Déposé au musée d'Autua
à Bibracte les crosses de sa muraille et des armes à ses défen* seurs? Sa date doit-elle descendre à Tépoque gallo-romaine? Noos n'osons trancher la question.
L'ornementation de Tnn des objets trouTés aux raines de Cbamp-Robert permet d'être pins aflBrmatif et de les attribuer à l'époqne gauloise. Ces outils proviennent d'un lieu dit Chatnpperré, où les mineurs de nos jours se sont trouvés devancés par ceux de l'antiquité. La découverte se composait d'une clef de bronze, de deux masses, d'une demi-douzaine de coins de diverses dimensions, dont la pièce la plus importante était la grosse masse en fer, ronde, tronquée à Tune de ses extrémités, ayant en tète 0 "07 de diamètre sur une longueur de 0*15, et s'emmancbant près de la tète. Elle était accompagnée d'un gros coin ou gond de fer rond, long de 0*42 sur 0*035 de diamètre. L'extrémité supérieure porte la trace d'un forage de 0"02 de large et de 0"015 de profondeur, en forme de cône redversé, qui parait avoir emboîté un pivot ou la pointe d'un second coin chassé sur le premier. Une massette à deux tètes, pour réduire le minerai en menus .fragments, complétait cet outillage de mineur. Sa longueur, de 0*09, sa tète carrée et large de 0*035 lui donnent l'aspect de la massette d'un cantonnier. L'âge de ces instraments nous semble pouvoir être déterminé d'après les éléments d'appréciation que présente la clef. La forme étrange, le métal lui-même, indiquent bien une fabrication barbare ; mais ce qui la caractérise pardessus tout, c'est l'ornementation du manche rond. Trois anneaux saillants forment à ses extrémités et au milieu une espèce de bourrelet imitant un bracelet. Ceux des extrémités sont recouverts de cercles lenticulaires imprimés en creux, au poinçon, avec une tète saillante au milieu. Ce genre de décoration existe sur des fibules et autres objets de bronze trouvés au Beuvray. Un signe non moins articulé est celui du bourrelet intermédiaire, recouvert dune série de traits creux, imitant un fer de flèche à ailerons, reproduit à profusion dans la céramique de Bibracte sur des vases de toutes destinations.
L'origine de ce bronze, dans ces conditions, se rattacherait donc à l'époque de l'exploitation jdes mines par les Gaulois et noQS donnerait ainsi la date des outils de mineurs trouvés avec lui.
Usages particuliers.
Nous aurions à noter encore quelques particularités de l'industrie gauloise, à relever quelques usages. Rien n'est indifférent dans l'étude des sociétés, et les découvertes relatives à la vie journalière intéressent en raison même de leur obscurité. Si rÉduen battait comme nous le corroi, conduisait l'eau dans des tubes de bois, mélangeait la scorie de fer dans son béton de terre glaise, il avait encore d'autres pratiques conservées ou délaissées de nos jours. Les ouvriers nomades qui circulaient d'un adificium à l'autre, qui parcouraient les emporiums avec leur soufflet et leur creuset sur le dos,' n'étaient pas tous occupés à fondre les métaux précieux. L'Arverne voyageur qui allume. son fourneau au coin des places publiques pour étamer le fer et raccommoder la vaisselle date, ainsi que son industrie, des Gaulois. Nous avons recueilli six tessons de poterie portant des traces de brides. L'une d'elles est une moitié de coupe en terre fine dont les deux fragments, percés de trous ronds en correspondance des deux côtés des cassures, se rejoignent parfaitement. Le fil de métal a disparu, mais les bavures du mastic adhèrent encore près de trois trous. Un autre mode de raccommodage constaté sur un fragment d'un dolium brisé consfstait en une coulée de plomb qui, après avoir rempli la perforation, était relevée sur les bords en lame mince au dedans et au dehors. Un second fragment de terre cuite est serré de même entre deux feuilles de plomb. Parmi les poteries usuelles on voit des réchauds en terre grossière, dont la lèvre était surmontée de petits supports pour faciliter
la circalatioD de l'air nécessaire à l'entretieD du feu. D*aQtres Tases de diverses formes servaient à la manutention du laitage. C'est ainsi que le lait était coulé dans une coupe sans fond évasée du haut, rétrécie du bas en forme d'entonnoir, avec un rebord mince et saillant qui permettait d'y attacher facilement une étoffe. On préparait le fromage dans de grands vases percés, sur toute leur surface, de trous de O'^OOB de diamètre.
FOUILLES DU MONT BEUVRAY
Les fouilles dn Beavray, depuis deux ans, sont coocentrées dans Qoe région dont TexploratioD a offert no intérêt si sonlenn qu*it n'a pas été possible de les accélérer, bien qu'elles aient dépassé à peine de trois cents mètres la porte de l'oppidum. La Tallée de la Come-Chaudron, où elles s'exécutent, forme derrière le rempart gaulois un vaste amphithéâtre dont le côté occidental est seul entamé par les recherches ; le centre de l'hémicycle est dominé à pic, à plus de cent mètres de hauteur, par la croupe nord du plateau de la forteresse sous laquelle il semble s'abriter.
Les eaui des pentes supérieures se précipitant naturellement dans cet entonnoir profond, le moindre travail de l'homme pouvait les diriger, ainsi que les sources de toute la face nord et d'une grande partie du plateau, vers les usines explorées- en 1868, et alimenter les souffleries à eau.
L'excédant se réunissait à un ruisseau qui prend sa source dans l'enceinte retranchée, et suit le fond de la vallée entouré de pentes abruptes qui en ont éloigné les habitations.
i. Lé8 pUn8 des fouilles du mont BeuTray, aîDsi que les dessins des principaux objets recueillis, seront publiés ultérieurement, en atlas, par la Société Éduenne.
Mais en remontant l'escarpement dans la direction de l'ouest, on rencontre une bande de terre à pente dooce qai se prêtait merveilleusement à l'établissement des ^otirbii gaulois, enterrés habituellement sur trois faces, et dégagés seulement sur la quatrième, du côté de la déclivité du terrain. Là s'étageaient en gradins trois lignes irrégulières de constructions à moitié sou* lorraines, différentes de matériaux, d'étendue, de profondeur, sans aucune espèce d'alignement, offrant un assemblage bizarre de chaumières, de baraques, d'ateliers, dans lesquels s'exerçaient toutes les industries connues de nos aïeux.
Ce quartier, avec celui du Champlain, d'après l'état actuel des travaux, formait dans l'oppidum une cité distincte, dont toutes les maisons, fouillées au nombre d'une centaine jusqu'à ce jour, étaient presque exclusivement occupées par des gens de métier.
Bibracte, forteresse en temps de guerre, était en temps de paix un marché comme Chalon, Nevers et Genabum.
L'industrie du fer y occupait une large place ; mais à mesure qu'on avance vers l'intérieur de la place, les professions semblent s'élever; les forgerons façonnent des ouvrages plus raffinés; Torfévrerie commence; des objets de fantaisie et d'un luxe relatif apparaissent çà et là. Quelques débris de vases couverts de feuillages d'un goût exquis contrastent avec la barbarie de la céramique indigène ; d'autres, presque inconnus dans nos musées, étaient couverts de peintures, peu variées du reste, qui ont permis de reconnaître leur origine orientale. Bibracte, avant la venue des Romains, communiquait donc directement avec ces contrées lointaines, ou plutôt elle recevait par Marseille les produits étrangers dont l'exposition et la vente avaient lieu surtout dans les constructions situées sur les bords de la voie du Rebourt. Celte voie, qni traverse l'oppidum du nord au sud, suivait d'abord une ligne droite de 400 mètres jusqu'à sa jonction avec le chemin actuel de la vallée de VEclute, à lia pointe méridionale du Champlain. Son tracé n'a pas varié depuis les Gaulois, comme on peut s'en convaincre en étudiant le mode
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de coDstracliOD, qui n'admettait pas, à l'instar des cbaassées romaines» des couches distinctes d'empierrement, mais on massif onique de cailloatis lié avec de l'argile. Quelques gros moellons, épars le long des lisières, y formaient, au moins par places, une sorte de moraine. L'épaisseur très irrégulière du stratum n'était, à l'entrée de la forteresse où il repose sm le roc, que de O"* 20 à 0" 30; mais sur les points où le rocher fait défaut, elle augmente avec celle du sol meuble et dépasse quelquefois 1 mètre. Aussi la Toie est-elle conservée partout sous une alluvion de 0 " 50 qui a permis de multiplier les tranchées de reconnaissance, et de constater une largeur normale de 4 2 mètres, supérieure d'un quart à celle des voies romaines du pays. Cette dimension caractérise bien la grande artère de l'oppidum -, mais elle donne moins l'idée d'un centre populeux que de TafiQuence accidentelle qui s'y produisait à certaines réunions politiques, religieuses ou commerciales. Au-devant môme des boutiques les plus fréquentées par les passants, la largeur de la voie atteignait 4 5 mètres, par l'adjonction d'une espèce de trottoir pavé de moellons sur le cailloutis. Il se prêtait, sans entraves pour la circulation, au stationnement des acheteurs devant une file de constructions en bois d'une physionomie particulière, élevées sur une aire bétonnée de pierraille et de terre glaise, dans laquelle s'alignent les bases carbonisées des poteaux qui en constituaient l'ossature. Le trottoir lui-même, parsemé de charbons, parait avoir été abrité sous des auvents incendiés avec le reste des édifices qui rappellent de si près les baraques de nos foires.
La façade, d'environ 60 mètres de longueur, se divisait en travées de 3 mètres chacune, avec autant de poteaux formant des compartimens rectangulaires mais inégaux ; la profondeur des boutiques, derrière le trottoir, variant de 4 à 6 mètres.
C'est après des observations répétées et une recherche attentive des excavations des piliers que le plan de cette espèce de bazar s'est révélé dans son ensemble. Dès la fin des fouilles de 1868, on avait découvert une grande halle partagée en
plasieors galeries par des pièces de bois debout, qo'on a^ait prise, à tort pour une coostraction isolée. Elle n'était qu'an aTaot-corps de celles dont nous parions, plus considérable par ses dimensions, mais, élevée d'après le même système. La partie explorée en 4869 formait, comme on l'a tu, une ligne longue mais étroite de cases en bois faisant suite à cette première halle, dont l'étude présente encore une difficulté. Les étaux étaient-ils séparés par des cloisons légères de pisé, de planches, ou réunis en une seule galerie comme un portique?
Cette dernière solution parait la plus logique, ou du moins celle qui se Térifie sur le plus grand nombre de points. En effet, l'aire, dans les autres habitations, est invariablement encombrée d'une couche épaisse de pisé et de charbons, restes de l'incendie et des murs écroulés, tandis que la surface du bazar n'est couyerte que d'une couche de terre noire d'une faible épaisseur.
Tout indique donc qu'il était ouvert, et que les marchands, soit de l'oppidum, soit du dehors, occupaient suivant leurs besoins un ou plusieurs eotrecolonnements de la galerie en bois, parqués tout au plus entre quelques planches.
Cet aspect peu monumental se déduit encore de la faible dimension du diamètre des trous de poutres, 0*20 en moyenne sur 0*30 de profondeur, et de l'absence complète de tuileaux, qui ne permettent de supposer que des constructions légères à toits de paille ou de bardeaux, bonnes pour abriter hommes et marchandises un jour de marché, mais insuffisantes pour des habitations fixes. Aussi les débris d'objets usuels et de vaisselle, si nombreux dans les autres habitations» y font-ils entièrement défaut, hors les clous détachés des bois.
Le caractère forain de ces établissements permet d'attribuer un certain rôle au commerce nomade dans Toppidum, qui devait au colportage une part de son approvisionnement. Ils offraient de plus, en temps de guerre, un abri provisoire aux gens, aux vivres, aux animaux du dehors, l'enceinte étant, selon les circonstances, à demi déserte ou encombrée subitement
de marchands et de denrées. N'est-il pas anssi pennis d'y voir une image des bazars de l'Orient, si l'on compare à ses grandes foires Temporium de Bibracte ?
Ce rapprochement ne serait pas le senl à établir entre certains usages gaulois et ceux de ces contrées lointaines où existe encore le type des oppidums primitifs. La description suivante de certaines villes de l'Asie centrale semble reproduire assez exactement l'état et la physionomie des marchés gaulois : « Afin d'échapper aux violences des nomades, les sédentaires ont, ici comme partout, préparé des refuges, vastes enceintes où ils pouvaient serrer leurs familles et leurs troupeaux, lieux d'échanges, marchés à Tabri des trahisons, camps fortifiés qu'ils pouvaient défendre. Khiva, Bokhara et Samarcande ne sont aujourd'hui, ainsi que les villes de la Perse, bâties, à l'exception de plusieurs édifices publics, qu'en terre et en pisé. Cela n'explique-l-il pas clairement ce qu'ont pu être beaucoup de célèbres villes de l'antique Orient, les cités pélasgiques et môme les oppida de notre Gaule : Alesia, Gergovia, Bibracte? » *
Les baraquements n'existaient que du côté gauche de la voie, où ils occupaient, trottoir compris, une largeur de 7 à 9 mètres, suivant les lieux.
Bien qu'ils fussent généralement isolés par une bande de terrain des forges et autres usines situées en arrière, quelquesuns, les plus grands, s'y reliaient directement et formaient sur ta façade de véritables boutiques, reconnaissables au prolongement de Taire, aux débris de vaisselle et d'ustensiles, aux ruines des cloisons de pisé. Écroulées parfois d'une seule pièce sans se disjoindre, ces cloisons étaient couchées distinctement les unes sur les autres, à demi cuites par le feu qui avait respecté le poli de leur enduit en terre tamisée. Leurs murs épais de O'^SO et leurs matériaux peu résistants n'annoncent que
i. Vambéry, Voyag9 dans VÀsi9 centrale, inirod., p. vui et xiz; note, p. 184. Ptris, HacbetU, 1867.
des constractions improvisées, arec des châssis de bois remplis d an amalgame de scories de fer, de gravier, d'argile jaune et fine, reyètns, paratt-il, à reitérienr, de planches ou de bardeau qui ont laissé, en brûlant, une couche mince et régulière de charbon entre deux murs tombés à plat ^. Le premier pan renversé sur l'aire, après la chute de la toiture, est plus calciné que les suivants et. toujours rouge comme la brique; les autres le sont de moins en moins en se rapprochant du gazon; quelques-uns, épais de 0*40 seulement, avaient sans nul doute appartenu à des cloisons intérieures. En arrière des baraques, des habitations de toute nature, dont nous examinerons brièvement le caractère et le mode de construction, occupaient la déclivité.
Bien que ce quartier de forges et surtout les ateliers consacrés à la fabrication d'objets de luxe iadent dû représenter une certaine richesse, elle ne se révèle guère dans l'aspect extérieur. Quelques établissements sont vastes, composés le plus souvent de plusieurs pièces, mais presque tous en pisé, en bois, en maçonnerie sans pierre de taille, enfouis de 4 à 2 mètres, avec des trous de poutres partout accusés d'une manière certaine. Ce signe de reconnaissance des habitations en bois se constate aussi sûrement que les bases d'un mur, quoique leur profondeur ni leur agencement ne présentent rien d'uniforme. Sur le bord de la voie, où le sol pierreux et résistant, où le béton foulé ont acquis une assiette plus que suffisante pour des abris peut-être temporaires, la profondeur des trous de poutres de 0"'20 de diamètre ne dépasse pas 0"25 à 0"30. la carcasse de la maison, dans ce cas, n'était que posée sur le sol déblayé, et devait surtout sa stabilité à l'encastrement de ses pièces de charpente. Mais dans les habitations de grande dimension, .chargées d'une lourde toiture et de faîtages plus ou moins élevés, les piliers devaient à la profondeur de lenr enfouissement une partie notable de leur fixité. Cette profon-
I. ToQi cet détails ont été obsenrés dans la grande baraque (GC, 17 da plan).
deur atteint alors jusqu'à 0"" 60 et 0*70. Us ont été d'abord piqués debout sur remplacement excavé, et noyés ensuite par la base dans un lit de terre rapportée, sur lequel s'étend Taire en béton de la maison. L'empreinte de ces piliers est moulée ayec une précision si parfaite dans la couche ambiante, qu'elle ne s'expliquerait point par un creusement fait après coup pour les introduire.
Les excayations quelquefois sont pavées, au grand atelier de foirerons n"" 7» par exemple, et revêtues intérieurement de pierres qui assainissaient le terrain et serraient les poteaux, indistinctement ronds, carrés, quelquefois même oblongs, dans le cas où ils provenaient de gros arbres desciés ou fendus en deux. Un, entre autres, n'a que O'^IO de. diamètre sur une face et 0*32 sur l'autre ^. Les trous de poutres, la plupart du temps, marquent les quatre côtés de la maison avec une ligne de division de Pavant à l'arrière, correspondant au faîtage; mm dans les constructions étendues, il existe plusieurs lignes de piliers à l'intérieur, soit qu'ils aient soutenu un plancher, un étage peut-être, ou formé des galandages de bois et pisé. Telle était la maison de l'orfèvre émailleur ^, dont il sera question plus loin. Le fattage est porté ordinairement sur deux poteaux placés à ses extrémités, et quelquefois sur un troisième plus volumineux que les autres au centre de l'appartement. Si l'équilibre des bois était rompu, et le cas devait être fréquent d'après l'irrégularité de leurs alignements et la violence des coups de vent, des jambes de force étaient appliquées directement aux principaux piliers ou entées dans une pièce de bois à plat enfoncée dans le béton ^. Les maisons à parements de pierre sont elles-mêmes presque toujours munies de poutres verticales encastrées dans la maçonnerie, où leur place forme rainure, et d'autres fois appliquées simplement aux murs,