III. SÉRIE ATTIQUE
Ancien trésor des Athéniens ?
GFR, 33 et 160 (82). Antéfixe pentagonale à rampants concaves, munie de son couvre-joint. Argile jaune-brun en surface, jaune-vert dans l'épaisseur, chargée en grains noirs et rougeâtres irréguliers, couverte jaune. L. or. = 0,175. H. or. — 0,14. Décor imprimé en creux ; faibles traces de peinture rouge. La palmette supérieure, à trois petites feuilles, s'appuie sur deux volutes dont les rainures épousent la courbe des rampants ; elles sont munies à chaque extrémité d'une spirale simple à gros œil. Les parois droite et gauche sont également soulignées par une rainure. Dans l'ensemble, la fabrication est plutôt maladroite. La partie inférieure, aujourd'hui brisée, était taillée en angle obtus pour recevoir les extrémités jointives des deux tuiles de rive.
2. A. 188 Angle inférieur gauche d'une antéfixe du même type. Argile rouge, additionnée
d'une chamotte à grains très fins. Couverte jaune clair. Décor identique à celui de A.41. L. = 0,045. H. == 0,075. Profondeur = 0,12.
Des antéfîxes de proportions et de décor identiques ont été trouvées à l'Acropole d'Athènes. Buschor, qui a fait le raprochement, en a conclu que l'antéfixe delphique sortait certainement d'un atelier attique (TdA II, 27 et fig. 36). En fait, si la forme et le motif tranchent sur la production corinthienne courante, l'argile de A.41 est presque sûrement corinthienne, tandis que celle de A. 188 semble différente. Je crois donc plutôt à une série fabriquée à Delphes, sur des modèles athéniens, mais avec l'argile disponible sur place. Cette précision n'est du reste pas sans intérêt : elle montre en effet qu'il ne s'agit pas là d'objets exportés d'Athènes et commercialisés, mais au contraire de
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l'imitation volontaire d'un modèle attique. Pour ce qui est de la date, Buschor pense à la fin du vne siècle. On peut en effet remarquer que ces pièces constituent, sur le plan typologique, le développement normal des antéfixes à « double égoût », dont on a trouvé à Delphes quelques exemplaires (cf. plus haut toit 7) remontant à la seconde moitié du vne siècle : comme sur les antéfixes à rampant droit, une palmette a fait son apparition au faîte du couvre-joint, et commence à s'en dégager. Mais, tandis que, dans les antéfixes corinthiennes, la palmette surgit entre deux volutes serrées par un bandeau, ici, elle éclot entre deux spirales. Or, c'est là un schéma typiquement insulaire et ionien. On le retrouve en particulier à Samos, et sur des antéfixes archaïques de Sardes1. C'est dire qu'il ne saurait surprendre en Attique.
L'exécution médiocre de l'antéfixe delphique incite à la considérer comme une imitation dégénérée de son modèle athénien, et par conséquent à la placer nettement plus bas, soit dans la première moitié du vie siècle.
La présence à Delphes, à cette date, d'un monument athénien est évidemment intéressante. Faute de documents, on a pu croire que l'intérêt d'Athènes pour le culte d'Apollon Pythien ne s'est pas manifesté à Delphes par une série d'œuvres importantes avant la crise des guerres médiques2. En fait, nos antéfixes révèlent l'existence, en plein vie siècle, d'une offrande athénienne de caractère monumental. Il est tentant de penser au « premier trésor des Athéniens », dont on a voulu retrouver les fondations, soit sous le trésor du Ve siècle, soit immédiatement à côté3. L'existence même de ce trésor a été mise en doute. On peut désormais la tenir pour possible.