III. PREMIÈRE SIMA RAMPANTE
Toit 6.
1. S.3 (Inv. 5440) + S.118 PI. 5, 98 et 118 (reconstitution).
Le couple formé par les deux simas S.3 et S.4 permet de les identifier avec les fragments mentionnés JdF, 213, 17 juillet 1894 : « Dans la chambre de l'Antinous1, deux fragments de terre cuite peinte : l'un ne porte presque plus de traces visibles (NB : il s'agit de S.4), l'autre a un dessin que l'on a relevé déjà sur des fragments de terre cuite trouvés près du Trésor des Athéniens (NB : un croquis montre des languettes en fer à cheval dont le bas est effacé, comme sur S.3) ». Koch, 103, fig. 48 (S.3 seulement). GFB, 75 (2), n° 54 (id.). Deux fragments se raccordant d'une tuile de rampant droit. Argile ocre additionnée d'une chamotte marron, assez homogène. L. = 0,415. H. or. = 0,108. Le profil, droit et sans moulure, forme avec la base un angle légèrement obtus (environ 98°). Le fond rouge-brun porte, en réservé, un décor de languettes en fer à cheval dont l'entraxe varie de 0,071 à 0,073. Il n'y a pas trace d'emploi du compas. Bande rouge au soffite et sur le rebord supérieur. A droite, arrachement du recouvrement.
Deux fragments se raccordant de l'extrémité droite d'une tuile de rampant gauche. L. = 0,42. H. or. = 0,108. Épaisseur à l'extrémité droite = 0,035. Argile, décor et profil identiques à ceux de S.3. Cependant, la face décorée fait cette fois avec la base un angle droit. Sur la surface supérieure de l'extrémité droite, on observe de faibles traces d'usure produites par le recouvrement de la tuile voisine.
3. P.5+P.6 Deux fragments de tuile plate se raccordant. Argile identique à celle des frag-
ments précédents. L. = 0,58. Pr. = 0,43. L'aspect général est très semblable à celui de S.3. La partie supérieure est polie, mais incomplètement ; la surface inférieure est très inégale, il n'y a pas de traces d'outils, non plus que de sable ou d'argile. Le recouvrement antérieur, très large, est conservé sur 0,14.
(1) Ruine tardive située le long du mur Ouest du péribole, derrière l'opisthodome du temple d'Apollon, au-dessous de la fondation n° XXXI (P. de La Coste-Messelière et G. de Miré, Delphes, plan p. 317).
La sima S.3, unique en son genre à Delphes, montre bien comment ont été conçus les premiers chéneaux : ce sont des tuiles de rive dont le bord antérieur a été fortement relevé. On retrouve un profil semblable à Samothrace, sur la sima, non décorée, du Portique des ex-votos1. K. Lehmann date ce bâtiment de 550 environ, mais en insistant sur le caractère « arriéré » de la construction, dont la technique remonterait au moins au début du vie siècle. C'est, d'autre part, sur le même principe, comme le fait remarquer R. Martin, que sont conçues les premières tuiles de Thermos2. On peut enfin y joindre la sima latérale du temple de Néandria en Troade, bien que le profil droit y soit rehaussé d'une baguette3.
Quant au décor, il est des plus sobres : une frise de languettes courtaudes et pansues, tracées à main levée (sans recours au compas), en réservé sur le fond d'argile polie, dépourvue de couverte.
Il est malaisé de situer ce toit dans le temps et dans l'espace. Le caractère « primitif» du profil n'est pas forcément une preuve de haute antiquité. L'argile et la chamotte semblent corinthiennes. Mais, comme pour le toit 5, l'absence de couverte en argile fine étonne. On relève des affinités avec les ateliers occidentaux : au soffite du geison horizontal, sur le toit à protomés féminines de Calydon, on trouve des languettes très proches de celles de Delphes4. Ces réserves faites, je crois cependant que nous avons affaire ici au plus ancien type de sima corinthienne, ce qui permettrait d'attribuer à Corinthe l'invention de ce type architectural dans la seconde moitié du vne siècle.