‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 126 sur 134 · BEUVRAY · texte numérisé non relu

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FOUILLES DU BEUTRAY

1894 (suite)

AQUEDUC DE LA GOME-GHAUDRON

Les fouilles dans la vallée de la Corne-Chaudron, en 1868 et 1873, ont compris un parcours de 450 mètres, entre la porte du Rebout et la naissance du ravin qui-divise lès deux pentes de la vallée, du nord au sud. Toute la partie supérieure de la rive gauche du ruisseau a été explorée ; des fourneaux à minerai, des ateliers de forgerons et autres métallurgistes y caractérisaient un quartier purement industriel, occupé par soixante-deux maisons. La rive droite est vierge de tout sondage. L'altitude de 712^80, à la porte du Rebout près de laquelle sont les fours, atteint 735 mètres au n^ CC, 62, dernière maison fouillée en 1873; cette différence d'altitude mérite l'attention par son importance dans l'étude qui va suivre.

Après une interruption de vingt-un ans, les travaux ont été repris au point où ils avaient été laissés, en tête du ravin. II y aurait ainsi nécessité pour le lecteur curieux de juger Tensemble, de se reporter aux comptes rendus des premières explorations de la Come-Chaudron. Nous donnerons len^CC, 63, à la première maison faisant suite, découverte en 1894, à 5 mètres en amont du n* CC, 62.

. L'habitatioa est placée sur un talus prononcé, ayant 80 mètres de développement en largeur et 7 mètres de haut environ; il est couvert d'arbustes, de broussailles, de pierres de démolition, au pied desquels s'amortit la coupure du ravin. Les murs de la maison engagés dans le talus ont encore 1"22 de hauteur et des angles en pierre de taille ; la façade mesure 10"70 de longueur extra muros; son accès nécessitait un escalier extérieur disparu. Elle se divise en trois pièces dont la plus importante, joignant la façade à l'est, occupe moitié de la surface sur toute la largeur; les deux autres pièces, plus petites, sont séparées par un mur de refend qui divise Tarrière en deux parties égales; un foyer, de 50 centimètres de large, entre deux pierres de taille de 48 centimètres de hauteur, occupait le milieu de Tappartement principal ; un bourrelet de terre, recouvert d'une tuile creuse intacte S s'interposait entre le mur central et le foyer comme pour mitiger l'effet du brasier sur ce mur. L'aire du foyer consistait en une seule brique de 50 centimètres sur toute face, pareille à celleades couvertes d'hypocaustes, précédée d'une plate-forme de 65 centimètres de long sur 1 mètre de large, en briques moins grandes, débordant de chaque côté 2. La perte de temps causée par l'enchevêtrement des racines et des pierres fit abandonner l'exploration minutieuse de cet intérieur et d'un mur de clôture attenant, pour se reporter à gauche de la façade, dont une mauvaise muraille délabrée et sans fondations semblait le prolongement sur 7 à 8 mètres. La pioche rencontra au pied de ce mur une sorte de seuil, grande pierre de granit taillé de 82 centimètres de long sur 70 centimètres de large, enchâssé dans un béton très ferme quoique sans chaux. Sur le béton étaient amoncelés, dans les décombres, des meules de moulins à bras hors de service, des

!• Cette toile a été déplacée et brisée de suite par des vifiteurs, en Tabsence des ouTriers, comme cela se pratique trop souvent. 2. A l'arrière la maison est l'amorce d'un mur de clôture qui n'a pas été suiri.

secteurs en pierre de taille provenant de colonnes maçon* nées, des débris d'amphores, du moellon, toutes sortes de matériaux accumulés pêle-mêle, sans autre but que le remplissage. Le déblai opéré, on se trouva en face d'une ouverture rectangulaire en pierres de taille, obstruée d'un dépôt de terre noire et une. La première pensée fut qu'elle était la bouche de fourneau d'un hypocauste, vu qu'elle ouvrait sous la maison fouillée, et qu'un autre hypocauste existait sous une maison voisine antérieurement explorée. Les premiers dégagements révélèrent un aqueduc, quoique sans eau alors; on commença activement le déblai.

Disons de suite, pour ne pas interrompre l'ordre de la fouille, que cet aqueduc est le travail le plus curieux et le plus important peut-être qui, jusqu'à ce jour, ait été constaté au Beuvray. L'énorme tranchée, de 5 mètres de profondeur pratiquée pour l'établir, sa construction même en font une œuvre à part dans laquelle se rencontre pour la première fois l'emploi sérieux de la voûte à Bibracte. En voyant cette voûte construite en moellon grossier, sans chaux, avec du mortier de terre, on se demande comment elle a résisté deux mille ans. La seule infiltration des eaux pluviales, et Ton sait s'il en tombe sur la montagne, aurait dû suffire à désagréger la maçonnerie et produire Técroulement, indépendamment du poids des terres. Un artifice peu dispendieux avait conjuré l'avarie. L'application d'une modeste couche de terre glaise battue et comprimée sur Textrados de la voûte Ta préservée de l'action de l'eau pendant vingt siècles, on peut voir et juger encore aujourd'hui ce rare spécimen de Tindustrie de nos aïeux. L'âge de l'aqueduc ne saurait non plus faire de doute. Sans parler maintenant des objets concluants trouvés à l'intérieur et dont il sera question ailleurs, les maisons gauloises fondées, tant sur la voûte que sur les couvertes plates, sont à elles seules une démonstration de son antériorité. Son entrée a l'^lO de hauteur sur 60 centimètres de large. Les pieds

droits comprenant chacun quatre assises en pierre de taille se prolongent d'un mètre à Tintérieur; ils portent quatre couvertes plates d'une seule pièce et de même gn^nit du Morvan. La première, longue de l'^OS et épaisse de SOcentimètres, s*est fendue sans fléchir sous la charge. du pignon oriental de Thabitation citée au commencement de cette étude. Â la suite de cette espèce de cage en grand appareil commence la voûte EF de moellon, haute de 1"50 sous clef et 75 centimètres de large. Cette voûte à plein cintre est peu régulière, portant le signe de Tinexpérience et d*un certain embarras. Le canal, par exempte, à la suite de la cage en pierre de taille, décrivant une courbe et subissant un élargissement de 15 centimètres, les constructeurs, afin d'éviter un raccord et un changement de calibre, ont imaginé pour l'asseoir de racheter la différence en plaçant sur la paroi de droite, à la naissance de la voûte, quatre rangs de grosses briques en encorbellement. Le procédé n'a pas réussi, car les supports ont cédé et les clefs se sont effondrées sur un mètre de long. Cette première partie de l'aqueduc, avec une forte pente, était obstruée, sur toute sa hauteur et sur une longueur de 8 mètres, d'une couche inférieure de sable surmontée de terreau noir, comme à l'entrée. La voûte est intacte jusqu'à la lettre EF. Le déblai nécessita un travail souterrain de mineur qui permit de recueillir quelques débris de l'encorbellement affaissé, des poteries de fabrication gauloise certaine, entre autres une moitié d'écuelle plate et une moitié de petite coquelle à trois pieds en terre cuite enduites de mica, divers débris en terre fine, noire et lustrée à raies concentriques, d'autres plus grossières, tous indigènes. Il fut aisé alors d'examiner les détails de l'intérieur avec une lampe. Le carrelage, dès l'orifice, consiste, sur 2"10, en grandes et épaisses briques de 42 cen* timètres sur 30 centimètres, ajustées avec soin, et de même nature que celles de Tencorbellement. Au delà de ce glacis destiné à faciliter l'écoulement dans la courbe du

canal, le pavé est en moellon jusqu'à 8 mètres où ces moellons sont piqués en hérisson, pour rompre, semble-t-il, le choc de Teau à une seconde courbe moins accentuée mais plus rapide que la première. La maçonnerie des parois en pierres de grosseur courante ne diffère en rien des bonnes maçonneries gauloises de même ordre. Au point où s'est arrêté le déblai de 8 mètres, la voûte, qui jusque-là passe sous la maison, fait place i deux couvertes plates d'un mètre de long et 50 centimètres de large chacune, soit un mètre^ sur lesquelles est fondé le mur d'arrière de la maison. Le même procédé se renouvelle dans tous les cas semblables où pèse le poids d'un gros mur qui eût pu compromettre la voûte. C'est à cette charge sans doute exercée sur le haut des parois de l'aqueduc que doit être attribué leur déversement partiel, sans que la voûte reprise au delà des couvertes en ait subi d'avarie appréciable; il a paru prudent néanmoins d'interrompre le déblai sur une longueur de 3 mètres que l'introduction d'une perche dans la masse du terreau meuble a permis de mesurer. Au delà de ces 3 mètres, GH, où l'aqueduc dévie légèrement à l'est, il achève de traverser le talus pierreux cité plus haut, passe sous la clôture qui le couronne pour pénétrer dans un terrain plat désigné sous le nom de Pâture du Couvent. C'est en effet dans cette pièce de terre que s'élevait, à 60 mètres plus loin, le^ MonasteiHum Bibractense du P. Fodéré, l'historien des maisons de Tordre de Saint- François. Il fallait dès lors, pour reprendre la piste, creuser une excavation divisée en étages afin de faciliter le rejet des terres. Le remblai sur 3 à 4 mètres d'épaisseur provenait tout entier de démolitions, moellons, tuileaux à rebords et autres, enduits stuqués, uniquement de couleur blanche, secteurs de colonnes maçonnées, poteries gauloises de toute nature. Doit-on voir dans cet amoncellement le produit d'un défrichement des moines dont un mur de clôture sans fondations le traverse, ou celui de l'écroulement des maisons

dont on retrouve les fondations à un niveau inférieur? Cette seconde explication semble la plus probable, vu que dans la suite des fouilles le même amas de décombres disparait pour faire place à un terrain d'alluvion, noir et riche, atteignant jusqu'à 5 mètres d'épaisseur. L'aqueduc fut retrouvé dans la fosse ISK, et comme il avait eu i supporter en ce lieu deux maisons successives, la voûte au passage des murs était remplacée par quatre énormes couvertes plates en pierre de taille, de 1"50 de long et 30 centimètres sur les autres faces. L'une put être soulevée non sans peine, au fond de la tranchée. Cette ouverture permit de descendre dans l'aqueduc entièrement vide, sauf une couché de 20 centimètres de sable et de terreau noir. Le radier est à 5*^40 sous le gazon. ^

La voûte existe en deçà et au delà des quatre couvertes plates, conservant une hauteur de 1"73, avec cette particularité que les clefs au lieu d'être en simple moellon, comme précédemment, sont formées de languettes de pierre de taille débruties, de 40 centimètres à 50 centimètres de long, en granit du Morvan. Une autre particularité, observée uni-^ quement sur ce point, a révélé l'emploi delà chaux dans un jointoiement de 2 à 3 mètres de long et 60 centimètres de hauteur, en deçà des quatre couvertes. On croit, dans ce travail, reconnaître une réparation d'autant plus probable que le mortier de chaux et sable fait défaut dans le corps de la maçonnerie et n'existe nulle autre part dans l'aqueduc^ La circulation à l'intérieur de cette partie du canal était sans obstacle sur 7 mètres ; joignant d'un côté l'avarie précitée de 3 mètres, et de l'autre une seconde dans les mêmes

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