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Antéfixe pentagonale fragmentaire à rampants concaves. Argile ocre à grains. L. = 0,15. H. — 0,065. Profondeur = 0,14. L. restituée = 0,206. Il reste la partie centrale et le rampant gauche. Le décor peint a disparu. Les rampants sont incurvés sur une profondeur de 0,118 ; à l'arrière, le couvre-joint reprend sa pente rectiligne.
(1) Sur la distinction entre tuiles « laconiennes » et « corinthiennes » et les réalités que recouvrent ces dénominations, cf. Martin, 68-72. A la bibliographie, ajouter la mise au point de D. A. Amyx, « The Attic Stelai », Hesperia 25 (1956), 281-287.
(2) Cf. Âkerstrôm, passim et en particulier p. 239-245.
(3) On trouvera un exposé critique et prudent des données du problème dans Martin, 87 n. 3.
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3. P.27 Coin arrière droit d'une tuile plate. Argile identique à celle des fragments
précédents. L. = 0,195. H. au bord = 0,06. L'ergot latéral, bien conservé, est
très simplement modelé, sans biseau. Au revers, des grains de sable adhèrent par endroits à l'argile.
L'attribution de ce fragment au toit 5 est hypothétique ; il pourrait convenir à d'autres toits
du viie siècle.
S. 102 est difficile à interpréter. Rampant et long côté se laissent malaisément distinguer : l'angle aigu que fait la face de la tuile de rive avec le soffite est si peu marqué qu'il pourrait s'agir d'un hasard. De toute façon, il faut admettre, soit que la pente du toit était extrêmement faible, soit que la fausse antéfixe était vue en position fortement oblique, soit enfin que le rampant du fronton était décoré de fausses antéfixes, cas très rare mais néanmoins attesté1. On pourrait aussi penser que nous avons là l'angle d'un toit « brisé » ou « chinois ». On verra dans un instant que cette pièce présente des analogies stylistiques avec les produits des ateliers occidentaux. Or, G. Dontas a précisément cru reconnaître à Corfou les restes de tuiles appartenant à un tel toit brisé2. La rencontre serait intéressante. Mais on sait que l'existence même des toits « chinois » est fortement contesté^3. Il me paraît impossible de conclure à partir du seul fragment delphique, qui est de surcroît unique en son genre, et il faut attendre la publication détaillée des trouvailles corcyréennes.
Les faibles restes de protomé posent un problème d'interprétation : on distingue nettement une langue pendante, et la mâchoire inférieure ne faisait pas saillie ; il s'agit donc soit d'un gorgoneion, soit d'une tête de lion très archaïque, comparable à celle qui orne la base d'Euthykartidès à Délos4. De toute façon, il paraît exclu que cette protomé ait servi de gargouille : on ne relève aucune trace de conduit pour l'eau de pluie ; de plus, la forme extrêmement plate de la gueule (ou de la bouche s'il s'agit d'une Gorgone) ne
(1) Cf. P. C. Sestieri, « Terrecotte posidoniati », Botletino d'Arle 48 (1963), 220 n. 17.
(2) Cf. Arch. Delt. 18 (1963), II, 2, Chroniques, 171.
(3) L'exposé le plus complet de la thèse favorable au toit « chinois » est celui d'E. Dyggve, Laphrion, 307- 311. Au contraire, W. B. Dinsmoor, Architecture of Ancient Greece*, 81, n. 3, refuse absolument d'admettre leur existence. A. T. Hodge (The Woodwork of Greek Roofs, 89-91), tout en acceptant les objections de Dinsmoor, apporte d'autres arguments en faveur du toit « chinois ». Mais c'est à tort qu'il considère comme douteux le cas du temple de Calydon : K. Rhomaios (Keramoi, 53-56) a montré de façon convaincante que le bloc de sima angulaire portant la base d'un sphinx d'acrotère appartenait à un toit à pente normale. J'ai pu, grâce à l'obligeance de M me S. Karouzou, examiner le fragment au Musée National d'Athènes et constater l'exactitude des descriptions de Rhomaios. Hodge allègue d'autre part la chapelle souterraine découverte à Paestum (o. c, 90 et pi. XII, a et b), qui a en effet un toit brisé. Mais il est clair que le toit d'un monument enterré n'a pas la même fonction architecturale que celui d'un édifice normal : la comparaison n'est donc pas absolument probante. De plus, si ce toit est bien « brisé » au niveau de la «charpente», il ne l'est justement plus au niveau des tuiles. Je voudrais enfin signaler la fragilité d'un argument d'E. Buschor, fondé sur l'examen de deux antéfixes, à décor identique, de l'Acropole d'Athènes (TdA II, 32). Selon lui, l'arête supérieure du couvre-joint de rive K. 230 (III A, p. 30, fig. 39 et 41) forme avec la verticale de l'antéfixe un angle droit, tandis que l'arête supérieure du couvre-joint K. 231 (III B, p. 30, fig. 39 et 42) forme avec la verticale de l'antéfixe un angle nettement obtus. Par conséquent, le versant auquel appartient III B est plus raide que celui auquel appartient III A, ce qui ne peut s'expliquer que par un toit à croupe ou par un toit « chinois ». Mais il faut observer que l'antéfixe K. 230 n'est pas intacte. L'inclinaison exacte de l'arête supérieure du couvre-joint n'est donc pas assurée : sur sa fig. 39, Buschor lui-même l'a figurée en pointillé. En conséquence, rien n'empêche que les deux couvre-joints aient été semblables, et aient appartenu à un toit à deux versants normal.
(4) Cf. les photographies publiées par G. Bakalakis, BCH 88 (1964), 545 fig. 5 (lion) et 547 fig. 7 (gorgoneion). Les deux motifs se ressemblent à ce point qu'on a pu les confondre : cf. J. Ducat, BCH 88 (1964), 601 n. 5.
s'y prête pas1. Ceci paraît bien confirmer que la protomé ne se trouvait pas sur le long côté du bâtiment2. Il est donc possible que, comme sur l'un des temples de Thermos, une frise plastique ait orné le rampant du fronton3. Les mèches qui encadrent le bas de la tête sont traitées en larges et courtes bandes concaves. Elles rappellent précisément, en plus fruste, la crinière de la plus ancienne protomé léonine trouvée à Thermos ; cette dernière appartenait à un toit à croupe et remonte au dernier quart du vne siècle av. J.-C.4. Quant aux antéfixes, elles sont du type « à double égoût ». Cette forme apparaît dès le haut archaïsme5 et persiste, compliquée ou non d'une palmette faîtière6, jusqu'à l'époque hellénistique7. Ici, la découpure très simple semble typologiquement plus ancienne que celle des tuiles de rive du « toit bigarré » de Calydon8, daté par Rhomaios de la fin du vne siècle. Nous sommes donc, comme dans le cas de la protomé, orientés vers le dernier quart de ce siècle.
L'intérêt de cette série serait évidemment de nous offrir, après ceux de Thermos, de Calydon et de Corfou9, un nouvel exemple de toit archaïque à décor plastique. Si nous étions assurés que, comme semble l'indiquer l'argile (ocre, additionnée d'une chamotte brune), il a été fabriqué par des artisans corinthiens, le fait aurait une certaine importance. En effet, Pline l'Ancien (Hist. Nat. XXV, 151-153) attribue à Corinthe l'invention de ce type de revêtement10. Mais les trouvailles de Corinthe même ne confirment pas cette affirmation, que l'on a pu mettre en doute11. Tous les exemples connus, géographiquement bien groupés, proviennent des ateliers de la Grèce occidentale, et semblent indiquer que ces derniers ont eu une activité féconde et un style indépendant de l'« école corinthienne»12. Si la pièce delphique est corinthienne, elle constitue le «chaînon manquant » entre Corinthe et la Grèce de l'Ouest et permet donc d'attribuer à Corinthe l'invention de ce type de décor et de vérifier par là le texte de Pline. Mais, si l'argile, paraît corinthienne, deux points surprennent : tout d'abord, l'absence de couverte en
(1) Cf., par contraste, le canal de gouttière bien conservé sur le lion de Thermos cité ci-dessous n. 4.
(2) On pourrait objecter que les têtes de lion d'angle sont fréquemment pleines, et ne jouent pas le rôle d'une gargouille. Mais cela tient alors au socle d'acrotère qui occupe le coin du toit ; encore ce dernier est-il parfois creusé pour ménager une gouttière : cf. à Delphes S. 23, toit 42,2. En l'absence d'acrotère, la tête de lion est normalement évidée : cf. LN. 5, toit 13, 9.
(3) Cf. Jdl 28 (1913), AA, 98-99 (Rhomaios).
(4) Cf. Anlike Denkmâler, 1901-1908, pi. 53 A 1 et p. 8 fig. 10. GFR, 122 (2), flg. 123, avec bibliographie. Voir en dernier lieu J. Dôrig, « Fruhe Lôwen », AM 76 (1961), 71-72, Beil. 54, 3 : vers 625-620. G. Dontas vient de découvrii à Corfou, dans la villa « Mon Repos », une tuile munie d'une protomé léonine, dont la forme s'apparente étroitement à la tuile de Thermos (cf. BCH 89 (1965), 755 flg. 2), tout en étant sans doute légèrement plus récente. Voir en dernier lieu Arch. Dell. 18 (1963) II, 2, Chroniques, pi. 198 et p. 167 et ss.
(5) Cf. Laphrion, pi. XVII. K. Rhomaios, Arch. Eph. 1937, pi. I (face à la p. 312). Pour le vie siècle, cf. W. Vollgraff, Le sanctuaire d'Apollon Pythéen à Argos, 19 flg. 15.
(6) Comme sur l'antéfixe I de l'Acropole d'Athènes : Buschor, TdA II, 26-27. Cf., à Delphes même, A. 41, série 26,1.
(7) Cf. une antéflxe d'Olbia, Jdl 25 (1910), AA, 233 flg. 32 (B. Pharmakowsky).
(8) Laphrion, pi. XVII.
(9) Pour Thermos, cf. GFR, 64-71 ; pour Calydon, cf. Laphrion, pi. XVI ; pour Corfou, cf. BCH 89 (1965), 755-756, et Arch. Delt. 18 (1963), II, 2, Chroniques, p. 167-171.
(10) Cf. Éd. Will, Korinlhiaka, 579 ; R. Demangel, La frise ionique, 134.
(11) Cf. par exemple Martin, 87 n. 3.
(12) Cf. G. Dontas, Arch. Dell. 18 (1963), II, 2, p. 168-169, sur les rapports étroits entre Thermos et Corfou, et sur la richesse des ateliers occidentaux. Akerstrôm, 258, tient pour établie l'origine corinthienne des toits de Thermos et Calydon, fabriqués sur place par des ateliers ambulants. Mais c'est là, me semble-t-il, tout le problème.
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argile fine, alors que le procédé est déjà employé sur certaines tuiles « protocorinthiennes » (cf. ci-dessus, séries 2 à 4) ; il est vrai que, sur la plus ancienne des simas delphiques, il n'y a pas non plus de couverte (cf. ci-dessous toit 6). D'autre part, l'usage des rehauts blancs, dont je ne connais qu'un seul autre exemple dans la production corinthienne archaïque (cf. A.27, série 21,2, p. 56). Au total, il est tentant de voir dans cette pièce un produit corinthien qui serait à l'origine de la production plastique occidentale. Mais il n'est pas tout à fait exclu qu'il s'agisse au contraire d'une imitation de cette production occidentale à Delphes.