LN.18 PI
Fragment de mufle de lion. La terre est dure, homogène, plutôt verdâtre en profondeur. Le lustre est légèrement orangé. H. = 0,08. Largeur = 0,065. Épaisseur des parois = 0,025. Il ne subsiste que la moitié gauche de l'extrémité du museau. On y distingue deux parties :
a) Le nez. Il est très court, large, aplati. Les naseaux sont figurés plastiquement, par un trou allongé, dissymétrique, entouré d'un bourrelet plastique. Sur la surface supérieure du museau courent trois rides transversales incisées, à l'extrémité ondulée. Plus en arrière se voit l'extrémité de rides longitudinales. La « truffe » du nez est peinte d'une couleur noir-verdâtre, y compris le trou des naseaux ; le reste est réservé.
b) Les froncements au-dessus de la gueule. Il y avait quatre bourrelets ; en bas, on voit l'amorce de la lèvre supérieure. Chaque bourrelet est rendu plastiquement ; il est cerné d'un trait noir-verdâtre, et décoré de cercles pointés de même couleur, disposés stoichédon. Dans le moindre détail, technique et plastique sont extrêmement soignées.
Cette pièce appelle la comparaison avec les lions de Calydon (par ex. Laphrion, 170 fig. 170) qui présentent la même décoration des plissements du mufle. Mais ces plissements n'y sont pas rendus plastiquement, et les cercles ne sont pas pointés. Ces différences sont révélatrices. L'impression d'ensemble est que le fragment delphique est beaucoup plus soigné, manifeste un souci beaucoup plus poussé du détail. Bref, il est nettement plus proche de la grande tradition protocorinthienne. Les proportions mêmes de notre fragment sont instructives. Elles sont bien plus carrées que celles des lions de Calydon1. La décoration du mufle est d'un type qui s'est certes prolongé à l'époque du style corinthien ancien, mais qui est surtout caractéristique du style de transition. C'est pourquoi nous proposons une datation dans les dernières années du vne siècle. Ce fragment serait donc avec ceux de Thermos (GFR, pi. 34, fig. 123) et de Corfou (ibid., pi. 20, fig. 65), l'une des plus anciennes gargouilles de terre cuite en forme de tête de lion ; c'est de toute façon l'un des fragments les plus intéressants de Delphes et l'un des plus soignés. Il n'est pas possible de l'associer de façon précise à un toit. La technique et la terre rappellent A. 3 (série 9, p. 43), mais il serait hasardeux d'en tirer une conclusion.