lult>«« Lair. Xicotas Foncquet, I, 392, II, Hl
détournent pas un moment. » La correspondance du surintendant et de M lle de Trécesson parle certes beaucoup d'amitié. Bien des fois, elle rassure son protecteur sur ce qui peut inquiéter sa sollicitude. « Puisque je vois que vous avez une bonté pour moi que je n'aurais osé espérer, quoique j'aie toujqurs désiré la continuation de votre amitié plus que toutes les choses du monde, je vous dirai qu'il ne se passe rien entre M^ e de Bel-Air (Trécesson) et Duclos (M. de Savoie) qui soit désavantageux ni pour vous ni pour elle ; elle a trouvé le moyen de s'en faire craindre et de s'en faire estimer malgré lui. » Le surintendant a parlé à M ,,c de Trécesson d'un mariage. « Je suis bien aise, lui répond-elle, de m'étre trompé dans l'appréhension que j'avais eu d'avoir perdu de l'amitié que vous m'aviez promise. Je préfère votre estime à toutes les choses du monde. Je ne sais ce que je dois vous répondre sur la bonté que vous devez prendre de mon établissement. »
Plus tard, sa mission en Savoie terminée, *M lle de Trécesson épousa un Cavour et vécut ignorée en Provence (i). Ce n'est pas que toutes les correspondances de Fouquet fussent aussi innocentes que ce fliretage galant. Il en est, au contraire, de singulièrement précises. « J'ai trouvé votre fait aujourd'hui, lui écrivait l'abbé de Belesbat, je sais une fille jeune et jolie et de bon lieu et j'ose croire que vous l'aurez pour 3oo pistoles (2). » Un autre jour, c'était une parente, assez proche, à ce qu'il semble, qui contresignait sa défaite en ces termes : « Ne m'obligez point, je vous prie, de dire ce vilain mot de cocu d'un homme que vous m'avez donné pour mari ; il suffit que vous ayez vaincu mes scrupules et tourné les choses d'un autre biais pour me satisfaire; car je m'imagine qu'il ne m'est rien parce que je ne l'ai jamais aimé. De sorte que je promets d'agir avec vous
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(1) Jules Lair. Nicolas Foucquet y I, lf>2 et suivantes et 6'il. II p. 414.
(2) Bibliothèque de l'Arsenal, 5420. Les attributions de cette lettre et des suivantes sont de Conrart qui ne gardait pas toujours un silence prudent.
puis, il se mit à la raison : « Quand vous ne voulez pas ce qu'on veut, madame, disait Bussy Rabutin, il faut bien vouloir ce que vous voulez. » Un an plus tard, il n'était point découragé. « J'ai toujours avec lui les mêmes précautions et les mêmes craintes, écrivait la belle marquise; cela retarde notablement les progrès qu'il voudrait faire. Je crois qu'il se lassera de vouloir toujours recommencer inutilement la même chose. » Elle le voyait souvent, tâchant d'en obtenir des services et non des compliments. Elle profitait de ses bonnes dispositions pour obliger ses amis, et après l'avoir poliment éconduit comme galant, elle finit par le ranger au nombre de ceux qu'elle honorait de son amitié (i).
D'autres fois, Fouquet comptait fleurette à des femmes, bien plus pour s'assurer leur concours comme agents, que pour conquérir leur cœur ou leur personne. Tel fut le cas de M lle de Trécesson. C'était la propre nièce de M»* du Plessis-Bellière. Les Trécesson nombreux avaient une fortune médiocre de petits hobereaux bretons. La jeune Trécesson fraîche, attrayante et spirituelle, avait été élevée par M me du Plessis-Bellière, et, quand il fut question de placer, auprès de la Régente de Savoie, quelques demoiselles d'honneur qui apporteraient au delà des Alpes les habitudes et les beaux usages de la Cpur de France, M lle de Trécesson fut une de celles que l'on choisit.
Avant son départ, Fouquet la prit à part dans son petit cabinet de Saint-Mandé, fit luire à ses yeux la perspective d'un retour possible en France, à la suite d'une reine dont elle serait la favorite et lui remitun chiffre pour correspondre avec sa tante et avec lui. La jeune Bretonne partit enthousiasmée, pleine de reconnaissance pour son aimable protecteur, et remplit à merveille la mission qu'on lui avait tracée. « Je ne pense qu'en vous, lui écrivait-elle, et toutes les amitiés qu'on me témoigne de part et d'autres, ne m'en
'1. .Inlos Lair. Xicolas /''otwquet, I, 392, II, Hfi.
détournent pas un moment. » La correspondance du surintendant et de M lle de Trécesson parle certes beaucoup d'amitié. Bien des fois, elle rassure son protecteur sur ce qui peut inquiéter sa sollicitude. « Puisque je vois que vous avez une bonté pour moi que je n'aurais osé espérer, quoique j'aie toujqurs désiré la continuation de votre amitié plus que toutes les choses du monde, je vous dirai qu'il ne se passe rien entre M^ e de Bel-Air (Trécesson) et Duclos (M. de Savoie) qui soit désavantageux ni pour vous ni pour elle ; elle a trouvé le moyen de s'en faire craindre et de s'en faire estimer malgré lui. » Le surintendant a parlé à M ,lc de Trécesson d'un mariage. « Je suis bien aise, lui répond-elle, de m'être trompé dans l'appréhension que j'avais eu d'avoir perdu de l'amitié que vous m'aviez promise. Je préfère votre estime à toutes les choses du monde. Je ne sais ce que je dois vous répondre sur la bonté que vous devez prendre de mon établissement. »
Plus tard, sa mission en Savoie terminée, "M lle de Trécesson épousa un Cavour et vécut ignorée en Provence (i).
Ce n'est pas que toutes les correspondances de Fouquet fussent aussi innocentes que ce fliretage galant. Il en est, au contraire, de singulièrement précises. « J'ai trouvé votre fait aujourd'hui, lui écrivait l'abbé de Belesbat, je sais une fille jeune et jolie et de bon lieu et j'ose croire que vous l'aurez pour 3oo ptstoles (2). » Un autre jour, c'était une parente, assez proche, à ce qu'il semble, qui contresignait sa défaite en ces termes : « Ne m'obligez point, je vous prie, de dire ce vilain mot de cocu d'un homme que vous m'avez donné pour mari ; il suffit que vous ayez vaincu mes scrupules et tourné les choses d'un autre biais pour me satisfaire; car je m'imagine qu'il ne m'est rien parce que je ne 'ai jamais aimé. De sorte que je promets d'agir avec vous
(1) Jules Lair. Nicolas Foucquet, I, lfi2 et suivantes et 541, II p. 414.
(2) Bibliothèque de l'Arsenal, 5420. Les attributions de cette lettre et des suivantes sont de Conrart qui ne gardait pas toujours un silence prudent.
comme je ferais avec un cousin au sixième degré, mais je vous prie de te mitonner un peu : il est jaloux comme quatre mille cocus (i). » Une autre s'y prenait en termes moins crus : « Jusqu'ici j'étais si bien persuadée de mes forces, que j'aurais défié toute la terre, mais j'avoue que la dernière conversation que j'ai eue avec vous, m'a charmée. J'ai trouvé dans votre entretien mille douceurs à quoi je ne m'étais point attendue. Enfin, si je vous rencontre jamais seul, je né sais pas ce qui en arrivera (2). » Ou bien, c'était une dévote qui donnait plus de prix à sa capitulation par ses simagrées : « Je hais le péché, mais je hais davantage la pauvreté. J'ai reçu vos 10 000 écus. Si vous voulez en apporter 10 000 encore dans deux jours, je verrai ce que j'aurai à faire. Je ne vous défends pas d'espérer (3). » On conçoit que la chanson ait été tentée d'ajouter après cela aux conquêtes du surintendant. Quand la cassette fut divulguée par des copies plus ou moins fidèles, et avec des attributions qni étaient parfois fantaisistes, on fit ces couplets : .
On fait tout pour de l'argent
A la Cour, comme à la ville.
Voyez comme Menneville
Baisait le surintendant.
Sévigny et Angoulême
N'ont pas fait cela pour rien,
Et la Monaco de même
Qui ne Va pas fait à moins (4).
Les procureuses se disputaient la clientèle du surintendant : « Je ne sais plus de quel prétexte me servir pour vous voir, lui écrivait l'une d'elles. J'ai passé aujourd'hui,
(1) Bibliothèque de l'Arsenal, 5420. Ms. Conrart attribue cette lettre à M me Gilles bouquet. On a bien trouvé de M m0 Gilles Fouqoet une lettre chez le surintendant, mais d'un ton fort différent (B. Nat. Fds Baluze).
(2) Bibliothèque de l'Arsenal 5420 Ms. Conrart ne donne pas d'attribution.
(3) Bibliothèque de l'Arsenal 5420. Ms. Conrart attribue cette lettre à M me Scarron.
(4) Bibliothèque Nat. Mss. F"»", 22 567.