‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 96 sur 134 · Serrioi, io IX iOoeld · texte numérisé non relu

Serrioi, io IX iOoeld

conserve aujourdliui même ùpe physionomie à part. Sa surface dénudée ou envahie par quelques broussailles est triste d'aspeot; des accidents singuliers se remarquent dans les reliefs du sol. Le travail artificiel» qui a modifié Tétat naturel des li^ix, ne se rattache en rien . à la constitution militaire de la forteresse.

La pointe N.-O. de cette région, formée par un contrefort du Beuvray» à 754" d^altitude» s'avance comme un promontoire sur le vide des vallées, en face des montagnes où ITonne prend sa source ; c'est un théâtre approprié au culte et aux assemblées de la Gaule, qu'il n'est pas possible de placer ailleurs en étudiant la topographie de la montagne.

La plate-forme rocheuse affectée à ces réunions s'arrondit avec le contrefort et domine les retranchements qui suivent son pourtour. Elle présente une surface longue de 150^ sur 90"*, qui se découpe à vive arête en ellipse et, de l'avis de tous les géologues, a été r^^^larisée de main d'homme. Déchiquetéejpar le pic et légèrement bombée, sa double pente, bien que d'une inclinaison légère, est suffisante pour faire écouler l'eau ; la végétation a disparu dans le travail de dénudation, et depuis vingt siècles la mousse et le lichen ont seuls trouvé à mordre dans les fissures du rocher; on n'y rencontre Micune espèce de débris. Au centre du massif les Gaulois réservèrent un noyau rocheux de 4"' de haut sur 9 de long, taillé à pic ; on rappelle Pierre de la Wivre. Sur son flanc septentrional est ménagée une petite rampe donnant accès à une partie plane de 3* de diamètre, façonnée au pic, et adossée du côté de Test à une sorte de siège ménagé dans le même rocher ^ Le lieu, dans un terrier de 1454, est désigné sous le nom de Champ de la Pierre. Un second rocher qu'on aperçoit de là dans un autre quartier de l'oppidum reproduit des particularités analogues; il est nommé la Pierre-Salvée.

1. L'opinion des gëoiognei est que cette appropriation» comme la précédente, est de main d'iiomme.

Sur le premier rocher, derrière le siège, est une excavation irrég^lière qui conserve presque en tout temps de Teau ; elle est oonnue sous la désignation de Fontaine des Larmes. On voyait encore, il y a peu d*annèes, en arrière de la fontaine, une pointe de roc en saillie qui, depuis peu, a été brisée. Ce lieu retiré à Técart de tous les bruits, de tout voisinage, ile toutes les importunités de la foule, se rattachait au Ghamplain du côté de Test seulement. Il y est dominé par la butte centrale, et circonscrit par de grands mouvements de^ terre qui achevaient de Tisoler. Cette disposition singulière, cette tribune ménagée et préparée à grands frais au milieu de Tellipse, ne sauraient être un jeu de la nature, Thomme seul a pu les créer.

En apercevant de loin la silhouette du roc qui, sans raison apparente d'existence, se dresse sur une surface unie, le visiteur pressent Ténigme dont nous avons nous-mème cherché lon^ guement la solution. C'est après avoir exploré le terrain, comparé les légendes locales avec colles d'autres oppidums gaulois situés à longue distance que nous avons cru devoir placer en ce lieu le locw consecratus, le Nemheid, le lieu de réunion du Sénat, du concilium, celui où Ton déposait les offrandes et où Ton rendait la justice. On comprend, dans ce coin mys- * térieux où arrivent seuls du fond des gorges les bruits assoupis des eaux et des forêts, les réunions solennelles, les délibérations secrètes de la cité, du vergobret parlant du haut de la pierre aux druides et aux chefs assemblés, les exécutions judiciaires confondues avec la religion et faisant partie de ses expiations, le Gaulois malade ou effrayé par un songe apportant son offrande, déposant sur le monceau des trophées la pièce d'or, Tarmure ou la tète dévouée de Tennemi. On y comprend Divitiac ou Vercingétorix embrassant du haut de cette tribune la cité Eduenne jusqu'à ses limites et parlant, appuyés sur leurs boucliers, au cercle des guerriers qui répondaient par leur trépignement et le choc de leurs armes à l'orateur.

La surface de Tellipee, mesurant 1,400'" superficiels, répondait à l'espace nécessaire pour les délibérations d'un sénat gaulois. Le chiffre exact de cehii des Eduens nous est inconnu, il est vrai, mais en l'appréciant par analogie, il devait se limiter entre cinq et six cents membres. Deux exemples pris aux extrémités opposées de la Gaule donnent ce chiffre. Le sénat de Marseille, d'après Strabon, se composait de six cents personnes ^ ; celui des Nerviens, d'après César, comptait un nombre égal ^. Il ne devait pas s'écarter beaucoup chez les Eduens.

Une autre particularité fait ressortir l'importance du lieu. Au point où la voie du Rebours sort des retranchements, un embranchement spécial s'en détache à gauche dans la direction de l'ouest et contourne la butte du Ghamplain. Il conduit à une grande place demi-circulaire de 1 Su*" sur 50, précédée par des terrains vagues, inhabités, qui fournissaient un supplément d'espace selon les besoins.

L'intérieur de cet hémicycle était aplani et même sablé, ainsi qu'on l'a constaté par des tranchées qui n'ont révélé aucune trace de constructions. Ouvert à l'est, du côté de la voie du Rebours, il est dominé au sud par le revers septentrional de la butte centrale du Champlain. La courbure de Thémicycle a même attaqué le corps de la butte qui, selon toutes les apparences géologiques, devait primitivement s'incliner dans cette direction par une pente douce, comme sur les deux côtés qui sont restés intacts. Une levée de terre escarpée se prolonge de de là jusqu'à l'ellipse du Champ de la Pierre dont elle forme la clôture au nord-est. Cette espèce de parc est à nos yeux une place pour les chevaux et les chars, un de ces carrages fréquents dans les lieux dits autour du Beuvray, où les Gaulois déjà arrêtaient leurs chariots. Les chefs, qui des diverses parties du territoire éduen se rendaient au sénat, avaient

i. strabon, Ht. IV.

Page 1