Le décor
a) Simas. Toutes les simas sont ornées de languettes et d'une tresse. Le motif des languettes, simples ou soulignées d'une bordure se détachant sur le fond clair, apparaît très tôt sur les vases protocorinthiens (dès le milieu du vne siècle, ou même avant)4 : le décor céramique ne nous est d'aucune aide, en l'espèce, pour fixer la chronologie des tuiles. Il en va de même pour la tresse5. Celle-ci, cependant, subit une évolution : à l'origine, elle est simple et de grand diamètre (cf. S.5, toit 9). Puis, sur les simas à cavet profond (type a), la tresse double est de règle. Sur les simas à bec de corbin (type c), la tresse est à nouveau simple, mais de petit diamètre (le même que sur la tuile de rive), et elle est séparée des languettes par une double bande horizontale. Plutôt qu'une
(1) La date de la sima de Corfou est liée à celle du temple d'Artémis. Payne (NC, 259) et Buschor [TdA II, 71) le placeraient dans le premier quart du vie siècle, Rhomaios vers 600-590 (Korkyra I, 123). La chronologie très basse de W. Darsow, qui date la sima de Corfou du milieu du vie siècle (Sizilische Dachlerrakollen, 110) est réfutée par Rhomaios (l. c.) et par T. Dunbabin, The Western Greeks, 272 n. I ; cf. aussi G. Scichilone, « Tre rivestimenti flttili selinuntini », Annuario 39-40 (1961-62), 187.
(2) GM, pi. 51, 8 et p. 103.
(3) Ibid., pi. 51, 11 et p. 203. Cf. H. Payne, Pérachora I, pi. A 2 et p. 91-92, flg. 16.
(4) Cf. par exemple T. Dunbabin, Pérachora II, n° 230, pi. 13 ; n° 272 à 274, pi. 16, p. 45-46 ; n° 755, pi. 33. Voir aussi les parallèles réunis par J. L. Benson dans son compte rendu de cette publication, Gnomon 36 (1964), 405.
(5) Ci-dessus p. 38.
survivance du type primitif, ce décor représente sans doute une simplification de la tresse double, dont l'étage supérieur est remplacé par les deux bandes horizontales.
A la dernière période, celle des simas à cavet plat, tous les thèmes décoratifs sont employés concurremment : tresse simple sur S.6, tresse simple et double bande sur S.157, tresse double sur S. 16. Il faut enfin noter que, à aucun moment, la plus ou moins grande richesse des couleurs ne joue de rôle dans le classement : on trouve des simas de profil voisin dont le décor est tantôt monochrome, tantôt bigarré (S.9 et S.10), et, inversement, des simas de profil différent décorées dans le même esprit (S.8 et S. 15), sans qu'on puisse en tirer de conclusion. L'évolution ne va donc pas dans le sens de la simplification d'un décor originellement polychrome, comme le pensait Rhomaios1 ; elle n'obéit du reste pas non plus à un mouvement inverse de complication progressive, comme l'a cru Buschor2. Le seul fait que ces deux spécialistes aient pu, à partir d'un matériel voisin, arriver à des conclusions aussi opposées, suffit du reste à montrer qu'il n'y a rien à espérer de ce critère de classement. On ne peut rien tirer non plus des comparaisons avec la céramique. En effet, les languettes polychromes, où s'opposent les couleurs du cadre, de la bande principale et du noyau, apparaissent dès les débuts du style protocorinthien3 ; au vie siècle, le motif est devenu un poncif dont toutes les variantes sont connues et ont été utilisées.
b) Antéfixes. On trouve au vie siècle deux types d'antéfixes : palmette au-dessus d'une double volute, et palmette au-dessus d'un lotus renversé. H. Payne avait reconnu qu'on pouvait les associer aux simas de profil corinthien4 ; mais il est certain que les plus anciens exemplaires doivent être liés aux simas en cavet.
Le type à double volute est directement issu des antéfixes pentagonales, où l'on voit très vite poindre les volutes inférieures (cf. A.9, toit 5). Il en existe du reste des « versions pentagonales »5. Sur les plus anciens spécimens trouvés à Delphes, la palmette est peu développée, écrasée sur des volutes épaisses, et la base est découpée en angle obtus : l'antéfixe vient à peine de se dégager du couvre-joint.
Le type à lotus renversé se présente au contraire comme une idée neuve s'imposant, non par un développement interne, mais à la suite d'un apport extérieur : le thème apparaît tout constitué, et même doté de certains raffinements décoratifs ; ainsi, les pétales du lotus se détachent sur le fond, encadrés d'un filet de couleur différente. Ce motif, typiquement orientalisant, est probablement passé dans le décor des antéfixes corinthiennes par l'intermédiaire de la céramique : Payne note en effet que cet ornement se trouve dès le protocorinthien (par exemple sur l'oenochoé Chigi), mais ne devient populaire qu'au vie siècle6 ; les lotus du corinthien ancien7 sont du reste plus trapus que ceux des antéfixes delphiques. Au-dessus, la palmette commence à prendre une importance qui ne cessera de s'accroître. Un mouvement irréversible, déjà sensible sur les antéfixes
(1) Korkgra, 122.
(2) TdA I, 6.
(3) Cf. les exemples réunis par J. L. Benson {Gnomon 36 (1964), 405).
(4) NC, 258-259 ; sur ces simas, cf. plus bas, p. 96-113.
(5) Cf. plus haut p. 35, n»« 13 à 17.
(6) NC, 148.
(7) Ibid., flg. 55, A.
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pentagonales, pousse la palmette à se développer aux dépens des éléments inférieurs. Déjà la différence est sensible entre A.23 (toit 12), où la palmette est basse et ramassée, et A.84 (toit 16), où elle tend, sans y réussir encore, à équilibrer le lotus. A noter que la feuille centrale commence à s'élever nettement au-dessus des feuilles latérales.
3. Chronologie absolue. Une fois de plus, les points de repère sont rares. A V Acropole. Buschor étale les simas, selon leur type, entre la fin du vne siècle (sima I, cavet droit) et le second quart du vie siècle (sima VI, cavet plat), sans qu'intervienne aucun critère extérieur1. A Égine, une sima à cavet profond, en quart de rond non refouillé, décorée de languettes et d'une large tresse simple, ainsi qu'une antéfixe pentagonale et une tuile de rive à tresse, peuvent être attribuées à la couverture du premier temple d'Aphaia2. On a longtemps pensé que la construction en était commémorée dans l'inscription du prêtre Cléoitas datée par A. Furtwàngler du premier tiers du vie siècle et par G. Welter de 570 environ3. Mais L. H. Jeffery a récemment montré4 que l'inscription n'était pas antérieure à 550, au plus tôt, et qu'elle se rapporte donc à la construction du second temple. Dès lors, la sima d'Égine perd sa valeur de repère chronologique. A Corinlhe, un beau fragment de sima à cavet plat publié par A. N. Stillwell5 a été découvert, non stratifié, dans un puits du quartier des potiers. La sima de Trézène, associée à une antéfixe pentagonale de type anormal, était isolée de tout contexte6.
Au Ptoion, on peut associer à l'antéfixe pentagonale de style très avancé mentionnée ci-dessus p. 35 une sima en cavet profond, légèrement refouillé, également trouvée à Kastraki (pi. 17) ; comme l'antéfixe et pour les mêmes raisons, la sima doit être datée de 580-5707. Une série d'antéfixes à palmette et double volute, très proche de A.27, a été trouvée sur le même site (pi. 17). Elle est très nettement postérieure à l'ensemble précédent, mais rien, sur place, ne permet de la dater exactement8. Je laisse enfin de côté les plaques de rive du Bouleutérion d'Olympie, dont la datation pose des problèmes particuliers9, ainsi qu'une sima de Micènes publiée de façon très insuffisante10. Encore qu'il faille user avec précaution des profils relevés sur d'autres éléments architecturaux, je note, outre le fragment de Pérachora déjà mentionné (cf. plus haut p. 59), que la corniche d'une stèle funéraire trouvée à l'agora d'Athènes, dont le cavet extrêmement plat rappelle S.6, est placée, avec réserve, par E. Harrison vers le
(1) TdA I, 6.
(2) Pour la sima, cf. Furtwàngler, Aegina, pi. 23, 1 et p. 145, fig. 119 ; pour l'antéfixe, cf. ci-dessus p. 34, n° 6 ; pour la tuile de rive, cf. Furtwàngler, ibid., 146, flg. 120. Tout en admettant que la sima appartienne au premier temple d'Aphaia, C. Weickert (Typen der archaischen Archilektur, 26-27 et 96) refuse, à tort je crois, de l'associer à l'antéfixe pentagonale. Cette association me paraît au contraire très probable, et il est à la fois inutile et peu vraisemblable de supposer l'existence d'une antéfixe semi-circulaire de type laconien.
(3) Cf. Furtwàngler, ibid., p. 145 et 151 : première moitié du vie siècle; p. 485 : « époque des vases protocorinthiens et corinthiens ». Cf. G. Welter, Aigina, 120.
(4) The Local Scripls of Archaic Greece, 111.
(5) A. N. Stillwell, Corinlh, XV, 2, The Potiers' Quarter, The Terracottas, 280-281, pi. 58, n°» 59 et 60.
(6) Cf. plus haut p. 35 et plus bas p. 117.
(7) Les terres cuites architecturales sont du reste le seul vestige du temple archaïque de Kastraki : cf. BCH 88 (1964), «Chronique», 853.
(8) Cf. A. Orlandos, Arch. Dellion 1 (1915), 97 flg. 4 : les fragments sont attribués par erreur au temple d'Apollon à Perdikovrysi ; rectification dans P. Guillon, Les trépieds du Ptoion, 70 n. 4.
(9) Cf. Olympia II, Die Baudenkmàler, pi. 116, 3 et 4, Textband, p. 192.
(10) Cf. GFR, 48 et 80 (32) n» 85, fig. 112 ; Koch, 84 ; TdA I, 6.
milieu du vie siècle1. A Delphes même, enfin, nous ne trouvons guère d'indices pour nous guider : il est probable que la première Guerre Sacrée a amené un certain ralentissement des constructions, mais la durée même de cette guerre, que la tradition fait traîner pendant dix ans, à l'égal de la guerre de Troie, soit de 600 à 590, est en fait très incertaine. En revanche, il est sûr que pendant la période de l'archaïsme moyen, dont on peut fixer la limite supérieure à la reprise des Pythia, en 586 ou 582, et la limite inférieure à la réfection de 548, le sanctuaire a été très actif : P. de La Coste-Messelière dénombre un minimum de treize édifices construits en moins de 40 ans2 ; ainsi s'explique l'abondance relative de nos documents. Finalement, en tenant compte des indications fournies par le classement des antéfixes pentagonales et par la sima du Ptoion, il paraît raisonnable d'étaler de 600 à 560 les profils en cavet saillant (toits et série 9 à 13), tout en marquant, à l'intérieur de cette période, un certain intervalle entre S.5 (toit 9) qui date sans doute des premières années du siècle, et les toits 10 à 13, sans doute postérieurs à la première Guerre Sacrée. La sima d'Égine, d'allure très archaïque, accompagnée de son antéfixe pentagonale de type ancien, pourrait être quelque peu antérieure à S.5. On peut ensuite placer entre 560 et 550 les premiers cavets plats, dont la technique est encore excellente. C'est à cette date que se situerait également la sima de Corinthe, et peut-être aussi les simas à bec de corbin, fruits d'une évolution parallèle. Avec la sima de Trézène commence une période de décadence dont le milieu du siècle marque à peu près le début : la technique est de plus en plus négligée. On remarque en particulier que la partie supérieure et le retour des languettes ne sont plus tracés au compas à pointe sèche, mais dessinés à main levée. Il en résulte que ces éléments affectent désormais la forme d'un fer à cheval, et non plus d'un demi-cercle.
On a continué à fabriquer des simas de ce type bien après l'incendie de 548 : témoin la crinière léonine de S. 194 (série 19), dont la technique, bien différente de celle de LN.5 (toit 13), indique une date proche de 540 (cf. plus bas p. 117). Mais le profil pauvre et la technique médiocre de la plupart des fragments trahissent la fin de série, exécutée sans recherche (séries 19 à 21). Je mentionne enfin pour mémoire les séries 22 à 25, où sont réunis divers éléments inclassables, que je placerais dans la première moitié du vie siècle sans pouvoir les dater plus précisément.
(1) E. B. Harrison, Archaic and Archaistic Sculpture [Athenian Agora, XI), n° 100, p. 42-43, pi. 19.
(2) Mus. Delphes, 7 n. 1.
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