CHAPITRE III
ses cinq noms royaux dans l'ordre ordinaire : .» son nom d'enseigne, a» celui qui suit les signes de la double souveraineté, 3" sa devise comme Horus victorieux, 4° son cartouche prénom, qui est le meme que celui de Thoutmès III, 5" son nom propre Pionchi.
Une princesse nommée Moutiritis y est désignée comme fille du roi ; nous pensons qu’elle avait pour mère la reine Améniritis. Contrairement à la règle qui excluait les femmes des hautes fonctions sacerdotales la princesse porte dans ce monument le titre de prophétesse de Mouth et d’Hathor, anomalie qui s expliquerait par un droit que Moutiritis, étant par sa mère Améniritis du sang royal thébain, aurait tenu des derniers rois de la dynastie des Sheshonk, lesquels réunissaient, comme on le sait, dans leur famille, la dignité héréditaire de grand prêtre d’ Ammon à l’autorité royale.
Moutiritis est représentée sur notre stèle auprès du roi son père; le monument a ete dedie soit par le roi lui-même , soit par quelque personne très-attachée à la princesse , si l’on en juge par les éloges qui lui sont adressés. L’inscription, mutilée vers la fin, porte : La palme d'amour, la prophétesse d Hathor, Moutiritis la palme chérie du roi Ra-Men-Cheper (prénom du roi), le vivificateur , celle qui a la palme auprès de tous les hommes, l’amour de toutes les femmes; lajeunefilledonton ne voit pas la pareille; le noir de ses cheveux est le noir de la nuit, etc. ; et le rédacteur continue à énumérer les charmes de la princesse.
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U n’est pas sans intérêt de rechercher quel rôle Pionchi, que nous voyons prendre tous les titres royaux à Thèbes avant la reconnaissance de Psammétik, peut avoir joué dans les événements si nombreux et si confus de cette époque. L’honneur du double cartouche, inusité pour les femmes, que présentent les légendes de la reine Améniritis, nous fait penser que les droits de Pionchi à la couronne lui venaient en trèsgrande partie, sinon entièrement, de sa royale épouse. Après que Psammétik eut affermi son empire, nous le voyons honorer la reine et rechercher vivement l’alliance de sa fille, tandis que le nom de Pionch, est partout proscrit que partout on martèle impitoyablement son cartouche et ses images. Une inscription relevée à Napata, en Éthiopie, par I.inant-Bey, et dont je dois la communication à l’obligeance de M Mariette nous présente le cartouche d’un Pionchi accompagné d’un prénom royal différent de celui de notre stèle. Le musée britannique possède un fragment de toile oh l’on trouve encore la légende royale d'un Pionchi tracée au pinceau. M. S. Birch a eu l’extrême obligeance de me communiquer ce monument. Rapprochant tous ces faits de la proscription dont furent frappés à Thèbes les cartouches de tous les rois éthiopiens" il sera permis de supposer que Pionchi fut un prince de la famille de Tahraka , marié à l’héritière des rois thébains, et qui s'enfuit en Éthiopie lorsque Psammétik eut été reconnu à Thèbes. Peut-être succéda-t-il à Tahraka, qui avait, comme on le sait, fondé un nouveau royaume au mont Barkal (i), et peut-être changea-t-il son cartouche prénom à l’occasion de son avènement. Peut-être aussi les deux cartouches de Napata appartiennent-ils à un second Pionchi successeur du nôtre.
Peut-être faut-il voir dans Pionchi le chef et le conducteur des transfuges qui émigrèrent sous le règne de Psammétik et que ce prince fit de vains efforts pour retenir, comme nous l’apprennent Hérodote et Diodore. (Hér., livre II, c. 3o ; Diod., livre I, c. Gy.)
Toujours est-il que le nom de Pionchi, et celui de son fils Kotahet, qu’il avait eu d’Améniritis, sont martelés, et que ce jeune prince, qui aura sans doute partagé le sort de son père, ne semble pas avoir laissé de descendance en Égypte. Les princesses issues de Pionchi, an contraire, jouèrent, comme héritières des rois thébains, un rôle important sous la dynastie Saîte. Nous allons entrer dans quelques détails à leur égard.
(1) Rosollini, Mommenti slorici , texte, vol. II, pl. 8.
STATUE DE SCHAP-EN-AP. ,
Nous avons cru devoir ajouter à nos planches les textes de trois monuments du musée du Louvre, qui se rapportent aux princesses Ameniritis et Schap-en-ap. Ces textes se trouvent sur deux gonds de porte en bronze (PI. IX), et sur deux statuettes de granit gris veiné de rose, portant les nos A. 84 et 85 (PI. IX, X et XI). Ces monuments se rapportent à des personnages qui ont rempli des charges importantes dans les premiers temps de la dynastie Saïte et qui se qualifient de parents ( ?) royaux, souten rech.
La statuette n° 84 représente un homme accroupi, nommé Haroua , portant sur ses épaules les cartouches de la reine Améniritis. Le texte nous apprend quel rang élevé il occupait. C’était le noble chef remplissant le cœur de sa régente, habitant avec elle , celui qui garde la face de la déesse céleste , cle la divine
épouse, garde ( P ) de la divine main Améniritis la justifiée, prophète dans son temple . celui que la régente
a mis à la tête des prêtres de la déesse céleste. Haroua est probablement le personnage dont Champollion décrit le tombeau sous le n° 54 de ses Notices (p. 55i).
La statuette n° 85, dans la même attitude que la précédente, poi’te le nom de Roua , fils de la dame Mareschons. Les inscriptions nous apprennent qu’il fut attaché à la personne d’Améniritis, et plus tard à celle de sa fille Schap-en-ap.
Arrivons aux gonds de porte (PL IX). Ces deux gonds en bronze sont dédiés par une dame nommée Schap-en-ap, comme la fille de Pionchi, et fille d’une surintendante du palais, nommée elle-même Améniritis. C’était, comme on le sait, la coutume des hauts fonctionnaires, à toutes les époques, de donner à leurs enfants les noms des personnes royales auxquelles ils étaient attachés.
Dans les deux inscriptions , la reine Nitocris est mentionnée comme fille de la divine étoile Schap-en-ap et du roi Psammétik. Nitocris fut l’épouse du roi Psammétik II; elle est citée dans un tombeau de Thèbes (voir Champollion, Notices , page 553, tombeau n° 56) comme fille de Psammétik Ior, d’où il suit que Psammétik avait épousé Schap-en-ap , fille du roi Pionchi et d’Améniritis. Psammétik réunit donc à ses droits ceux du sang d’Améniritis , tandis que Pionchi était partout proscrit et que son souvenir était soumis aux plus grands outrages, nouvelle preuve de l’importance des droits qu’apportait Schap-en-ap. Nitocris, leur fille, épousa Psammétik II, qui suivit à son égard la même politique que Psammétik Ier à l’égard de la fille d’Améniritis. Nous voyons en effet Nitocris rappeler son origine dans toutes les occasions, et le roi lui accorder les honneurs du double cartouche. Améniritis avait joui du même privilège, mais cette circonstance peut s’expliquer en supposant qu’elle ait régné seule et en vertu de son droit propre, à Thèbes. La reine Hatasou avait fait de même pendant sa régence ; mais le martelage auquel son nom fut condamné par Thoutmès III nous prouve que cette princesse avait dépassé la limite des honneurs que les lois lui attribuaient. Aucune de ces circonstances ne se présente pour Nitocris; ses légendes, partout respectées, sont citées avec les plus grands honneurs; un fonctionnaire thébain lui donne même dans son tombeau (tombeau n° 56, déjà cité) une légende royale complète, avec le nom d’enseigne et le titre de fille du soleil; sa fille réclame sa descendance comme un titre de ses droits souverains, et cela du vivant de l’époux de Nitocris, Psammétik II, alors que soixante-dix ans de durée et deux règnes glorieux avaient affermi la dynastie Saïte sur le trône.
Tous ces faits semblent établir d’une manière à peu près évidente que les rois Saïtes n’avaient de droits reconnus sur la Thébaïde que comme époux des princesses descendant d’Améniritis.
Psammétik II n’eut qu’un règne très-court; on ne connaît pas d’une manière certaine la reine qui partagea le trône d’Apriès et qui fut mère de la princesse Nitétis.
Nitocris et Psammétik laissèrent une fille nommée Anch-s-en-ra-nofré-het , dont le musée britannique possède le sarcophage. Amasis, après qu’il eut détrôné Apriès, s’empressa d'imiter l’exemple des premiers princes Saïtes. Il épousa Anch-s-en-ra-nofré-het , qui fut traitée avec autant d’honneur que l’avait été Nitocris. On se rappelle qu’ Amasis envoya en Perse Nitétis, fille d’Apriès, au lieu de sa propre fille que Cambyse lui avait demandée.
Sans entrer dans une discussion approfondie des trois versions qu’Hérodote nous donne de ce fait, remarquons seulement que, outre les motifs d’affection paternelle qui avaient pu engager Amasis à substituer Nitétis à sa fille , il avait des raisons politiques de la plus haute importance. En effet, une fille d’ Amasis et de la reine Anch-s-en-ra-nofré-het , qui était de la race d’Améniritis, aurait pu , surtout aux yeux des habitants de la haute Egypte, disputer à Psammétik III, fils d’ Amasis et d’une autre épouse, ou peut-être d’une concubine, ses droits à la couronne et y faire participer le roi de Perse. Apriès, au contraire, n’ayant point épousé, du moins à notre connaissance, une princesse du sang thébain, sa fille n’apportait pas à Cambyse ces droits rivaux qu’Amasis pouvait redouter pour lui ou pour son fils.