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E. Bourguet, Les Ruines de Delphes, p

LES TEMPLES DE TUF

Parmi ces trop rares débris, il convient de mentionner d'abord deux pierres1 (fig. 34 et 35) qui semblent toutes deux avoir appartenu à l'assise des orthostates (haut. 0 m. 74; épaisseur du mur : 0 m. 46 à 0 m. 47) ; l'une d'elles porte le canal de levage en LT 2, que nous retrouverons sur les chapiteaux comme sur les colonnes du temple primitif. Ce mode de bardage n'existe à Delphes que sur les plus anciens monuments du vue ou du début du VIe siècle (trésor de Gorinthe, trésor dit de Sicyone(fig. 36), édifices archaïques de la terrasse du temple d'Apollon) 3.

Fig. 34. — Orthostate (?) du premier temple en tuf.

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Fig. 35. — Orthostate d'angle (?) du premier temple en tuf.

Un appoint autrement important est fourni par un groupe de dix tambours, ou fragments de tambours, en tuf, provenant du même monument que les chapiteaux en galette mentionnés plus haut. Us ont été, aune époque difficile à préciser, — peut-être lors de la démolition du temple auquel ils appartenaient, — retaillés et remployés comme soutien de dallage, devant le trésor ionique ; ils y sont encore aujourd'hui (fig. 37). Les deux fûts retrouvés

1. Le bloc portant le canal de levage se trouve au niveau du mur intérieur du deuxième temple en tuf; l'autre pierre est sur la terrasse des autels. Ajoutons, pour mémoire, deux moellons remployés à l'extrémité du mur de soutènement protégeant le côté occidental du deuxième temple en tuf (pi. III. Plan de Vêlai actuel, t). Nous n'avons pas retrouvé le fragment signalé par A. D. Kéramopoullos, To-, AsXo., I, p. 70, et portant la marque SIM.

2. Le canal de levage, creusé sur l'une des grandes faces, près d'un bord, n'implique pas nécessairement, semble-t-il, que la dalle ait dû être posée à plat; en le ménageant sur la face interne de l'orthostate, on évitait de diminuer la résistance du lit d'attente, et on limitait, en une certaine mesure, les risques de rupture du tenon au montage. Les dimensions du bloc ne permettent guère d'envisager pour cette dalle un autre emploi que celui d'ortbostate.

3. F. Courby, Fouilles de Delphes, II, La Terrasse du temple, 2, p. 190.

ROUILLES DK DELPHES

dans les fondations du deuxième temple portent à douze le nombre des tambours ou fragments de tambours dont on peut faire état pour tenter une restauration de la colonne. Sept, parmi eux, ont pu fournir des indications très utiles.

Les fûts ont été équarris généralement sur trois côtés, et parfois sur une grande partie du quatrième ; les arêtes sont presque toujours brisées ou émoussées. Ces dégradations rendent particulièrement délicate et aléatoire la restitution des diamètres '. Une restauration de la colonne a pourtant été tentée avec ces éléments. Il semble nécessaire d'indiquer ici la méthode employée pour atteindre ce résultat.

A défaut de moulages, on a dû se contenter d'ajouter aux diverses mesures des fûts l'estampage plusieurs fois contrôlé des extrémités. On a ensuite reconstruit, sur le papier, chaque bloc équarri, puis chaque tambour. A ce stade, on a dû éliminer quelques fûts dont les données étaient insuffisantes. La pi. XI donne les profils principaux et les deux diamètres extrêmes des sept tambours qui seuls ont pu être retenus. On a, enfin, très exactement découpé dans du carton les éléments certains, et replacé à leur hauteur, sur une colonne type, chacun des

Fig. m>. — Canal de levage .m trésor dii de Sicyone.

Fif.'. 'i7. — Parvis du trésor ionique.

I. La dilliculté est telle qu'on a attribué par erreur à la colonne 18 cannelures au lieu de 16. Cf. Fr Poulsen, iliid., p. 342.

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tambours reconstitués (pi. XII). La précision des mesures s'est trouvée vérifiée par le fait que trois des tambours portent des mortaises de scellement qui se correspondent exactement.

Fis. 3S. — Tambours du premier temple en lui'.

Voici les éléments utilisés pour cette restauration :

Tambour /(pi. XI, i, et fig. 38). Parvis du trésor ionique, côté Est. Long. 1 m. 00. Le lit supérieur est bordé d'un filet qui indique le haut d'une colonne. Le bloc est équarri de trois côtés, mais, sur chaque face, un fragment d'arête subsistant permet de reslituer sûrement le diamètre : soit, en haut, 0 m. 312 entre arèles, 0 m. 298 entre cannelures ; on a rétabli le diamètre maximum primitif à 0 m. 315, pour compenser l'usure de l'arête. Le diamètre inférieur restitué (entre cannelures) est : 0 m. 395. Les mortaises, carrées, des goujons sont plus petites au lit supérieur (0 m. 07 ; prof. 0 m. 05) qu'au lit inférieur (0 m. 09 ; prof. 0 m. 04). Il n'existe pas de canal de levage. Sur le fût une cavité allongée (haut. 0 m. 055; long. 0 m. 01 ; prof. 0 m. 025), non creusée suivant un diamètre, permet de supposer l'existence d'une grille d'entrecolonnements.

Tambour II (pi. XI, n et fig. 38). Parvis du trésor ionique, côté Est. Long. 1 m. 20. Le tambour est équarri sur trois faces. Diam. super, max. restitué :0 m. 3G5 ; infér. : 0 m. 44. Le fût présente deux mortaises opposées pour scellement de grille. Deux canaux de levage en U sont creusés sur le lit d'attente, à droite et à gauche du scellement central. Le lit de pose porte la marque d'assemblage Vf.

Fragm. de tambour III (pi. XI, ni et fig. 38). Parvis du trésor ionique, côté Est. Larg. Om. 975. Equarri sur trois faces. Diam. super, max. restitué : 0 m. 377 ; infér. : 0 m. 432. Une cavité rectangulaire pour scellement de grille. L'extrémité supérieure a été recoupée presque au niveau du fond de la mortaise de scellement.

Tambour IV (pi. XI, iv). Parvis du trésor ionique, côté Est. Long. 1 m. 09. Equarri sur trois faces. Diam. super, max. restitué : 0 m. 377; infér. : 0 m. 435. Un peu plus long que le précédent, il se place à la même hauteur que les tambours II et III.

Tambour V (pi. XI, v, et fig. 38). Parvis du trésor ionique, côté Est. Long, 0 m. 93. Equarri sur trois faces. Diam. super, max. restitué : 0 m. 412 ; infér. : 0 m. 464. Une cavité rectangulaire pour scellement de grille. Le lit supérieur porte deux canaux en U ; la mortaise du goujon a été recreusée plus profondément au centre.

Tambour VI (pi. XI, vi et fig. 13 et 23, c). Remployé sous les orthostates de la cella. Long. 1 m. 104. Equarri sur trois faces et une partie de la quatrième. Les demx extrémités sont retaillées ; anathyroses nécessitées par le remploi dans le mur du deuxième temple. Diamètre super, max. restitué : 0 m. 456 ; diam. infér. 0 m. 507. Une mortaise pour scellement de grille. Le lit de pose porte au centre, une petite cavité carrée (côté 0 m. 03) de faible profondeur (0 m. 02). C'était un tambour inférieur de colonne.

Frac/m. de tambour VII (pi. XI, vu et fig. 39). Cella du deuxième temple en tuf. Long. 0 m. 80. Retaillé sur deux faces. Le haut est brisé ainsi qu'une partie du bas. Diam. super, restitué : 0 m. 489 ; diam. infér. restitué :0 m. 524. Au lit de pose, même cavité carrée qu'au tambour précédent.

Les tambours suivants n'ont pu être utilisés pour la restauration de la colonne :

Figr. 39. — Tambour (VII) remploy

la cella du deuxième temple.

diuis

Brisé

à une extrémité

Fragm. de tambour 8. Parvis du trésor ionique, côté Est. Long. 0 m. 58. Equarri sur les quatre faces, une mortaise de scellement carrée (0 m. 09 ; prof. 0 m. 055).

Tambour 9 (deux fragments). Parvis du trésor ionique, côté Est. Long. \ m. 20. Equarri sur trois faces, brisé sur la moitié de la quatrième. C'était vraisemblablement un fût supérieur (traces peu distinctes d'un filet) ; deux mortaises de scellement de goujons.

Fragm. de tambour 10 (fig. 38). Parvis du trésor ionique, côté Ouest. Long. 0 m. 385.

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Equarri sur trois faces et très dégradé. Deux canaux de levage en U au lit supérieur ; la mortaise de scellement rectangulaire (0 m. 075 >< 0 m. 08 ; prof. 0 m. 02) a été recreusée au centre (cavité cylindrique ; prof. 0 m. 04).

Tambour 11 (fig. 38). Parvis du trésor ionique, côté Ouest. Long. 1 m. 01. Equarri sur trois faces et presque la moitié de la quatrième. Deux mortaises de scellement de goujons.

Tambour 12 (fig. 38). Parvis du trésor ionique, côté Ouest. Long. 1 m. 19. Équarri sur trois faces et une partie de la quatrième. Deux mortaises de scellement de goujons.

Ces deux derniers tambours correspondraient, approximativement, pour leur placement dans la colonne type, au tambour V.

Les tambours /Y, /// et IV, qui sont, pour une grande partie de leur fût, superposables, chevauchent également les tambours / et V, entre lesquels ils établissent une liaison certaine : le haut de la colonne se trouve ainsi reconstitué, en tenant compte du galbe assez sensible que présentait le fût, sur une hauteur de 2 m. 26. Puis vient se placer le tambour VI, qui est un tambour inférieur de colonne (pi. XII, e). Le tambour Vil a été laissé de côté à dessein : pour l'insérer dans une colonne composée des mêmes éléments que la précédente, il faudrait supposer un fût mesurant 3 m. 45, et, avec le chapiteau, 3 m. 74, c'està-dire que le rapport du diamètre inférieur (0 m. 324) à la hauteur de la colonne serait supérieur à 7 (7, 137). Bien que cette proportion ne fût pas à rejeter sans examen, puisqu'elle a pu être envisagée pour d'autres colonnes doriques très archaïques ', il a semblé plus sûr de supposer que le tambour VII provenait d'une colonne de diamètre légèrement supérieur (colonne d'angle, par exemple).

Le profil très allongé qu'un architecte a pu choisir pour une colonne de petit édifice, pour un support monolithe surtout, paraît — dans l'état actuel de nos connaissances — irrecevable pour une colonnade de temple. On a donc supposé une colonne au fût moins effilé, et rétabli, avec un diamètre inférieur de 0 m. 51 (entre arêtes), une colonne de 3 m. 38 de hauteur, chapiteau compris, ce qui donne une proportion moins exceptionnelle de 6 1/2 diamètres(pl. XIII, f). L'inclinaison des arêtes sur la verticale correspond à peu près au maximum connu jusqu'ici2 (0 m. 03 par mètre).

La colonne a seize cannelures3, dont la section forme un arc très aplati, presque une facette, même si l'on rétablit à angle vif les arêtes émoussées ; ainsi la solidité d'un support

1. La colonne du petit temple de Gaggera (Déméter) à Sélinonte, reconstitué par J. Hulot et G. Fougères [Sélinonte, p. 271) et daté des environs de 550 (ibid., p. 281), aurait un peu plus de 7 diamètres. A Sélinonte également, les plus anciennes colonnes du temple G auraient, d'après R. Koldewey et O. Puchstein (Gr. Tempel Unterital. u. Sicil., p. 126-7 et 195), 7 diamètres 1/2; autour de 6, d'après J. Hulot et G. Fougères (ibid., p. 255), qui rétablissent le diamètre inférieur de la colonne à 2 m. 80, au lieu de 2 m. 60 selon les premiers éditeurs. La colonne de la tholos archaïque de Sicyone à Delphes aurait eu des proportions analogues (voisines de 6 diam.) ; cf. infra, p. 66, n. 2. Il faut descendre ensuite jusqu'aux temples du Sounion (6,08) et de Némée (6,47) pour retrouver un semblable allongement de la colonne.

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