‹ Fouilles exécutées à Thèbes dans l'année 1855Chapitre 10 sur 14 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

STATUE DE SCHAP-EN-AP

Au mois de février dernier, des fellahs, qui travaillaient près de la face nord du palais de Thoutmès III, à Médinet-Habou , rencontrèrent deux statues de granit , toutes deux brisées à mi-corps et représentant

une femme allaitant un enfant. L’un de ces fragments seul portait des inscriptions; je les relevai avec soin ,

et les renseignements que nous pourrons en tirer feront le sujet de la troisième partie de cette notice. (Voir planches VIII, IX, X et XI.)

Les inscriptions de la statue de Médinet-Habou nous reportent à l’époque de la division du pouvoir qui suivit la retraite des Éthiopiens et précéda le règne de Psammétik, époque plus récente, il est vrai, que celle de nos autres textes, mais sur laquelle les monuments sont loin de nous fournir des données aussi claires et aussi certaines.

Suivant Hérodote et Diodore de Sicile, la dodécarchie aurait duré quinze ans, et le labyrinthe devrait se rapporter au règne simultané des douze seigneurs.

Nous devons d’abord nous efforcer de fixer les dates extrêmes entre lesquelles se sont accomplis les événements les plus intéressants de cette période.

On sait quelle confusion règne dans les premiers temps de la XXVIe dynastie , par suite du défaut de monuments datés se rapportant à cette époque , et du double emploi que l’on rencontre dans Eusèbe et dans l’Africain pour cette période. On trouve en effet dans leurs listes , entre Tahraka et Psammétik , trois règnes successifs qui allongent énormément la durée de la XXVIe dynastie. Leemans et Rosellini , par leurs études sur trois stèles des musées de Leyde et de Florence, ont découvert une erreur de dix ans en moins dans la durée du règne de Nékao ; d’un autre côté , le règne de Tahraka se trouve raccourci d’une manière notable, et l’accord devient de plus en plus difficile à établir entre les listes de Manéthon et les monuments. Hérodote nous donne cependant quelque lumière sur ce point ; il nous apprend en effet que Sabacon tua Nékao, père de Psammétik; de même que Stépliinatès et Nectèphes, ce prince ne peut donc être porté que comme réclamant un droit à la couronne pendant le règne des Éthiopiens, et la chronologie ne peut, sans faire un double emploi, le compter dans ses calculs.

Dans Eusèbe, nous trouvons un personnage nommé Amméris V Éthiopien qui se rapporte aux premiers

STATUE DE SCHAP-EN-AP

temps de la dodécarchie; nous verrons par la suite que'trois ou quatre années , peut-être même davantage, devront être chronologiquement attribuées à ce règne.

Les fouilles de M. Mariette, à Sakkara, nous ont fourni de précieux renseignements pour la chronologie de cette époque; un important|travail que M. Mariette publie en ce moment exposera la série des Apis morts sous la XXVIe dynastie. [M. de Rouge estime que la période qui s’étend depuis la première année de Psammétik jusqu’à la mort d’Amasis comprend exactement cent trente-huit ans.

Si l’on place, d’accord avec les auteurs, la conquête de l’Egypte par Cambyse à l’an 221 de l’ère de Nabonassar, la première année de Psammétik se trouve identiliée d’une manière à peu près certaine avec la quatre-vingt-troisième du canon de Ptolémée, dont la plus grande partie correspond à l’an 665 avant J.-C. Le ier Thot de cette année répond au 6 février. La stèle funéraire du premier Apis mort sous Psammétik nous ramène au règne de Tahraka, confirme le récit d’Hérodote déjà cité, et nous force à laisser de côté les listes de Manéthon, où le double emploi devient évident. Cette inscription ne laisse en effet que quatre ou cinq ans, au plus, entre la première année que s’attribue Psammétik et la dernière année de Tahraka ; malheureusement elle ne nous donne pas la durée de la vie de l’Apis, et peut nous faire commettre, à la rigueur, une erreur d’une ou deux années en plus ou en moins, en lui attribuant une existence de vingt-quatre années complètes.

M. Mariette a trouvé dans la dynastie des Bubastites deux Apis dont la vie a légèrement excédé vingtcinq ans; à cette époque, la règle unanimement indiquée par les auteurs n’avait peut-être pas encore force de loi ; mais tous les Apis postérieurs à cette dynastie , que nous connaissons , y ont été soumis ; nous pouvons donc prendre le chiffre de vingt-cinq ans comme un maximum à peu près certain. L’Apis mort dans la 20e année de Psammétik, la 102e du canon, était né l’an 26 de Tahraka. En admettant qu’il soit mort dans sa vingt-cinquième année, celle de sa naissance se placera à la 78e du canon, et la première du règne de Tahraka à la 53*. Nous ne pouvons donc compter chronologiquement que quatre années au plus entre la 26e année de Tahraka et la première de Psammétik.

Quant à la manière dont ces quatre années ont été remplies , voici ce qui nous a paru le plus probable.

Psammétik prétendait avoir un droit héréditaire au trône ; nous en avons une preuve dans l’insertion de ses ancêtres Nékao, Stépliinatès et JNectèphes dans les listes royales. Psammétik aura donc fait remonter la première des cinquante-quatre années qu’il s’attribue bien avant sa reconnaissance officielle par toute l’Egypte, et il doitmême y comprendre le temps de la dodécarchie, puisqu’il appuie sa légitimité sur une suite de personnages ayant vécu sous la domination éthiopienne , qu’il fait désigner comme rois dans les listes , et auxquels il a dû se faire succéder immédiatement.

Rien ne prouve d’ailleurs que Tahraka n’ait régné que vingt-six ans ; sur les quatre années qui le séparent de la première année de Psammétik et de la dodécarchie, deux années, ou même davantage, pourraient lui être attribuées. Sur les quatre ans, il nous resterait, deux ans pour l’anarchie dont parle Diodore, et à laquelle il donne juste cette durée (Livre f, 66). Ces quatre années sont les 79e, 80e, 8ie et 82e du canon, répondant aux années 669, 668, 667 , 666 avant J.-C.

D’après les monuments du Sérapéum , la 53e année du canon est donc la limite la plus reculée où nous puissions placer la première année de Tahraka. Le 1" Thot de cette année vague répond au i3 février de l’an 695 avant J.-C.

C’est à des personnages ayant vécu dans la période qui s’ouvre à la fin du règne de Tahraka que se rappoi’tent les inscriptions de notre fragment de statue.

Eusèbe nous apprend que, tandis que Psammétik s’efforçait d’établir son empire dans la Basse-Egypte, un personnage qu’il nomme Amméris l’Éthiopien régnait à Thèbes. Champollion et ses successeurs ont reconnu dans l’ Amméris d’Eusèbe une reine nommée Améniritis, que l’on trouve fréquemment mentionnée sur les monuments de cette époque, dans la Haute-Egypte, et que son prénom royal, joint aux honneurs dont elle est entourée sous la dynastie Saite, nous fait regarder comme l’héritière légitime de l’ancienne race des rois thébains.

Nous voyons en effet les Saïtes s’empresser de s’unir aux princesses de son sang.

Nos inscriptions nous apprennent qu’Améniritis épousa le roi Pionchi sa , et qu’elle en eut une fille nommée Schap-en-ap. La place de Pionchi avait jusqu’ici été fort incertaine. Aussitôt qu elle a été fixée, nous avons cru le retrouver sur une stèle du musée du Louvre (C. 100), dont les cartouches sont, il est vrai, martelés, mais offrent, dans ce qu’on peut en distinguer, la plus grande ressemblance avec ceux de la statue de Médinet-Habou. Cette stèle, comprise par M. Prisse dans son Choix de Monuments égyptiens, se trouve à la planche IV de sa publication. Elle nous présente la légende complète du roi avec

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