‹ Fouilles exécutées à Thèbes dans l'année 1855Chapitre 4 sur 14 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les notices et la XVIIIe lettre de Champollion donnent un résumé très-complet et très-fidèle des campagnes de Ramsès III (son Ramsès Meiamoun), surtout de celle représentée sur le mur du nord , où se trouve le célèbre bas-relief d’un combat naval dans lequel les vaisseaux ennemis sont acculés au rivage par la flotte égyptienne, et en même temps écrasés par l’armée de terre qui les presse de l’autre côté.

Champollion a reconnu que, parmi les ennemis de Ramsès, se trouvaient des peuples nouveaux, appartenant à la race blanche, et désignés sous le nom de Tamhou. Il n’a copié que la première ligne de la grande inscription du pylône, où se trouve indiquée une date de la neuvième année du roi, et il a signalé l’importance de ce texte , qui contient plusieurs noms de peuples.

Notre inscription n’est pas précisément le récit d’une campagne, mais plutôt un discours d’apparat, prononcé par le roi. Il est peu de morceaux que ce discours ne dépasse en pompe et en longueur de style officiel.

Les douze premières colonnes sont remplies par les titres du roi et des épithètes louangeuses. Nous pourrons cependant y trouver quelques passages intéressants.

Après une série de phrases destinées à constater que le sang des dieux coule dans les veines du roi , on en trouve une qui rappelle le fameux verset du Psalmiste sur la course du soleil : Exciltavit ut gigas ad currendam viam , et dans laquelle Ramsès est comparé à un coursier aux pieds valeureux , qui court comme les astres dans leurs orbites célestes. On sait quelle importance et quelle estime les anciens guerriers attachaient à la course, estime d’autant plus naturelle chez les Egyptiens que les chars seuls remplaçaient la cavalerie dans leurs armées. La muraille a malheureusement beaucoup souffert à cet endroit de l’inscription; on voit néanmoins que des chefs vaincus offrent leurs hommages au roi et le complimentent sur ses exploits. Son éloge continue : Sa royauté est chérie comme celle de Moui , fils du Soleil. Remarquons que Moui , pris généralement comme point de comparaison pour le maintien de la justice et pour la sagesse des lois, l’est ici pour l’amour- que les sujets portent au roi. Il n'a pas son pareil; il est comme le dieu Ra (le Soleil), dont le règne a commencé le monde.

Après avoir reçu ce juste tribut de louanges, le roi commence enfin son discours à la ligne treizième. Il recommande à tous ses sujets d’être attentifs à ses paroles, et leur indique les sentiments qui doivent les diriger dans la vie; puis, il se vante de ses exploits, dont il rapporte cependant la gloire à son père, le dieu Ammon, qui lui a donné toutes les conquêtes. Après une tête de colonne qui malheureusement a beaucoup souffert, vient un des passages les plus importants de notre texte, dans lequel le roi énumère les ennemis qu’il a vaincus, en commençant par les Chéta , les Ati, les Karkamasch , les A rat ou , les Arasa; puis, après une courte interruption : leur camp ensemble dans le pays d’Amaour, j’ai détruit ces peuples et leur pays comme s’ils n'avaient jamais existé.

On voit que ces différents peuples, ennemis ordinaires des rois d’Egypte dans leurs campagnes d’Asie antérieures à celles de Ramsès III, sont réunis dans un seul groupe. A la colonne suivante, nous trouvons un second groupe formé des peuples désignés par Champollion comme ayant joué un rôle important dans la campagne pendant laquelle s’est livré le combat naval; ce sont les Poursata, les Takkara , les Shakarsha, les Taamou et les Ouaschascha. On voit que les Sharetana manquent seuls à cette énumération. A la ligne suivante, après une lacune, on trouve le pays des Tahi. Une inscription du second tableau de la paroi nord nous apprend que les confédérés étaient réunis du côté de ce pays, et que ce fut là que Ramsès marcha pour atteindre ceux qui avaient violé ses frontières. Ce renseignement est des plus intéressants, car la marche des armées égyptiennes dans différentes expéditions nous permet de fixer approximativement la position des Tahi.

Sans entrer dans une discussion approfondie qui sortirait des limites de cette simple notice, remarquons que le pays des Tahi est le premier que Thoutmès III rencontre après la bataille et la prise de Mageddo. Le pays des Tahi était donc placé dans le nord de la Syrie. Il s’étendait jusqu’à la mer, comme on le voit par les lignes suivantes , malheureusement très-frustes, et dans lesquelles il est question des exploits accomplis dans la bataille.

Les vaisseaux , dit le roi, étaient garnis, de la proue à la poupe, de braves guerriers munis de leurs armes ; d’un autre côté , il nous montre sur le rivage les fantassins d'élite des armées d’Egypte , qui étaient comme le jeune lion rugissant sur les montagnes ; les cavaliers qui s élancent , qui se rangent auprès de leurs braves capitaines ; les chevaux eux-mêmes rassemblent toutes leurs forces pour fouler les barbares sous leurs pieds. Quant a moi , ajoute le roi , j’étais vaillant comme le dieu Month; je resteds a leur tête; ils ont vu les exploits de mon bras ; moi, le roi Ramsès, j'ai agi comme le héros qui connaît sa force , qui sort son bras et qui conduit les hommes au jour du combat. Ceux qui se sont approchés de mes frontières ne paraîtront plus sur la terre ; leurs âmes sont passées dans F éternité.

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