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opinion sur les questions qui intéressent
son pays, je comprends Pourquoi, depuis que l'idée du choix d’un drapeau national canadien-français a été émise, beaucoup de gens ont, avec plus ou moins de Chaleur, exprimé ce qu'ils en pensaient,
En effet, quel sujet de discours et d'écrits plus noble et plus beau que celui du drapeau ? Que de grandeur, de Courage, d’héroïsme, le drapeau ne renferme-t-il pas en ses plis ! Pour moi, il est sacré, Quel qu'il soit, je l'aime, et fût-il celui de mon plus irréconciliable ennemi, je l'aimerais quand même... du moins il aurait tout mon respect ; car ses couleurs sont une âme, une grande âme, l'âme de tout un peuple. Le drapeau, c'est la nation,
C'est pourquoi j'avais toujours cru que si d'un drapeau l'on pouvait dire beaucoup de bien, jamais, assurément, l’on ne pouvait en médire, S'il subit des humiliations, ce n'est point par sa
guou citoyen, ayant le droit d'émettre son
faute, mais par la faute de ceux aux mains desquels il a été confié,
Je m'étais trompé, Avec peine je suis obligé de le constater.
Depuis quelque temps, plusieurs semblent avoir, pour certain drapeau, une répugnance et un dédain aussi inexplicables que subits.
Le drapeau ne pouvant se défendre lui-même, il faut qu'il soit défendu ; et si personne n'a le droit de l'attaquer, tous ont le devoir de se faire ses défenseurs.
Que l'arme dont on se sert pour venger son honneur soit d'or pur ou de simple acier, qu'importe ! Chacun doit employer celle qu'entre ses mains la Providence a placée, son devoir est de s'en servir.
Certains esprits, en quête de nouveau, sans doute, ou pris subitement d'une plus grande tendresse du passé, ont rêvé d’un nouveau drapeau national pour les Canadiens-français.
Mais que veulent-ils que ce drapeau leur représente? De quoi veulent-ils qu'il soit l’emblême ? Quels souvenirs doit-il nous rappeler ?
Tout d'abord, peuvent-ils prétendre que le drapeau qu'ils rêvent puisse réunir sous ses plis toutes les races si diverses qui se sont implantées
sur le sol canadien ?—Non, raisonnablement non, pour la simple raison que le Canada, étant une possession anglaise, seul le drapeau anglais peut être le drapeau national du Canada, C'est d'ailleurs l'opinion des Anglais qui, avec droit, ne prétendent pas capituler sur ce point.
La raison du plus fort est toujours la meilleure,
Les Canadi.ns-français doivent donc, en tant que sujets anglais, considérer le drapeau anglais (orné des armes du Dominion) comme leur véritable drapeau national, étant le seul qui couvre et protège effectivement tous les habitants du pays.
Cependant, par tolérance, l'Anglais permit à ses sujets de diverses races d'arborer leur propre drapeau national, C'est alors que l'on vit les Canadiens-français déployer un drapeau qui, pour n'être pas celui que Jacques-Cartier planta sur les rives du Saint-Laurent, celui de Champlain et de Maisonneuve, leur rappelait néanmoins le pays d'où étaient venus leurs ancêtres, la 1ace d'où ils étaient issus et à laquelle il leur sera donné d'appartenir, aussi longtemps qu'ils en garderont le caractère, la langue et la religion. Ce furent d'ailleurs les Anglais eux-mêmes qui, dans un moment où l'intérêt parla plus haut que la haine, ‘lors du traité qui, en 1854, allia l'Angleterre à la France contre la Russie, apportèrent au Canada,
flottant au grand mât de leurs navires, le drapeau tricolore de la France,
Bien longtemps avant cet événement, et presque dès l'avènement de ce drapeau, en France, les Canadiens, comprenant que pour jamais la bannière blanche avait déserté les rives du Saint-Laurent, avaient adopté en secret le nouveau drapeau de la Mère-Patrie; mais ce ne fut qu'à dater de 1854 qu'ils purent l'arborer librement, Depuis, bien des fois ils eurent à lutter Pour ce drapeau contre la haine des Anglais qui regrettaient leur moment d'enthousiasme,
Quoique leurs intérêts fussent depuis longtemps et pour toujours séparés de ceux de la France, les Canadiens-français adoptèrent comme leur propre drapeau, le drapeau tricolore, P..-ce qu'il était celui de la France, Partout où le Canadien-français planta sa tente, on vit dès lors flotter près du drapeau anglais parfois, mais le plus souvent seules, les trois couleurs que l'unive:s connaît, et qui disent que là où elles sont, est un peu du cœur de la France,
Ce fut bien librement et bien volontairement que les Canadiens prirent le drapeau tricolore, Jamais la France ne fi: quoi que ce fût pour les Pousser à faire ce choix ; mais d'eux-mêmes, les Canadiens le réclamèrent comme étant toujours, Pour eux, l'emblême de leur Mère-Patrie,
C'est bien ce sentiment qu'a traduit un de nos poètes nationaux, Louis Fréchette, quand il a dit :
Oui, ce haillon troué, mais que la gloire inonde, À passé, mon enfant, sur le ventre du monde ! Incline-toi devant ses lambeaux vénérés |
Avec tout ton amour baise ses plis sacrés ;
Ce drapeau sans peur, digne des chants d'Homère, Ce drapeau, mon enfant, c'est celui de ta mère 1