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contrôlée; aucun oppidum éduen n*atteint ses dimensions, ni sur la Dheune, ni dans le Charollais, ni ailleurs. L'enceinte de Bibracte existe sur tout son développement ; elle mesure cinq kilomètres de tour et cent trente-cinq hectares de superficie, y compris son double retranchement appelé dans le pays les Fossés^ bien que le véritable fossé, creusé de main d'homme, n'existe que dans une minime partie. Cette dénomination est encore appliquée partout en Bretagne à des murets ou talus. ^
Nous ne connaissons pas l'étendue d'un grand nombre d'autres oppidums éduens dont Tenceinte a disparu dans des remaniements postérieurs, mais en confrontant celle de Bibracte avec les mesures des plus grands oppidums historiques où il a été possible de la constater, sa supériorité demeure évidente. Le grand retranchement de Hohenbourg, dit le Mur païen^ dans les Vosges, ne contient que cent hectares ; Alise> où l'armée gauloise se réfugia avec Vercingétorix, n'en compte que quatre-vingt-dix-sept ; Avaricum (Bourges), soixante-dix, et même quarante-quatre seulement, d'après l'auteur de Y Histoire de Jules César ^ l'empereur Napoléon III ; Gergovie, soixante-dix à soixante-quinze; Uxellodunum, le dernier rempart de la Gaule indépendante, quatre-vingts; Vesontio (Besançon), V oppidum maximum Sequanorum de César, égale V oppidum m,aximumJEduorum^ avec 133 hectares; l'oppidum de Murcens, dans le Lot, les dépassait seul, avec 150. La grande majorité des principales forteresses gauloises étaient ainsi inférieures en étendue à Bibracte, comme elles Tétaient par l'altitude, l'isolement absolu des groupes voisins, la force de ses retranchements. Si à cette surface on joint celle de quelques contreforts en dehors du rempart, auxquels un nivellement artificiel a fait donner le nom encore persistant de
I. Charte de llle d'HœdIc, Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, )uUlet, décembre 1891, p. 778.
Plats ^ y défendus par des pentes inaccessibleSi et dont roccu* pation était indispensable à la sécurité de la forteresse, on atteint un chiffre supérieur à cent cinquante hectares. Toute démonstration ultérieure devient superflue après ce calcul, la Bibracte du mont Beuvray répond bien à « l'oppidum longe maximum » des Commentaires, César ajoute que cet oppidum était très bien approvisionné, « copiosissimum, » et pour preuve, c'est qu'il va y chercher des vivres, au moment même où il lui donne cette qualification. Il ne faut pas perdre de vue, pour la justifier, que toutes les circons* tances concouraient, à cette heure, pour faire de Bibracte un vaste entrepôt de grains. La crainte des déprédations des Helvètes, alors éloignés à peine de 27 kilomètres, et le projet révélé par leur marche de gagner la Loire dans la direction de Decize, avaient fait fuir les populations rurales dans les oppidums 2, lieux de refuge usités en pareil cas. Elles s'y retiraient avec leur bétail, leurs récoltes, leurs approvisionnements de toute nature.^ L'étendue de l'enceinte de Bibracte permettait d'accueillir une masse de ces fuyards dont le nombre s'accroissait en raison de la sécurité offerte par la situation de la forteresse; ils y portaient l'abondance et la richesse. En dehors de ces circonstances éventuelles et temporaires, Bibracte était admirablement placée pour se ravitailler, au milieu du bassin de l'Arroux, de la vallée de la Halène, de l'Âron et des plantureux pays de production qui s'étendent dans le Bazois, au pied des montagnes du Morvan, jusqu'à la Loire. César, en toute assurance, pouvait y réclamer des vivres pour ses légions.
C'est à ce moment que les Helvètes, informés par des
t. Le Plat des Jours, le Plat des Gaulx, le Seris.
2. De bello GalL lib. I, cap. xx : « Helvetil... in ^Bdooram fines penreneranl» eormnque agros populabantar. »
3. De belL GaIU lib. III, cap. 9 : « Oppida muniunt, (rumenta ex agris la oppida comportant. »
transfuges de son départ pour Bibracte, rebroussent chemin et viennent attaquer les Romains.
L'emplacement de ce choc formidable, appelé dans VHiS'^ ioire de César par Tempereur Napoléon III « Bataille de Bibracte, » a été pendant longtemps discuté par les savants. Ceux qui confondaient Bibracte et Autun Font cherché durant quelques années vers Cussy-la-Colonne, mais la fouille des tumulus de cette région a révélé bien vite Tabsence de tout indice militaire. On ne s'expliquerait pas dans quel but les Helvètes qui avaient traversé la Saône à Trévoux et Villefranche en auraient remonté le cours, en obliquant vers les sources de FArroux pour gagner la Loire ; la topographie n'a pas permis non plus d'y reconstituer l'action, texte en main.
Toutes les tentatives du même genre faites en prenant Autun comme centre, avec un rayon conforme aux distances mentionnées dans César, n'ont pas abouti davantage; il a bien fallu se résigner à prendre pour pivot le mont Beuvray, et cette fois on a trouvé. L'honneur de cette découverte revient à feu Xavier Garenne qui, avant tout autre, a placé à Montmort, sur la rive droite de TArroux*, l'anéantissement de l'émigration helvète. L'auteur de VHistoire de César ^ y en reportant, avec hésitation toutefois, le théâtre de l'action au-dessous de Luzy, a cédé sans doute à un trompel'œil topographique insuffisant pour la conviction sans l'appui de preuves archéologiques. La distance de dix-huit mille pas (27 kilomètres) indiquée entre les Romains et Bibracte, par César campé alors à Toulon-sur-Arroux, la veille de la bataille, avait pu diminuer légèrement dans la marche de la matinée, puisque le choc ne commença qu'à la septième heure, au milieu du jour ; cette distance est exactement conforme à la disposition des lieux, en suivant
i. Echo de Sêône^tt'Loire, 3 décembre 1864. Bibracte, par Xavier Garenne, Anton, Dnployer, 1867, p. 24 et loiT.