‹ Fouilles de Delphes (volume 4)Chapitre 24 sur 257 · Delphes. A.6+A.7. Série 24, p. 63, pi · texte numérisé non relu

Delphes. A.6+A.7. Série 24, p. 63, pi

Le motif est exactement le même que celui de l'antéfixe n° 13 (Pérachora), mais exécuté à la main avec une incroyable maladresse : on dirait une mauvaise imitation d'un thème familier. La médiocrité de cette pièce la rend rigoureusement inclassable.

J'ai volontairement laissé de côté les antéfixes connues seulement par une reproduction insuffisante (Orchomène de Béotie, GFR, pi. 30, fig. 106; Héraion d'Argos, ibid., pi. 4 fig. 6) ou une simple description (Épidaure, ibid., 130 n°9; cf. aussi Frickenhaus, Tiryns I, 102 ; Koch, 85) ; j'ai écarté aussi les antéfixes pentagonales décorées d'un lotus renversé (Corfou, Thermos, Milet, Didymes), qui feront l'objet d'un chapitre spécial1. Dans ces limites, il n'est pas conforme à la réalité de parler, comme Payne, d'un « processus de développement extraordinairement cohérent »2. Certes, la ligne générale est claire : développement de la palmette centrale, puis des volutes inférieures, aux dépens des volutes supérieures ; apparition progressive d'ornements adventices. Mais, dans le détail, que d'hésitations et de repentirs ! La base est tantôt droite, tantôt en angle obtus. Buschor a cru que le type à base angulaire était toujours le plus ancien3 : notre n° 1 montre qu'il n'en est rien. La palmette centrale commence par s'enfoncer comme un coin entre les deux volutes, puis hésite, et s'oriente un moment vers une forme en éventail laissant les volutes jointes (n° 8). Enfin, l'antéfixe de Trézène (n° 16) est absolument aberrante. On voit donc que le classement que j'ai adopté montre comment les choses ont pu se passer, mais sans aucune certitude.

B — Chronologie

Le contexte dans lequel ces antéfixes ont été trouvées ne permet guère de les dater avec sûreté : tantôt les indications de provenance sont inexistantes (toutes les antéfixes de Delphes, les nos 2 et 15) ou insuffisantes (n° 5), tantôt les tuiles étaient noyées dans un remblai postérieur (nos 1, 6, 8, 11, 14) ou au contraire isolées (n° 16). Le fait que l'antéfixe de Pérachora (n° 13) soit associée au temple d'Héra Liménia n'apprend pas grand'chose, puisqu'il s'agit d'une réfection du toit, postérieure à la construction du bâtiment. Quant à l'antéfixe de Tirynthe (n° 8), depuis que Blegen a démontré qu'il n'y avait pas eu de temple archaïque sur l'emplacement du mégaron4, son association avec un chapiteau dorique du vne siècle est devenue problématique5. Seule l'antéfixe d'Eleusis (n° 4) et celle du Ptoion (n° 15) peuvent être datées avec quelque précision. La première est associée au Télestérion pré-pisistratique. La date de ce bâtiment est fixée à environ 610 av. J.-C. par F. Noack6 et à l'époque de Solon, sans autre précision, par G. Mylonas7. En fait, bien que la fouille ne soit que partiellement publiée, on peut relever, dans l'exposé même de G. Mylonas, des arguments en faveur d'une date haute. En effet, « l'aire sur laquelle se faisaient les sacrifices à l'époque géométrique a été abandonnée quand fut construit, au début de la période archaïque, un mur de soutènement, et cette aire à sacrifices a été abandonnée parce qu'elle devait être remblayée pour rendre possible

(1) Cf. ci-dessous séries 33 et 34, p. 87-89.

(2) Pérachora I, 113.

(3) TdA II, 32.

(4) Korakou, 130.

(5) Mais non impossible, quoi qu'en dise Van Buren, GFR, 71 ; la dispersion des fragments n'est pas un argument décisif. Cf. dans le même sens C. Weickert, Typen der archaischen Archilektur, 26.

(6) Eleusis, 48.

(7) Eleusis and Ihe Eleusinian Mysteries, 67.

Vile SIÈCLE 37

l'agrandissement vers le Sud de la terrasse et de la cour du temple »*. Or « on a commencé à faire des sacrifices en dehors de la terrasse archaïque (N. B. c'est-à-dire de l'emplacement mentionné ci-dessus) à une période où les vases protocorinthiens devenaient rares et les vases corinthiens étaient communs »2. L'ancienne aire à sacrifices aurait donc été désaffectée vers 615-6103, au moment où commençaient les travaux du mur de soutènement. Or les assises inférieures de ce mur et celles des murs du Télestérion sont bâties avec le même matériau, et surtout dans le même appareil, que Mylonas appelle un « polygonal lesbique »4. On est donc fondé à penser que la construction du Télestérion a dû suivre immédiatement celle du mur de soutènement ; il est donc légitime de placer cette antéfixe vers 610 av. J.-C. Quant à l'antéfixe du Ptoion (Kastraki), le contexte dans lequel elle a été découverte est inconnu. Mais c'est la plus ancienne terre cuite architecturale trouvée sur le site. On peut donc raisonnablement la rattacher aux débuts de la prospérité du sanctuaire. Le début du culte du Héros à Kastraki ne se situe pas avant 580-5705. Par conséquent, on peut dater cette antéfixe du second quart du vie siècle.

Peut-on serrer les dates de plus près en comparant le décor des tuiles et celui de la céramique ? Les palmettes à 3 feuilles naissant à la rencontre de deux volutes apparaissent dès le protocorinthien ancien6. Aussi, rejetant la date de 650 qu'il avait d'abord proposée7, Payne situe les premières antéfixes corinthiennes au début du vne siècle8. Mais cette date est beaucoup trop haute : elle l'amène à placer l'antéfixe de Pérachora (n° 13) au plus tard en 650, ce qui est incompatible avec la date, que je crois assurée, de l'antéfixe du Ptoion (n° 15). Il faut donc abaisser sensiblement la chronologie, et admettre que le décor des tuiles ne suit pas forcément de près l'évolution du décor céramique. A titre indicatif, et sans oublier ce que cette manière d'échelonner les types de part et d'autre de deux antéfixes approximativement datées a d'arbitraire, je placerais l'antéfixe n° 1 vers 620, les nos 2 à 5 entre 620 et 600, les n08 6 à 10 dans les premières années du vie siècle, les nos 11 à 15 entre 590 et 560, les n08 16 et 17 étant probablement postérieurs, sans qu'on puisse préciser davantage.

(1) Ibid., 67.

(2) Ibid., 67.

(3) Les dates proposées par les spécialistes pour le début du style corinthien ancien oscillent entre 625 et 600 av. J.-C. Mais actuellement on semble s'orienter vers les dates basses ; cf. J. Ducat, « L'archaïsme à la recherche de points de repère chronologiques », BCH 86 (1962), 165-184.

(4) O.c, 65 et 67.

(5) Cf. J. Ducat, REG 77 (1964), 287.

(6) Cf. H. Payne, Prolokorinthische Vasenmalerei, pi. 9, n° 6 : aryballe de Rhodes ; et surtout un kotylé d'Êgine : Kraiker, Aigina, n° 189, pi. 14 et D.

(7) NC, 252.

(8) Pérachora I, 115.

Page 1