‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 48 sur 134 · Us sont à 8 mètres au-dessus du terrain d'arriTée · texte numérisé non relu

Us sont à 8 mètres au-dessus du terrain d'arriTée

5. Le terme de bastion est impropre, mais difficile à remplacer.

facilitant la défense de la porte placée à l'extrémité de ce coaloir, entre les épanlements.

Ceux-ci, bien que situés en face l'un de l'autre, étaient d'inégale grandeur. Celui de droite, ou du Champlain, long de 45 métrés, se projetait en ayant par une saillie de 20 métrés sur celui de gauche dont la façade parallèle n'en avait que 24 . Cette disposition, en isolant la partie saillante du bastion de droite, profitait toute à la défense du bastion opposé. Aussi avait-on, pour contrebalancer cet avantage, élevé en face la tour rectangulaire dont il a été parlée à gauche de la voie ; elle permettait de venir en aide aux défenseurs du bastion de droite en plaçant des deux côtés les assaillants sous les traits; elle défendait en même temps la tète du fossé de gauche, auquel elle était adossée.

Cet ensemble étudié, qui, dans l'état actuel des ' reconnaissances, ne parait avoir existé qu'à la porte du Bebourt, étant un des ouvrages les plus remarquables de fortification gauloise, nous en décrirons successivement les diverses parties.

Les deux fossés de retour n'étaient qu'une dérivation du fossé principal, avec moitié moins de largeur, le long des avenues de la porte ; ils se terminaient à ses côtés par un escarpement qui est accusé aussi nettement aujourd'hui qu'il y a vingt siècles. A partir de 2 mètres au-dessous du gazon, leurs talus sont taillés dans le roc suivant un profil convenu, malgré les difficultés d'exécution. Du côté du rempart, l'escarpe est presque verticale.

Nous demanderons, comme toujours, la date de la construction à l'archéologie, et surtout aux médailles qui, sur ce point comme sûr tous les autres, ont fourni un abondant contingent. Les incendies en anéantissant tout sur les bastions ont donné au remblai de ces fossés le même caractère qu'au fossé principal, vers l'angle du rempart. Non- seulement la terre est noire et riche, mais elle est à l'état de cendre ; la chute des ouvrages en bois y a formé, comme dans le premier, un humus gras et poisseux dont Tadhérence aux outils fatiguait les travailleurs.

Aa milieu de ce résidu, des poteries, des fragments de fer et de bronze, étaient disséminés. Dans le fossé de droite (côté du Champlain), on rencontrait à 4 "^ 50 de profondeur, au-dessous des pierres du rempart écroulées dans la cuvette, un bloc de calcaire destiné à serrir de castine dans les forges Toisines. Plusieurs pains carrés, de 0'20 de long sur O^'OO d'épaisseur et conformes aux échantillons trouvés intacts dans les ateliers, en avaient déjà été détachés ; les dimensions de l'un j étaient marquées encore par un trait de scie interrompu avant la fin du travail.

Cinq médailles gauloises, à 2 et 3 métrés de profondeur dans le fossé face est, deux à l'angle nord et trois au pied du rempart, furent trouvées dans la tranchée avec une pièce romaine, non loin des trois dernières, sur le chemin de ronde. C'était un petit bronze d'Auguste, cité précédemment, bombé d'un côté, concave de l'autre, à la manière gauloise, avec l'aigle au revers. Dans le fossé de gauche (bastion de la Corne- Chaudron), deux médailles gauloises accompagnaient une pierre à aiguiser; deux autres à 4 ""SS de profondeur, dans le talus, et une à 2 ""45, étaient enfouies avec des ossements brûlés et des dents de cheval. Ces objets, déposés postérieurement à la création du fossé, prouvaient surabondamment son origine gauloise; mais les preuves jaillissaient pour ainsi dire sous chacun des coups de pic avec tous les menus fragments dis<« perses dans les remblais.

Les épaulements formaient une terrasse horizontale, muraillée sur ses deux faces extérieures seulement. Celui du Champlain, dont le mur avait encore 35 trous de poutres distancés de 1 mètre à 4 "" 20 et le tiers de ses fiches, était fondé sur le béton à un niveau supérieur de 4 mètre au bastion de gauche. Dans sa façade, de 45 mètres de long à Test, la première moitié, 20 mètres, était construite de la même manière que le rempart principal, avec biocaille derrière le parement. La seconde, en pierres plus petites, était simplement adossée au terrain. L'angle sud avait été détruit pour faire place à une de

ces grandes excavatioDs cinéraires si communes dans Toppidnm qu'on serait tenté d'en attribuer la création aux émigrants avant le départ. Elle était creusée dans le béton, à 1 métré au-dessous de la base du rempart, large de 1 "70 sur 4 "40, et renfermait un grand amas de cendres, charbon et ossements, une quantité considérable de débris de poteries ^ usuelles et d'ampbores, cinq, médailles gauloises, un galet, une petite anse en bronze, etc.

L'épaulement derrière l'angle nord-est de la muraille formait une grande esplanade, au centre de laquelle subsistaient les traces d'une construction en bois dont il ne restait plus que l'aire, vaste surface de béton bordée à l'est d'un pavé en pierre qui avait peut-être servi de base à une poutre de fondation. On rencontrait aussi au nord, à une profondeur de 2 mètres, une espèce de fosse creusée dans le remblai et pleine de gros blocs entassés comme moyen d'assainissement ou de consolidation. Une tranchée pratiquée à la lisière méridionale du béton révéla, à {"'iS de profondeur sûr le massif, l'empreinte de deux

1. Parmi cet poteries, il en existait deux de grande dimensioD, 0*45 de diamètre, dont la forme se coBsenra à Tépoqne romaine, modifiée légèrement C*étaient deux jarres larges et peu profondes, à fond plat, en terre épaisse et rongeâtre. Snr la partie inférieure de la panse régnent de gros cercles saillants modelés à Tébanchoir. La différence consiste dans la saillie des lèrres du yase, qui, inTariablement, sont larges et couTexes dans les ▼ases romains, et qui se composent, dans ceux du BeuTray, d'une plate* bande légèrement concaye entre deux moulures mince», rondes et saillantes, d'un effet bien plus artistique qui rappelle la coupe conique des goulots d'ampbore de Bibracte. Les antres pièces consistaient en un tour de yase rongefttre micacé, enduit de poudre d'or; un grand fragment en terre noire orné d'une bordnre de grains de blé en creux, et ayant conservé l'empreinte d'nn tissu appliqué sur la terre molle; quatre débris d'un petit yase en terre mince et fine, coloré d'un jaune luisant; un reste d'enduit de muraille, le goulot d'un grand vase à yernis rugueux gris-vert à deux anses, un fragment jaunâtre à larges bandes noires, des fonds et tessons de vases gaulois de toute nature, un pied d'écuelle d'une forme barbare, ornée de raies verticales; 115 fragments d'assiettes, écuelles, et un culot de scorie de fer, une énorme douille creuse en fer, de 0*C7 de diamètre, garnie encore de bois; divers objets en fer oxydés, dont trois boucles rondes, une avec ardillou, des clous, dont l'un entouré de bois.

pOQtres croisées, de 0 *" 46 d'équarrissage sur plusieurs mètres de loDgQdur. C'était, selon toute apparence, un angle de la construction, à 8 mètres de la face orientale du bastion et à 30 de la face septentrionale. L'édifice aurait eu à l'est, d'après les indications de l'aire, 20 mètres de façade ayec une largeur moindre de l'est à l'ouest, autant qu'il était permis d'en juger par suite de l'altération du béton. Sa position derrière l'angle du saillant, au milieu d'un terrassement qui dominait l'entrée de Toppidum, est évidemment celle de l'une de ces tours de bois dont César parle au siège d'Ayaricum, que les Gaulois éleyaient à de grandes hauteurs sur leurs remparts. Les charpentes incendiées avaient laissé sur le sol une couche de cendre, de charbon et de restes de pisé de 4 "56 d'épaisseur, recouverte par l'alluTion. Cet amas de substances fertilisantes a donné à ce petit coin de terre une telle richesse que chaque année la récolte y est exceptionnelle sans apport d'aucun autre amendement ^. L'esplanade occupée par la tour était limitée au sud et à l'ouest du côté de la place par un fossé de 6 mètres de large et de 3°" 50 de profondeur, dont deux au-dessous du béton, avec un fond de cuve large de 0"70. Son inutilité comme défense ne permet de lui attribuer d'autre destination que de recueillir les eaux des pentes supérieures et de préserver la construction de leurs dégâts. II était, ainsi que les parties voisines du fossé extérieur, entièrement comblé par les cendres et le charbon du vaste incendie qui avait dévoré les ouvrages.

Dans cette couche de ruines, où la céramique et le métal respectés par le feu tenaient lieu d'histoire, on recueillit en premier lieu cinq médailles gauloises, un fragment de silex, lin de bracelet en verre bleu à raies jaunes, une fibule en bronze d'une ornementation délicate, un disque percé, de 0"04 de diamètre, en schiste noir et poli, et accompagné de

i. Des tiges d'avoine de sept pieds de haut, recneiilies sur ce point, dont les alentours ne produisent que des genêts, ont figuré à l'Exposition»

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trois antres médailles gauloises aox légendes de PHTILOS CALETEDY et TOGIRH; enfin, an fond dn fossé, nn levier en fer, pointn des deux bouts, de 0'60 de long surO^'OS de côté, et très bien conservé. Denx excavations funéraires dont la première ne renfermait que des cendres, étaient creusées à Test, an bord du béton, et ajoutèrent aux premières trouvailles quelques objets tels que : un fond d'amphore, rempli de cendres et charbons, une grosse fibule en fer, une boule de verre rubané brisée, un goulot d'amphore estampillé, le fond d'un petit vase noir à pied contenant deux os et un reste de fibule en bronze oxydé, un fragment de bracelet en verre, des dents de cheval, une verroterie blanche imitant la porcelaine, deux médailles gauloises collées ensemble, un tronçon de lame, un long style en fer, des débris d'écuelles en terre fine ornementées, et ceux d'un grand vase avec une bordure au trait, imitant une couronne de laurier.

La découverte la plus remarquable fut celle d'une ligne de treize amphores cinéraires, à 1 mètre seulement au-dessous du sol actuel. Elles coupaient du nord au sud le fossé cité plus haut, couchées à la file dans une même tranchée et presque toutes percées aux deux bouts, de manière à s'encastrer les unes dans les autres par leurs extrémités. Deux de ces amphores étaient opposées par leurs fonds, six entières, moins les anses et les goulots qui font toujours défaut, les autres à peu près écrasées, mais bien en place. Cette disposition étrange aurait pu faire supposer un essai d'assainissement, mais un pareil mode de drainage est inadmissible, car les amphores étaient couchées au-dessus du béton, renfermant des cendres, des charbons, des ossements, des débris de fer comme les autres vases cinéraires de Bibracle. Leur agglomération ne s'explique que par une sépulture commune de famille ou de morts rapprochés durant leur vie par des liens de parenté, de^ clan ou de métier. C'était la seconde fois qu'on observait cette singulière pratique au Beuvray. Une série semblable d'amphores cinéraires, dont Tune contenait un anneau, fut trouvée, il y a

trente ans ^, près da cooTent, la pointe de chacune fermant le goulot de la suivante. Celles du bastion du Champlain s'arrêtaient au nord, à 10 mètres du rempart, contre le massif de grosses pierres mentionné plus haut.

Une pareille, accumulation de débris sur Taire bétonnée démontre son occupation permanente. Aussi y trouva-t-on encore quatre médailles gauloises, une charmante fibule en argent, semblable à une autre fibule de même métal trouvée en 1867 dans la maison n"* 99 du Champlain, deux débris de petits bracelets en bronze, un anneau de fer, des poteries, des clous, des os, de nombreuses ferrures, des pierres à aiguiser, des scories, des terres réfractaires, des tuyères, toutes les traces d'un fort ou d'un atelier détruit. Le travail de remblai opéré deptais a donné huit autres médailles gauloises et une consulaire en argent (22 gauloises en total).

L'autre bastion, celui de la Corne-Chaudron, à gauche de la porte, est formé par l'accumulation du déblai, des fossés à l'entrée de l'oppidum.

La position de ce monticule artificiel sur un point cubninant augmente ses proportions à l'œil, bien qu'il n'ait que 5 à 6 mètres, hauteur probable de la muraille elle-même, comme à Gergovie et à Hursceint. Il se détache en relief sur toutes ses faces, au lieu de se fondre avec les terres voisines, comme celui du Champlain. La pente, ascendante au Champlain et déclive à la Come- Chaudron, ne permettait d'égaliser le niveau des deux tertres qu'en déblayant le sol de l'un, en remblayant celui de l'autre, et en surchargeant le côté le plus incliné.. Pour maintenir ce remblai un nouveau travail fut nécessaire, toute la face orientale du terrassement fut palissadée en bois. On retrouve en effet à 1 ""30 de profondeur les empreintes de poutres couchées à plat en fondation sur le béton, et assu* jelties par des traverses et des jambes de force Des poutres de 0"36 de diamètre étaient piquées dans Taire de chaque

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