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C. Chronologie absolue

Nous disposons au départ de quelques points de repère bien datés : trésor de Mégare à Olympie, temple en tuf de Marmaria à Delphes ; d'autre part, nous connaissons aussi la date de plusieurs simas de marbre ou de pierre, comme celle du Télestérion de Pisistrate à Eleusis, du temple des Alcméonides à Delphes ou de l'Hékatompédon à Athènes, qui peuvent intervenir à titre de comparaison. Mais tous ces points d'appui se situent après 550. Ils permettent de faire à peu près coïncider la fin de la série et la fin du siècle. Mais à quelle époque en placer le début? Deux chronologies sont possibles : l'une, longue, a été proposée par Payne6 et adoptée par L. Shoe7 : elle aboutit à placer la sima de Calydon vers 580 et les premières simas corinthiennes à décor de lotus et palmettes dans la première moitié du vie siècle ; dans cette perspective, les profils corinthiens sont apparus « en

(1) On suit très clairement cette évolution sur la planche XVIII de GM.

(2) Olympia II, pi. 119, 4.

(3) Ibid., pi. 37.

(4) BCH 66-67 (1942-43), 54-65. Mr P. de La Coste-Messelière me fait observer que les relevés d'Olympia II, pi. 37, ne sont peut-être pas rigoureusement fidèles. Sous cette réserve, il a bien voulu refaire lui-même les calculs et me confirmer la date proposée.

(5) Cette date n'est cependant pas adoptée de façon unanime : c'est ainsi que l'analyse des sculptures du fronton conduit Ch. Picard, Sculpture archaïque, 505 n. 1, à dater le trésor d'environ 520.

(6) NC, 255-259.

même temps que les plus anciens oves taillés dans la pierre » (L. Shoe, ibid.). La chronologie courte, proposée par K. Rhomaios1, place la sima de Calydon, toujours considérée comme «origine », vers 550. Au lieu de s'étaler sur près de 90 ans, l'histoire du profil corinthien est réduite à une soixantaine d'années. Indépendamment des raisons invoquées par K. Rhomaios, voici pourquoi il faut, je crois, adopter cette dernière solution :

1) Tout repose au départ, on l'a vu, sur la sima de Calydon. En dehors du profil, trois éléments sont à considérer : le décor, les têtes de lions et les inscriptions. L'exécution du premier frappe par sa négligence. Sans doute, les arcs de cercles constituant la double tresse sont-ils tracés au compas. Mais les fleurettes qui séparent les deux tresses courant en sens opposé sont irrégulières2. Quant aux languettes renversées, elles se terminent par des fers à cheval tracés à main levée. Or, on a vu précédemment3 que ce motif, substitué aux demi-cercles tracés au compas, caractérise la dernière période des simas à languettes, à profil en cavet plat, et se situe vers le milieu du vie siècle. Les crinières des têtes de lion, formées de grosses mèches bien individualisées, sont proches de la tête LN.5 (toit 13), que j'ai cru pouvoir dater de 560 au plus tard, mais cependant légèrement postérieures : en effet, alors que, sur LN.5, toutes les mèches sont lisses, on observe sur la gargouille d'angle, la plus soignée de la sima calydonienne, un premier essai pour orner chaque mèche de sillons parallèles4 ; ce procédé annonce les têtes de lion S.23 et S. 192 (sur la chronologie des têtes de lion archaïques, cf. ci-après p. 116). Enfin, les inscriptions peuvent être rapprochées d'un texte de Dodone daté, sous réserve il est vrai, de 525-500 par L. H. Jeffery5 : elles s'insèrent donc beaucoup mieux dans le contexte des années 550- 500 que dans celui des années antérieures.

Ainsi, tout nous invite à adopter, pour le toit de Calydon, la date de 550 proposée par K. Rhomaios. Ce toit comptant parmi les plus anciens profils corinthiens, il n'est guère possible de faire remonter beaucoup plus haut l'apparition de ce type.

2) La sima S.189 (toit 42) est datée par L. Shoe (GM, 33) de la première moitié du vie siècle. Mais cette date me semble beaucoup trop haute. On a déjà remarqué que le profil de S.189 est exceptionnel : une moulure en bec de corbin et doucine, portant un décor de languettes, vient s'intercaler entre la baguette et le quart de rond. Un exemplaire analogue a été trouvé à Corinthe6. A juste titre, L. Shoe note le caractère anormal de ce bec de corbin utilisé ici comme un élément secondaire pris dans une autre moulure7. Mais ce qui est exceptionnel en architecture perd ce caractère dès qu'on le rapproche des

(1) Korkyra I, 123. Keramoi, 84-85.

(2) Cette irrégularité est perceptible par exemple sur les flg. 35, 51 et 52 de Keramoi.

(3) Cf. plus haut p. 62.

(4) Laphrion, 178-179, fig. 177 et 179. Keramoi, 73 fig. 52.

(5) L. H. Jeffery, The Local Scripts of Archaic Greece, 226, 228-29, n° 13, pi. 44.

(6) GM, 33 et pi. 18, 3. Corinthe, Musée, sima S. 426. L. = 0,125. H. = 0,082. Argile rouge pâle, couverte crème. Sous un listel brisé, un bec de corbin et une doucine ; puis, un quart de rond, brisé en bas. Sur le bec de corbin et la doucine, décor de languettes semblables à celles de Delphes, mais moins bien exécutées : le fond noir est beaucoup plus visible qu'à Delphes. De même, le tracé des palmettes et lotus, sur le tore, tout en étant fondé sur les mêmes principes que sur S.189 (les pétales des lotus se rejoignent au-dessus des palmettes), est beaucoup plus négligé. Je dois à G. Scichilone la description de ce fragment encore inédit.

Vie SIÈCLE 111

autres productions de l'art corinthien : il se développe en effet à Corinthe, dans le courant du vie siècle, un goût très vif pour les moulures de « modèle réduit » : on voit ainsi s'orner de becs de corbin miniatures les vases1 et surtout les autels en terre cuite2. Ces derniers sont d'autant plus importants pour notre propos qu'ils étaient fabriqués dans les mêmes ateliers que les terres cuites architecturales3. Une date établie pour un autel vaut donc ipso fado pour une sima présentant des caractères voisins. Or leurs peintures permettent de dater les autels par rapport à la céramique : ainsi, l'autel « aux pygmées » se place vers 530*, l'autel « au dieu fleuve » au début du ve siècle5. La sima de Delphes se rapproche des exemplaires les plus anciens : le listel supérieur est orné de rectangles en quinconces, alors que. sur l'autel « au dieu fleuve », apparaît, au même endroit, un méandre ; on peut donc la placer vers 530.

3) P. Amandry a démontré que l'édifice Ouest de l'Héraion d'Argos date du dernier quart du vie siècle6. Or on a trouvé dans ce bâtiment une sima corinthienne7 que L. Shoe date de la première moitié du siècle. Si l'on veut conserver la chronologie longue de L. Shoe, il faut admettre que la sima n'appartenait pas au toit du bâtiment dans lequel elle a été trouvée8. Ce n'est pas impossible, et nous avons, à Delphes, des exemples de dispersion tout aussi déroutants. Mais, si l'on adopte la chronologie courte, le profil de cette sima permet de la situer vers 525. Il n'y a alors plus aucune difficulté à associer la sima et l'édifice Ouest.

Pour conclure, je crois donc nécessaire de situer les premiers profils corinthiens vers 560-550, et les derniers dans les premières années du ve siècle. Dans le tableau suivant, j'ai cherché à compléter la pi. 18 de L. Shoe, en y ajoutant les simas découvertes depuis la publication de GM, et à classer le matériel en suivant les principes énoncés ci-dessus. J'ai seulement exclu les simas corinthiennes décorées en clair sur sombre, dont il sera question plus loin. Bien entendu, on n'oubliera pas qu'il s'agit là de dates fondées sur l'hypothèse d'une évolution constante et sans à-coup, et par conséquent théoriques.

(1) Cf. un grand plat à anse trouvé à Pérachora (H. Payne, Perachora I, 106-108 et pi. 35, 1 et 2).

(2) Le premier de ces autels a été publié par M. H. Swindler, "A Terracotta Altar in Corinth», AJA 36 (1932), 512-520, et attribué à un atelier de la Grande Grèce. La question a été reprise par O. Broneer, «The Corinthian Altar Painter », Hesperia 16 (1947), 214 ss., qui a montré que ces objets étaient indiscutablement d'origine corinthienne. Le même auteur donne quelques compléments dans «Terracotta Altars from Corinth », Hesperia 19 (1950), 370-375. Autres exemplaires publiés depuis : G. R. Davidson, Corinth XII, The minor objecls, n° 883, pi. 65 et flg. 21, p. 130. S. Benton, BSA 48 (1953), 345-346, pi. 64. A. N. Stillwell, Corinth XV, 2, pi. 59, p. 281-282.

(3) O. Broneer, Hesperia 16 (1947), 217.

(4) Ibid., 216.

(5) O. Broneer, Hesperia 19 (1950), 374. Cette chronologie a été contestée par S. Benton {BSA 48 (1953), 345-346) ; celle-ci relève des affinités entre le peintre des autels et le corinthien moyen, et propose en conséquence de remonter les plus anciens exemplaires jusqu'au second quart du vie siècle. Mais le rapprochement n'est guère probant. Bien plus convaincante en revanche est la comparaison que fait R. M. Cook entre le peintre des autels et celui des hydries de Caere (Greek Painted Pollery, 161) ; à l'appui de la chronologie basse, on peut encore noter que Payne date le vase de Pérachora cité plus haut (n. 1) du 3e quart du vie siècle, et ceci sans aucune référence aux autels en terre cuite.

(6) P. Amandry, «Observations sur les monuments de l'Héraion d'Argos», Hesperia 21 (1952), 273.

(7) Ch. Waldstein, The Argive Heraeum, I, pi. 23, G. Cette publication ne donne pas la provenance delà pièce. Mais elle est marquée « West Building », ce qui « indique très probablement le lieu de trouvaille » (P. Amandry, o. c, 248 n. 59). Le profil en est donné GM, pi. 18, 4.

(8) P. Amandry, o. c, 248 n. 59.

Avant 550 tore très accusé

Delphes Épidaure

Vers 550-540 Calydon, toit aux inscrip-

tore encore très sail- tions lant. Athènes, Acropole, Sima

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