‹ Fouilles de Delphes (volume 4)Chapitre 197 sur 257 · Fragment de draperie. PI · texte numérisé non relu

Fragment de draperie. PI

Sans numéro.

Ce fragment porte un pli analogue à ceux du précédent, mais à la courbure plus ample encore. 11 prend brusquement en bas une épaisseur qui indique la proximité immédiate du socle.

Hauteur 11.

Épaisseur : en haut, 2,1 ; en bas, 6 en moyenne.

La couleur de ces deux fragments (12 et 13) est nettement plus pâle que celle des autres ; c'est un rouge lie-de-vin délavé. Mais la conservation, meilleure en certains endroits, de la teinte originelle, montre que celle-ci était la même que partout ailleurs : il n'y a donc pas lieu de suspecter l'appartenance de ces fragments aux Nikès de Marmaria.

Fragments d'appartenance douteuse

14 et 15. Fragments de draperie. PI. 90.

Sans numéro.

Il s'agit de deux fragments de même style et provenant visiblement d'une même œuvre. Tous deux présentent d'abord une surface parcourue de plis amples et courbes (cf. nos 3, 12, 13), puis, à sa droite et faisant en profondeur angle droit avec elle, un autre plan parcouru de plis fins et pressés, divergents. Après, à droite, on voit que recommençait une zone plus calme. L'angle entre ces deux plans est formé par un pli plus prononcé.

La couleur et la terre conviendraient assez bien aux Nikès de Marmaria. Mais l'échelle semble plus petite ; d'autre part, dans aucun des fragments précédents ne se rencontre un plissé aussi fin et aussi raide (toutefois, il pourrait s'agir d'une région du vêtement dont aucun autre fragment n'est conservé). Seule, la provenance permettrait de trancher avec quelques chances d'exactitude.

Fragment a. (14) Hauteur 12,3.

Largeur 13.

Épaisseur : va de 2,5 à 5 cm (à l'angle).

Fragment b. (15) Hauteur 10.

Largeur 8.

Épaisseur : en haut, 4 ; en bas, 4,5.

NIKÈS 243

Les fragments conservés, quoique laissant entre eux de larges lacunes, permettent de se faire une idée de l'attitude des Nikès acrotères de Marmaria1. Qu'elles soient acrotères, en effet, on n'en peut guère douter : que représenterait d'autre une paire (au moins) de Nikès symétriques? Et l'on peut préciser, sans crainte de se tromper, acrotères du temple d'Athéna : le lieu de trouvaille et la date2 conviennent trop bien3.

Elles étaient dans la position traditionnelle de la course agenouillée, suspendues en l'air et ne gardant le contact avec le socle que par l'intermédiaire de la partie inférieure du vêtement, renforcée à cet effet. Le bras avant, étendu et légèrement levé, tenait une couronne4. Le bras arrière, plié au coude, tenait un pan de draperie qui tombait au-dessus de la jambe correspondante. Il est probable qu'aucun des deux pieds ne touchait « terre » ; les Nikès reposent en général sur des bases trop petites pour cela. La tête était tournée perpendiculairement à la direction du vol, avec le visage assez sensiblement baissé.

En ce qui concerne la draperie, la structure de ces Nikès reposait sur l'opposition entre les plis amples, riches sans être foisonnants, soigneusement symétriques, de la partie supérieure, et les surfaces courbes d'étoffe tendue, séparées par de très faibles dénivellations, de la partie inférieure : on ne peut dire si de grands plis verticaux comme ceux que l'on rencontre par exemple dans Acropole 693 venaient rompre cette gracieuse ordonnance5. En tout cas, les Nikès de Marmaria n'étaient pas du type, insulaire, de la Nikè Acropole 691, où la grande masse d'étoffe tenue par la main arrière tombe droit entre les jambes, provoquant dans cette région une multitude de petits plis symétriques de part et d'autre. Le système de nos Nikès est plus sobre, sans être sévère ; c'est celui des Nikès attiques, par exemple Acropole 694, ou la Nikè du temple des Alcméonides. — Où, dans ce dispositif, placer les fragments 14-15, pour autant qu'ils appartiennent à l'œuvre? Le plissé y est si serré qu'il faudrait les mettre en haut : peut-être représententils la naissance des plis tuyautés qu'accentuera le tracé sinueux mais rigide de l'ourlet noir au milieu du corps.

Parlant de vêtement on parle déjà de st\le. Celui-ci n'est ni précieux ni absolument dépouillé. L'œuvre telle qu'on peut la concevoir n'avait ni la richesse exubérante d'Acropole 691, ni la souplesse, la vicacité (autant que l'on puisse juger en l'état actuel) d'Acropole 693, ni la « grandeur » de la Nikè du temple des Alcméonides, ni l'extraordinaire dépouillement d'Acropole 694. Toutefois, s'il faut choisir, il est bien certain que nous sommes plus près de l'Attique que de l'insulaire : il ne manque à nos Nikès ni construction « architectonique », ni même une certaine rigidité. Le visage, dont un montage photographique peut présenter une reconstitution (pi. 87), se laisse aisément situer dans la

(1) L'important fragment trouvé récemment à Olympie (E. Kunze, Arch. Deltion 17, 1961-2, pi. 143), où les parties conservées sont pratiquement celles qui manquent à Delphes, forme en quelque sorte le complément théorique des fragments delphiques. Mais, si l'attitude semble analogue, le style est bien différent, notamment dans le rendu du vêtement.

(2) Vers 500, pour le temple : P. de La Coste-Messelière, FD IV 3, p. 13.

(3) 11 est possible que les acrotères faîtiers aient été des sphinx : cf. ci-après, p. 257.

(4) Il arrive que le bras avant soit franchement baissé : cf. Acropole 694. Il arrivait peut-être aussi que ce fût le bras arrière qui tienne la couronne, également en position basse : cf. la représentation du pinax de l'Acropole, E. Schmidt, Jdl 1920, p. 110, fig. 10.

(5) Le fragment d'Olympie déjà cité (Olympia III, pi. VII, 5) montre une autre façon de rompre cette ordonnance : simplement en brisant au milieu les plis tendus, qui, ainsi, ne se raccordent plus.

série des korès de l'Acropole. Demangcl évoquait1 la korè 696, visage extraordinaire dont le modelé me paraît plus développé que celui de nos Nikès. La plus proche dans le temps me paraît être le numéro 684, qui a en outre le même genre de coiffure. Ceci indique une date dans les toutes premières années du Ve siècle2. C'est d'ailleurs cette même Koré 684 qu'évoque E. Kunze à propos de la tête féminine en terre cuite d'Olympie (Neue Meislerwerke gr. Kunsl aus Olympia, pi. 58-59, p. 26-27) qui présente une très forte ressemblance avec nos fragments : même visage charpenté, plein, presque carré, à l'allure énergique. Mais il n'y a pas avec les Korès de l'Acropole analogie profonde. D'abord, la plastique en terre cuite ne semble pas suivre tous les progrès de la plastique en marbre : on s'en apercevra au traitement des yeux, notamment, dont le globe demeure absolument plat, avec les paupières schématisées par un rebord d'argile. Ensuite, on pourrait dire qu'entre les Nikès de Marmaria et les korès attiques il y a une différence d'esprit : le modelé de la partie supérieure du visage est plus anguleux, plus géométrique, réduit à l'essentiel3.

Nous avons raisonné jusqu'à présent comme si nos Nikès étaient toutes semblables. Les visages, moulés, l'étaient, semble-t-il. Mais nous avons pu déceler de petites différences d'attitude. Il y a des différences de détail, également, dans la décoration : forme des écailles, bordure de la zone des grandes plumes, décor des ailerons fixés aux chaussures. Ces différences n'ont rien de surprenant. Deux œuvres archaïques ne sont jamais strictement identiques ; ici, en particulier, deux ateliers ont pu travailler simultanément sur une maquette commune réalisée par le maître d'œuvre.

Nous avons regroupé les fragments comme s'il ny avait que deux Nikès. Il semble en effet, d'après le fragment S. 192 (ci-dessus, p. 106) qu'un seul des deux frontons ait été décoré d'acrotères. Était-ce, comme on tend naturellement à le croire, le fronton Sud, le mieux visible? La plupart des fragments ont été retrouvés entre le côté Nord du temple et le « mur polygonal du fond » (cf. p. 231) ; mais les indications du journal de fouilles n'excluent nullement l'hypothèse selon laquelle ils auraient été rassemblés là et enfouis dans l'Antiquité.

B. Nikè III

Cette Nikè résulte du rapprochement, hypothétique, de plusieurs fragments, dont la terre, la technique et l'échelle sont similaires. Tous, en tous cas, sont des débris de figures féminines.

(1) FD III, 3, p. 16, n. 1.

(2) Cf. déjà P. de La Coste-Messelière, FD IV 3, p. 13, n. 5. On se demande comment Poulsen {Bull. Acad. Danemark 1908, p. 342), Karo {BCH 1910, p. 212) et Van Buren (p. 33-34) ont pu faire remonter ces fragments jusqu'au vne siècle.

(3) D'où cette impression de « pureté » qui frappait Homolle : RAAM 1901, p. 374.

NIKÈS 245

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