VOLUTION DU TYPE
1 — Les profils.
L'un des plus anciens exemples de sima à profd corinthien est probablement la « sima à gargouille léonine » de Calydon3 : à la nouvelle silhouette ne correspond pas, en effet, le nouveau décor de lotus et palmettes qui sera de règle par la suite ; on a au contraire conservé en l'adaptant l'ancien motif à languettes et double tresse. Sans doute faut-il faire la part, pour expliquer ce compromis entre un décor ancien et un profd plus « moderne », du conservatisme local. Contrairement à ce qu'on a pu croire, ce toit n'est en effet ni une importation corinthienne, ni un produit fabriqué à Calydon par des artisans corinthiens : les inscriptions qui, au dos de chaque pièce, précisent son emplacement, ne sont pas écrites dans l'alphabet corinthien, comme l'ont cru E. Dyggve et K. Rhomaios, mais dans l'alphabet étolien, comme l'a montré L. H. Jeffery4. L'examen direct des pièces conservées5 confirme cette impression : l'argile, uniformément rose, fortement additionnée de chamotte, n'est pas corinthienne, non plus que la couverte. Le côté provincial de cette sima met d'autant mieux en valeur le caractère relativement « primitif » de son profil : le bandeau plat est surmonté d'un véritable tore, à peine coupé
(1) Cf. déjà, dans le même sens, Corinlh, 19.
(2) Cf. Keramoi, 79 n. 1. Praklika 1939, 90-91. Ces fouilles, conduites par J. Papadimitriou, n'ont fait l'objet que d'un rapport provisoire, ce qui doit inciter à une certaine prudence. Voir aussi ci-dessous p. 205.
(3) Cf. Keramoi, 53-85, corrigeant Laphrion, 169-173, pi. 23, et 214-223; voir également les observations de W. B. Dinsmoor dans le compte rendu de l'ouvrage de Dyggve, AJA 54 (1950), 275-279. Pour un autre exemple de profil corinthien portant le même décor, cf. Laphrion, 200, fig. 207.
(4) L. H. Jeffery, BSA 43 (1948), 201-204 ; du même auteur, The Local Scripts ofArchaic Greece, 115 : l'association du iota droit, de Vepsilon en £ et du san n'est pas concevable, à Corinthe même, avant la fin du vie siècle. En revanche, une telle combinaison est normale à Dodone vers 525 av. J.-C. (L. H. Jeffery, ibid., 226, 228, 230, n<> 13 et pi. 44).
(5) Je suis heureux de remercier très vivement Mme S. Karouzou, à qui je dois d'avoir pu étudier à loisir les pièces calydoniennes au Musée National d'Athènes.
Vie SIÈCLE 109
dans sa partie supérieure. Par la suite, l'évolution du profil est très nette, et permet un classement relativement aisé : le tore évolue progressivement vers le quart de rond, puis ce dernier cède la place à un ove de plus en plus tendu, aboutissant finalement au profil en talon qui sera de règle au Ve siècle1.
2 — Le décor.
L'étude du décor se révèle en revanche très décevante. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas de tendance constante à l'amincissement des volutes, à l'assouplissement des feuilles. S'il en était ainsi, l'antéfixe A.12 (toit 45), qui appartient très probablement au temple en tuf de Marmaria, et dont la date est par conséquent bien fixée aux environs de 500 av. J.-C, devrait se placer beaucoup plus haut, tant elle paraît primitive. Même phénomène à Olympie, avec la sima du trésor de Mégare2 : celle-ci a un décor relativement massif, manquant de finesse ; on pourrait la croire assez ancienne. Mais si l'on applique au chapiteau de ce trésor3 les calculs de proportion qui ont permis à P. de La Goste-Messelière de classer chronologiquement les chapiteaux doriques archaïques4, on est amené à le situer très peu de temps avant le temple de Marmaria. On aboutit exactement au même résultat en comparant le profil des deux simas. Il y a là une coïncidence qui a valeur de preuve : en confirmant la date basse du trésor de Mégare (vers 505)5, elle montre aussi que, sans négliger totalement le décor, c'est avant tout sur les profils qu'il faut s'appuyer pour établir la chronologie relative des simas.