‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 13 sur 134 · XIJ · texte numérisé non relu

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ses merveilleuses campagnes ont donné tant d'exemples, il avait compris que seule la forteresse de Bibracte répondait à toutes les éventualités ; il s'établissait au centre même du clan dont la défection venait de lui faire courir les plus grands dangers ; du haut de son nid d'aigle, il dominait cette Gaule encore frémissante et saignant de toutes ses plaies. Avec Bibracte, il tenait en entier dans sa main la cité éduenne, dont la fidélité, d'après les derniers événements, devait être suspecte; il pouvait, dans son enceinte, braver toutes les attaques, surveiller toutes les tentatives. De quelque côté qu'éclatât un soulèvement, sur l'Allier, la Loire, la Seine, la Saône où étaient distribuées ses légions, il était à portée pour le réprimer. Maître du massif du Morvan, citadelle de la France centrale, il pouvait, sur sa circonférence, surprendre ses ennemis par les vallées qui découlent de ce massif accidenté, comme il ne tarda pas à le faire pour écraser les Bituriges.

Sa confiance dans la force du lieu était si complète qu'il n'avait conservé autour de lui sur la montagne qu'un corps très peu nombreux, ainsi qu'on le verra ; mais dans le voisinage, sous une température plus clémente, deux légions gardaient les avenues et des contrées plus riches où il voulait assurer la subsistance en donnant à ses troupes un repos mérité. Ces considérations seules devraient suffire à démontrer que Bibracte était au mont Beuvray, et qu'aucun autre point du pays ne pouvait répondre aux exigences de la situation.

Il y était en effet à peine installé, qu'informé de l'agitation qui régnait dans plusieurs cités peu distantes, il résolut de couper court par une campagne d'hiver, avant qu'elles pussent se concerter. La simplicité avec laquelle Hirtius, son continuateur, relate ce départ de César, l'absence d'appareil militaire, le silence, pourrait-on dire, qui se fait autour du grand capitaine, n'indiquent guère le mouvement de la population condensée d'une soi-disant

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capitale dans laquelle la sécurité eût été douteuse sans un déploiement de forces capable d'imposer. Au lieu d'une mise en scène, dans le récit de l'historien, tout accessoire fait défaut ; la foule n'apparaît pas ; le chef semble quitter une étape, presque une solitude, telle qu'on pouvait, en hiver, la trouver sur la montagne. César, la veille des kalendes de janvier, quitte l'oppidum de Bibracte, couvert sans doute de neige à cette époque de l'année, avec une modeste escorte de cavaliers qui descendent avec lui les pentes pour aller rallier la treizième légion cantonnée entre la fron* tière des Éduens et des Bituriges et la onzième qui était la plus voisine. '

On voit, sans faire effort, d'après ce tableau laconique, l'oppidum pacifié, la population rurale rentrée dans ses œdificiums, ses colonies, ses porcheries : un calme complet.

Rien ne trahit cette marche si facile à dissimuler, on partant du Beuvray et en suivant les gorges du sud-ouest. Elle n'eût pu rester secrète en partant d'un grand centre et en suivant les grandes voies; César, au contraire, tombe à l'improviste sur les Bituriges, que la cavalerie surprend à travers les champs, sans défiance, avant qu'ils aient eu le temps de gagner leurs oppidums^. Dans cette campagne de quarante jours, par des chemins défoncés, des brouillards et des froids intolérables, les blés sont enlevés; des milliers d'hommes prisonniers; les cités voisines soumises; le vainqueur reprend ses quartiers d'hiver à. Bibracte 5. Il y

t. B. G. Tiu, 2 : < Ipse cam eqaitatus.prnsidio, pridie kal. januarias ab oppido Bibracte proflciscitur ad legionem xiii qoam non longe a finibus iEdaoram coUocaverat in finibas Bitarigum, eiqae adjungit legionem xi quœ prozima fuerat. »

2. B. G. Yni, 3 : « Repentino adventu Casaris aocidit, quod imparatis disjectisque acddere fait necease, nt, aine timoré ollo rura colentes, prias ab eqaitatu opprimerentar, qaam confugere in oppida possent. »

3. B. G. Tiii, 4 : « Legionibusqoe in hiberna remissis, ipse se recipit die XL Bibracte. Ibi cum jas diceret, Bitariges ad eam legatos mittant, aaxiliom petitum contra Camates qaos intuUsse bellam sibi qosrebantur. Qaa re cognita, cam non ampUos X et vm dies in hibemis esset commoratos, legiones xiv et ti ex blbemis ab Arare edacit : ibi coUocatas rei frumentariœ causa. »

était installé depuis dix-huit jours, et occupé à régler les affaires du pays, lorsqu'une députation des Bituriges qu'il avait désarmés vint réclamer du secours contre les Camutes qui, profitant de TafTaiblissement récent des premiers, les attaquaient.

Rappelant la quatorzième et la sixième légion placées en hivernage sur la Saône, pour assurer les vivres, il dit adieu & Bibracte, cette fois sans retour, et marcha contre les Camutes K Sa fortune devait bientôt l'appeler au-delà des monts.

Touces les circonstances du récit de Hirtius ne font que confirmer ce qui précède et ne donnent nulle parti Bibracte la physionomie d'une ville somptueuse, mais simplement celle d'une place forte choisie pour dominer le pays et s'abriter contre les surprises. Il est un détail heureusement conservé pat lui, qui en sera la plus éloquente conCrmation, en même temps qu'il montrera par un jalon authentique de cette époque même, que Bibracte était bien au mont Beuvray. Le .continuateur des Commentaires de la guerre des Gaules dit qu'au moment de quitter Bibracte pour attaquer les Bituriges, César avait mis à la tête de ses quartiers d'hiver Marc Antoine, questeur^, pour veiller à la sécurité des bagages, avec deux cohortes 3, environ un millier d'hommes ^. Une pareille garnison pour tenir en respect une grande capitale telle que certains auteurs ont représenté Bibracte, paraitrait bien mesquine, mais César la jugea suffisante, vu les circonstances, dans un oppidum àmoitié désert. Toutefois, comme les Romains avaient pour principe de toujours se garer par un vallum, Marc Antoine établit un camp retranché à l'extrémité du plateau supérieur de Bibracte,

I. B. G. ibid. : f Ita cum duabus legionibus ad persequendos Camutes proflcUcitur. »

'l, B. G. vm, 2 : < M. Aatoaium quastorem suis pnefecit hibernis. »

3. 0. G. nu, % : c Biais cohortibus ad impedimenta tueada reliotis. i

4. La cohorte vari^ eo contiogeat d'après les auteurs. H/giaus que nous suirons la porte à 480 hommes.

Nord

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Mont BenCray.

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