AUTEL CALLO-ROUAIN TROUVÉ A NOTRE DAME DE PARIS
M. Jorand, cet autel mesure trois pieds et demi de hauteur. Sur sa première face, Jupiter est représenté debout, tenant de la main gauche un javelot Sans pointe et ayant la partie gauche du corps recouverte d^une draperie ; sur la corniche, on lit, au-dessus de sa tête, l'inscription Lovis. M. Jorand suppose que, par une basse flatterie et à une époque relativement récente, la lettre initiale I a été transformée en L pour changer lovis en Lovis. La seconde face représente la figure de Vulcain, ayant un*bonnet de forgeron sur la tête, un marteau d^une main et des pinces de Tautre ; au-dessus, on lit l'inscription Volcanvs. Sur la face opposée à cette dernière, se trouve le dieu de la guerre des Celtes, Esus, la main levée et tenant une hache avec laquelle il frappe un arbre placé devant lui ; au-dessus de sa tète, l'inscription Esvs. La quatrième face montre un taureau debout, dans une forêt et portant trois grues, dont une posée sur sa tête; sur la corniche, l'inscription Tarvos Trigaranvs. Selon M. Pictet, la légende Tarvos Trigaranvs, en celtique tarw trigaratty a pour but d'expliquer les figures sculptées de cette face.
Quant aux sept autres fragments, ce sont des débris d'autels plus ou moins incomplets, mais sur lesquels on peut distinguer aussi les noms de divinités romaines et celtiques.
De ce fait, ne pouvons-nous pas inférer que la découverte, dans un dolmen, de monnaies et de po teries romaines, indique non la sépulture d'un Romain, mais celle d'un Gallo-Ro main ? Et d'autre part, comme les menhirs con tinuèrent à s'ériger , ainsi qu'aux Bossenno^ jusqu'à une époque compa rativement récente, ne nous est-il pas permis de supposer que des dolmens durent également se construire pendant une période non moins rapprochée de nous? Nous ne connaissons, quant à nous, aucun fait certain à opposer à ces conséquences.
En considérant, à la lumière des détails fournis par les chapitres précédents, cette association ici de menhirs, d'alignements, de cromlechs et de dolmens, nous nous sentons donc autorisé à conclure que ces monuments sont les débris et les restes d'une immense nécropole, dont la
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construction a exigé, avec une longue période^- d'années, beaucoup d'art et un grand travail bien organisé, sans que nous ayons toutefois une idée des moyens employés pour le transport et l'érection de ces énormes et gigantesques monolithes. Les procédés dont on s'est servi pour ériger, à Paris, l'obélisque de la place de la Concorde, sont écrits en lettres d'or sur son piédestal ; mais aucune inscription ne nous révèle comment et par qui a été érigé un monolithe plus grand encore, l'étonnant menhir de Locmariaquer, auquel Cayot-Délandre donne 78 pieds de long sur 13 de large, et un poids de 240 tonnes (i).
L'accumulation de menhirs couchés en tas confus et comme mis en réserve, à Lann-Mané-Kermario et dans le champ de Penn-MesqueUy semblerait indiquer que les alignements de Kermario n'ont jamais été complétés, et ce soupçon rappelle involontairement les lois ecclésiastiques du XP siècle contre la pratique irrégulière des sépultures en dehors de la terre sacrée.
En face de l'immense quantité de monuments funéraires celtiques, dont les rivages morbihannais sont parsemés, l'esprit ne peut s'empêcher de se demander pourquoi ils ont été ainsi concentrés dans cette région. L'abondance des blocs de granit dans ces parages aurait-elle pu en être la cause unique et déterminante ? Nous préférerions chercher le motif de cette
(i) a Pour qui n'a pas vu Locmariaquer, il est difficile de se faire une idée de Ténormité des blocs qui forment les monuments druidiques. A quelques centaines de pas du village du Nélut, se trouve le plus colossal de tous les menhirs connus; géant de 21 mètres de hauteur et de 4 mètres de largeur, renversé par la foudre ou par quelque ébranlement terrestre, car je doute que la main des hommes, tout habile qu'elle soit à la destruction, eût réussi à cette œuvre. Ce magnifique Peulvan, ce roi de tous les monuments druidiques, qui furent si nombreux sur cette partie du littoral de l'Armorique, est aujourd'hui gisant sur le sol, brisé en quatre parties séparées les unes des autres avec tant de netteté, qu'on dirait qu'elles ont été tranchées par une lame métallique, si la chose était possible. Le poids de ce colossal obélisque est estimé à plus de 250,000 kilogrammes, et si sa chute est difficile à comprendre, les moyens qu'on dut employer pour son érection le sont bien davantage » Qe Morbihan, son histoire et ses monuments, p. 168).
concentration dans le choix que les Celtes auraient fait de ce pays, pour leur servir de nécropole ou de terra sacra^ destinée, comme chez un grand nombre d'autres peuples, à recevoir, de génération en génération, les cendres de leurs familles. Dans les mœurs, Textérieur et le costume des habitants actuels de ce pays, qui tranchent si profondément sur ceux des autres populations et frappent si vivement les étrangers, qu'ils sont tentés de prendre presque toutes les femmes pour autant de religieuses (i); dans la coutume de broder sur certains habits des signes analogues aux sculptures des dolmens, n y aurait-il pas des indices de nature à corroborer cette hypothèse et à permettre de voir, sur les contemporains, les traces et les vestiges des impressions et des habitudes graves que la vie au milieu des tombeaux avait dû engendrer chez leurs ancêtres ? Dans les fouilles que, pendant plusieurs années et sur une étendue assez considérable, nous avons exécutées autour de Camac, s'il nous a été donné de découvrir partout des ruines romaines en abondance, nous n'avons jusqu'ici rencontré ni .stèle, ni columbarium, ni puits funéraire pour nous révéler une sépulture purement romaine. Pendant une occupation du pays qui a duré près de cinq siècles, il est pourtant certain qu'on a dû construire un grand nombre de ces monuments (2); car, nous l'avons déjà dit, les colons romains n'adoptèrent certainement pas, en général du moins, le mode de sépulture des Celtes. Mais nous savons que ces derniers, tout en se laissant pénétrer un peu par la civilisation romaine, avaient conservé la majeure partie de leurs antiques coutumes. Pour expliquer l'absence que nous signalons, il serait donc à supposer que, délivrés enfin du joug écrasant des Romains et exaspérés par la
(i). Nous avons souvent entendu des touristes français appeler ma sœur la maîtresse de THôtel des Voyageurs, à Carnac.
(2) La conquête des Gaules, par César, remonte à un demi-siécle avant l'ère chrétienne et l'occupation dura jusqu'en 409.
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longue et dure servitude qui avait pesé sur eux, les malheureux vaincus se ruèrent comme des sauvages sur les tombeaux de leurs tjo^ans et les ruinèrent de fond en comble. Qu'ils aient complètement anéanti les stations romaines de cette région, nous Tavons déjà vu pour celle des BossennOj et nous le rencontrerons encore dans nos publications suivantes.
La mauvaise réputation que les Romains ont laissée après eux en Bretagne se trouve aussi dans d'autres parties de la France. Et en effet, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France^ t. IV, p. 339, M. Monnier, correspondant de cette Société, dit, en parlant du peuple du Jura : « La haine des Romains s'est transmise de père en fils avec tant de persistance que le nom de Romain y est devenu synonyme de méchant. » En preuve, cet écrivain ajoute que, en 1817, un maire de la commune de Cinquétral, révoqué par l'autorité supérieure, plaida, dans sa défense, que ses dénonciateurs étaient si peu dignes d'estime et considérés comme si méchants, qu'on leur avait toujours donné le surnom de Romains.
Comparons maintenant Thèbes, la grande nécropole des Égyptiens, et les alignements de sphinx à Kamac avec la nécropole que nous venons de décrire et les alignements de menhirs, à Camac, en Bretagne, et plaçons les pyramides, qui contiennent des chambres sépulcrales, en regard des caims qui recouvrent des dolmens.
Pour les monuments égyptiens, on a préconisé la théorie de la coudée sacrée et du passage et d'autres systèmes météorologiques et astronomiques. Pour ceux du Morbihan, nous avons la théorie du draconiium et de Vophiolatrie^ du culte du soleil, du temple druidique et les systèmes astronomiques. Dans toutes ces théories, il peut y avoir, pour les deux classes de monuments, un certain degré de vérité; mais ces théories, d'accord sur leur destination, en font toujours des monuments funéraires.
Par la supériorité et l'ancienneté de leurs arts, comme par les démonstrations qu'elles fournissent d'une communauté fort développée, les anti-
quités égyptiennes possèdent un intérêt archéologique non moins étendu que varié, parce que ces arts ont exercé leur influence sur la Grèce et sur Rome, et, par l'intermédiaire de ces dernières, dans une mesure que nous ne pouvons apprécier, jusque sur la société moderne elle-même- De même, les antiquités de la vieille race celtique ont une importance spéciale pour les peuples qui lui sont alliés de plus près. Uétude de celles-ci, bien que renfermant plus de diflEiculté et d'obscurité, a exercé sur nous un attrait tout-puissant et nous a conduit aux explorations qui font le sujet de cet ouvrage et de ceux qui doivent le suivre. Nous ne regretterons point notre travail, s'il a la bonne fortune de rapprocher un peu certains esprits de la vérité et de leur fournir quelques faits incontestables qui les stimulent à se livrer eux-mêmes à d'autres investigations. Nous terminons ici les conclusions tirées de nos fouilles parmi les ruines gallo-romaines et celtiques du pays de Carnac, et nous mettons fin à nos observations sur les faits qui nous paraissent établir la suite des événements dans leurs rapports avec ces monuments remarquables du Morbihan, monuments qui ont été un mystère pour les ignorants, une source de nombreuses théories et d'hypothèses pour les savants, et dont les restes, bien qu'ils disparaissent avec une très regrettable rapidité, jettent encore l'esprit dans l'étonnement sur les moyens employés pour l'érection de ces énormes monolithes.