‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 123 sur 134 · MAISON PC, 8 BIS, DU PARC AUX CHEVAUX, CACHETTE DE PIÈCES D'ABOENT · texte numérisé non relu

MAISON PC, 8 BIS, DU PARC AUX CHEVAUX, CACHETTE DE PIÈCES D'ABOENT

La lisière septentrionale du plateau du Parc aux Chevaux est tracée par un talus assez régulier, où commence la pente du versant qui va rejoindre la rive droite du ruisseau de l'Écluse. Ce versant n'a été, jusqu'à ce jour, entamé par aucune fouille. Le talus traverse à l'est le bois des Queudres bordant, à l'autre extrémité, la grande voie longitudinale qui du nord au sud coupe en deux l'oppidum dans toute sa longueur, et se relie, à l'ouest, au quartier de la Pierre Salvée^ en laissant en arrière le Tkeurot de la Roche^ dont il longe la base septentrionale. Un sondage, durant Tété de 1894, avait été pratiqué dans ce talus pour retrouver la limite exacte des fouilles antérieures envahies par la végétation. Le hasard fit rencontrer près de la maison n** 8 du Pare aux Chevaux une petite case gauloise de l'apparence la plus chétive, dont l'exiguïté et pour ainsi dire l*enfouissement contrastaient avec la somptuosité de l'habitation voisine, n^ 8. On sait que le Parc aux Chevaux était la région aristocratique de Bibracte, et la maison n* 8 dans

le bois des Qmudres, à laquelle la oase eu question confine, était sans conteste une des plus riches. Sans parler de ses vastes dimensions, elle avait fait divers emprunts au luxe romain, étant même la seule où Ton ait rencontré des tronçons de demi-colonnes en calcaire.

L'Éduen dont nous avons à étudier le logis était sans doute de la vieille roche et fidèle aux traditions des ancêtres, car ce logis différait peu des pauvres cases dont Polybe, moins de deux siècles plus tôt, parlait chez les Gaulois de la haute Italie. Elle est taillée pour ainsi dire dans le talus artificiel cité précédemment entre le plateau et la vallée ; sa façade regardant le nord, et rasée actuellement au niveau du sol, n'était pas fondée à plus de 60 centimètres ; mais à l'arrière les murs adossés au talus s'enfonçaient jusqu'à 2"70 de profondeur. L'habitation, de ce côté, était ainsi enfouie jusqu'à la naissance du toit, ce qui n'est pas sans exemple encore aujourd'hui dans le Morvan, sur les terrains en pente. Une rigole, le tour de curée^ la préservait tant mal que bien de l'infiltration des eaux pluviales. Dans de semblables conditions sa maçonnerie primitive ne pouvait guère dépasser le niveau des parties enterrées ; la faible quantité de moellons écroulés sur place semble le démontrer. Il en était de même à la devanture dont le soubassement seul était muraille, la grande quantité de clous recueillis dans la tranchée ne pouvait provenir que de cloisons de bois et de torchis complétant le surplus. Les murs existants, épais de 60 centimètres, parementés feulement à l'intérieur de la case, ont résisté à la poussée des terres malgré une hauteur de plus de 2 mètres à l'arrière, qui décroit à 4roite et à gauche, suivant la pente du terrain^ en retour vers la façade. Aucune trace de seuil ni de porte n'existe actuellement dans cette façade, réduite comme on l'a vu, aune minime hauteur; mais les habita-

tiens pauvres du Beuvray étant le plus souvent creusées audessous du niveau du sol, on doit conclure que quelques

marches étaient nécessaires pour monter et descendre dans l'intérieur dont le carrelage en terre battue donne l'assiette.

La construction se divise en deux compartiments, un petit et un grand. Le premier, l'habitation proprement dite, semble-t-il (A), mesure 4^40 de face sur T"03; le second (B), tout aussi nu, mesurait le double, 9"06 sur 7'"03. Faut-il voir dans sa clôture dont les maçonneries avec des angles en pierre de taille ont même épaisseur et même profondeur que celles de la pièce précédente, une simple desserte ou un appartement? Aucun signe dans l'appareil ne révèle une différence de destination. L'habitant de cette demeure où rien n'annonce la richesse ni le luxe importé par Rome, appréciait néanmoins les beaux deniers d'argent romains, pour lesquels il parait avoir eu une certaine prédilection. On en a trouvé trente-un chez lui, tandis qu'on n'y a recueilli que huit petites médailles gauloises aussi en argent. Les conditions dans lesquelles cette trouvaille a été faite lui donnent un certain intérêt. Au lieu d'être réunis comme s'ils eussent été contenus dans un vase ou dans une bourse, les deniers étaient disséminés, non dans la maison, mais extérieurement, le long de la façade, deux par deux, à une courte distance les uns des autres. Cette singularité n'est pas fortuite et n'admet qu'une seule explication. Le détenteur, pour mettre son pécule en sûreté, à l'abri des accidents ou des voleurs, avait eu recours à un mode de cachette fréquemment employé depuis, et surtout au moyen âge. Il consistait à glisser des pièces de valeur dans les joints des pierres d'un mur d'appartement, dissimulés ensuite sous un enduit peu résistant et facile à enlever lorsqu'on voulait puiser dans la cachette. Notre homme n'a pas retiré toutes ses pièces, ou surpris par la mort avant d'avoir pu le faire, elles sont restées cachées jusqu'à la chute du mur qui, en s'écroulant, les a projetées en dehors. Elles y étaient restées éparses à travers

les moellons, presque à fleur de terre. Trois seulement étaient tombées au pied du mur, à l'intérieur de -la maison.

Le modique héritage que nous a laissé ce Gaulois ofiFre une autre particularité : il donne la date très approximative de l'abandon de l'oppidum ; et le rapprochement des monnaies qui le composent y ajoute une valeur qu'elles ne trouveraient pas dans la rareté. Le premier denier en date est de Tan 164 avant Jésus-Christ. Cette ds^te reculée le met hors de cause. Les autres sont compris dans un espace de cinquante*trois ans et les quatre derniers dans un laps de seize ans, qui se terminent à la bataille d'Actium (31 ans avant Jésus-Christ). Noua donnons du reste en confirmation la nomenclature complète de ces pièces, d'après l'ouvrage d'Ernest Babelon. ^

La pièce la plus ancienne et aussi la plus atteinte par le frottement date, a-t-ondit| de l'année 164 avant Jésus^^Christ.

1. —TRIO. CNAEVSLVCRETIV8, monétaire vers l'an de Rome 590. Tête de Rome à droite avec le casque ailé et surmonté d'une tête d'aigle devant le signe X. — ^. gn. LVGR. româ, les Dioscures galopant à doite.

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