‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 108 sur 134 · Par M. SégolUot. Séance du 17 déoembre · texte numérisé non relu

Par M. SégolUot. Séance du 17 déoembre

argent, à Torifice du même conduit. Ces monnaies fussentelles seules seraient déjà un argument ; mais toutes celles qui ont été rencontrées depuis dans la maison même, au nombre de trente-deux, sont exclusivement gauloises et ont confirmé de la manière la plus précise les précédentes conclusions. En effet, dans Tappropriation du terrain nécessaire au campement pour les fouilles, dans Tenolos de rarrière-cour, on a recueilli en 1868 une nouvelle pièce éduenne en potin sur le même point que celle de 1 866, quatre autres en 1870 parmi lesquelles une de oermânvs des derniers temps de Tautonomie gauloise, et une moitié do moyen bronze colonial avec des instruments de fer semblables à ceux des ateliers de la Gome-Chaudron. La tranchée ouverte à la base en pierre de taille de Tangle nord-ouest du dernier corps d'habitation donna, dès les premiers coups de pioche, deux médailles gauloises dont Tune en argent, et une de ces moitiés de bronzes des colonies méridionales qui suppléaient à Tinsuffisance du numéraire. Il est impossible de ne pas être frappé de la concordance rigoureuse des dates de toutes ces pièces et de ne pas y reconnaître celle de Toccupation de la maison. Toutes sans exception sont antérieures à rère chrétienne. Si des médailles on passe aux poteries, une seconde confirmation résulte de leur examen. Elles concordent, comme les monnaies, avec celles des maisons du Champlain et de la Come^Chaudron. Les mêmes échantillons y ont été recueillis : terres. fines à couverte noire et luisante, terres communes saupoudrées de mica, débris d'amphores, de pieds do vases gaulois et même de vases peints ou marqués de caractères grecs ^ Cette similitude d'objets usuels avec

1 . Grand vase noir à pied, le plus grand de ce genre, 0*50 de hanteor. Deox pieds de vases semblables, débris de treize corbeilles en terre noire, trois tasses évasées de belle forme, mais fréquente, huit assiettes & couverte noire, une revêtue en dessous de palmettes imprimées, trois ornées de moulures plus rares, deux fragments peints, l'un rouge avec hachures sur brun, l'autre brun foncé sur fond rouge, un fragment noir pointillé, deux autres avec lettres grecques tracées à la pointe, Ao, un autre portant une sorte de monogramme, delta surmonté d'un J, des restes en un mot de tous les types fins et grossiers trouvés dans les plus anciennes maisons. Rien d'entier.

œux des maisons de toute espèce de roppidum, n'indiquet-elle pas les mêmes usagés, la même race, la même époque ? Si rhabitation eût été affectée à une famille romaine, ses membres eussent apporté leur monnaie, leur vaisselle, quelques-uns de ces menus objets qui décèlent une différence d'octgiaa.

L'aqueduc découvert qui recevait les vases brisés de la cuisine a fourni surtout une ample moisson dans laquelle on remarquait deux tasses noires à pied, d'une forme originale et artistique, et un gobelet en terre fine et grise. Tout était donc gaulois dans les diverses parties de l'habitation, dans le sous«8ol comme à la surface, dans les appartements comme dans les cours ; les objets usuels étaient les mêmes que dans les cent cinquan^ maisons fouillées jusqu'alors.

Une autre question se présente à la pensée. Cette grande demeure gauloise est-elle ou non antérieure a la conquête de César?

Il &udrait pour répondre avec certitude avoir exploré l'ensemble de ce quartier, le plus riche de l'oppidum, parait-il ?

Si les fouilles y révélaient une certaine quantité d'édifices analogues, il faudrait bien admettre que les riches éduens n'avaient pas attendu l'arrivée des Romains pour s'initier à un certain bien*être, à des habitudes de civilisés, au moins dans les oppidums de l'importance de Bibracte. Qn doit remarquer toutefois que les restes de mosaïques étaient amincis par un long usage et réduits à une épaisseur inférieure de 0*005, ce qui n'eût certainement pas existé dans une construction neuve.

Nous n'avons hasardé aucune conjecture sur la destination de l'édifice du Parc-aux-Chevaux, dont l'étendue et la construction auraient pu laisser soupçonner un caractère public. Ce n'est pas sans une certaine surprise que nous avons rencontré extérieurement les débris vitrifiés de gros creusets, le

long des murs d'une habitation qui n'annonçait rien d'industriel. M. le vicomte d'Aboville avait trouvé auparavant sur le grand aqueduc un autre objet qui laisserait croire qu'on y avait frappe monnaie. C'était une plaque de plomb rectangulaire, aux arêtes bien déterminées, longue do 0^15, large de 0"09, épaisse de O'^OOO; elle était traversée à chacun des quatre angles par un grand clou de fer a tête large et plate, destiné à la maintenir sur un billot. La surface, des deux côtés, porto de nombreuses empreintes rondes, quelques-unes carrées mais de module analogue, du contre-coin des pièces de la dernière époque, imprimées en creux par une forte percussion, puis rabattues par un martelage. Nous avons appliqué sur ces empreintes des coins de monétaires romains de même dimension, des épreuves faites sur un plomb moderne ont donné des résultats identiques. La plaque de plomb avait certainement servi de matelas dans l'opération du coup de marteau sur les coins. Cet édifice qui donne le plus haut terme du développement atteint par les Qaulois dans les dernières années de leur autonomie, aurait-il donc été le siège d un personnage public ? Si on avait la certitude que la résidence du magistrat de la cité, du vergobret, fût fixée à Bibracte, on serait autorisé à la chercher en ce lieu qui, en tout état de cause, fut occupé par un de ces chefs éduens qui frappaient monnaie à leur nom sous César !

Qu'il nous soit permis, après treize années d'exploration, dont les huit dernières ont été le fruit de sacrifices personnels, d'exprimer un regret, c'est que l'Etat se soit désintéressé de ces fouilles avant qu'elles aient donné leur résultat définitif. Quelques allocations eussent permis d'apprécier sûrement la marche ascensionnelle de la civilisation dans Voppidum longé maximum des Eduens. On connaît en partie sa fortification, les industries qui y avaient leur siége« le commerce, les foires, les cultes populaires, certains usages ; mais si on a retrouvé à leur point de départ les vestiges de cette civilisation si incomplètement connue encore, nous en igno-

rons Tensemble. Au milieu des misëions encouragées à Tétrangor, il semblait qu'une place pût être réservée à la Gaule ' et que Tétude d'un sol aussi éminemment historique que celui du Beuvray méritât une attention plus persévérante, un concours suffisant pour éclairer nos origines nationales par quelques constatations moins succinctes que les Commentaires de César qui, le premier, a révélé le nom et rimportanco de Bibracte.

Fouilles du Monl-Beuvray

MAISON V t DU PWC AUX CHEVAUX

FOUILLES DU MONT BEUVRAY

Page 1