S.157 PI. 17 et
Extrémité gauche d'une tuile de rampant gauche. Argile jaune à grains, couverte crème. L. = 0,16. H. = 0,12. Épaisseur = 0,035. Profd en cavet peu profond. En haut, arrachement d'un ornement qui devait tenir lieu d'antéfixe adhérant à la sima. Sur le bandeau (H. = 0,035), un fdet crème au-dessus d'une frise de demi-cercles rouges à noyau et bordure crème sur fond noir (entraxe = 0,047). Sur le cavet, languettes courtes et trapues (H. = 0,045). En bas, deux bandes horizontales noires sur fond crème tracées avec négligence (épaisseur de la première bande = 0,013 ; de la deuxième bande = 0,02).
Classement et chronologie des simas a languettes
L'ensemble des fragments décrits dans les pages précédentes représente le plus grand assortiment connu de simas à profil en cavet ornées de languettes1. Presque toutes ces pièces sont en argile corinthienne, et attestent que ce type de sima était couramment fabriqué à Corinthe dès les premières années du vie siècle. Cette production est si importante qu'elle autorise à porter au crédit de Corinthe l'invention de ce type de sima2. L'abondance des séries delphiques permet d'esquisser un classement chronologique, fondé surtout sur l'examen des profils.
1. Les profils. Mis à part le profil de S.5 (toit 9), dont j'ai montré (ci-dessus p. 43-44) le caractère très primitif, et qui échappe à toute classification, on distingue aisément trois variétés :
a) un profil en cavet profond, peu ou prou refouillé, surmonté d'un bandeau large, muni ou non d'une baguette à sa partie supérieure ;
b) à l'opposé, un profil en cavet peu accentué, parfois presque plat, à bandeau supérieur plus mince.
c) un profil en bec de corbin : le bandeau est remplacé par une moulure convexe, rejoignant à angle aigu la moulure infé-
Fig. 4. - Mensurations rieure concave.
d'un cavet. Cette classification peut être illustrée mathématiquement
en calculant le rapport de la profondeur du cavet à la hauteur du bandeau supérieur (fig. 4 : c/b) ; on aboutit alors au tableau suivant3 :
(1) Sur ces simas, cf. en dernier lieu Martin, 90-92.
(2) Sur le problème des origines, cf. Martin, 92, qui penche pour une source ionienne ou éolienne.
(3) Pour faciliter les comparaisons, j'ai employé les mêmes sigles que L. Shoe, GM, pi. 79. On prendra donc garde que b désigne le cavet et c le bandeau, contrairement à ce que les initiales françaises pourraient faire croire. D'autre part, la face de la sima est rarement verticale ; il est donc difficile d'évaluer exactement la profondeur
simas du type (a) : S.13
— simas du type (b) : S.15
— simas du type (c)
à la saillie maximum de la face inférieure :
0,035/0,012 = 2,91 (profondeur maximum du cavet)
Il en ressort que, sur les simas de type (a), c/b est voisin de 1 ; sur les simas à cavet « aplati », c/b est nettement supérieur à l'unité ; sur les becs de corbin enfin, il est nettement inférieur. Il ne faudrait pas du reste accorder à ces chiffres une valeur absolue. Le passage de la formule (a) à la formule (b) est graduel, et une pièce comme S.16 est à la limite des deux catégories. Pour S.15, le cavet proprement dit est du type saillant, mais cette impression est corrigée par la courbure de la face qui rattrape la moitié de cette saillie et « aplatit » ainsi l'ensemble du profil. Je ne crois pas non plus qu'on puisse, à l'intérieur d'un même groupe, établir un classement fondé sur ces chiffres : ils ne rendent compte, en effet, que d'un aspect, très partiel, du document étudié.
Comme l'a démontré Buschor1, le profil en cavet plat (type b) est un appauvrissement, une dégénérescence du cavet saillant, et il est logique de le placer en fin de série. Ceci est confirmé par le fait que les simas les plus plates sont souvent les moins soignées techniquement.
Dès lors, où placer le profil en bec de corbin (type c) ? L. T. Shoe tient pour assuré que le cavet est à l'origine du bec de corbin2 : de fait, on possède toute une série de profils intermédiaires ; tantôt le bandeau supérieur est légèrement convexe (cf. ici S. 10 et S.13), tantôt le cavet est fortement re fouillé (cf. ici S.12), tantôt une encoche dans le bandeau supérieur dessine le haut du bec de corbin (cf. S.12). Ces traits n'apparaissent du reste pas ensemble sur un même profil, mais séparément, et comme indépendamment les uns des autres.
C'est à une conclusion radicalement inverse que l'étude du décor a conduit K. Rhomaios : il observe en effet que le bandeau supérieur du cavet porte une frise de demicercles visant à représenter le revers des languettes retombantes. Or, c'est seulement sur le profil en bec de corbin que ce motif s'explique pleinement, puisque la courbe de la moulure est censée épouser celle de la languette. Par conséquent, les demi-cercles sont passés des becs de corbin aux cavets, et les seconds sont postérieurs aux premiers3.
du cavet ; j'ai adopté des mesures moyennes, sauf indication contraire. Je n'ai naturellement pu faire le calcul que sur les simas dont le profil était suffisamment préservé. Enfin, la forme même des simas ne permet pas de déterminer la hauteur exacte du cavet : il ne m'a donc pas été possible de calculer les rapports b\a, cja, et ejd utilisés par L. Shoe dans ses classements.
(1) TdA I, 6. Cf. K. Rhomaios, Korkyra I, 122.
(3) K. Rhomaios, Korkyra I, 122.
Vie SIÈCLE 59
Cette théorie appelle plusieurs objections. Tout d'abord, elle fait bon marché des origines très anciennes du cavet, vraisemblablement dérivé de la « gorge » égyptienne. D'autre part, la sima S.5, toit 9, que tout désigne comme l'une des plus anciennes de Delphes (décor à tresse simple de grand diamètre, association avec une antéfixe pentagonale) a un profil en cavet très raide, dont le bandeau supérieur porte déjà une frise de demi-cercles. Or, ce fragment date vraisemblablement d'environ 600 (cf. plus haut p. 44). Il devance donc de peu la sima de Corfou, que K. Rhomaios place vers 5901. Il en résulte que la figuration du revers des languettes n'est pas liée au profil en bec de corbin. Ceci posé, puisque ce dernier profil existe déjà vers 590, il faut admettre que le cavet est ensuite influencé, par le bec de corbin : mais comme cette influence ne traduit pas une véritable évolution du type, elle a un caractère anarchique et désordonné (cf. plus haut p. 58).
Les simas delphiques à bec de corbin se distinguent de celles de type corcyréen par une modification importante : le bandeau vertical est supprimé. Le plus ancien exemple de ce type provient du second temple d'Aphaia à Égine (vers 550)2, mais est nettement plus plat que les simas delphiques, dont se rapproche en revanche un fragment de chapiteau d'ante (ou corniche d'autel) trouvé à Pérachora3. Malheureusement, la date donnée par Payne pour cette pièce (milieu du vie siècle) est loin d'être assurée. On admettra donc provisoirement que le bec de corbin subit, parallèlement au cavet, une évolution simplificatrice. Ce processus est nettement plus avancé sur la sima d'Égine, datée de 550, que sur les simas delphiques : ces dernières doivent donc être antérieures. L'examen du profil ne permet pas d'en dire plus.