‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 117 sur 134 · Voir le plan précédent · texte numérisé non relu

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plus merveilleux points de vue du Beuvray. Pour les riches habitations du Parc-aux-Chevaux le Theurot de la Roche présentait en éventail son glacis large de près de cent mètres à sa naissance ; sa disposition artificielle n'est pas sans rapport avec celle du mont de Sene en Bourgogne où Ton a découvert et exploré, en 1872, un temple de Mercure. *

Le massif pierreux étant à peu près nu, sauf quelques mousses et lichens sur la pente, il restait peu de chance de rien découvrir sur le sommet. Une légère couche d'humus cependant, quelques menues pierres de taille, des moellons épars et surtout une quantité de débris de tuiles à rebords étaient l'indice d'une construction disparue, mais les pierres bouleversées sur la roche vive qui avait dispensé de creuser des fondations ne formaient plus aucune assise. On renonçait à pouvoir préciser la destination de ce sommet lorsqu'on rencontra presque à la surface du sol, à 0"15 de profondeur, dans la couche de terre de 0"30 d'épaisseur à peine, les fragments d'une tablette de calcaire oolithique d'eau douce, sensiblement altérée par l'humidité. Cette découverte, identique à celle du mont de Sene, cité précédemment) présentait, du commencement à la fin, les mêmes circonstances et une minutieuse répétition. C'était en effet un ex-voto de même forme quoique un peu plus grand, de même contexture que celui du mont de Sene et dédié à la même divinité. La ruine dans laquelle était enfouie l'inscription était donc celle d'un oratoire qui avait occupé cette magnifique position et dont il ne restait que les derniers débris. La tablette, d'une matière utilisée fréquemment dans les habitations du Beuvray et empruntée peut-être à un seuil des anciennes maisons, était morcelée en une douzaine de fragments et avait la forme d'un rectangle de 0°'40 de haut sur 0"50 de large, distraction faite des queues d'aronde.

I. MénwinM de U Société Êduêimc, nouvelle série, t. III, 1874.

On remarque sur les côtés de légers renflements qui ont pour but de compenser la sécheresse de la ligne droite. Elle était encadrée d'une bordure saillante composée d'un filet, d'une gorge et d'une plate-bande dont l'ensemble donnait une largeur de deux pouces, soit O'^bb de large. La surface était' couverte de points ronds comme des lentilles, qu'on aurait cru creusés au trépan plutôt qu'érodés naturellement, et qui lui donnaient un aspect vermiculé. Ces trous, dans l'encadrement, sont plus prononcés, ailleurs ils terminent les lettres, parfois ils leur sont parallèles ou garnissent les vides. Les caractères eux-mêmes sont gravés profondément, mais l'altération et la mutilation, calculée semblerait-il, ont laissé quelques lacunes, en dépit desquelles l'interprétation complète a pu être tentée d'une manière satisfaisante. Elle portait spécialement sur le nom de la divinité, à peu près supprimé en tête de l'épigraphe, et rétabli ainsi qu'il suit. Une lettre détachée. M, ne trouve sa place que sur la première ligne, la trace d'un R avant l'extrémité de cette première ligne laisse entre elles l'espace rigoureusement mesuré pour inscrire le nom de Mercure, HERCvaio, et si l'attribution ne semblait pas suffisamment établie, la qualification de negociatoh donnée à ce dieu dans l'inscription la justifierait complètement. Le nom du dédicant dont il ne reste que deux lettres, om, présente peut-être plus d'incertitude. Celui de son père ainsi que la formule votive ne laissent aucun doute. Nous ne saurions mieux faire que d'adopter la restitution proposée par M. Héron de Villefosse • à la Société des antiquaires de France, 21 février 1883 :

Aug MercuRio Sac. NEG. segOM

VERETI. F ex VOTO SVSCEPT^

1. Bulletin de là Société des antiquaires de France, p. 107, t. IV, 5* série, 1883.

2. Augusto Mercurio tacrum negotiatori Segomarus Vereti Ûliut ex voto suscepto.

Cette offrande à Mercure Negotiator est un trait caractéristique qui se réfère tout naturellement au célèbre marché du premier mercredi de mai à Bibracte, où accouraient les marchands étrangers et les acheteurs des différentes parties de la Gaule. Le fils de Veretus, marchand lui-même et satisfait sans doute des résultats de sa vente, voulut en témoigner avant son départ, sa reconnaissance au dieu du négoce en laissant sa pierre dans l'oratoire du ThetÂrot de la Roche j du haut duquel on découvrait Temporium avec toutes ses baraques, ses tentes, et la foule circulant entre le marché et la fontaine sacrée dédiée aujourd'hui à saint Pierre. Une autre afl&rmation se dégage aussi des circonstances de la découverte, c'est que l'oratoire subsistait encore au quatrième siècle, à titre au moins de lieu de pèlerinage, puisque la population fixe avait disparu de l'oppidum. Les deux seules médailles trouvées dans la fouille, à quelques mètres l'une de l'autre, portaient l'effigie de Constantin avec le revers soli invicto coMiTi, à fleur de coin. Saint Martin dut donc trouver ce petit sanctuaire debout, en même temps que celui du champ de foire, lorsque, d'après la tradition éduenne, il détruisit le culte des faux dieux au mont Beuvray. L'absence du fragment de l'ex-voto qui portait le nom de Mercure parait le résultat d'un anéantissement calculé qu'il est permis d'imputer à l'apôtre chrétien. Une autre circonstancei la rencontre de quelques fragments de placages en marbre de Champ-Robert dans la même couche du terrain superficiel, nous rapproche aussi de cette époque qui fut celle où les Oallo-Romains exploitèrent le plus vivement cette carrière.

Ce sacellumj le second qu'on ait rencontré au Beuvray, était-il aussi ancien que le premier, celui du champ de foire, daté avec certitude de quelques années avant l'ère chrétienne ? Nous ne le croyons pas, vu l'absence de débris de poteries et de tous autres objets. L'affleurement du rocher explique sans doute en partie cette absence, mais elle est si

complète qu'il semble difficile qu'une occupation de quatre siècles n'ait rien laissé à l'entour. A part les deux médailles de Constantin et de beaux échantillons de tuiles à rebords, le déblai environnant fait avec soin n'a donné qu'un gros clou de charpente.

A quinze mètres au sud du point où était enfouie l'inscription, sur la même plate-forme, la couche de terre un peu plus épaisse sur le rocher a conservé intactes les fondations d'une petite maison PS, 0, la seule qu'on y ait rencontrée. Cet isolement et la proximité de l'oratoire la désignent naturellement comme celle du gardien, placée dans des conditions analogues à celle du temple du mont de Sene. Elle comprend trois petites pièces construites en très bons matériaux parmi lesquels la pierre de taille n'a pas été ménagée, mais sans chaux suivant l'usage. L'entrée principale avec seuil et jambages en granit taillé regardait le levant, les pièces ne communiquaient pas entre elles, les murs hauts encore de près d'un mètre étant pleins partout, sauf en façade où chaque appartement a son issue. Cette façade, de il ""SB hors œuvre sur 6 mètres de large, comprend deux pièces inégales ; la troisième, en retour d'angle au nord-est, n'est qu'un petit réduit ou desserte de 2"50 en œuvre sur toute face avec porte au midi. Cette habitation peu luxueuse, et même sans carrelage, était aussi dépourvue que le terrain environnant ; sans parler de la tuile à rebords, on n'y a recueilli qu'un unique firagment d'assiette en terre noire fine à couverte ardoisée et luisante, fréquente au Beuvray.

RÉOION DS LA PIBRUK-SAL'VÉS.

Nous plaçons au Theurot de la Roche la limite occiden* taie du Parc*aux*Chevaux, pour aborder la région de la Pierre-Salvée qui embrassera toutes les pentes situées entre le rocher de ce nom et le ravin de la fontaine de VEcluse. Il sera désigné par les lettres PS, avec une série nouvelle de numéros, les fouilles du Parc-aux-Chevaux n'étant pas terminées. Le Thei^rot est à 121 mètres plus haut que la partie du rempart qui lui fait face à Touest, à une distance de 550 mètres où il décrit une courbe de 1 ,040 mètres sur un renflement de la montagne entre deux grandes brisures, la vallée de l'Écluse et celle de la fontaine Saint-Pierre. La pente pour y arriver du revers occidental du Theurot de la Roche est excessivement raide et se divise en une série de talus et de paliers successifs. Au pied du premier de ces talus très régulièrement coupé à peu près à pic et de main d'homme, une petite esplanade d'une douzaine de mètres de large est occupée par une construction presque carrée, PS, 1, de 10" 80 de côté sur 9"20 en œuvre. Les murs épais de O'^TO descendent à 1°'40 sous le gazon, le remblai d'aplanissement, considérable tant en dedans qu'en dehors, est un çiélange de dragée de pierraille et d'arène qui atteint une épaisseur de 0"50 à 1 mètre. Il provient du piquetage du rocher du Theurot^ régularisé par cette extraction. Aucune trace de seuil ne subsiste, bien que la muraille soit encore enterrée d'un mètre. Par une particularité sans exemple jusqu'alors, les quatre angles sont flanqués de contre-forts d'un mètre de diamètre, très bien appareillés et ronds, comme pour simuler des tourelles. Aucun objet de quelque intérêt n'a indiqué la destination de ce petit édifice. Quelques débris de poteries fine et grossière, parmi lesquels le fond et le rebord d'un gros dolium en terre rougeâtre avec bande noire circulaire, ont été rencontrés dans la pierraille ; point

de médailles ni même de tuiles à rebords. Une tranchée en croix n'a pas révélé de divisions à Tintérieur ; la qualité de la maçonnerie néanmoins et la présence de clous englués par Toxyde de fibres de châtaignier ne permettent pas de mettre en doute l'existence d'une construction en bois, confirmée par la faible quantité du moellon déjeté. Les clous, plus grands que ceux des charpentes ordinaires et même que ceux des poutres du rempart, sont carrés comme ces derniers, ils ont O'^SO de long avec une large tête ronde, et devaient assembler des pièces de forte dimension. On pourrait croire, d'après la proximité de l'oratoire, que cet enclos, à la rigueur, en aurait été une dépendance, mais le talus qui l'en sépare est d'une telle raideur et si peu praticable pour une rampe d'accès qu'il semble plus naturel de le rattacher à la Pierre-Salvée, située à quelques gradins plus bas, à 42 mètres de distance.

Cette pierre est un massif rocheux de 26 mètres de circonférence et de 7 mètres de haut, dressant sur la pente sa masse imposante. Escarpée de tous côtés, elle semble, ainsi que la Pierre de la Wivre au quartier du Champlain, avoir été ménagée avec intention, et quoique nous soyons disposé à n'y voir qu'un produit naturel, nous admettons dans certains détails l'intervention de la main de l'homme. Â droite de la base, en dehors des dimensions données précédemment, existe une cavité de fSO de haut, sur un peu moins de 2 mètres de large et 3 de profondeur, contiguë au flanc du rocher principal, sous laquelle on a recueilli une certaine quantité de poteries gauloises. Elle est recouverte par une table de pierre de trois mètres de long sur deux de large et un d'épaisseur, entièrement détachée, parfaitement plane en dessus et régularisée en dessous. Une entaille du massif principal la soutient à gauche au-dessus de terre, mais elle est inclinée du côté de droite comme la couverte d'un demidolmen, soit par suite d'un bouleversement géologique, soit par la suppression de ses supports qu'il est permis de

reconnaître dans les blocs adjacents. Nous constatons simplement l'état actuel de cette singulière disposition de rochers, dont nous abandonnons l'examen aux géologues. Ce groupement n'est qu'un accessoire et comme le rez-dechaussée de la Pierre^-Salvée proprement dite. On accède directement ensuite à celle-ci par une petite rampe latérale ménagée régulièrement dans . la paroi méridionale du massif. Elle conduit à la plate-forme, située à 4 et à 6 mètres de hauteur (selon qu'on se place en amont ou en aval), d'où on domine comme d'un piédestal un magnifique horizon. Une entaille verticale découpe à l'arrière de l'esplanade qui a deux mètres sur toute face, un gradin très régulier de O'^ÔO de haut sur autant de large. Il forme un siège où l'on peut s'asseoir commodément, puis une seconde saillie de 1 mètre de hauteiir remplit office de dossier. Enfin un bloc haut de f'OO, terminé en pointe comme une pyramide d'un mètre carré de base et détaché entièrement du sol, se dresse à l'est, à l'arrière même du massif. Il donne à l'ensemble vu en travers un profil dentelé qu'on était surpris de voir, malgré la différence de volume, reproduit à la Pierre de la Wivre, avant sa mutilation. Des visiteurs peu intelligents ont brisé, il y a quinze ans, la pointe qui y accentuait cette ressemblance saisissante. Des rapprochements qui ont trouvé ou trouveront leur place ailleurs pourraient dès lors établir entre ces deux pierres d'autres analogies, telles que la rampe d'accès, la plate-forme, le siège, qui constituent un ensemble préparé, parait-il, dans un but déterminé, et que les traditions connues de la Oaule justifieraient suffisamment. Nous croyons donc que ces deux pierres, conservées si exceptionnellement dans l'enceinte, se rattachent à ces traditions d'autant plus admissibles que même dans la Grèce classique, sur certains marchés, une idée religieuse était attachée à des pierres brutes.

De la plate-forme du Theu/rot de la Roche on a la Pierre^ Salvée sous les yeu^, à un niveau inférieur de 24 mètres et

à courte distance. Lorsque le polythéisme romain se fut introduit dans Yoppidum, les symboles primitifs conservèrent sans doute pour le peuple une partie de leur valeur, mais doit-on voir un simple jeu du hasard dans la pensée qui fit, à cette époque, choisir pour y placer Toratoire de Mercure le mamelon même qui domine la vieille pierre celtique? N'est-il pas plus naturel d'y voir une intention d'assimilation, un de ces envahissements tacites ou avoués par lesquels un culte nouveau cherche à se greffer, et à dériver à son profit les usages antérieurs? On ne comprendrait pas non plus pourquoi les habitants qui avaient besoin de pierre pour leurs maisons et pour leurs routes, en auraient exploité dans tous les alentours en respectant sans motif ces deux masses saillantes qui devenaient unhors-d'œuvre, une gêne même dans les aménagements. La nudité du terrain, l'absence de constructions dans une certaine zone autour de ces pierres nous semblaient indiquer des lieux de réunion et leur disposition spéciale une tribune. Ce caractère judiciaire particulier à certains blocs, à certains amoncellements, est trop fréquent non seulement dans les traditions primitives, mais sur divers points de notre sol éduen^, où la justice pendant tout le moyen âge a continué d'être rendue, pour que nous insistions outre mesure. Pailsanias cite deux grosses pierres superposées auprès du temple de Cérès à Pheneon en Ârcadie sur lesquelles, dans les affaires importantes, on prêtait serment en y posant la main^, de la même manière que sur les Pierres des Larmes de la Bretagne. Or voici ce que les fouilles ont révélé à la Pierre-Salvée. On a constaté, en déblayant le terrain, qu'elle était, en dépit de la pente, précédée d'une esplanade légèrement arrondie en amont. La roche occupe le milieu de la corde longue de 23 mètres de cet arc où elle se détache en saillie. Une tranchée ouverte perpendiculairement à cette corde révéla de suite une couche

t. A Vergy, & Mesvres, à Uohon, etc.

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