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en deçà des fossés du camp des deux légions mentionné plus haut, des espaces noirs parsemés de charbons et de cendres, constata par une fouille qu'ils n'étaient autres que des excavations funéraires dans lesquelles il rencontra mêlés aux résidus d'os calcinés des débris de casques et d'armes diverses, des épées gauloises tordues pour être enfouies avec les morts, des fers de lances et de javelots. ^
L'emplacement du champ de bataille de Montmort étant déterminé, il devient évident que si Bibracte eût été à Âutun, César qui, depuis quinze jours, suivait les Helvètes pas à pas, et se tenait la veille même à trois milles de l'ennemi, vers Toulon, eût dû remonter la rive gauche de l'Ârroux, en s'éloignant de 30 kilomètres pour gagner Âutun, et tourner littéralement le dos à ses adversaires marchant sur Luzy. En prenant la direction du Beuvray, au contraire, il se maintenait sur la rive droite sans s'éloigner d'eux sensiblement, et restait toujours à portée de surveiller leurs mouvements ainsi que de choisir son heure pour une attaque opportune, comme celle qui venait d'échouer par la méprise de Considius. Avec l'objectif du Beuvray, il prenait seulement sur eux une avance oblique dans l'intérieur des terres, sans quitter une ligne de marche parallèle à la leur, permettant d'être prêt à tout événement, ce qui ne tarda pas à être justifié.
Le nom de Bibracte, après la défaite des Helvètes, disparait des Commentaires durant plusieurs années, non que les Éduens soient restés étrangers à la politique romaine dont ils étaient les auxiliaires, mais parce que les faits militaires se passaient loin de leur pays. Malgré cette soumission apparente, un parti hostile travaillait sourdement la
1. Voir U Solice publiée par M. Carion fur VEmpUetment de U bêULilU tUru lûquelle Céêwr défit le* Helvéteê, Vtin 58 ûvtmt l'ère ehritienne; MAoon, X. Perroux et C^, 1892. M. Carion a fait don du produit de ses fouilles au musée de la Société Bdnenne, hôtel Rolin.
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cité où les événements lui permirent enfin d'affironter le grand jour.
Il faut arriver à Tan 52 avant Jésus-Christ, au septième livre de la Guerre des Gaules^ qui clôt l'œuvre propre de César, pour revoir en scène l'oppidum éduen. La Gaule presque entière s'est soulevée à la voix de Vercingétorix ; les Éduens divisés hésitent entre la reconnaissance et l'appel national. Ils ont été délivrés des Germains et des Helvètes par César qui leur a rendu leur suprématie ; quoique peu désintéressés, ces services n'en sont pas moins éclatants. Au point de vue individuel les Éduens ont tout à gagner à Talliance romaine. La main de Rome retirée, les Arvemes vont reconquérir le premier rang, et les luttes sanglantes pour le principat recommencer. A côté de la grande patrie dont la conception est bien ohscure chez un peuple découpé en tribus la plupart du temps armées l'une contre l'autre, et qui n'ont pas même le lien de l'uniformité de langage, il y a la nationalité restreinte du clan avec ses intérêts, ses aspirations légitimes, et l'appréciation des dangers qui le menacent. L'hésitation n'est pas sans motifs; les Éduens néanmoins cèdent à l'entrainement général ; Bibracte y prend un rôle décisif. Les événements dont elle va devenir le théâtre ' s'expliquent-ils avec son emplacement au Beuvray?
César venait d'anéantir Avaricum et se disposait à poursuivre ses succès, lorsqu'une mission des chefs éduens vient l'informer des divisions de leur cité pour le choix d'un vergobret^ Il convoque à Decize une assemblée dans l'espoir de concilier les partis ; pour prévenir une défection il leur demande toute leur cavalerie et dix mille hommes de pied. La tentative de Litavic, secrètement dévoué à Vercingétorix, pour débaucher ces troupes est déjouée, mais Litavic lui-même avec ses clients échappe aux Romains et se sauve
f. Dû ML G^lL TU, 32 et 33.
à Gergovie. César est obligé d'en lever le siège et s'achemine vers le pays éduen. Au bout de trois jours, il transborde ses troupes au moyen d'un pont relevé sur TAllier.
Là, deux magnats éduens, Viridomar et Eporédorix, Tinforment que Litavic, le chef rebelle des cavaliers de leur nation, est parti de Gergovie avec tous ses hommes dans le but de soulever le clan ; ils ajoutent que leur présence devient nécessaire pour le maintenir. César, sans être dupe de leurs allégations, les laisse aller, après avoir rappelé toutefois ce que lui doit leur cité. Arrivés à Nevers» une place forte, un oppidum sur la Loire, où le général romain a sa caisse, ses dépôts, sa remonte et les otages de toute la Gaule, les deux transfuges, renseignés sur Tétat des affaires et des esprits, apprennent que Litavic est entré à Bibracte où le vergobret et la majeure partie du Sénat Tont rejoint pour traiter^ par envoyés avec Vercingétorix ; ils s'emparent des otages, des approvisionnements, pillent et brûlent ce qu'ils ne peuvent emporter. C'est sous l'impression de ces graves événements que César, ému de son récent échec devant Gergovie et connaissant l'assiette bien plus forte encore de Bibracte, dont il devra peut-être un jour faire le siège, dit avec anxiété, en parlant de cette forteresse : « Quod est oppidum apvd eos maxime auctorUatis ^ . y> Cette expression, dans les circonstances où elle est employée, peut s'appliquer à la situation imprenable de la place autant qu'à sa prépondérance chez les Éduens ; elle trahit une appréhension, mais ne désigne pas une grande ville capable d'exercer sur ses voisins une influence par sa civilisation, comme pourra, un peu plus tard, le faire Augustodunum.
La suite du texte confirme ce rôle de place forte attribué à Bibracte. On a vu que César, croyant mettre en lieu sûr tous les otages des cités gauloises, les avait internés dans un fort, à l'oppidum de Nevers, sous la garde des Éduens,
\. De B, G. yn, 54, 55.
jusqu'alors ses plus fidèles alliés. Les chefs du soulèvement, à son exemple, transbordent par prudence dans la piremière de leurs forteresses ces otages qui répondaient de la Gaule ^ , et dont la possession permettait de tout entraîner dans le mouvement par la menace. Aucune précaution n*était superflue pour prévenir une fuite ou un enlèvement. Les Rèmes et les Lingons s'étant abstenus néanmoins de participer à la levée de boucliers 2, il serait possible que quelques*uns des leurs aient payé de leur vie cette abstention.
Les événements se précipitaient. Dans une première entrevue de Vercingétorix et des Éduens, ceux-ci réclament la direction suprême que les Arvernes refusent de céder; pour trancher le différend un concilium de toute la Oaule est convoqué à Bibracte. ^
La grande forteresse gauloise, avec son incomparable tpérimètre, son vaste champ de foire et ses espaces incultes, se prêtait merveilleusement à ce rassemblement exceptionnel, et si l'on tente de supputer vers quelle époque de l'année il put avoir lieu, on est amené à admettre qu'on le fit concorder avec la tenue de la célèbre foire de Bibracte, qui réunissait, le premier mercredi de mai, une immense foule de gens des tribus voisines et d'étrangers. En effet, après avoir levé le siège de Gergovie, César trouve TAUier et la Loire gonflés par la fonte des neiges, indiquant la fin de l'hiver; c'est pendant sa marche pour opérer sa jonction avec Labiénus, dans le Sénonais, qu'ont lieu les premiers pourparlers des Éduens avec Vercingétorix. On dut natu-
i.Dû B. G«2/. vil, hh : « LiUvicum Bibracte ab Mdnls receptam, qaod est apud eos oppidum maxima anctoritatis. Convictolitanem magistratum, magnamqae partem seoatas ad eum conveolsse, legatos ad Vercingetorigem de pace et amicitia conoi-
lianda pabllce missos Obsides civitatum Bibracte ad magistralum deducendos
coraverant. t
2. B. G. vix, 63 : f Nacli obsides quos Cœsar apud eos deposuerat liorum supplicio dobitantes territant. »
3. B. G. yn, 63 : « Totios Galli» coacilium Bibracte indicitur. »
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rellement mettre à profit pour la réunion du concilium la date prochaine de Vemporium qui, à elle seule, en dehors de tout autre motif, assurait un imposant concours ; aussi César ajoute t-il que de toutes parts on se presse en nombre : « Eodeni conveniunt undique fréquentes, » Le commandement est mis aux voix et les suffrages de la multitude acclament Vercingétorix à la grande déception des Éduens. ^
Existe-t-il dans cette série d'événements un seul fait qui ne trouve logiquement place au Beuvray.
Les foires du printemps à Bibracte, ainsi que dans les principaux oppidums de la Oaule, étaient, comme les jeux de la Grèce, des réunions religieuses et politiques autant que des rendez-vous d'affaires, et des fêtes baladoires assorties au génie, aux mœurs et aux coutumes des peuples qui les fréquentaient. C'est à la même époque, ^ primo vere d, que César lui-même convoquait le concilium des tribus gauloises, et qu'il transféra à Lutèce ce concilium ^, dans sa sixième campagne. La coïncidence de la foire de Bibracte imposait sa date à la réunion.
On connaît la suite et l'issue de la campagne : le siège d'Alise, l'armée de secours, la concentration de deux cent quarante mille hommes de pied et huit mille cavaliers sur les marches éduennes, enfin l'issue fatale du siège et la reddition de Vercingétorix. César, après la victoire, distribue ses légions en grande partie dans le pays éduen ou près de ses frontières ; lui-même choisit pour ses quartiers d'hiver Bibracte. ^
Il n'est pas besoin d'être stratégiste pour se rendre compte de ce choix. Avec ce coup d'œil rapide et sûr dont
1 . B. G. VII, 63 : « Multitadinis soffraglis res permittitar : ad anam omnes Veroio-
getorigem probant imperatorem Magnodolore iEdui feront, so dejeotos princi-
patu.»
2. B. G. Ti, 3 : « Concilio GalliaB primo Tere, nt institnerat, indicto concilium Lotetiam Parisiorom transfert. »