‹ Four plays of ShakespeareChapitre 27 sur 69 · Scène IL — Le meme · texte numérisé non relu

Scène IL — Le meme

Adrianne et Luciana entre7it.

Adr. Ah, Luciana, vous a-t-il ainsi tenté ?

Peux-tu ainsi observer dans ses yeux Qu’il plaidât sérieusement ou non ?

Fut-il ou rouge ou pâle, ou triste ou gai son ton ?

sc. II.] LA COMÉDIE DES ERREURS 107

Quelle observation donc fis-tu en ce cas,

Car ses pensées dans sa figure ne lisais-tu pas ?

Luc. D’abord il nia que vous aviez aucu’un droit sur lui.

Adr. Il voulais dire qu’il ne me l’accordait pas m’amie.

Lite. Après jura-t-il qu’il était ici étranger.

Adr. Il disait là la vérité même qu’il était parjuré.

Luc. Alors, plaidai-je pour vous.

Adr. Et que disait-il ?

Luc. Cet amour que pour vous je lui demandai me priait-il ? Adr. Avec quelle persuasion tenta-t-il ton amour?

Luc. Avec des mots convenables à une honnête cour.

Il loua d’abord ma beauté, et alors ma parlance.

Adr. Ta langue le flattait-elle ?

Luc. Je te prie, aye patience.

Adr. Je ne puis et je ne veux pas me taire ;

Ma langue aura sa volonté, si non, mon cœur.

Il est difforme, courbe, vieux, et desséché D’une figure mauvaise, un corps encore pire par tout malformé ;

Vicieux, incivile, fou, rude, méchant,

D’un extérieur mauvais, bien désobligeant.

Luc. Qui serait jaloux donc d’un tel mari ?

On lamente nul malheur perdu quand c’est parti.

Adr. Ah ! mais je le pense meilleur que je ne le dis,

Et voudrais que les yeux d’autrui fussent pires en ceci. L’oiseau crie plus fortement loin de son nid.

Même qu’avec ma langue je maudis, avec mon cœur je prie.

Dromio de Syracuse entre.

Dro. S. Voici, va ; le pupitre — la bourse ! Dépêches-toi, chérie.

Luc. Comment as-tu perdu l’haleine ?

Dro. S. En courant vite, m’amie.

Adr. Où es ton maître, Dromio ? Se porte-t-il bien ?

Dro. S. Non, il est dans une prison pire que l’enfer et n’a rien.

Un diable dans un vêtement éternel le possède,

io8 LA COMÉDIE DES ERREURS [acte iv.

Un dans le cœur dur est boutonné comme l’acier raide ;

Un démon, une fée rude, et sans pitié Un loup, non — encore pire — tout en bouffie ;

Un faux ami, un pousse-cul, — un qui contremande Les accès aux allées, criques, et terres étroites ;

Un qui avant le jugement emporte les pauvres âmes à l’enfer. Adr. Comment, mon âme, qu’y a-t-il ?

Dro. S. Je ne sais pas ce qu’il y a : il est arrêté sur la cause. Adr. Quoi, arrêté ? Dis moi par ordre de qui ?

Dro. S. Je ne sais pas par ordre de qui il est arrêté,

Mais celui qui l’arrêtait est dans un habillement complet de buffle.

(I know not at whose suit he is arrested well ;

But is in a suit of buff which ’rested him, that can I tell). Veuillez, maîtresse, lui envoyer la rançon, l’argent dans son pupitre ?

Va, cherche-le, ma sœur. Je m’étonne de ceci.

[Luciana sort.

Que lui, inconnu à moi, aurait des dettes.

Dis moi, fut-il arrêté sur une obligation ?

Dro. S. Pas sur une obligation, mais sur une chose plus forte :

Une chaîne, une chaîne ; ne l’entendez vous pas sonner ? Adr. Quoi, la chaîne ?

Dro. S. Non, non, la cloche; il est temps d’aller.

Je suis parti à deux heures, et maintenant une heure vient de sonner.

Adr. Les heures reviennent ! je n’ai jamais entendu cela.

Dro. S. Oh oui, si aucune heure rencontre un sergent, il se recule, hélàs.

Adr. Comme si le Temps fut un débiteur ! comme tu raisonnes follement !

Le Temps est un vrai banqueroutier, et doit beaucoup plus que son assaisonnement.

Encore il est voleur : m’as tu pas entendu dire Que le Temps par jour et nuit va furtivement s’introduire ? S’il est en dette, va voler, et un agent de police tout près, N’a-t-il pas raison de reprendre ses pas et de s’en aller ?

sc. III.] LA COMÉDIE DES ERREURS

Luciana e?itre.

Adr. Va, Dromio, voilà l’argent ; porte-le tout de suite,

Et reviens avec ton maître immédiatement.

Viens, ma sœur, je suis devenu la proie de mon imagination — Mon imagination, qui est mon agrément et mon détriment.

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