‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 7 sur 134 · Autun, Dejusaieu, in · texte numérisé non relu

Autun, Dejusaieu, in

naître le mum^ établi par César ii'u lac Léman au Jura, pour barrer le passage aux Helvètes ; il avait reconstitué en entier ce grand obstacle et cherchait, pour le moment, remplacement du champ de bataille où ils avaient été anéantis. « J'ai beau promener, me dit-il, mon compas sur la carte, à la distance indiquée par César, en prenant Autun pour pivot, je ne rencontre aucun terrain répondant aux indications des Commentaires. » « Ce résultat est inévitable, répondis-je, vous ne trouverez l'emplacement qu'en partant du Beuvray, c'est-à-dire de Bibracte. » A son sourire d'incrédulité et aux objections qu'il me fit, avec courtoisie d'ailleurs, « je n'ai pas la prétention, ajoutai-je, de peser sur vos appréciations, mais venu pour un but déterminé, vous ne vous engagez guère en acceptant mon offre de vous conduire au Beuvray. » Il refusa, alléguant que, pressé, il reviendrait me trouver en juillet. Evidemment il ne prenait pas alors notre conversation au sérieux. Je ne l'ai jamais revu. Quelque temps après, cependant, il se décida spontanément ou par ordre, je l'ignore, à aller au Beuvray et prit pour guide Xavier Garenne, membre de la Société Éduenne, domicilié près de Luzy. Dans une rencontre précédente j'avais mis Garenne, par un long entretien, au courant de la question de Bibracte. Surpris d'abord, il s'y était intéressé avec son esprit ardent et n'avait pas tardé à visiter les lieux. Le commandant Stoffel trouvait en Garenne un guide compétent et put constater de visu que je lui avais

indiqué la bonne voie, lors de notre entrevue. Converti par l'évidence, il remit à Garenne 200 francs, avec lesquels ce dernier fil au Beuvray, en trois jours, grâce à de nombreux ouvriers, des sondages qui rencontrèrent partout des murailles. Ils ont donné lieu à son livre intitulé : Bibracte.

Le vicomte d'Aboville, propriétaire de la presque totalité de l'enceinte gauloise, résolut, à Tautomne suivant, d'entreprendre des fouilles, auxquelles il eut Tamabilité de me convier. Les résultats ne se firent pas attendre; plusieurs maisons et, entre autres la bouche en pierre de taille de la division de deux aqueducs desservant la plus grande habitation découverte sur la montagne*, furent mises à jour et attirèrent les visiteurs. Parmi eux figura Mgr Landriot, archevêque de Reims, hôte momentané d'une famille amie, dans un château voisin. Membre de la Société Éduenne dès sa jeunesse, auteur, avec Tabbé Rochet, de la remarquable édition des Panégyriques d'Eumène, publiée par la Société^, et dont les notes concluaient vigoureusement à l'adoption d'Autun comme siège de Bibracte, Mgr Landriot partageait très sincèrement cette opinion. Il ne manquait jamais de me taquiner sur ce qu'il appelait « ma Bibracte. » La vue des fouilles de M. d'Aboville fut pour lui matière à réflexion, a Je ne sais, me dit-il, si c'est Bibracte, mais en tout cas c'est sérieux, w On se sépara.

i. La Grande Maison du Parc aux Chevaux, t. I, p. 308 à 350. 2. Autun, Dejussieu, in-S**, 1854.

L'Empereur, Tannée suivante, étant au camp de Châlons, invita Tarchevêque de Reims à venir y célébrer les saints offices, un dimanche. La question du Beuvray était alors à Tordre du jour. L'archevêque fit part à Napoléon III de ce qu'il avait vu, exprimant la pensée que la reprise des recherches devait donner des résultats. « Je le ferais volontiers, reprit l'Empereur, mais je n'ai personne sous la main pour suivre un pareil travail. » Mgr Landriot lui dit alors qu'un de ses amis, familiarisé depuis dix ans avec la question de Bibracte, accepterait volontiers cette tâche, et me nomma ; il m'avisa ensuite de cet entretien. Je reçus peu après une lettre de M. de Reffye, officier d'ordonnance de l'Empereur, m'indiquant une audience aux Tuileries, où Sa Majesté me donna directement ses premières instructions, en m'annonçant le chiffre de la première somme qu'elle affectait aux travaux. *

J'ai relaté dans toute sa simplicité le récit que je tiens de la bouche même de l'archevêque de Reims, et c'est à lui seul que je garde la reconnaissance de m'avoir désigné au choix de l'Empereur pour la direction des fouilles du Beuvray. Je me borne à la rapprocher du texte de M. Stoffel, à qui je crois ne rien devoir. Après avoir énoncé qu'à première inspec-

1. Ce chiffre était de 4,000 fraacs, et fut répété durant deux autres années; total 12,000 fr., pris sur la cassette de Sa Majesté, ainsi qu'on l'a constaté dans les papiers saisis aux Tuileries après le 4 septembre 1870.

tion il a découvert au Beuvray remplacement de

Bibracte, il ajoute : « Pour confirmer notre jugement

nous demandâmes à TEmpereur de faire pratiquer

des fouilles au mont Beuvray , et Sa Majesté en chargea

M. Verchère de Reffye, son officier d'ordonnance,

que nous mîmes en rapport avec M. BuUiot, habitant

d'Autun, connu par son ouvrage intitulé : Système défensif du pays Éduen. Elles prouvèrent bientôt

d'une façon incontestable la réduction de la Bibracte des Commentaires au mont Beuvray. * »

Puisque le colonel cite le Système défensif, il aurait pu y voir que, depuis nombre d'années, on l'avait devancé pour restituer Bibracte à son véritable emplacement.

Les visiteurs peuvent voir aujourd'hui au musée de Saint-Germain-en-Laye et à celui de l'hôtel Rolin, à Autun, le produit complet des fouilles du Beuvray. La Société Éduenne en donnant le nom de « Salle d'Aboville » à la pièce qui renferme ce qu'elle en possède, a voulu exprimer sa reconnaissance au généreux donateur qui s'est dessaisi en faveur d'une collection publique de la part qu'il s'était réservée dans les trouvailles.

1. Colonel Stoffel, Histoire de Jules César, Supplément, t. II, p. 439 et 440.

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