Les bases prolongeant à l'Est « la niche de Lilaia
S'il faut renoncer ainsi à la construction que F. Courby appelait « niche de Lilaia », il n'en reste pas moins qu'on grava sur ce mur de brèche, entre 202 et 207, les décrets en l'honneur des mercenaires d'Attale qui ont déterminé l'appellation choisie par F. Courby. A vrai dire, ces textes ne sont pas les seuls que l'on y ait inscrits1. Non seulement le décret relatif à l'entrepreneur Akidon y figurait également, mais apparemment aussi la décision accordant la promantie collective aux technites de l'Isthme et un autre texte, très mutilé, dont la date seule peut être déterminée. Assurément le premier de ces textes, découvert à l'Est du péribole au niveau du trésor de Cyrène, a été trouvé assez loin de la région auquel on propose de le rapporter. Faible argument, quand on sait combien certains blocs ont pu rouler loin de leur emplacement premier, sur la rude pente du sanctuaire. Un autre élément inscrit, sûrement attribué au mur de brèche, a été retrouvé dans la région du trésor d'Athènes2, et des blocs appartenant au monument de Daochos, et à la base en fer à cheval3 — édifices voisins du mur de brèche — ont été retrouvés dans le même dépôt que le bloc inscrit portant la promantie des technites de l'Isthme (PI. 20, 2). En outre parmi les édifices de Delphes construits en brèche du Parnasse4, « la niche de Lilaia » est l'un des rares où l'on ait gravé des inscriptions, tant ce matériau se prêtait mal à recevoir un texte lisible5. Enfin et surtout le bloc portant la promantie des technites présente exactement les caractéristiques architecturales que l'on observe sur «la niche de Lilaia » : même hauteur (0 m. 485) que certaines assises du mur ; même travail où les angles du bloc n'ont pas été laissés à angle droit, mais taillés en biseau, même bandeau de 0 m. 045 aux lits de pose et d'attente pour assurer la correction du joint. Tant de rencontres ne laissent guère de place au doute, invitent au contraire à rapporter ce bloc au mur construit à l'Est de « la niche de Lilaia ». La seconde inscription que l'on doit assigner à la même construction est gravée sur un bloc particulièrement intéressant6 : le lieu de trouvaille recommande déjà cette identification puisque la pierre a été reconnue en évacuant le dépôt qui encombrait la région, immédiatement à l'Ouest de « la niche de Lilaia ». Mêmes caractères architecturaux ; même convenance de hauteur avec une assise inférieure de la « niche » : 0 m. 475. Mais surtout cette pierre inscrite était visible sur deux faces : une longue, et une courte, l'inscription ayant été gravée sur le petit côté, en bout. Le bloc doit ainsi être rapporté
(1) Ces textes ont été publiés par R. Flacelière, FD, III, 4,2, n° 132 à 136 bis (cf. J. Bousquet, BCH, LXXVI II, 1954, p. 429). Une liste complète comprenant la promantie pour les technites de l'Isthme et le fragment daté de Palaios figure dans BCH, LXXVI, 1952, p. 490, n. 1.
(2) Cf. FD, III, 4, 2, n. 136 bis.
(3) En particulier une base porte-statue du monument en fer à cheval qui a imposé de modifier la restitution de la base.
(4) Les édifices suivants sont à notre connaissance les seuls monuments du sanctuaire delphique où ce matériau ait été employé dans la superstructure de l'édifice : 1. « Monument de Lysandre et des Lacédémoniens » ; 2. niche anonyme en face le trésor de Sicyone ; 3. fondations du monument à trois colonnes ; 4. escalier de l'aire ; 5. prytanée ; 6. char des Rhodiens ; 7. monuments des Attalides ; 8. « niche de Lilaia » ; 9. portique ouest ; 10. parodoi du théâtre.
(5) Ce n'est qu'au prix de longs et difficiles déchiffrements que les textes présentés FD, III, 4, 2, n° 132-136 bis ont pu être établis. On trouve également des textes gravés sur brèche aux parodoi du théâtre.
(6) BCH, LXXVI, 1952, p. 490, n. 1. La date seule (337/6) est assurée ; le nom du personnage honoré et son ethnique nous échappent malheureusement.
à une antc. L'ante Ouest est conservée intacte ; c'est par suite à l'ante Est qu'il faut attribuer cet élément1. Les textes inscrits sur le monument s'échelonnent ainsi entre 337/6 (archontat de Palaios) et la fin du me siècle (décrets pour les mercenaires pergaménicns)2. Remarquons déjà que les deux textes dont la place est assurée sont nettement gravés dans la partie Est de la niche. Les autres blocs inscrits ne pouvaient trouver place que dans la région située plus à l'Est, où ils ont été replacés dans un ordre arbitraire.
Il est en effet assuré là encore que la reconstitution de F. Courby pour la partie du mur située à l'Est de la « niche de Lilaia » ne peut être tenue pour valable3. F. Courby a été trompé par l'état de la ruine lors de ses travaux : Il croyait remarquer en effet à 3 m. 26 à l'Est de la niche une interruption brusque que seule aurait légitimée la présence d'une porte4. Or non seulement l'hypothèse d'une porte en cette région n'est compatible qu'avec l'état actuel de la fouille, non avec l'état ancien où toute la région était remblayée, encombrée des débris sculptés entassés après la catastrophe de 3735 ; mais l'examen de la figure 180 publiée par F. Courby dément son affirmation. Les joints des trois assises ne sont pas à l'aplomb. Le seraient-ils même, qu'on ne pourrait en tenir compte, car le mur a été reconstruit lors de la fouille de 1895 ; des éléments étrangers, entre autres un bloc de la base en fer à cheval, y avaient été remployés (cf. PI. 5). L'état actuel ne permet même plus de vérification, car détruit à nouveau par le torrent de 1935, la construction n'a pu être qu'arbitrairement refaite (PI. 17, 2). Au contraire l'examen de la seule assise en place : celle des fondations, révèle que le mur ne s'arrêtait pas à 3 m. 73 de l'ante Est de la « niche de Lilaia ». L'assise en place est en effet exactement travaillée dans l'alignement du mur de brèche pour recevoir la continuation de ce mur. A la face supérieure la partie antérieure des éléments de fondation est irrégulière tandis que l'arrière a été ravalé et aplani de manière à former lit d'attente. Ce travail se continue en ligne droite sur 3 m. 05, endroit où le mur se raccorde à l'élément architectural que F. Courby nommait mur de soutènement b. On doit admettre que le mur de brèche se continuait sans interruption sur une longueur de 6 m. 78 au delà de l'ante Est de la « niche de Lilaia ». Après quoi il faisait place, sans intervalle, au mur b construit en calcaire rose du Parnasse6. Les blocs inscrits que l'on doit rapporter à la construction de brèche se répartissaient ainsi entre l'ante Est de la « niche de Lilaia » et le mur en calcaire rose ; la hauteur des assises a d'ailleurs contraint à replacer dans cette région les blocs remis sur le monument. F. Courby expliquait ce décalage des inscriptions en supposant que
(1) Il convient de noter qu'aucun élément de cette ante n'est actuellement en place. Le mur a été reconstruit deux fois : lors de la grande fouille et après la catastrophe de 1935.
(2) L'ordre des textes est le suivant : 1° décret daté de Palaios ; 2° promantie pour les technites de l'Isthme : FD, III, 1, p. 85, n. 1 : archontat d'Ainésilas ; 3° le décret pour Akidon ; 4° les décrets de Lilaia pour les mercenaires.
(3) F. Courby, FD, II, Terrasse du lemple, p. 228.
(4) F. Courby, /. c, p. 228 : « Les joints latéraux des trois assises tombent à l'aplomb (fig. 180 a). 11 semble donc qu'il y ait eu en ce point une porte ».
(5) Les monuments du ive siècle situés au Nord de cette région imposent également de restituer à l'arrière du mur de brèche, et devant le grand mur polygonal alors enseveli, un terre-plein. Le mur de brèche est un mur de terrasse. Une porte n'eût pu conduire nulle part.
(6) Ce mur est en réalité une base, cf. ci après. On peut concevoir que les éléments de brèche constituaient là encore une manière d'ante, le bloc inscrit daté de Palaios pourrait également figurer dans cette ante.
l'offrande établie sur le rocher occupait toute la région Ouest de la niche1. S'il est vrai, comme on a cru le reconnaître, que toute la partie du mur de brèche à l'Ouest du gros rocher était occupée par le bassin secondaire recueillant l'eau venue du monument supérieur, d'autres motifs expliquent peut-être que l'on ait tenu à graver des inscriptions sur la partie Est du mur, si mal que le matériau se prêtât à la gravure.
Ne s'intéressant en effet qu'à la terrasse du temple, F. Courby ne pouvait accorder l'attention nécessaire à la partie supérieure du mur et du rocher situé à l'arrière. Le plan dont il disposait avait négligé des détails importants (cf. fig. 181) : Vers le milieu de la niche, à 2 m. 80 de l'ante Est, le rocher sur lequel le mur prend appui, présente à
1 m. 70 au Nord de la face externe du mur de brèche, une entaille à angle droit, faite pour recevoir l'angle d'un monument (plan 6 ; PI. 18, 2). Or exactement à ce niveau et en continuant ensuite vers l'Est, les blocs supérieurs du mur jusqu'à l'ante orientale de la niche portent en leur milieu un trou d'encastrement rectangulaire destiné à recevoir un goujon (PI. 19, 1). Ces détails imposent la conviction qu'une base allongée couronnait la partie supérieure du mur. Large de 1 m. 70 en profondeur, elle mesurait plus de
2 m. 80 en façade, car elle s'étendait au delà du redan Est de la niche. En effet l'un des blocs, remployé dans le mur à l'Est, mais non en place, présente lui aussi un trou de goujon rectangulaire qui caractérise l'assise supérieure in situ. Les diverses inscriptions correspondent mieux dès lors à cette base qu'au monument placé plus à l'Ouest. Si elles avaient quelque rapport avec les offrandes près desquelles on les avait gravées, elles répondent davantage à celle qui les surmonte.
En s'autorisant de cette correspondance peut-on tenter une identification ? Le problème dépasse de beaucoup la topographie de la région Nord ; il est lié au contraire intimement aux questions difficiles que pose la disposition des offrandes sur la place du pronaos. F. Courby en a traité depuis longtemps2 ; bien qu'avec réticence — en particulier à propos de l'Apollon Sitalcas — G. Daux a été conduit à adopter les solutions proposées avant lui3 ; mais depuis ces études un élément nouveau et décisif impose de reprendre sur d'autres bases la théorie reçue. En découvrant au pied du pilier de Prusias le palmier dédié par les Athéniens après la victoire de l'Eurymédon, P. Amandry a déterminé le point fixe qui faisait jusqu'alors défaut pour fixer dans cette région la suite des offrandes décrites par Pausanias4. Il montrera dans une étude particulière les conséquences topographiques de cette découverte. Mais on peut déjà tenter d'identifier le monument que portait la base placée en couronnement du mur de brèche. Monument considérable en vérité puisque sa longueur dépassait certainement 2 m. 80 et pouvait atteindre jusqu'à 9 m. 58, à supposer qu'il eût occupé toute la crète du mur. Par suite, contrairement à ce qu'admettait F. Courby, comme paraît l'imposer au contraire la place du palmier de l'Eurymédon, Pausanias n'a pas « laissé de côté » la région Nord
(1) La pierre inscrite marquée A par F. Courby (fig. 176) n'est pas in silu, bien qu'elle ait toujours été dessinée à cette place depuis la fouille.
(2) F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 308 sq.
(3) G. Daux, Pausanias à Delphes, p. 161/162.
(4) P. Amandry, BCH, LXXV1II, 1954, p. 295 sq.
de la place « pour se diriger vers l'analemna Sud »x. Si l'on reprend en sens inverse la description de Pausanias à partir du palmier de l'Eurymédon, on rencontre immédiatement les chefs de la cavalerie de Phères, la dédicace étolienne représentant les stratèges étoliens, Artémis, Athéna et en double exemplaire Apollon, dédicace consécutive à un triomphe sur les Galates. Enfin l'Apollon Sitalcas, haut de 36 coudées. La description de Pausanias impose de se représenter ces offrandes sur différents plans. Si le palmier paraît contigu aux cavaliers de Phères, ceux-ci sont expressément mentionnés au voisinage de l'Apollon monumental appelé Sitalcas. Par suite la dédicace étolienne que le visiteur décrit entre temps se trouve soit à l'arrière, soit au-dessus des deux précédentes2. Il appartient à l'étude de la place du pronaos de chercher si les cavaliers de Phères et le Sitalcas peuvent correspondre aux bases comprises entre le palmier de l'Eurymédon et les trépieds syracusains3. Si cette correspondance pouvait être établie, l'identification de l'offrande étolienne s'en déduirait nécessairement : couronnant le mur de brèche elle s'élèverait rigoureusement à l'arrière et au-dessus des offrandes précédentes. Une fois encore Pausanias aurait fidèlement transcrit les consécrations dans l'ordre où il les vit. Or une double correspondance tirée du texte de Pausanias et des inscriptions gravées sur le mur de brèche apporte son appui à cette hypothèse : la consécration étolienne célébrait une victoire sur les Galates ; le rapport entre les Galates et les princes de Pergame s'imposait si nécessairement qu'il a marqué le récit de Pausanias ; à peine a-t-il signalé les statues étoliennes que le voyageur rappelle la prédiction de Phaennis et la gloire d'Attalc, « l'enfant du taureau », qu'un oracle du dieu appelait « aux cornes de taureau »4. D'autres textes inscrits sur la base, un élément plus particulier, évoquaientils sur ce monument, ou tout près, un rapport plus étroit entre les victoires étoliennes et pergaméniennes, justifiant ainsi la narration de Pausanias ? C'est en tout cas cette même relation que rappellent les décrets de Lilaia en l'honneur des mercenaires. F. Gourby a justement évoqué l'intervention d'Attale entre 212 et 207 dans la guerre entre Philippe V et l'Étolie. Admettons que les stratèges étoliens se dressaient sur la base qui couronne le mur de brèche. L'endroit aurait été particulièrement favorable pour y graver les décrets en l'honneur des mercenaires5. Le roi de Pergame était l'allié des Étoliens. On n'inscrivait pas ces textes sur un monument pergaménien, mais sur celui de leurs alliés qui conservait le souvenir d'une commune gloire : de même que les Étoliens avaient joué les premiers rôles dans la lutte contre l'invasion celte en Grèce, de même Attale l'avait brisée sur le continent asiatique. Il n'est pas jusqu'au monument de Prusias qui ne s'accorderait à entrer aussi dans un quartier d'offrandes étoliennes,
(1) F. Courby, Le, p. 309 ; voir déjà sur cet itinéraire et ses inconvénients P. Amandry, BCH, LXXVIII, 1954, p. 310-311.
(2) Cf. G. Daux, Pausanias à Delphes, p. 160 : « Le n° 45 (stratèges et dieux consacrés par les Étoliens) se trouve évidemment, lui aussi, — et quoique Pausanias n'en dise rien — près du même Apollon, peut-être derrière lui ».
(3) Étude à laquelle P. Amandry consacrera un mémoire.
(4) Pausanias, X, 15, 3.
(5) Un seul texte ne peut avoir de rapport avec la consécration étolienne : le décret daté de Palaios qui lui est antérieur de plus d'un demi-siècle. Au moins donne-t-il un terminus pour la construction du mur de brèche. La promantie des technites de l'Isthme FD, III, 1, p. 85, n. 1 date de l'occupation étolienne ; de même le texte en l'honneur d'Akidon.
puisqu'il fut consacré vers 180 av. J.-C. par la confédération1 à une heure où « ce roi sans grandeur » luttait avec Eumène II contre Pharnace ; à un moment où on pouvait avoir des illusions sur sa valeur ; où à Delphes en particulier l'amitié d'Eumène en rapport avec les Étoliens pouvait lui servir de recommandation. La possibilité de placer sur cette base la dédicace de l'Étolie fournirait d'utiles indications pour expliquer l'itinéraire de Pausanias. On serait bien près d'une certitude si l'étude des monuments de la place du pronaos pouvait permettre de placer la statue du Sitalcas sur la grande base en calcaire aux scellements en double T située exactement devant le mur de brèche. Il n'est pas sans importance qu'on y ait déjà pensé, à une époque où l'on ne disposait d'aucun repère précis pour jalonner l'itinéraire de Pausanias2.
A l'Est du mur de brèche venait immédiatement l'édifice que F. Courby a désigné sous le nom de mur b. La manière dont les deux constructions se rejoignent est significative : non seulement le mur b fait saillie sur le mur de brèche, mais il s'y raccorde par un angle aigu assez prononcé (PI. 21, 1). Sa construction eût-elle précédé celle du mur du ive siècle que la disposition serait identique. Le mur en brèche du Parnasse paraît bien s'être appuyé sur une construction antérieure. C'était déjà l'opinion de F. Courby qui, ayant soigneusement décrit le monument, y voyait une construction archaïque3. Bien que les arguments qu'il invoquait pour justifier sa datation ne soient pas aussi décisifs qu'il semblait — l'obliquité des joints, marque d'archaïsme, est à peine sensible ; l'on ne saurait davantage affirmer que tous les blocs présentent les « parements piquetés qu'encadre un mince filet poli »4 — , cependant la date du mur paraît assez haute, sinon aussi précise qu'on le pensait. Il n'est pas impossible en revanche de déterminer davantage la destination du monument. Il suffit pour cela de prêter attention à deux détails : le mode de construction du mur à la face antérieure, la manière dont il se rattache au mur de brèche construit au ive siècle.
F. Courby n'a en effet noté que sur son croquis la curieuse disposition de ce mur b par rapport à ses fondations5. Les assises de l'élévation sont en saillie de 0 m. 065 sur les assises de socle. Une telle disposition ne peut convenir à un mur de terrasse destiné à contenir la poussée des terres situées à l'arrière. Si tel avait été le dessein du constructeur, il eût assurément procédé à l'inverse, les fondations eussent été en saillie sur le corps de la muraille, ainsi qu'on l'observe dans le proche voisinage sur le mur de brèche par exemple. Enfin et surtout le décrochement par lequel le mur b se raccorde au mur de brèche paraît significatif. Les fondations mêmes attestent la différence d'orientation : elles font saillie de 0 m. 39 sur celles du mur de brèche. En outre l'élévation du monument se raccorde au mur de brèche par un rentrant à angle aigu de 0 m. 48 qui dépasse l'épaisseur d'un simple bloc et contraint à restituer un retour vers le Nord.
(1) Cf. G. Colin, FD, III, 4, 1, n° 76, p. 120.
(2) G. Daux, Pausanias à Delphes, p. 162. La suggestion de F. Chamoux, Cyrène sous la monarchie des Balliades, p. 201, n. 2, de placer sur cette base l'offrande cyrénéenne de Battos et de la nymphe Cyrène répond difficilement à l'ordre des offrandes que le récit de Pausanias suppose par rapport au palmier de l'Eurymédon.
(3) F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 228, et fig. 180-181.
(4) F. Courby, Le.
(5) F. Courby, Le., fig. 180, où une ligne d'ombre marque le retrait de la fondation par rapport a l'élévation du mur.
Enfin les éléments de ce monument en calcaire gris-rosé, soigneusement piquetés sur leur face visible, seulement dégrossis à l'arrière, mais parés sur le joint d'un large cadre poli, hauts régulièrement de 0 m. 31, sont aisés à identifier. On en a retrouvé suffisamment pour assurer que le monument comprenait plus que le mur b aujourd'hui visible in situ1, qu'il constituait au contraire un socle rectangulaire, base d'offrande indépendante, contre laquelle vint s'appuyer le mur d'analemma construit au ive siècle, lorsqu'il fallut contenir les déblais entassés au Nord. Mesurant en façade 4 m. 272, cette base s'étendait en profondeur, sans que l'on puisse fixer exactement ses dimensions ; les monuments adjacents à l'Est en indiquent en tout cas les dimensions minimum ; la fouille a été conduite en ce point trop profondément pour permettre de restituer ces monuments secondaires.
Deux détails autorisent à fixer plus exactement la date de cette base. Le premier est fourni par un élément de topographie relative, le second par une pierre inscrite que l'on doit rapporter au monument. Le retrait des fondations sur l'élévation du mur b ne s'explique que si les monuments situés au Sud étaient déjà en place lorsqu'on édifia le monument : le mur b est ainsi postérieur aux trépieds des Déinoménides3. En second lieu on doit rapporter au monument un bloc de calcaire rosé de même hauteur et de même travail que les autres éléments du mur b, mais présentant deux caractéristiques intéressantes4 : s'il porte au lit de pose le bandeau poli destiné à assurer la régularité des joints, il est mieux travaillé que les éléments ordinaires sur sa face supérieure, plus finement polie. En outre ce bloc était visible sur deux côtés où reparaît le piquetage soigneux que l'on constate sur la façade du mur b. Visible sur 3 faces, il appartient ainsi à l'assise supérieure de la base ; le travail des petits côtés détermine sa position dans cette assise, où il ne peut figurer qu'à l'angle Nord-Ouest ou à l'angle Sud-Est. Un dernier trait achève de fixer sa place à ce dernier angle : en effet la face antérieure de ce bloc porte une haste oblique, reste d'un lambda ou d'un my, vestige d'une dédicace monumentale (PI. 21, 2). Tout le reste de cette face a malheureusement été ravalé ; l'inscription a disparu. On peut néanmoins assurer qu'il s'agissait d'une dédicace et qu'elle était gravée en caractères rétrogrades. Placé à l'angle Sud-Est ce bloc portait ainsi le commencement de l'inscription votive, qui courait de droite à gauche (dans le sens de la marche du promeneur se rendant vers le temple) au bas de l'assise formant le socle de l'offrande. La gravure rétrograde de l'inscription s'accorde aussi avec la date haute que les caractères architecturaux faisaient déjà assigner à cette base5. Dédiée après les trépieds syracusains, cette consécration ne doit pas être beaucoup postérieure à 450 pour avoir porté une inscription ainsi gravée. Les restes de la dédicace sont malheu-
(1) La plupart a été évacuée lors de la grande fouille dans le dépôt de pierres proche de l'actuelle maison de l'École française; d'autres sont restés sur la place de l'opisthodome. Beaucoup de ces blocs ont conservé leur tenon de bardage, comme certains des éléments en place. Mais tous ces blocs identiques sont interchangeables et ne peuvent être restitués avec quelque certitude dans le corps de la base.
(2) La dimension de 3 m. 56 que porte la fig. 180 de F. Courby correspond à la longueur conservée du mur b. Mais les traces sur les assises de fondation permettent de restituer la longueur complète de la base.
(3) Cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 249 sq. L'étude de ces monuments doit être également révisée.
(4) Ce bloc se trouve actuellement sur la place de l'opisthodome. Il a été enregistré sous le n° inv. 7148.
(5) Le monument des « Tarentins du haut» qui date des environs de 465 portait encore une dédicace en caractères rétrogrades : cf. P. Amandry BCH, LXXVII, 1949, p. 446-463.
reusement insuffisants pour qu'on puisse songer à identifier l'offrande que portait cette base1.
A l'Est du monument appelé « mur b » par F. Courby, plusieurs constructions continuent la ligne du mur de brèche vers l'Est, faisant elle aussi, office de mur de soutènement pour la terrasse du temple au Nord. Ce sont d'abord deux bases situées à l'arrière des trépieds syracusains ; la première, chronologiquement, a déjà été étudiée par F. Courby qui a donné un dessin de l'état actuel (fig. 218). Elle était primitivement séparée de la base b par un intervalle de 1 m. 31. Construite pour la plus grande part en calcaire gris de St-Élie, cette base repose cependant sur une fondation de brèche constituée de blocs régulièrement taillés, hauts de 0 m. 456. Ces blocs affleurent au niveau de l'assise de socle des trépieds des Déinoménides, et la première assise en calcaire gris empiète vers l'avant sur le socle des trépieds jusqu'à venir buter contre le bloc porte-trépied luimême, tandis qu'à l'Ouest, elle est en retrait de 0 m. 175 sur la fondation de brèche. Cette première assise de calcaire, haute de 0 m. 303 reste grossièrement piquetée et conserve les tenons de bardage vers le Sud et sur le côté Est. Sur cette assise de fondations repose une assise de calcaire de St-Élie, haute de 0 m. 381, plus délicatement travaillée que la précédente et portant aux joints des anathyroses larges de 0 m. 062 à 0 m. 074. Composée de 9 blocs cette assise détermine une surface de 1 m. 834 xl m. 756. Seules les deux rangées antérieures sont reliées entre elles par des scellements en H (1 scellement au milieu de chaque bloc), scellements longitudinaux entre la première et la deuxième rangée, transversaux entre les blocs de la première rangée au Sud (à l'Est entre la première et la deuxième rangée le scellement a été préparé, mais n'a pas été utilisé). L'assise qui venait ensuite, haute de 0 m. 358, ne comprenait que 4 pierres dont seul le bloc d'angle Nord-Est a été conservé, chacun de ces éléments était lié aux blocs contigus par deux scellements en FI sur chaque face ; l'assise supérieure était goujonnée : à en juger par les trous de pince et de goujon, elle comprenait à nouveau 9 blocs disposés comme ceux de la première assise.
Le soin avec lequel les éléments ont été liés entre eux, montre que cette base était destinée à recevoir une offrande pesante. Le souci des constructeurs fut surtout d'en assurer la stabilité vers le Sud, puisqu'au Nord l'offrande s'accotait au terrain que l'on avait peut-être creusé pour loger le monument. Technique des scellements et travail des matériaux révèlent une époque encore assez haute : c'est peut-être à la fin du ive siècle, au début de l'époque hellénistique que cette offrande fut établie à l'arrière des trépieds syracusains.
Plus tardivement à coup sûr, on a inséré entre le monument b et cette base en calcaire de St-Élie une base en calcaire grossier dont la largeur remplit exactement
(1) L'unique lettre conservée n'est pas sûre : soit \ soit /^. L'itinéraire de Pausanias est ici trop imprécis et sa description trop éclectique pour qu'on puisse songer à atteindre une certitude en se fondant uniquement sur son texte. Si le voyageur n'a pas parlé des trépieds des Déinoménides, sans doute étaient-ils détruits à son époque — depuis fort longtemps peut-être si cette offrande fut détruite lois de la 3e guerre sacrée (cf. F. Courby, Le., p. 252). En reprenant la description de Pausanias à partir du palmier de l'Eurymédon et en admettant, comme on le croit nécessaire, que le Périégète a décrit les monuments du côté Nord de la place, une seule dédicace pourrait répondre à cette base : l'Apollon consacré par les Mégariens après leur victoire sur les Athéniens à la bataille de Nisaea (Pausanias, X, 15, 1). La date de cette consécration (444) conviendrait à la date du monument. Mais trop d'incertitudes empêchent de considérer cette suggestion autrement que comme une hypothèse.
l'espace laissé libre entre les deux monuments précédents. Aligné sur la base b ce nouveau socle se trouve en retrait de 0 m. 94 sur la base des trépieds ; sa hauteur conservée à l'avant est encore de 1 m. 523, sa largeur de 1 m. 302, sa profondeur, 1 m. 756. Les fondations profondes de cet édifice n'ont pas été soignées : la solidité en était assurée par les deux monuments qui l'enserraient de part et d'autre. On a ainsi disposé en profondeur un simple blocage de petites pierres reposant sur le rocher ; à l'Est la première assise porte par une petite cale de 0 m. 155 de haut sur la fondation de brèche disposée pour la base en calcaire de St-Élie, signe assuré de la succession chronologique des deux monuments. Le corps de base est actuellement formé de 3 assises de calcaire grossier, hautes respectivement de 0 m. 475, 0 m. 519 et 0 m. 62 (de bas en haut), comprenant chacune deux blocs en façade où les joints ont été soigneusement alternés. Vers le Nord l'assise supérieure visible se compose de 3 rangées de 2 blocs que ne relie aucun scellement ; sur le côté Est le bossage est démaigri de manière à épouser la forme de la base en calcaire de St-Élie qu'elle dépasse vers le Nord.
La juxtaposition de ces trois monuments : base en calcaire rose, base de calcaire grossier, base en calcaire de St-Élie, constituait à l'Est du grand mur de brèche construit au ive siècle une limite continue au Nord-Est de la terrasse du temple ; à l'extrémité Est enfin un petit mur polygonal relayait cette ligne d'édifices ; il n'en subsiste qu'une ligne de fondations à l'Est des trépieds syracusains. D'abord sensiblement parallèle au côté Est des trépieds, ce petit mur dépasse de 1 m. 38 vers le Sud la ligne des trépieds avant de se détourner vers le Sud-Est par un angle très ouvert. Ce mur de terrasse n'a jamais été très élevé : à l'Est, sensiblement au milieu de l'offrande syracusaine s'est établie une base dont les fondations subsistent encore à 0 m. 375 de la face Nord du trépied jusqu'à 1 m. 387 de la même face. Cette base est encore constituée par un bloc de brèche de 0 m. 47 de large, 0 m. 384 de haut, inséré entre le mur polygonal et le socle des trépieds pour combler exactement l'intervalle qui les sépare. Au-dessus deux blocs de brèche accolés dans le sens de la longueur reposent d'une part sur le bloc de brèche inséré en guise de fondations, de l'autre sur la crête du mur polygonal (long, des blocs 1 m. 244 ; larg. des 2 blocs accolés 1 m. 123). Ces deux pierres ont été taillées de telle sorte que leur lit d'attente vînt rigoureusement au niveau de l'assise de socle des trépieds. Sans doute l'assise supérieure empiétait-elle sur les trépieds syracusains, comme le faisait la base voisine en calcaire de St-Élie, tant l'espace était mesuré pour le nombre des offrandes que la piété ou l'ostentation des fidèles tenait à ériger aux abords immédiats du temple1. Ainsi allait se compliquant et s'enchevêtrant au cours des âges la ronde de statues et d'œuvres précieuses que Plutarque et Pausanias pouvaient encore admirer de leur temps : elle n'en isolait que davantage la place du pronaos des régions supérieures du sanctuaire. Ainsi s'expliquent peut-être certaines anomalies du récit de Pausanias qu'une confrontation avec les ruines pourra chercher désormais à expliquer.
(1) Empiétements d'autant plus faciles à comprendre si les trépieds syracusains étaient démantelés et privés de leur superstructure depuis le ive siècle (cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 252). La restitution proposée par F. Courby (fig. 198) pour obtenir « des proportions plus heureuses et plus satisfaisantes à l'œil » (p. 253) ne peut guère être maintenue. Il paraît assuré que la pierre de socle de chaque trépied est en place sw sn base et qu'il n'y a pas à rétablir une ou même deux assises intermédiaires, comme F. Courby y songeait.