grossies d'un afflux considérable, ou qu'une raison spéciale a motivé, particulièrement pour le téménos d'Athèna, cette prospérité nouvelle. Il est probable que, dans la seconde moitié du vie siècle,

le sanctuaire de Marmaria a bénéficié à la fois d'un événement particulier et d'un accroissement important des ressources de Delphes. On lira plus loin le récit de Plutarque ', rapportant, après Aristote, l'aventure de Cratès et d'Orgilas, la profanation du sanctuaire d'Athèna, qui nécessita la reconstruction des temples du bas. Ce n'est point le lieu de discuter longuement l'application de cette précieuse, mais vague indication à tel ou tel édifice'-. Qu'il ait pensé, en ell'et, à tel ou tel autre monument ou à l'ensemble du sanctuaire, c'est avant tout pour le grand temple cpie Plutarque a écrit « àv<pxs§épj<jav touç v.i-M vasû; ». Et s'il est un vai; auquel convienne parfaitement sa phrase, c'est bien le temple de tuf, cœur du lipiv souillé par la profanation de Craies. D'après les conclusions auxquelles on est parvenu d'autre part, en tenant compte de l'incertitude de la date exacte de la confiscation de biens, on peut admettre qu'à ces ressources extraordinaires vint s'ajouter, au dernier quart du vic siècle, le surplus des sommes considérables amassées par les Alcméonides, pour rebâtir le temple d'Apollon, détruit par un incendie en 848.

La Grèce s'était montrée généreuse ; la souscription, très largement couverte, permit non seulement de reconstruire, au grand sanctuaire, un monument plus beau et plus riche qu'il n'était prévu dans le contrat, mais elle vint s'ajouter aux revenus régulièrement donnés par les biens confisqués vers la deuxième moitié du siècle. Nous conclurons donc que le début de la construction du temple d'Athèna fut contemporain de la fin des travaux du grand sanctuaire, au moment où l'état d'avancement du temple d'Apollon et le reliquat des fonds

Fijr. 32. — Canalisation d'époque romaine.

1. Pra.ec. r/er. reipubl., XXXII, S2o B ; Aristote, Politica, V, 3.

2. Cf., infra,ch. u, la discussion relative aux deux trésors, et, fasc.2, le chapitre concernant la topographie du sanctuaire d'Athèna.

LES TEMPLES DE TUF

existants permettaient d'envisager sans crainte l'achèvement de ce monument. Si l'on nous pressait de fixer une date, nous indiquerions la période 520-505 '.

Ce temple existait donc déjà, selon nous, lors de l'irruption des Barbares et de la chute des rochers, qu'Hérodote vit encore dans le sanctuaire2. Nous placerions volontiers vers cette époque la construction du mur d'entrecolonnements et les réparations, dont quelquesunes, encore visihles, sont signalées plus haut. Il faut, d'ailleurs, penser que nous ne pouvons plus voir que quelques traces de dommages, qui, pour les parties hautes du temple, devaient être beaucoup plus considérables.

Ce fut vraisemblablement dans la première moitié du iv1' siècle, qu'un tremblement de terre, peut-être celui de 373/2 :! — le même qui détruisit le temple des Alcméonides, s'il est

Fig. 33. — Chapiteau retaillé.

exact que le temple d'Apollon ait été détruit par un tremblement de terre ', — vint ruiner définitivement l'édifice. Les dégâts irréparables produits moins, sans doute, parla secousse sismique elle-même, que par la chute de rochers dont elle dut être accompagnée, et la crevasse qui semble s'être ouverte, à cette époque, sous le péristyle N. du temple, nécessitèrent l'abandon de l'emplacement plusieurs fois frappé. Le temple s'était probablement écroulé en partie, au moins dans la moitié méridionale ; peut-être avait-on dès lors remblayé et nivelé

1. Le temple archaïque d'Apollon fut également terminé vers 50"» (F. Courby, ibid., p. 110). Cette concordance expliquerait les grandes analogies entre les sculptures des frontons des deux temples, œuvre peut-être d'un même atelier (cf. Fr. Poulsen, ibid., p. 337-341).

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