Les échantillons du Fonr de la grosse pierre sont
Le granit, variété ieptynite; g Le porphyre métamorphique du terrain anthraxifère ;
Roche métamorphique schisteuse du terrain anthraxifère ;
Roohe granitoïde à grain fin, altérée par le feu à un degré Yoisin de la fusion.
Le fond du four est en roche de Beurray. (liotê de M. d$ Charmoiiê pèrt*)
parties eiposées au feu sont encbevètrées avec art ; les joints, eo terre réfractaire, y sont, comme dans toute bonne construction, réduits autant que possible, à quelques millimètres parfois ; mais l'ouvrier gaulois retombait ?ite dans sa négligence habituelle; ces joints s'élargissent et le modèle construction dégénère à mesure qu'on s'éloigne du foyer. L'arrière du four, autrement la rustine, dont la hauteur moyenne est de 0"40, l'épaisseur de 0"'20 et la longueur de O^QO, se compose de six pierres granitiques aussi arlistement ajustées que grossièrement taillées.
La surface de Taire, inclinée de 0*° 15 à 0" 20 et longue de 0»90 environ sur toutes les faces, est rectangulaire ou plutôt polygonale, par suite d'un léger rétrécissement à la rustine. Elle subit à l'angle de droite, derrière la poitrine ou cloison antérieure du four, une dépression de 0 " 4 5 de profondeur sur O'^iS de long, destinée à recevoir des scories en fusion. La poitrine est la partie la plus altérée, vu qu'elle est en moellon et n'a plus que 0"30 de hauteur; mais le trou de coulée, pratiqué dans son épaisseur et fermé encore d'un tampon d'argile qn'on enlevait à la fin de l'opération, était resté intact. Il donne i^aissance à un petit canal creusé dans la plate-forme de la base en terre battue, qui se prolonge en avant de la poitrine jusqu'au premier conduit vers le bloc de granit dont il a été parlé. La longueur des deux compartiments réunis approche de 2 mètres.
Au moment de sa découverte, le four était obstrué d'une couche de 0™50 de charbon de bois réduit à Tétat de pâte, mélangé de débris d'enduits, de scories, de ferrailles informes ou oxydées, de clous recourbés en tous sens et de quelques fragments de minerai, soit que ces objets hors de service eussent été soumis de nouveau au feu, soit qu'ils fussent détachés de vieux bois employés comme combustible.
L'examen des scories, laitiers et culots de fer, annonçait, comme on peut s'en convaincre d'après l'étude des fours, des procédés de fabrication très imparfaits. Le rendement se
bornait à la quiatessence dn métal, ce qui explique rextréme malléabilité du fer gaulois et la richesse des scories, suscep* tibles d'ètrÎB repassées dans nos bauts-foumeaux.
Les fours étaient, selon toute probabilité, recouverts d'une cbappe à enduit réfractaire, dont les débris seuls gisent sur le terrain environnant. C'est à la fragilité de cette enveloppe que doit être attribuée l'absence des traces de prise d'air.
On doit noter toutefois, à rarrière du Four de la groue pierre, deux trous; placés symétriquement à chaque côté de la rustine, dont là correspondance à des cheminées ou à des tubes détruits pouvait produire un tirage, sans qu'il soit permis d'afiSrmer si ces vides sont dus ou non à la chute de deux moellons.
Les tuyères, en effet, étaient un engin indispensable à la fusion, et leur absence actuelle n'infirme en rien leur usage dans les fours des Gaulois, puisqu'ils ont appliqué le même principe dans d'autres opérations métallurgiques, comme le prouvent les tuyères de forges que nous avons rencontrées. Dans un petit atelier voisin des fonderies, muraille sur deux faces et soutenu par des poutres verticales sur les deux autres, deux tuyères de forges détruites, en terre réfractaire mélangée de grains de quartz et lissée à leur orifice, avaient servi à consolider un pilier. L'une, entière, est une espèce de pain d'argile carré, de O*" 16 de côté sur 0*° 4 4 d'épaisseur, poli sur tout son pourtour et scorifié à la surface, excepté à l'orifice de la prise d'air, qui a 0" 02 de diamètre. La seconde n'est qu'un fragment vitrifié, plat sur une face et convexe sur l'autre, dont le tube de prise d'air, complètement réfractaire et de même dimension que le précèdent, est brisé à moitié. Leur similitude avec les tuyères actuelles ferait supposer que les Gaulois ont connu le soufflet de forge, ou du moins l'ont remplacé par un système d'aération suffisant pour justifier l'emploi de ces engins.
Revenons aux fours enclavés dans le compartiment oriental de la fonderie.
Le premier, garni encore de charbon, était isolé à Test dans le grand compartiment en bois. Sa rustine, composée de qnatre blocs très durs et joints comme des cla?eaux, était, malgré renduit réfractaire, calcinée, ainsi qne les parois latérales, hantes de 0"'60*, Taire rectangulaire, longue de 4 "^40 sur 4 mètre de large, était seule pavée, tandis que la plate-forme extérieure, longue de O'^TS en avant de la poitrine, n'avait d'autre carrelage que l'enduit. C'était sur cette plate-forme, et ordinairement dans une dépression pratiquée dans le sol, en avant du trou de coulée, que tombaient les scories incandescentes ; mais ces récipients improvisés étaient remplacés quelquefois par des cuvettes en pierres réfractaires à toute épreuve. On trouva ainsi dans l'intérieur même du four un fragment de grès de Coulandon, creusé de O'^OS en forme de bassin, ayant 0"60 de côté sur 0"43 d'épaisseur. Ce grès, qui doit sa qualité réfractaire à l'abondance de la silice qu'il renferme, était connu des fondeurs de Bibracte, dont les ateliers en ont partout fourni des débris calcinés. Il a été employé dans les hautsfourneaux sous le nom de pierre d*œuvre jusqu'à l'invention des briques réfractaires.
Un second four semblable, de O'^OO de long, et à 4 mètres du précédent, est engagé aujourd'hui sous un mur de refend, élevé plus tard sur la paroi en béton du bassin auquel il est adossé. Sa poitrine, par exception, consistait en un seuil de pierre de Roche-Mouron de O'^SO de long, aux extrémités duquel un vide de O'^IO de large, Qiénagé pour l'écoulement des scories, était garni encore de ses tampons réfractaires. Le contact des matières en fusion avait altéré le granit sur son lit de pose.
Le troisième, à l'angle sud-est, un peu plus petit, mais conforme aux autres, contenait une assez grande quantité de scories et des globules de fonte creux, formés par le contact subit du métal brûlant avec le sol froid. Une meule, couchée dans l'un des angles, avait fait supposer d'abord une sorte de moulin pour broyer les terres réfractaires, dont le dépôt était voisin ; mais les scories trouvées dans le four même ne laissent
pas plas de doute sur son emploi qoe sur celai des antres foors réunis sur cet espace restreint; ils ont été, du reste» soumis à l'inspection des hommes les plus compétents en métallurgie ^. Deux autres compartiments circulaires, entourés de pierres, Tun de 0"'70, l'autre de 0"90 de diamètre, paraissent aussi avoir appartenu à la même industrie, quoique moins bien conserrés Ils sont placés entre les trois derniers fours et presque contigus au premier. Une ouferture, de O'^iO dans Tun et de 0"70 dans l'autre, j occupe la place de la poitrine; une étroite coupure sur le fond semble une riadnure à air.
Ce système élémentaire de fourneaux n'a d'analogue que chez les peuples barbares. Un voyageur, qui a séjourné longtemps en Afrique, les comparait à ceux des monnayeurs juifs de l'Algérie qui circulent dans la montagne, en fondant et travaillant sur place les métaux. L'atelier monétaire de Bibracte, s'il en existait un, aurait-il fait partie de cet établissement? Ce que nous pouvons affirmer, c'est de n'avoir nulle part trouvé une pareille quantité de médailles, quarante pièces indigènes et six coloniales, dont trois partagées en deux.
L'industrie du fer et des métaux chez les races celtiques, comme chez toutes les nations peu civilisées, était placée en première ligne et constituait un métier à part; chez les Gallois, l'homme libre seul pouvait être forgeron. Le travail du fer était l'élément premier de la guerre, comme la fabrication de la monnaie l'indispensable élément du commerce naissant. On comprend le respect presque superstitieux qui entourait les alchimistes et les métallurgistes, en lisant les légendes âes nains forgerons, dernier souvenir de la métallurgie celtique. La manutention des métaux, à toutes les époques, a fait attribuer aux artisans qui s'y livraient des connaissances pratiques et une instruction supérieures à celles des autres professions.
1. M. Gallon, ingénieur de la marine impériale, nous permettra de citer ion nom.
Qae troQTODS-noQS en effet àBibracte, au cœur de ces populations du Monrao chez qui récriture n'est pas encore vulga* risée? L'écriture, il y a deux mille ans, pratiquée, par quelquesuns du moins, dans un atelier de forgerons gaulois. Au milieu des innombrables poteries dont il était jonché, cinq tessons portaient des noms tracés avec une pointe d'outil en caractères grecs : Grœcis utuntur litterù, a dit César. Un de ces noms est répété sur deux vases de destination différente, comme si l'ouTrier avait gravé sa marque sur les diverses pièces de son mobilier personnel.
Nous avions déjà trouvé l'année dernière un nom gaulois, AOTTorp i, inscrit en lettres grecques sur un fragment de vase. Cet objet, présenté à l'une des séances de la Sori)onne, fut, de la part d'un savant que nous honorons ^, l'objet de quelques remarques critiques ; il crut reconnaître dans cette inscription des signes épigraphiques analogues à ceux de l'inscription grecque chrétienne d'Autun; notre épigraphe, selon lui, était du quatrième siècle. Nous répondrons brièvement aujourd'hui qu'aucune des formes de lettres gravées sur le vase cité ne se retrouve dans l'inscription d'Autun, dont tous les caractères, d'égale dimension, contrastent de la manière la plus absolue avec la disposition barbare du graphite gaulois. Les caractères de celui-ci sont identiquement les mêmes que ceux des monnaies contemporaines dans la Gaule, et cette seule comparaison trancherait la question. Mais il est un autre point de vue qui mérite d'être médité, c'est qu'il n'existe à Bibracte aucun objet du quatrième . siècle. Les dernières médailles y sont antérieures à l'ère chrétienne, et lorsqu'on y rencontre, non plus une seule inscription, mais cinq inscriptions similaires dans un gisement de quarante médailles gauloises, on est bien fondé à croire que ces noms gaulois, écrits en caractères identiques à ceux des médailles gauloises, ne sont pas du
1. Cet fragments sont déposés au musée de Saiot-Gennain. S. M. l'abbé Cochet
quatrième siècle, et o'oDt rien de commua avec rinscription chrétienoa d'Auton. L'on de ces vases porte même une lettre uoiqae, particulière à la Gaule, une sorte de D barré, connu seulement en épigraphie par l'inscription gauloise d'Évreux. ^
Parmi les échantillons de terre cuite, on remarquait encore un très beau fragment d'anse en pâte fine, imitant un câble tendu sur un champ plat, entre quatre moulures. Le c&ble tressé est un motif fréquent dans les anses artistiques de la céramique de Bibracte, mais celui que nous mentionnons est unique et d'une distinction à part. Sur un autre débris, quelques feuilles de lierre sont découpées avec légèreté ; un troisième, trouvé à une courte distance et presque à fleur du sol, représente deux personnages enveloppés de draperies transparentes. Ces poteries^ avec deux autres trouvées en 4867, sont les seules qui portent des reliefs. Elles nous rapprochent des derniers jours de Bibracte, et sont d'une pureté bien supérieure à celle des poteries dites samiennes des siècles suivants. On constate, en les comparant aux modèles si nombreux d'Autun, un cachet d'art qui disparaît dans la céramique indus* trielle dont la Gaule romaine fut pour ainsi dire inondée.
Un objet qui se recommande par les mêmes qualités, et dont l'élégance et la destination contrastent avec les usages connus des Gaulois, se prête aux mêmes observations. C'est un strigile d'une rare délicatesse et d'une admirable patine, trouvé à une faible profondeur, près du four extérieur. La ténuité du manche quadrângulaire large à peine de O^'OI et épais de moitié, ne se comprend que pour une main de femme. La feuille de métal qui forme la lame est finement gondolée, à arêtes minces et vives, et d'une exquise correction ; elle parait rapportée à l'extrémité du manche sur un prolongement de ce dernier, orné de stries, qui lui fait contrefort. La longueur, en dévelop-
i. M. de Ferry (MAcon), qui a ëtadié les allaTlons de la SaÀne aree pené- Téraneé, n'y rencontre plus, après le règne de Tibère? les tessons analogues à notre vase. '^
pant la conrioure, est de 0"27 ^. Cet iDstrameDt, beancoup moins lourd de forme et bien pins effilé que ceox de l'époque impériale, provient saos doute des colouies du Midi, dont les monnaies ont été trouTées abondamment en ce lieu. On lit à la naissance de la lame, dans un petit cartouche ôblong et échancré à toutes ses faces, le nom de VTCCIYS. Deux poinçonâ, aux extrémités du manche, représentent, dans des cadres échancrés de la même manière, Fun une tète microscopique, l'autre un génie debout, le bras le?é, dans l'attitude du départ. Ce bronze raffiné, dont la découverte dans l'une des belles habitations de l'oppidum et dans un milieu en rapport avec lui eût ouvert le champ à quelque conjecture, perd malheureusement sa signification au milieu d'une fonderie gauloise. Il ne parait plus guère, au bord d'un four à minerai, qu'un ustensile sans emploi, destiné à làionte, ou tout au plus une marchandise d'emporium d'un pays civilisé, égarée dans le H orvan. Une anse en bronze de 0 "^ 1 3 de long, trouvée dans un atelier voisin, ne présente pas, à beaucoup près, la même recherche, bien que d'une tournure originale. L'ornementation consiste en cercles évidés, reliés par des attaches horizontales, ornées d'un trait maladroitement buriné en creux ; les moulures saillantes obtenues par la fonte sont mieux réussies. L'irrégularité des lignes, l'indécision des contours, l'absence de toute finesse dans l'exécution, jointes à la bizarrerie de la composition, permettent de l'attribuer aux Gaulois. Dans ce sol bouleversé deux haches de pierre, des débris de silex, cinq annelets gaulois, un dolium de 2 mètres de tour, des poteries ornées de lignes verticales et de tous les motifs de l'ornementation indigène complétaient une collection où la Gaule indépendante et la Gaule a peine conquise avaient chacune fourni leur contingent. L'origine gauloise de cette construction, aussi riche en objets archéologiques qu'en renseignements historiques, ressortait non-seulement des sépultures qu'elle ren-