‹ Fouilles de Delphes (volume 4)Chapitre 77 sur 257 · A.ll PI · texte numérisé non relu

A.ll PI

Antéfixe laconienne à bords latéraux droits, avec amorce de couvre-joint. Argile rouge, fine couverte ocre. L. = 0,205. H. or. = 0,115. Une palmette à cinq feuilles courtes et épaisses sort d'un cœur en éventail surmonté d'un filet. Au-dessous, un bandeau horizontal d'où partent deux volutes latérales en S aplati, terminées par des spirales simples recourbées vers le haut. Sous le bandeau horizontal est suspendu un ornement ovale. Faibles traces de peinture noire sur le fond.

Antéfixe laconienne à bords latéraux droits, fragmentaire. L. or. = 0,22. H. or. = 0,105. Même argile, même couverte et même décor que A.ll. Faibles traces de couleur à la naissance des motifs en relief.

Je ne connais pas de parallèle exact à cette série d'antéfixes. Ni l'argile, ni la technique ne sont corinthiennes. La forme rappelle celle des antéfixes de Laconie ou de Grande Grèce, mais les parois latérales droites sont, dans ce contexte, anormales. Le décor était peut-être, sans qu'on puisse l'affirmer, peint en « clair sur sombre ». Il donne une impression archaïsante : les feuilles sont courtes, raides et trapues, mais en même temps espacées et aérées. Les volutes très fines, l'allure un peu squelettique de l'ensemble ne plaident pas non plus pour une date haute. Quant à l'ornement en forme de goutte suspendu au bandeau central, on le retrouve, mais intégré à un ensemble plus riche et plus vigoureux, sur une antéfixe de Tarente1. Cette cité, on le sait, est toujours restée sous l'influence artistique de Sparte2. Nous sommes fort mal renseignés sur le décor architectural laconien à la fin de l'archaïsme3. Sous toutes réserves, je proposerais donc de considérer A.10 et A.ll comme des bâtards du style laconien, fabriqués à la fin du vie ou au début du ve siècle.

Série 37.

Inv. 518. Trouvé le 5 juin 1893, en avant du trésor des Athéniens. GFB, 33 et 135 (8). Fragment d'antéfixe à relief. Argile rouge grossière, couverte crème. L. = 0,14. H. = 0,135. L'antéfixe portait deux sphinx affrontés, dont seul subsiste celui de droite, complet sauf le haut de la tête et l'extrémité des ailes. Derrière la tête, à la bouche fine et au menton léger, la chevelure descend sur les épaules en longues tresses divisées en perles oblongues. L'empennage est représenté par une suite d'éléments tubulaires juxtaposés à la manière d'une flûte de Pan. Le corps est fin, les cuisses postérieures nerveuses, la queue se relève en S. A gauche, sur la cassure, traces d'arrachement d'un élément vertical : les deux sphinx affrontés devaient être séparés, comme il arrive souvent, par un arbre ou par une lance. La forme de cette antéfixe ressortit plutôt

(1) Cf. Cl. Laviosa, « Le anteflsse flttili di Taranto », Archeologia Classica 6 (1954), 248, n° 49, pi. 78, 7. Une antéfixe inédite de type très voisin se trouve au Musée de Brindisi. Cf. aussi AFR, 150 (61) ; P. Wuilleumier, Tarente, 429.

(2) T. J. Dunbabin, The Western Greeks, 91-92.

(3) C'est-à-dire après la construction du second temple d'Artémis Orthia. Cf. Artemis Orthia, 129-132.

Vie SIÈCLE 91

au type laconien qu'au type corinthien ; quoique partiellement brisé, le rebord supérieur semble bien avoir eu la forme d'un demi-cercle, appuyé à droite et à gauche sur deux plates-bandes (cf. plus haut p. 90 des antéfixes d'origine peut-être laconienne, ayant une forme voisine).

Le thème des sphinx affrontés est fréquent dans l'art corinthien1 ; mais le sphinx corinthien a le plus souvent les pattes jointes dans une sorte de garde à vous ; il lui arrive aussi, toutefois, d'avoir les pattes séparées2. Surtout, l'empennage de ses ailes est normalement horizontal à la naissance, ou très légèrement oblique, mais non pas, comme ici, franchement dirigé vers le bas3. Au contraire, ces traits se rencontrent fréquemment sur les petits sphinx votifs en plomb trouvés, parmi des quantités d'autres figurines du même genre, au sanctuaire d'Artémis Orthia4. On y trouve encore, comme sur notre antéfixe, un corselet-plastron légèrement piqueté, et aussi l'empennage divisé longitudinalement en deux zones (sur l'antéfixe, la zone supérieure est très endommagée, mais sa présence est indiscutable). Ces caractéristiques, jointes aux indications que donne la forme de la tuile, et au fait que l'argile n'est pas corinthienne, permettent de supposer que nous avons ici un nouvel exemple de terre cuite architecturale laconienne comparable, toutes proportions gardées, à l'antéfixe semi-circulaire du premier temple de Bassae, ornée elle aussi de deux sphinx affrontés5.

Il est difficile de dater cette pièce. Les figurines de plomb sont du laconien II, et remontent par conséquent à la fin du vne siècle. Il ne faut pas exclure la possibilité que le type se soit perpétué dans les terres cuites architecturales. Aussi, sans préciser davantage, situerais-je cette antéfixe dans la première moitié du vie siècle.

VIL DIVERSES TERRES CUITES ARCHITECTURALES DU VIe SIÈCLE

Série 38.

Acrotères.

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