Nommée p&ture de Les Chenaux, Marconoet
te
de gueule de four, de l"20 de large, dans une terre compacte mélangée de cendres et de charbons. Des entailles dans le même terrain dur de glaise semblent avoir formé des marches conduisant au fond du couloir terminé en impasse à i™50 de profondeur. Quoique maçonné sur trois côtés, il a dû communiquer par des marches aujourd'hui disparues avec une petite pièce rectangulaire, sorte de cellier, M, dont il est séparé par la simple épaisseur du mur de 27 mètres. Ce réduit conservé sur ses quatre faces tenait évidemment à l'ensemble de la construction; sa maçonnerie rappelle sans conteste celle du couloir qui lui est contigu. L'épaisseur, 49 centimètres, est la même ainsi que l'appareil. Long intérieurement de 4 mètres sur 4"'20, les parois de ce cellier ont été taillées à vif verticalement dans le terrain dur et muraillées avec soin. Le carrelage est une aire en terre battue, à une profondeur de I"70 au pied du mur de 27 mètres, mais de 3 mètres à l'arrière, par suite de la pente du terrain. L'enlèvement postérieur des matériaux est ici incontestable ; il faut descendre à 2*70 pour rencontrer les 0'"50 de hauteur qui restent de la muraille. Tout le surplus a été non seulement démoli, mais les moellons mêmes ont été enlevés avec soin ; l'énorme remblai qui a comblé le vide ultérieurement n*est qu'une terre meuble, mélangée de graviers, débris d'amphores, poteries et parfois de cendres. Le seul objet spécial, extrait de la couche supérieure, était une moitié de talonnière d'éperon terminé en carreau aigu, paraissant du seizième siècle. Il serait possible qu'après le passage des soldats de Coligny, qui brûlèrent le couvent, les Cordeliers aient puisé dans cette mine pour le réparer. A droite du cellier le grand mur de 27 mètres se prolonge à l'ouest de 4"*40 en longueur; là il forme un retour d'angle, N, conservé sur 6"40, à i"*20 de profondeur. Il disparaît ensuite dans la déclivité, mais sa direction le rattache évidemment à l'extrémité occidentale du grand mur, OP, parallèle à celui de 27 mètres. Ce dernier, en suivant la
direction de Test, offre à gauche dudit cellier, M, trois énormes trous de poutres encastrés dans l'épaisseur de la muraille, marquant l'emplacement d'un hangar de grande dimension qui devait comprendre le couloir L. La tranchée de 1"10 de profondeur et de 35 centimètres de large, ouverte sur toute la longueur au pied de cette muraille, offrait un aspect inusité. Elle était encombrée de débris d'amphores^ d'ossements d'animaux, de tessons de toute sorte, qui accumulés sur le bord de la fouille y formaient une agglomération continue. Cet amas ne pouvait se justifier qu'en reconnaissant à cet établissement une destination bien spéciale, que la nature de ces résidus fait soupçonner de prime abord. Tous les types de la vaisselle gauloise y étaient représentés en menus fragments ; ceux d'assiettes en terre grise et noire lustrée y étaient particulièrement abondants, et d'une assez grande variété. L'ornementation en rayures diversement combinées à l'ébauchoir reproduit nos types connus, mais en quantité considérable sur cet espace restreint. Une nomenclature risquant de devenir fastidieuse, nous la bornerons aux objets spéciaux pouvant aider à déterminer l'ancien état du lieu. Parmi la masse des débris d'amphores on a retiré deux seuls timbres très altérés ; sur l'un incomplet nous croyons lire les lettres LIE I « sur
l'autre THS. Quelques fragments de poterie rouge italique, d'assiettes surtout, ont donné deux estampilles, connues déjà par des découvertes antérieures, celle du potier Âteus et sur un fond de grand plat orné d'un cercle guil.
ATEF
T. ETTI SàMIA
loche, celle d'un autre potier, connue de même : Nous avions donné autrefois la leçon fautive TETTI, mais le point séparatif entre T. et E est évident sur le dernier échantillon exhumé. Quelques débris de vases oblongs plus luxueux, en terre très mince, colorés en brun et rouges au pied, sont couverts de bandes concentriques, de losanges tracés et guillochés à la pointe ; d'autres de carrés en damier, de chevrons, de barres, de festons;
les terres noires lustrées, fines de galbe, ont rarement une ornementation industrielle, sauf parfois une zone circulaire avec hachures à la partie plane des assiettes ; celles au con« traire en terre grise, d'un grain compact, sonore et cassant, sont ordinairement décorées en dessous de cercles successifs tracés par le lissoir, et souvent, sur le rebord, d'ondulations gravées au moyen du peigne. Les nombreux tessons de poterie vulgaire, de fabrication locale sans doute, sont presque toujours ornés, en dessous du col, d'un cordon de dentelures, coups d'ongles, grains de blé en creux, quelquefois de bandes verticales et parallèles de couleur noire appliquée sur la terre molle avant la cuisson. L'usage d'une autre pièce, dont trois fragments se raccordent, est plus difficile à justifier. C'est une sorte de mortier de terre micacée, granuleuse, imitant grossièrement celle des buses de forges ; d'une concavité peu prononcée, le feu l'a, malgré son épaisseur de 6 centimètres, calcinée absolument à l'intérieur, et rendue très friable ; son diamètre était de 26 centimètres. On reconnaîtra volontiers, d'après ce qui précède, d'après l'accumulation et la nature des débris, que ce terrain a dû servir à d'amples festins. Trois de ces petits couteaux à manche de fer comme la lame, qui tenaient lieu alors de fourchettes, y ont été recueillis très oxydés ; l'un est brisé à moitié ; l'autre, entier, aigu, à lame en forme de javelot, manche légèrement recourbé, a 17 centimètres de longueur.
Notons, pour être complet, une meule de moulin à bras, en grès, une extrémité de pied d'amphore scié et poli avec soin en rondelle de 28"*" d'épaisseur sur 55"" de diamètre et ayant pu servir de poids, ainsi qu'un galet de rivière usé et poli de même; deux fragments de vase en verre, l'un bleuclair liseré à son bord supérieur par un trait gravé, l'autre, brun, avec une forte rainure à mi-hauteur, appartenant à une espèce de bol ; une boule de bleu d'Alexandrie ; un pain d'une espèce de terre d*ombre, donnant au lavage la cou-
leur violette ; enûn un polissoir, un morceau de 25 oenti* mètres de long de l'extrémité d'une grosse et massive pince de fer, une grande quantité de clous.
Au sud du mur RT règne un nouveau mur parallèle, VX. L'espace V de 9 mètres, qui les sépare, entièrement vide, sauf la petite saillie du cellier M, n'était à vrai dire qu'un passage entre eux pour accéder à la grande voie longitudinale de l'oppidum, conduisant au champ de foire. Ce mur RT, démoli et dépecé à l'extrémité occidentale, n'existe plus aujourd'hui que sur 16 mètres de longueur, mais son parallélisme avec celui du plan ÂBC, qui sans cette correspondance n'aurait pas sa raison d'être, permet de restituer ce que les démolisseurs lui ont enlevé. 11 formait évidemment une cour ou enclos Y, de même genre que l'enclos K. Sa construction est même plus soignée. II est fondé à 70 centimètres de profondeur, recouvert à peine d'une couche de terre de 10 centimètres; sa maçonnerie a 60 centimètres d'épaisseur. Le mur de face ÂBC, fermant l'enclos Y, au sud, a subi moins d'avaries. Conservé oureconnaissable sur toute sa longueur, on peut juger qu'il aboutissait plus près encore que l'enclos K du bord de la grande voie. Des trous de poutres, comme dans celui-ci, y désignent l'emplacement d'un grand hangar de 20 mètres de long avec 4™10 de terrage en largeur, qui accentue la similitude de destination de l'un et de l'autre. L'enclos Y est pourvu comme l'autre d'une pièce adjacente terminant le mur VX, à l'est, mais au lieu de la case M dont la profondeur et la faible dimension nous ont semblé un cellier, il est pourvu d'une véritable chambre H, de 7 mètres sur 5 mètres intérieurement, avec des murs de 60 centimètres d'épaisseur et un carrelage en terre battue. Au milieu de la façade occidentale de cette chambre, s'ouvre une large porte avec pieds droits en pierre de taille précédée d'un seuil monolithe de même nature, de 1"50 de long sur 60 centimètres de large, donnant accès sur un palier I, en saillie de 3 mè-
très sur la façade et noyé dans Tenclos Y. L'angle nordouest de la maison, à sa soudure extérieure avec la saillie de 3 mètres du mur du palier, est entièrement construit en pierre de taille sur l'^SO de long et I^'IO de haut, où il af&eure à la surface du sol. L'extrémité opposée de ces 3 mètres est aussi en gros blocs taillés, puis remontant au sud sur une longueur de 9™70, le mur rejoint à angle droit celui de la grande clôture ABC. Ce dernier comprend luimême deux parties. La première, soigneusement appareillée sur la face intérieure seulement, fondée à i^'SO, ofifre d* abord un long cordon de 15 mètres de développement, au bout desquels un retour d'angle de 80 centimètres au nord, forme une espèce de contrefort en trois assises de pierre de taille. La seconde partie, reprenant la direction vers Touest sur plus de 20 mètres, a subi par places des altérations qui permettent néanmoins de constater que l'entrée de l'enclos atteignait la grande voie avec laquelle il communiquait de plain pied. Quatre trous de poutres reconnus le long de ce mur marquent l'existence du hangar disparu. Derrière l'enclos Y, le plan indique, à l'est, un troisième eiiclos G, de moindre étendue que les précédents, en forme de trapèze, mesurant en moyenne 15 mètres sur 12 mètres. Fermé de tous côtés par des clôtures dont les substructions sont intactes, celle du sud servait d'appui sur toute sa longueur, à un hangar marqué par sept trous de poutres, CE, dont la toiture se prolongeait même de 4 mètres au moins à l'extérieur. Elle couvrait derrière le mur méridional de Tenclos Y un couloir ou passage de 60 centimètres de large, resserré entre ce mur et un prolongement parallèle de celui de l'enclos G. Enfin, cet enclos, à son extrémité nord-est, était extérieurement flanqué d'une petite pièce F, de 4 mètres de long sur 2°*70 de large, rappelant assez bien le compartiment analogue M de l'enclos K, comme lui d'une maçonnerie bien appareillée existant encore sur i"*60 de hauteur. La porte percée dans la face nord n*avait plus que des
amorces, ses pierres de taille trop apparentes ayant tent« les carriers. On a trouvé dans ladite pièce F la moitié d'un annelet de bronze et une petite rondelle de plomb imitant une monnaie.
L'aspect du plan de ces murailles, dans leur état de mutilation, jette à première vue, ainsi qu'il a été dit, dans une certaine perplexité ; un examen sérieux permet cependant de se rendre compte de leur destination. En observant qu'ils occupent le dernier échelon des pentes de la montagne, à la lisière même du champ de foire et au bord de la voie qui y conduit, il n'est guère possible de ne pas admettre qu'ils répondent à des nécessités locales. Ces espèces d'enclos ou de cours closes de murs avec hangars, dénuées à peu près d'habitations fixes pour l'homme sédentaire, apparaissent disposées surtout pour parquer des animaux. Si on réfléchit ensuite au caractère nomade de l'occupation des oppidums au moment des grandes foires, comme celle du premier mercredi de mai au Beuvray, où les chars, les chevaux, les bestiaux afTluaient par toutes les routes, la nécessité de leur fournir un refuge, un emplacement sûr, à l'abri de la fuite et de l'enlèvement, devient évidente. Ces nécessités sont de tous les temps et de tous les lieux, soumises aux mêmes exigences, et, sous ce rapport, le présent ressemble au passé.
Nous voyons donc dans ces constructions d'antiques hébergéages ménagés près du champ de foire pour les bêtes et les gens, et utilisés aussi longtemps que l'importance des foires l'a demandé. Nous en avons déjà signalé un autre près de la fontaine Saint-Pierre, à l'ouest du champ de foire, dans les fouilles de 1871. Un coup d'œil jeté sur les parties conservées de l'enclos K rend sa restitution facile. Le morceau de mur en retour N de l'angle sud-ouest donne la cloison coupée sans doute par un passage du côté de la voie ; le mur de l'est, démoli dans les conditions indiquées ailleurs, fait seul défaut. Cet enclos comprend simplement
un cellier profond et les traces d'un four; mais ce qui caractérise bien mieux son usage, c'est l'encombrement exceptionnel des débris d*amphores et d'assiettes dans toute cette partie, les couteaux et le mélange d'ossements d'animaux qui ne se rencontrent que là, accusant une agglomération d'hommes momentanée, puisqu'on n'y trouve pas de maison et seulement des hangars. L'enclos Y situé plus haut, à la suite, est dans les mêmes conditions. Il offre seulement en plus une petite chambre, une cuisine peut-être, mais son aménagement général, espace, hangar, correspondance avec la voie, indiquent des besoins identiques. Quant à l'enclos O, de moindre dimension, 15*20 sur 13*80, il ne pouvait évidemment pas recevoir des chariots ; l'étroitesse du passage pour y pénétrer» 60 centimètres, n'admettait même pas des bœufs ou des chevaux. Mais serait-il téméraire, en constatant la nature du principal élevage dans la région, de l'affecter à la clôture d'animaux de moindre grosseur, amenés par bandes, tels que les porcs et les moutons? L'exiguité calculée du passage aurait permis de les compter par unité. Au-dessus des enclos dont il vient d'être question, une pente très raide de 56 mètres de long monte jusqu'au plateau du champ de foire. Une tranchée en croix, de 0*60 de large, ouverte sur cette longueur et sur 50 mètres de largeur, n'a rencontré aucune substruotion. Cette pente néanmoins est coupée par deux terrasses transversales d'une dizaine de mètres de large, séparées l'une de l'autre par une pente de même mesure. Ces plates-formes étaient empierrées de gravier^ La pioche y a ramené partout des fonds, des goulots, des anses d'amphores, sous une couche de terrain noir expurgé de moellons, et, ce qui mérite attention, plusieurs médailles gauloises, de menues pièces étrangères malheureusement oxydées, ainsi que de petites épingles et débris de fibules» tandis qu'on n'a rien recueilli de semblable dans les enclosi Il n'est pas sans importance d'observer aussi que ces
monnaies au nombre de huit ont été^ sauf une seule, découvertes presque à fleur du sol. Les cultivateurs de cette terre en avaient plusieurs fois ramassé dans leurs sillons. Ces circonstances nous confirment dans Topinion que ces terrasses, pour les foires, se couvraient de tables et de tentes, ainsi qu'on le pratique encore actuellement aux mêmes dates sur le Beuvray. Les petites monnaies égarées avec les morceaux de fibules, au milieu des débris d'amphores, sont les épaves des festins et des rixes, accessoires invariables de ces sortes d*assemblées dans le Morvan plus qu'ailleurs.