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roi. I.e 14 novembre, Chamillart ajoutait à l'accusation de péculat celle de lèse-majesté. En la forme, il se contentait que Fouquet fût pendu en ta place qui est devant la Bastille. Maintenant, Fouquet devait monter sur la sellette. En entrant dans la salle de l'Arsenal où siégeait la Chambre, il s'inclina devant le chancelier, salua les juges avec révérence et, sur l'invitation de Séguier, s'assit sur la sellette. Il était vêtu d'un habit court en drap d'Espagne noir, avec un petit collet uni et un manteau. Il refusa très fermement de prêter serment et cette attitude divisa aussitôt la Chambre. Séguier avait l'intime désir de te juger comme un muet. Cependant, le courant favorable s'accentua. Il en fallut bien venir à un interrogatoire qui occupa plusieurs séances. Le chancelier, très vieux, très fatigué, ne brillait pas dans ce colloque avec l'accusé. Fouquet avait réponse à tout, avec beaucoup de présence d'esprit et d'à-propos. Quand il sortit de l'audience le 18 novembre, quelques-uns des commissaires lui ôtèrent leur bonnet. Le contact des juges avec l'accusé lui gagnait des sympathies parmi eux. Les amis, M™ c de Sévigné en première ligne, qui visitait quotidiennement d'Ormesson, se multipliaient en sollicitations (1). La reine Marie-Thérèse venait d'être si malade à la suite de couches que l'on avait désespéré de sa vie. M me Fouquet la mère lui avait fourni un emplâtre qui avait fait merveilles. Tout Paris disait que l'emplâtre de M me Fouquet avait guéri la reine. « C'est une sainte que M™ c Fouquet et elle peut faire des miracles. » Anne d'Autriche, qui s'était déjà déclarée en- faveur de Fouquet en faisant remettre à ses avocats des pièces utiles pour sa défense (2),
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(1) La correspondance de M rae de Sévigné avec Pomponne, *■ quelque sorte exilé, est un dos documents qui nous ont le mieux conservé le témoignag-e des émotions pur lesquelles passèrent anx cours du procès les amis du surintendant.
(2) Talon avait reproché à Fouquet d'avoir ordonné de payer aux sieurs de Grave et Codure « tout ce qu'ils voudront». (Défetuet, VI. p. 171.) Fouquet produisit une attestation de la reine des somme» reçues pour elle par ses deux agents. (Ormesson. Journal, II, t. 42.) Le roi furieux exila l'abbé de Gra\e et le prit de très haut avec ta
mère.
plaça sur le passage du roi M"e Kouquet et Mm« de Charost et, malgré sa courtoisie naturelle, Louis XIV passa « avec une grande fierté » sans jeter les yeux sur les pauvres femmes agenouillées.
Le surintendant ne se contentait pas de discuter avec la plus grande lucidité les charges qu'on élevait contre lui. Le 20 novembre, comme il traversait l'Arsenal pour rentrer à la Bastille, il vit des ouvriers qui travaillaient à un bassin de fontaine. Il alla à eux, accompagné de d'Artagnan, et donna son avis sur le travail ; puis, il se retourna en riant vers son gardien et lui dit : « N'admirez- vous point de quoi je me mêle? mais c'est que j'ai été autrefois assez habile sur ces sortes de choses. » « Ceux qui aiment M. Fouquet, ajoutait M mc de Sévigné racontant cette anecdote à Pomponne, trouvent cette tranquillité admirable. » Le 27 novembre, elle alla voir le surintendant à la sortie de l'Arsenal avec quelques amies. Il était seul avec d'Artagnan, suivi à quelque distance par cinquante mousquetaires. Il paraissait assez rêveur. « Pour moi, quand je l'ai aperçu, écrit M me de Sévigné, les jambes m'ont tremblé et le cœur m'a battu si fort que je n'en pouvais plus. En s'approchant de nous pour rentrer dans son trou, M. d'Artagnan Ta poussé et lui a fait remarquer que nous étions là. Il nous a donc saluées et a pris cette mine riante que vous lui connaissez. Je ne crois pas qu'il m'ait reconnue; mais je vous avoue que j'ai été etrangemement saisie quand je l'ai vu entrer dans cette petite porte. Si vous saviez combien on est malheureux quand on a le cœur fait comme je l'ai, je suis assuré que vous auriez pitié de moi. Mais je pense que vous n'en êtes pas quitte à meilleur marché, de la manière dont je vous connais. »
Plus l'interrogatoire se prolongeait, plus le chancelier y paraissait médiocre. Le jour fixé pour la clôture, le 4 décembre, Fouquet eut à s'expliquer sur le fameux projet de défense. Le ton de confusion et de regret qu'il employa pour parler des circonstances dans lesquelles il avait eu la folie de rédiger cette pièce, fit beaucoup &\twçtc^\s^
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Séguier, bien qu'il eût reçu plusieurs fois avis de Colbert d'être bref dans ses interrogatoires, interrompit. Il tenait absolument à trouver Fouquet coupable d'un crime d'État, A la fin, la colère s'empara de l'accusé. « Ce que j'appelle crime d'Etat, répliqua-t-il, dest quand on est dans une charge principale, qu'on a le secret du prince, et que tout d'un coup on se met du côté des ennemis, qu'on engage toute sa famille dans les mêmes intérêts, qu'on fait livrer les passages par son gendre et ouvrir les portes à une armée étrangère pour l'introduire dans l'intérieur du royaume. Voilà, messieurs, ce qu'on appelle un crime d'Etat. » Cette allusion directe à la conduite de Séguier durant la seconde Fronde était un coup terrible pour le chancelier. Tout étourdi d'une pareille attaque, il laissa parler Fouquet tant qu'il voulut (i). A midi, il avait terminé. Il se retira en saluant ses juges, encore chaud de la bataille qu'il venait de livrer. Le lendemain matin, d'Artatagnan vint le visiter dès huit heures du matin. Il le trouva au coin du feu, lisant un livre d'oraisons. « Je suis valet à louer, lui dit Fouquet, je n'ai plus rien à faire qu'à prier Dieu et à attendre le jugement.... Je suis résolu et préparé à tout » (2).
D'Ormesson, cependant, travaillait à son rapport. « C'est à M. d'Ormesson à parler, écrivait M«> e de Sévigné le 5 décembre, il doit récapituler toute l'affaire. Cela durera encore toute la semaine prochaine. C'est-à-dire qu'entre ci et là, ce n'est pas vivre que la vie que nous passerons. Pour moi, je ne suis pas reconnaissable et je ne crois pas que je puisse aller jusque là. M. d'Ormesson m'a priée de ne plus le voir que l'affaire ne soit jugée! Il est dans le Conclave et ne veut plus avoir de commerce avec le monde. Il affecte une grande réserve; il ne parle point mais il écoute et j'ai eu le plaisir, en lui disant adieu, de lui dire tout ce que je pense. » Le 6 décembre, d'Ormesson termi-
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(1) D'Ormesson. Journal, II, 363.
(2) Jules Lair. Nicolas Foucquel, U,\», 366.
nait son travail (i). Il avait écrit tout ce qu'il voulait dire, afin que sa parole n'allât pas au delà de sa volonté.
Depuis plusieurs semaines atteint de fièvre quarte, le président de Nesmond venait de mourir subitement d'un érysipèle. Avant d'expirer, il avait chargé ses héritiers de demander pardon à la famille du surintendant de ce qu'il avait opiné contre la récusation de Pussort et de Voisin. Il avait eu le tort de céder à de puissantes sollicitations et de compter sur leurs promesses qu'ils se désisteraient d'euxmêmes, dès que la Chambre aurait prononcé en leur faveur. Cette déclaration, in articule mortis, du président de Nesmond, causa grand émoi dans le monde judiciaire. Elle eut une énorme importance dans la bataille qui allait se livrer. Le président de Nesmond avait dans la Chambre de justice des amis fidèles à qui la voix du mourant traçait la ligne du devoir.
D'Ormesson commença sa récapitulation le 10 décembre. Le 12 à midi, il avait terminé et, comme Séguier le pressait d'opiner immédiatement, il se déclara fatigué. Le i3 décembre, il donnait son avis sur les neuf chefs d'accusation auxquels était réduit le procès. Tout en blâmant Fouquet de plusieurs fautes considérables, tout en admettant que certains actes autorisaient le soupçon, il ne trouvait pas de crime dans l'affaire. Il y avait de grands abus de forme, rien de considérable au fond. Les dépenses de Fouquet lui paraissaient au delà de toute raison et Vêtait sur ce point seul qu'il semblait trouver motif à condamnation. Bref, son avis était le bannissement à perpétuité et la confiscation des biens. « Je commençai, nota-t-il dans son journal, mon opinion à neuf heures et un quart, et je la finis à midi et demi sonné. J'ai été assez heureux pour dire
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(1) Le 6 décembre, c'était le jour de saint Nicolas, à la fois patron de Fouquet et patron de la paroisse qui longtemps avait été la sienne et était demeurée celle de son rapporteur. Claude Joly, leur curé, considérait ce fait comme « une observation bien favorable à l'accusé ». Il est possible qu'il eût déjà quelques lumières à ce sujet.
ce que j'avais écrit et mesuré et enfin, il me semble en être sorti assez bien, la voix ne m'ayant point manqué et m'étant trouvé aussi frais à la fin comme au commencement et avec autant de présence d'esprit. Et j'attribue cette force à une grâce extraordinaire de Dieu, par les prières de gens de bien, car jamais il ne s'est fait autant de prières que pour cette affaire-là et le conjecture des rentes et autres, où tout le monde se trouve blessé, fait qu'il n est personne qui ne souhaite le salut de M. Fouquet (i). » Le lendemain dimanche, d'Ormesson fut au sermon de M. Joly à la messe à Notre-Dame, « pour éviter de rencontrer du monde dans notre chapelle, car tout le monde témoigne tant de satisfaction de mon opinion que j'ai cru fort à propos d'en éviter l'éclat. Je fus chez M. de Marilhac où M. le premier président de Bretagne me dit qu'il y avait deux jours que l'on avait dit au Louvre que j'avais conclu à la mort et que le roi avait dit : « Si cela est, Fouquet est perdu (2). » D'Ormesson l'avait sauvé. « M. d'Ormesson, écrivait M™ 5 de Sévigné, a couronné sa réputation.
I /avis est un peu sévère ; mais prions Dieu qu'il soit suivi.
II est toujours beau d'aller à l'assaut le premier (3). »
Le lundi, c'était le tour du second rapporteur. Magistrat du Parlement de Rouen, en grande réputation en Normandie, Le Cornier de Sainte- Hélène se jugeait propre à remplir une des premières places à Paris et on l'avait confirmé dans cette espérance. Sa récapitulation était la
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(1) D'Ormesson. Journal, II, p. 270.
(2) D'Ormesson. Journal, II, p. 270.
(.'*) En lisant l'opinion d'Ormesson et sa conclusion au bannissement, on est frappé de la dissonance qu'il y a entre sa constatation qu'il n'y a pas de crime et la peine proposée. Il faut se rappeler que Fouquet avait offert lui-même de s'exiler, que ses biens appartenaient à ses créanciers et aux reprises de sa femme avant la confiscation royale, et que le séjour de la France ne lui étant plus possible, même acquitté, l'arrêt de bannissement était en quelque sorte une garantie pour lui.;
contrepartie de celle de d'Ormesson. Sur le pécùlat, il reprochait à Fouquet de n'avoir pas, sur tous les points, fait la preuve de son innocence, oubliant que c'est à l'accusation qu'incombe la preuve. Mais tout son effort portait sur le crime de lèse-majesté. La pensée seule en est punissable. Tout en souhaitant donc que l'accusé eût trouvé grâce auprès du roi, comme juge Saint- Hélène trouvait Fouquet « coupable et convaincu ». A la pendaison, en égard à la naissance de l'accusé et à ses dignités, il consentait à substituer la décapitation. La récapitulation et l'avis de Saint-Hélène avaient tenu toute la journée. Le lendemain, Pussort prenait la parole dès sept heures du matin, « avec sa mine de chat fâché qui annonçait tout ce qu'il était et dont l'austérité faisait peur ». Il la conserva pendant cinq heures avec une animation et une véhémence extraordinaire et conclut comme Saint- Hélène à la décapitation.
Le 18, Gisaucourt, Ferriol, Noguès, Ayrault, opinèrent successivement, tous concluant à la mort. Ni Ferriol ni Noguès ne semblaient' avoir compris grand'chose au procès. Ayrault avait changé d'avis depuis l'avant-veille où, félicitant d'Ormesson, il lui déclarait que son avis ne resterait pas isolé. Bref, il y avait six voix pour la mort et une pour le bannissement. Raffelis de Roquesante finit la matinée et, avec beaucoup d'éloquence méridionale, de fougue, il conclut au bannissement, comme d'Ormesson. Ceux qui pointaient les voix recommencèrent à espérer, d'autant qu'au dehors te travail continuait. Voisin avait essayé d'entraîner Labaume travaillé depuis plusieurs jours par le gouverneur de la Bastille de Besmaux et par Foucault. Alors Pontchar train, s'approchant d'Ormesson, lui murmura : « Labaume tient ferme, nonobstant tout ce qu'on lui dit. Il m'a souri sur ce qu'on lui venait de parler. » Du coup, c'étaient deux voix nouvelles qui se déclaraient. Pontchartrain, qu'on considérait comme douteux, était l'ami du président de Nesmond et en votant pour le bannissement, il accomplissait les det^vw^
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volontés du défunt (1). Enfin Catinat, un autre indécis, tournait autour de d'Ormesson et lui donnait à entendre qu'il opinerait dans son sens. La veille au soir, ses deux fils, le futur maréchal de France et le maître des requêtes, s'étaient jetés à ses pieds et l'avaient supplié de ne pas déshonorer le nom de la famille en opinant pour la mort. Le vieux Catinat avait la réputation d'un j^uge sévère, mais il était intègre et sur les pressions de la cour il pensait comme ses fils. « Nous en avons sept (2), ils en ont six, s'écriait Mme d e Sévigné. Voici ceux qui restent, Le Féron, Moussy, Brilhac, Besnard, Renard, Voisin, Pontchartraia et le chancelier, il y en a plus qu'il ne nous en faut de bons à ce reste-là. » L'unique inquiétude, c'est que M. Colbert était « tellement enragé qu'on attendait quelque chose d'atroce ».
Enfin, après cinq jours de délibéré, l'arrêt fut rédigé. « Louez Dieu! monsieur, et le remerciez, écrivait Mme de Sévigné à Pomponne, notre pauvre ami est sauvé. Il a passé treize à l'avis de M. d'Ormesson et neuf à l'avis de Sainte- Hélène. Je suis si aise que je suis hors de moi. » Tout Paris aussi était en joie. Ce peuple qui, trois ans avant demandait à grands cris la tête du surintendant, buvait dans les auberges à la santé d'Ormesson. Au quartier du cimetière Saint- Jean, on voulait allumer des feux de joie et les poètes du Pont-Neuf rimèrent un Noël :
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(1) Depuis un mois, il subissait les menaces. On le poursuivrait, disait-on, pour avoir parlé du repentir de M. de Nesmond à sa mort. La veille, Séguier lui avait offert contre sa voix cinq années d'appointements et les 8 000 livres qu'il avait perdues au rachat des rentes,
(2) Masnaud était un des sept. Pendant les délibérations il souffrait atrocement de la pierre. « Monsieur, retirez-vous, lui dit le chancelier enchanté de congédier un adversaire. — Il faut mourir ici, répliqua-t-il. » Pendant une suspension d'audience, il alla rendre deux pierres d'une grosseur considérable et revint opiner. « Cela pourrait passer pour un miracle, dit M 111 * deSévigné, si les hommes étaient dignes que Dieu eu \oulùt Caire. »
LE PROCÈS lj3
A la venue de Noël,
Chacun doit se réjouir,
Fouquet n'est pas criminel,
On n'a pu le faire périr Quand par ses malices, Berryer Dedans l'abîme l'attira, Il était dans un grand bourbier, Mais d'Ormésson l'en retira.
D'autres improvisèrent une complainte :
Sus, bons Français, A haute voix Remercions le roi des rois
Et sa toute-puissance Qui, maigre le grand Lucifer,
A sauvé l'innocence,
De la corde et du fer.
Ne finissons Point la chanson Sans exalter ce d'Ormésson.
Le bon Dieu le bénisse, Avec tous les gens de bien, Qui rendent la justice Et qui ne. craignent rien!
Depuis Varrêt, Séguier ne décolérait pas. Le roi avait reçu froidement la nouvelle. Quand on la lui apporta, il entrait chez La Vallière. « S'il avait été condamné à mort, dit-il, je l'aurais laissé mourir (1). » Et il ne cacha point qu'il était fâché contre ceux qui n'avaient point condamné Fouquet à mort. On le leur fit bien voir par la suite (2).
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(1) « On dit, écrivait Guy Patin à Falconnet, que quatre jours avant son jugement, M me Fouquet la mère fut visiter la Reine mère qui lui répondit : « Priez Dieu et vos juges tant que vous pourrez, car du côté du roi, il n'y a rien à espérer. »
(2) D'Ormésson se vit privé de la charge de son père. Roquesante fut exilé à Quimper-Corentin ; du Yerdier renvoyé à Bordeaux. Pontchartrain et son fils payèrent d'une longue disgrâce l'indépendance de leur attitude. Colbert s'entendait à « menacer les juges ».
Mais déjà Colbert avait trouvé moyen d'aggraver la sentence par une grâce. Le roi commua la peine du banniaiçment en celle de la prison perpétuelle. L'opinion accueillit cette grâce avec ironie :
Les juges de Fouquet n'ont point eu d'indulgence :
Ils l'ont jugé selon les lois.
Il était criminel de déplaire à son roi- Il devait par l'exil expier cette offense, Mais sa prison fait voir son innocence.
Fouquet à Pignerol.
S'arrét rendu, le rot envoya son chevalier du f guet à M""^ Fouquet, pour leur enjoindre de e rendre toutes deux à Montluçon. Le marquis t la marquise de Charost étaient relégués à [ Ancenis et le jeune Fouquet à Joinville en Champagne. Cependant, le condamné connaissait déjà sou arrêt. Il avait convenu avec une amie que « quel que fut sou arrêt, bon ou mauvais, comme Dieu le lui enverrait, sans préambule >, on le lui fit savoir « par une voie enchantée », au moyen de signaux. Le 27 décembre, à huit heures du matin, Foucault vint à la Bastille- signifier l'arrêt; Fouquet renouvela ses protestations et en demanda acte. Alors, on sépara de lui Pecquet et La Vallée. Ces pauvres gens se désolaient dans la chambre où on les avait mis. D'Artagnan les alla consoler et laissa le surintendant à la fenêtre. * Pendant qu'il y était, raconte M» de Sévigné, il a vu passer M. d'Ormesson qui venait de reprendre quelques papiers entre les mains de M. d'Artagnan. Il l'a salué avec un visage ouvert et plein de reconnaissance. Il lui a même crié qu'il était son 1res humble serviteur. M. d'Ormesson lui a rendu son salut avec une grande civilité et s'en est venu, le cœur tout serré, nie conter ce qu'il avait vu. » D'Artagnan, à l'arrivée de L'homme du jour, l'avait embrassé et, resté seul avec lui, lui avait dit à l'oreille qu'il était un illustre. « Je n'entends rien à toute cette affaire, avait-il ajouté. A mon retour je viendrai vous entretenir (1). * A onze heures du matin, un carrosse emmenait Fouquet,
(1) Jules I.air. Nicole* Foacquet, II, 41n.
accompagné par d'Artagnan à cheval avec cinquante mousquetaires. Quand le carrosse franchit la porte Saint- Antoine, la foule l'acclama. Ce nouveau transfert à Pignerol, où le condamné devait subir « sa grâce », ne ressemblait pas à ceux qui l'avaient précédé. Partout, le surintendant trouvait une popularité qu'il n'avait jamais eue, même aux jours de sa prospérité. Pendant qu'il courait ainsi les chemins, le bruit se répandit qu'il était très malade. Tout le monde disait : « Quoi! déjà! (1)» mais d'Artagnan était incapable d'un crime. Il soignait et encourageait son prisonnier et le couvrit de fourrures pour traverser les Alpes par le col de Cerviere. Enfin, on atteignit Pignerol. Là, d'Artagnan prit congé de Fouquet qu'il laissait à la garde de Saint-Mars arrivé depuis plusieurs jours. pour préparer le logement. Le choix du geôlier avait plu à tout le monde (2). C'était un beau soldat d'humeur gaie, honnête homme et qui n'avait point d'aversion contre son prisonnier. Esclave de la consigne, il était incapable d'interpréter un ordre et le suivait à la lettre. Fouquet ne devait avoir de communications avec personne, ne jamais sortir, même pour se promener. Pas de plumes, pas d'encre, pas de papier. Des livres, un par un, visités avant et après la lecture. Le service du prisonnier était assuré par un valet de la prison. Saint-Mars remplit sa compagnie 'de gens appartenant à sa famille. Il avait te sentiment de ses responsabilités et tenait à ménager une situation qui était une fortune. Le roi lui donnait 8000 givres par an pour l'entretien de son prisonnier (3). C'était pour Saint-Mars
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(1) Guy Patin est l'écho des mêmes soupçons, dès le lendemain de .'arrêt. « Le roi, dit-il, a converti l'arrêt de bannissement en prison perpétuelle, et utinam non degeneret; car quand on est entre quatre murailles, on ne mang* pas ce qu'on veut, et ou mange quelquefois plus qu'on ne veut, et de plus, Pignerol produit des truffes et des champignons; on y mêle quelquefois de dangereuses sauces pour nos Français, quand elles sont apprêtées par des Italiens. » (Lettrée, 25 déc. 1665.)
(2) D'Ormesson. Journal, II.
(3) Ce qui représente environ 40 000 francs de nos jours.
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une source avouée de petit» profits (i). Aussi, que de soucis pour choisir et surveiller le. confesseur, le seul élrc au monde qui fut en rapport avec Fouquet. Quel soin de refuser au prisonnier des lunettes d'approche qui eussent permis des communications avec le dehors! Une lettre de
M'»" Fouquet remise à d'ArtaiTnan avait été renvoyée au roi, qui la supprima.
Ni Colbert. ni Louis XIV ne pouvaient prendre leur parti de l'échec qu'ils avaient subi devant la Chambre de Justice. Pour les satisfaire, il (allait que Fouquet fut muré dans un silence éternel, qu'aucun Fouquet ne se risquât jamais sur la route du roi, qu'à Paris et dans les provinces, tous eussent oublié le brillant surintendant. F.t Paris et les
provinces, encore secoués par les émotions du procès, ne s'y décidèrent qu'à la longue. Pellisson, mis en liberté après une longue captivité, ayant donné à son maître ce qu'il lui devait de fidélité, ne songeait plus qu'à reconquérir la faveur royale. La Fontaine oubliait les Nymphes de Vaux. Les plus fidèles, comme M œe de Sévigné, laissant la cendre grise du temps ensevelir leurs rancœurs, ne conservaient plus pour le captif qu'un sentiment de regret mêlé d'espérance, qui n'avait plus rien de séditieux ni de combatif. Les bourgeois indisciplinés, dont on rognait les rentes, répétaient seuls à leurs enfants le couplet qui promettait la corde de Fouquet aux tyrans du jour. Encore leur mémoire l'avait-elle modifié, à mesure que les circonstances du procès disparaissaient de leur souvenir :
• Malgré les juges courtisans.
Le cordeau de Fouquet, filé depuis trois ans,
Est maintenant à vendre, Mais nous avons Colbert, Sainte-Hélène et Berryer, (l'est assez de quoi l'employer :
C'est assez de voleurs à pendre, C'est assez de fous à lier (1).
Il fallut, pour rappeler l'existence du mort civil qu'était Fouquet, l'accident qui survint à Pignerol le 18 juin i665. L'ingénieur Sève avait depuis plusieurs mois signalé comme nécessaires plusieurs travaux, notamment la construction de magasins à poudre. La veille de la Saint- Jean, en plein midi, une explosion formidable ébranlait V? donjon jusque dans ses fondements. La foudre avait allumé les poudres. Sous les ruines, il demeura près de 400 hommes. « Je fus des premiers à m'apercevoir de ce funeste coup, rapporte un témoin oculaire... Je fus frappé d'épouvante de ne pas trouver une âme en vie, sauf cinq soldats. Levant ta tête, je vis M. Fouquet dans l'épaisseur d'une fenêtre. Je le connaissais parce que j'étais ami à M. de Saint-Mars qui en avait la <*arde. Il me demanda du secours. Avec le che-
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(1) Bibliothèque de l'Arsenal, Mss. 5420.