‹ Fouilles faites à Carnac. Les alignements de Kermario [ed. by - Luco]Chapitre 39 sur 42 · GRANDE PIERRE SCULPTÉE · texte numérisé non relu

GRANDE PIERRE SCULPTÉE

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moulage au musée du Louvre, est une preuve frappante de l'étendue à laquelle on peut travailler le granit avec des outils en pierre. Dans l'ouvrage où il décrit cette pierre, Gama rapporte que Montézuma II, désirant augmenter le culte de ses faux dieux et perpétuer sa mémoire, commanda une pierre de sacrifice ou commémorative (ara) d'une grande dimension. A cet effet, on se servit d'un énorme bloc découvert à Aculco, et on employa dix mille Indiens pour le transporter à la ville de Mexico, où il fut sculpté par trente ouvriers avec des haches en pierre (con picos de pedernalj. Ces haches étaient probablement de jade auquel, comme à d'autres pierres dures, on donne plus fréquemment qu'au silex le nom de pedernal (i).

Pour donner une courte énumération des différents objets trouvés^ d ans les dolmens^ nous citons des os humains inciné rés et non incin érés, des éclats de silex, des lames, des grattoirs, des couteaux et des haches, des ce ltae polis et d'autres instruments ou armes en pierre, des objets en QT, en bronz e et en fer; diverses espèces de pot e ri e dont quelques-unes semblent destinées aux rites funéraires, et d'autres, certainement des ust ensiles de c uisine, ressemblent à ceux dont on se sert e nc ore en Br eta^e 1 en outre^ on y a rencontré, et cela plus fréque mmen t dans ces dernières années, des monnaies et de la belle poterie romaines*

Les fouilles exécutées par la Société polymathique ont démontré que, dans quelques-uns d es dolmens du Morbihan, la sépulture avait eu lieu par crémation, dans d'autres par inhumation, et dans certains cas rares, on a trouvé la preuve de la simultanéité des deux rits dans le même dolmen. En parlant de la sépulture des Gaulois, César mentionne expres-

(i) Descripcion historica y cbronologica, par don Antonio de Léon y Gama, p. 112, 2^ ëdit. Mexico, 1832.

Nous sommes redevables à M. Bofan, antiquaire, rue Sommerard, à Paris, d'avoir attiré notre attention sur ce fait curieux et de nous avoir communiqué l'ouvrage de Gama.

SOMMAIRE ET CONCLUSIONS 8i

sèment la crémation, la magnificence et la somptuosité des funérailles et Tusage de livrer aux mêmes flammes tous les objets réputés chers au défunt (i). S'il a été impossible jusqu'ici de préciser l'époque où la pratique de la crémation a commencé dans ce pays, il n'y a aucun doute qu'elle n'ait continué jusqu'à l'introduction du christianisme, et il est démontré, par les canons é dictés contre el le, que l'Église a eu grand'peine à arracher le peuple à cette coutume, ainsi qu'à le détourner du culte des arbres , des pi erre s et d es fontaines, A ce propos et quoique sans rapport avec la crémation, nous nous permettons de mentionner, en passant, un autre édit d'un concile ten u à Nantes au XP sièc le, et interdisant la coutume d'inhumer les morts au bord des chemins (2).

Les résultats des fouilles pratiquées dans les dolmens par la Société polymathique peuvent se voir dans son musée de Vannes, et la richesse de cette collection confirme parfaitement cette partie du récit de César, relative à l'usage d'inhumer avec le défunt les objets qui lui avaient été chers durant sa vie. Parmi ces trésors, nous remarquons des ornements en or et de magnifiques haches en pierre polie, en fibrolite, en trémolite, en diorite et en jade. Ces dernières ont soulevé une question assez curieuse et non encore résolue, savoir : d'où venait le jade? Un grand pas pourrait avoir été fait vers la solution par M. de Limur, notre collègue de ladite Société, qui a décou vert récemm ent, dans Ja baie de Roguédas, près de Vannes , un filon de r oche dans lequel de savants minéralogistes ont cru et affirmé reconnaître le jade.

(i) Funera sunt, pro cultu Gallorum, magnifica et sumptuosa; omniaque, quae vivis cordi fuisse arbitrai! tur, in ignem inferunt, etiam animalia; ac, paulo supra hanc memoriam, servi et clientes, quos ab iis dilectos esse constabat, justis funeribus confectis, una cremabantur (de Bello Gallico, lib. VI, cap. xix).

(2) La connaissance de cet édit nous a été procurée par M. l'abbé Luco, qui croit trouver en partie dans cette coutume l'explication et la raison d'être du grand nombre de croix qui s'élèvent, partout en Bretagne, sur le bord des chemins.

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Dans les m onnaies romaine s et la belle poterie rQjige lustrée r ecueil lies sous les dolmens, quelques archéologues prétendent trouver une preuve de la violation de ces monuments par les Romains ; mais M. Fergusson a déjà fourni une réponse à Tencontre de cette opinion.

Pour d'autres archéologues, ces faits démontrent que des Romains ont été inhumés dans ces dolmens. Mais si nous refusons d'admettre que, de son vivant, le Romain ait ici adopté les mœurs et les coutumes des Celtes, nous devons également repousser cette assertion que, après son décès, sa sépulture aurait eu lieu dans une tombe celtique. Dans Tlnde, les Anglais adoptent-ils les mœurs et les coutumes des indigènes et sont-ils inhumés suivant les rites funéraires de ce pays?

Si donc les Romains n'avaient embrassé ni les mœurs ni les coutumes des Celtes, ne devons-nous pas voir, dans le curieux autel érigé par les marins de Paris (nautœ parisiaci) et maintenant exposé dans le musée de Cluny, une preuve éclatante que certains Gallo-Romains avaient adopté quelques parties de la religion de leurs conquérants ( i ) ?

Ce monument a déjà été maintes fois représenté et décrit ; mais il se rapporte de si près à notre sujet, que nous croyons devoir accompagner sa mention de quelques remarques. Le i6 mars 1710 ou 171 1, pendant que, pour construire un caveau destiné aux archevêques de la capitale, on creusait sous le chœur de la métropole de Notre-Dame de Paris, les ouvriers découvrirent neuf fragments de pierres sculptées, représentant, sur chacune de leurs faces verticales, un sujet diflférent et accompagné d'une inscription (2).

Parmi ces fragments, les deux qui forment l'autel de Jupiter et d'Esus sont parfaitement conservés; et, d'après la description et les dessins de

(i) Caiahgut du Musée des Thermes et de l'Hôtel de Cluny, par E. du Sommerard. Paris, 1861 — Inscriptions Gauloises, par Adolphe Pictet. Paris 1867. Didier et C"*.

(2) Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France, t. IV, p. 502. Paris, 1823.

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