‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 6 sur 134 · Hirtiufl, De htlXo GalL, VIII · texte numérisé non relu

Hirtiufl, De htlXo GalL, VIII

tude de sept cent quatre-vingts mètres, sont espacées les habitations du Parc aux Chevaux, quartier aristocratique de Bibracte, dont trente-deux maisons seulement ont été explorées. Elles diffèrent, tant par leurs dimensions que par leur aménagement, des découvertes antérieures. Plusieurs d'entre elles sont exactement établies sur des plans de maisons romaines ; le n® 1 entre autres ou Grande Maison du Parc aux Chevaux, correspond pièce par pièce aux dix-huit appartements d'une maison de Pompei.

Le Parc aux Chevaux est limité à l'ouest par un monticule nommé dans le pays : le Theurot de la Roche. Un oratoire dédié à Mercure, negotiator, dont une inscription votive a été retrouvée sur place, en couronnait le sommet. Elevé à l'époque romaine, à l'occasion de la grande foire fixée au jour même de la principale fête de Mercure, le premier mercredi de mai, le petit sanctuaire était encore fréquenté par les marchands au quatrième siècle, car on en a retiré deux médailles de Constantin. La maisonnette du gardien était auprès de l'oratoire.

Une région affectée, croyons-nous, aux retrayants, en temps de guerre ou de dangers, au pied de la pente du versant occidental du Theurot de la Roche, s'étend aux alentours de la Pierre Salvée. Son exploration restée inachevée, il est vrai, n'a rencontré que onze maisons à fondements en maçonnerie, mais de nombreuses esplanades façonnées de main d'homme sur les pentes, pour des abris temporaires ou des

baraquements et accompagnées de foyers demi-circulaires, en plein air, ne laissent aucun doute sur son occupation accidentelle. La Pierre Salvée, sur le rôle de laquelle les traditions sont muettes, à Tinverse de celles de la Pierre de la Wivre, était précédée par un grand hangar fermé en amont par une cloison d'énormes pierres muraillées à sec. Son nom, néanmoins, rapproché de la destination apparente du lieu, semble rappeler le Salvamentum des chartes, malgré la distance des âges, et confirmer Texistence du quartier de retraite.

Ce résumé sommaire ne s'applique qu'aux parties fouillées de l'oppidum. Celles qui ne l'ont pas été sont bien plus considérables et cachent encore dans des ténèbres que l'avenir éclairera de nombreux renseignements. Le versant tout entier de la rive gauche du ruisseau de l'Ecluse, y compris un bois, où les ruines sont à fleur du sol, n'a pas été sondé; les pièces de terre planes voisines de l'aqueduc, le flanc de la montagne, rive droite de la Come-Chaudron, et toute la croupe nord-est, dite le Pore, point culminant, attendent le premier coup de pioche de l'explorateur. ^

1. Ce nouveau chercheur attendu est à Tœuvre en ce moment Gain 1898).

Lorsque des controverses ont été soulevées de nos jours sur l'emplacement de Bibracte, on m'a demandé plusieurs fois comment j'avais été conduit à le fixer au Beuvray. Le désir de répondre à cette question et divers autres motifs me déterminent à exposer rapidement les circonstances qui ont remis à l'étude un problème résolu, semblait-il, depuis deux siècles. On me pardonnera ces détails rétrospectifs que j'aurais désiré pouvoir rendre moins personnels.

M. de Caumont, fondateur de la Société française d'archéologie, ayant désigné Nevers comme siège du Congrès archéologique de 1851, quelques membres de la Société Éduenne se concertèrent pour y assister, je fus du nombre. A cette époque, je partageais la conviction locale identifiant Bibracte avec Autun. Ayant quelques notes anciennes sur le Beuvray, je résolus de les utiliser pour une lecture au congrès. La vue des lieux s'imposait. Je me rendis sur la montagne que j'avais visitée une première fois en promeneur, dix années auparavant, et sans aucune préoccupation archéologique. L'emplacement de l'antique chapelle de Saint-Martin, ruinée depuis longtemps, mais mentionnée dans quelques titres, m'intéressait, bien que ses restes eussent disparu. Une vieille croix de bois dressée par les gens du pays pour en perpétuer le souvenir venait elle-même de tomber de

vétusté et gisait sur le sol. Cette destruction de tous les signes du passé sur ce sommet légendaire m'avait impressionné, en faisant naître la pensée d'y relever un jalon historique et chrétien. Non loin de la croix, on voyait les traces de Vagger et du fossé d'un petit camp romain. Je rédigeai quelques pages complémentaires. Le congrès eut l'indulgence d'accueillir avec faveur ma modeste lecture qu'on retint pour l'insérer plus tard dans le volume du congrès; j'en profitai pour demander une allocation de cent francs, destinée à remplacer la croix vermoulue. Une souscription ouverte dans le pays porta le chiffre à 500 francs, qui permirent d'élever, en la même année, la croix monumentale qu'on voit aujourd'hui.

On commençait, à la Société Eduenne, de s'intéresser au Beuvray, sans soupçonner ce qu'il cachait sous sa verdure. MM. Bérieux et Jean Roidot acceptèrent la mission d'y lever le plan du camp romain. Un villageois des environs leur dit que s'ils étaient venus pour voir des terrassements, bien d'autres existaient dans les bois. Il leur fit suivre alors la grande enceinte cachée dans la forêt, que personne à Autun, il faut l'avouer, ne soupçonnait. Prévenu aussitôt je recommençai avec mes deux amis l'exploration de ces étranges retranchements ayant nécessité de prodigieux mouvements de terre. Ce n'était point là un ouvrage romain, mais le circuit d'une ville ignorée. Dans ma pensée, dès lors, ce ne pouvait être que Bibracte.

J^affîrmai cette conviction en 1856, dans un volume intitulé : Essai sur le système défensif des Romains dans le pays Éduen entre la Saône et la Loire^. La plupart des lecteurs n'attribuèrent à cette thèse que la valeur d'une excentricité archéologique; elle passa pour ainsi dire inaperçue ; mais lorsqu'on apprit que l'empereur Napoléon III préparait une étude sur la Guerre des Gaules y la question se réveilla. Les contradictions surgirent, et je dois convenir que les savants les plus accrédités m'étaient opposés. Il me fallut donc entrer en lutte avec des érudits dont l'autorité m'aurait effrayé si mon opinion ne m'eût semblé solidement fondée. Sur les lieux mêmes des polémiques violentes s'élevèrent, il serait superflu de les rappeler aujourd'hui. On était très perplexe, m'a-t-on dit, dans l'entourage de l'Empereur, sur la décision à prendre, et la feuille qui fixait tel ou tel emplacement à Bibracte aurait été nombre de fois envoyée au pilon par suite de ces incertitudes. M. Victor Duruy, ministre de l'instruction publique, J. Quicherat, depuis directeur de l'École des chartes, et qui, l'un et l'autre, ont visité les lieux, tenaient pour le Beuvray ; les membres de la Commission de la Carte des Gaules étaient presque tous contre.

Sur ces entrefaites je reçus la visite du colonel Stoffel, alors commandant, chargé d'explorations diverses par Napoléon III. M. Stoffel venait de recon-

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