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I. Étal actuel

a) La terrasse.

Dans son état actuel le téménos de Néoptolème comprend trois parties : la terrasse, l'enceinte et la base qui s'y trouve enfermée. Comme pour construire tous les monuments de cette région, il fallut en effet procéder à des aménagements préliminaires. Entaillant la pente au Nord, on remblaya au contraire vers le Sud de manière à obtenir une surface plane suffisante pour établir le monument nouveau. A l'Ouest aucun intervalle ne distinguait le téménos de Néoptolème du monument thessalien de Daochos qui lui est sensiblement parallèle. Vers le Nord, à 0 m. 88 de la face Nord de l'édifice, s'élèvent encore les restes d'un mur polygonal conservé sur 6 mètres de long, sur une hauteur maximum de 2 m. 60 ; parallèle au mur de téménos cet analemma est visiblement destiné à protéger la terrasse. Certains traits de cette construction polygonale à petits

(1) Cette identification proposée par Th. Homolle a été le plus souvent reçue (cf. le plan restauré de P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, n° 39). A. Frickenhaus, AM, XXXV, 1910, p. 247-256, proposait cependant d'y placer l'enceinte de la pierre de Cronos, voulant situer le téménos de Néoptolème sur l'emplacement du trésor XVII. Autant la forme du monument XVII (un trésor) que les limites chronologiques de cette construction (entre 548 et 373) détournent d'accepter l'hypothèse de A. Frickenhaus.

(2) Aussi la description de tout ce passage doit-elle davantage encore aux notes de L. Lerat établies avant l'avalanche de 1935.

(3) Cf. L. Lerat, HA, 1938, II, p. 200-201 et p. 201, n. 1.

éléments ont pu la faire considérer comme archaïque1. Une comparaison précise avec le mur de terrasse que l'on rencontre immédiatement au Nord de la consécration thessalienne de Daochos révèle pourtant les difficultés qui se présentent pour distinguer les deux techniques de construction : même présence de joints rectilignes, même travail des blocs ; même arrangement surtout en assises obliques et rectilignes qui semble caractéristique de la construction polygonale de certains murs d'analemna dans la seconde moitié du ive siècle. Il paraît bien difficile de reporter à l'époque archaïque une telle construction. Se raccordant au contraire à l'angle Nord-Ouest du téménos avec le retour Est du mur de terrasse destiné à protéger l'offrande de Daochos, ce mur semble participer du même plan d'aménagement sur la terrasse, comme le téménos de Néoptolème paraît sensiblement contemporain du monument thessalien2. Vers l'Est aucun intervalle ne distingue le téménos de Néoptolème des consécrations pergaméniennes situées dans le prolongement. Vers le Sud les limites sont maintenant plus indécises, car les terres de remblai ont disparu avec les murs qui les contenaient. Néanmoins les données de la fouille permettent de suivre les divers états de la terrasse. L'exploration profonde a fait apparaître au Nord du trésor XVII et selon une direction sensiblement parallèle au côté Nord de ce trésor, un mur archaïque — aujourd'hui détruit3. Mais les traces visibles sur la face Est de la base dite de Corcyre montrent que ce mur avait été remplacé par une seconde construction située plus au Sud, au moment où le trésor XVII, rasé, était recouvert par le dallage dont des traces subsistent tant à l'Ouest devant la base corcyréenne qu'à l'Est auprès des monuments pergaméniens4. A cette époque la terrasse du téménos de Néoptolème s'arrêtait au mur dont l'extrémité Ouest est visible dans les entailles marquées sur les degrés de fondation de la grande base corcyréenne ; l'extrémité Est aboutissait sensiblement au mur de brèche faisant angle près de la stoa d'Attale. C'est ainsi un terre-plein de 6 mètres environ qui s'étendait au Sud du téménos de Néoptolème avant la dénivellation qui permettait de passer sur le plan des monuments pergaméniens et par degrés jusqu'à celui de la place du pronaos.

b) Le téménos.

Le monument proprement dit, rectangle de 12 m. 20 de long sur 8 mètres de large, occupe toute la partie Nord de la terrasse, laissant au Sud entre la base nAN, la base dite de Corcyre et les monuments des Attalides une sorte de cour triangulaire tandis qu'un étroit passage de 1 m. 73 entre l'angle Sud-Est du téménos et le mur Ouest de la stoa permettait encore au ine siècle de gagner de ce côté les régions situées au Nord du téménos5. Le quadrilatère du téménos se laisse encore assez nettement déterminer grâce

(1) Ainsi sur le plan de L. Lerat, RA, 1938, II, p. 192-193, pi. 1 (cf. plan 24).

(2) Les relations entre les deux édifices sont très étroites. Elles apparaîtront davantage après l'étude particulière de chaque monument ; matériau, technique de construction, date, tout contribue à les rapprocher.

(3) Par l'inondation de 1935 ; le mur en pierres sèches que l'on a construit pour contenir les terres est sensiblement sur l'emplacement du mur archaïque.

(4) Cf. l'étude de la base dite de Corcyre p. 39 et du trésor XVII, p. 33.

(5) Au ive siècle il restait entre le téménos de Néoptolème et le mur de péribole Est un vaste espace qu'a occupé la stoa d'Attale.

à la ligne des fondations conservées. Peu solidement établies1, elles sont constituées par une assise de brèche rouge qui repose directement sur un sol peu solide. En deux endroits, au Sud et à l'Est, elles prennent appui directement sur la crête de murs préhistoriques, tant dans cette région les niveaux ont relativement peu variés. Jusqu'en 1935 cette assise de fondations subsistait entièrement sauf à l'angle Sud-Ouest où les terres de remblai plus considérables avaient cédé sous l'érosion. Depuis 1935 tout le côté Sud a été emporté ; les blocs retrouvés ont été approximativement replacés sur la ligne ancienne de la construction. La différence de niveau entre les faces Nord et Sud du monument avait obligé à construire au Sud et sur la moitié Sud du côté Est deux assises de fondations, hautes respectivement de 0 m. 45 et 0 m. 36/0 m. 40. Vers le Nord au contraire une seule assise haute de 0 m. 36 suffisait à atteindre le niveau d'euthyntéria de l'édifice. Sur ces fondations de brèche on avait établi une élévation en calcaire gris de Saint- Élie, dont quatre blocs seulement restent en place à l'angle Nord-Ouest du monument. D'autres éléments ont été retrouvés, çà et là, dans la citerne romaine construite à l'intérieur de la stoa d'Attale ou dans les Thermes de l'Est. Tous présentent les mêmes caractéristiques que les éléments en place : hauts de 0 m. 395, larges en moyenne de

0 m. 545, ils sont de longueur variable. Les éléments en place mesurent respectivement

1 m. 195, 1 m. 726, 0 m. 89 (pierre d'angle), 1 m. 094 et 1 m. 328. La face externe est différemment travaillée au Nord et à l'Ouest : au Nord les blocs ont été seulement dégrossis et on reconnaît les traits obliques laissés régulièrement par le ciseau denté. A l'Ouest au contraire la face entièrement visible, soigneusement parée, présente un cadre saillant, finement piqueté, entouré d'une bordure polie de 0 m. 025 de large. A l'intérieur les blocs de cette assise n'étaient visibles que sur une hauteur de 0 m. 185, tandis que la partie inférieure du bloc présentait un bossage grossièrement piqueté. Ces blocs étaient liés entre eux par des scellements en double T longs et profonds (de 0 m. 09 à 0 m. 115) et les faces de joints portent sur trois côtés un cadre d'anathyrose soigneusement poli (large de 0 m. 062 à 0 m. 107) tandis que la partie centrale du bloc a été démaigrie au marteau à pointe. Enfin les trous de pince visibles au lit d'attente montrent que ces blocs supportaient une autre assise, vraisemblablement aussi en calcaire de Saint-Élie. En outre une mince bande réservée au bord extérieur du lit d'attente (large de 0 m. 02) paraît correspondre à un léger retrait de l'assise supérieure qui n'aurait ainsi mesuré que 0 m. 52 de large. Or, parmi les blocs accumulés dans la citerne voisine du téménos on a retrouvé un élément en calcaire de Saint-Élie présentant le même travail que les faces visibles des blocs en place : fin piquetage entouré d'un cadre poli de 2 cm. 5, portant un scellement en double T, mais les dimensions en sont différentes : haut seulement de 0 m. 225, ce bloc mesure 0 m. 52 de large, soit la largeur qu'exige le travail des lits d'attente sur les blocs en place2. Cette coïncidence permet ainsi de restituer la deuxième assise du monument. En outre l'unique élément conservé de la deuxième assise porte un trou de pince au lit d'attente indiquant l'existence d'une troisième assise en calcaire de Saint-Élie. Faut-il supposer que l'édifice se continuait

(1) Le même caractère se retrouve au monument de Daochos : construction peu fondée et, en définitive, peu stable.

(2) Ce bloc, brisé en longueur, n'est conservé qu'à une extrémité.

ainsi régulièrement jusqu'à la hauteur d'une chambre fermée ? La fragilité des fondations, mal assurées sur une terre rapportée, s'oppose apparemment à ce que l'on ait construit la lourde élévation que supposerait un mur en calcaire de Saint-Élie. Doit-on admettre en ce cas que le matériau changeait au-dessus de ces assises de base : brique ou argile séchée qui eussent permis une construction plus légère pour soutenir un toit ? Faut-il au contraire penser que ce péribole était resté à ciel ouvert ? Les mêmes problèmes se reposent dans les mêmes termes à propos du monument de Daochos, sans qu'on puisse leur donner de réponse plus assurée.

c) La base.

Peut-être cette réponse eût-elle été possible si l'on avait pu déterminer plus précisément le rôle du monument enfermé dans le téménos ? En effet adossé au mur Nord s'élève une haute base qui reste aujourd'hui le seul monument du téménos. Elle comporte quatre assises, chacune marquant un léger retrait sur l'assise inférieure : haute de 0 m. 23, la première assise formant fondations n'était pas visible. Faite de matériaux de remploi, elle se compose à l'Ouest d'un bloc de calcaire de Saint-Élie (1 m. 29 x 0 m. 97 x 0 m. 23), portant un trou de pince sur le bord supérieur, tandis que les trois autres blocs sont en calcaire rougeâtre du Parnasse (dimensions des blocs : 0 m. 535x1 m. llxl m. 08). Deux assises de calcaire gris de Saint-Élie forment le corps de la base. La première comprend cinq blocs hauts de 0 m. 58, larges de 0 m. 803 ; la deuxième, formée de trois éléments seulement, ne mesure que 0 m. 485 de haut et 0 m. 598 de large. Mais le travail de tous ces éléments est identique : finement piquetés, ils présentent le même fini d'exécution que l'on constate sur les éléments porte-statues de la base voisine de Daochos. Enfin trois dalles de calcaire noir constituent le couronnement de l'ensemble. Haute de 0 m. 318 seulement, mais large de 0 m. 752 cette assise de socle mesure 3 m. 61 de longueur totale. Aussi finement travaillée que les assises inférieures sur ses faces latérales, elle présente au lit d'attente un travail particulier et, semble-t-il, révélateur. A l'intérieur d'un cadre poli large de 0 m. 06 à 0 m. 08 environ sur les longs côtés, de 0 m. 06 à l'Ouest et 0 m. 41 à l'Est, on a piqueté moins délicatement quatre emplacements quadrangulaires mesurant d'Ouest en Est : 0 m. 75x0 m. 52 ; 0 m. 72x0 m. 57 ; 0 m. 62x0 m. 55; 0 m. 53x0 m. 57 et séparés chacun par une bande plus finement polie large respectivement de 0 m. 075, 0 m. 135 et 0 m. 33. Un tel travail ne s'explique que si cette assise devait recevoir les quatre socles de quatre statues distinctes. C'est ainsi une base de statues que l'on avait élevée au milieu du côté Nord du téménos1. Le rapprochement avec l'ex-voto voisin de Daochos, si semblable sous beaucoup de rapports, confirme dans une certaine mesure cette destination.

Une autre rencontre corroborerait apparemment cette conclusion : les fouillcurs ont trouvé trois statues à l'intérieur même du téménos ; mais outre que, dès la fouille, on eut l'impression nette que « les statues étaient hors de leur place », en fait les trois sculptures ne peuvent appartenir au même ensemble ; et leurs dates ne correspondent pas, semble-t-il, à celle de la base près de laquelle elles furent trouvées. La statue mascu-

(1) Et non un autel comme A. Kéramopoullos l'affirme gratuitement dans son guide ( ' OSyjyoç..., p. 54).

line drapée inv. 1820 se distingue tout d'abord fort nettement des deux autres. De dimensions plus grandes, elle atteste aussi une facture plus tardive : sans doute le Ier siècle av. J.-C. (au plus tôt). Au contraire « le philosophe » (inv. 1819) et la statue féminine (inv. 1817) présentent des ressemblances de technique et d'époque qui permettent de les attribuer à un même groupe de sculptures. Mais l'une et l'autre paraissent beaucoup mieux répondre à un travail du me s. av. J.-C, à l'extrême rigueur de la fin du ive siècle, trop tard en tout cas pour convenir à la date du monument.

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