‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 21 sur 34 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Fourier à Paris , appelé à d^autres /onctions. Suite et 6b des cent joars. Décrei dictatorial non pQbKé . Acte additionnel ; ses antenis. Déclara* tion de Louis XVIII relative à la Vendée. Lucien Bonaparte député de

risèrc ; mécontcmcnt de FEmperenr. Lncien est fliit prince malgré lui. Fouctié. Champ de MaL État des votes sur TActe additionnel. L'Cmpereur, Lan^uinais, et les cliambres. Autres décn U impériaux non publiés. Deuxième restauraiitni. Vicissitudes dans la position de Fourier. Sa mort. Documents inédits.

Arrivé à Paris , Fourier s'y trouvait dans la

positiou tout équivoque qu un singulier perfec* tionnement du langage administratif des temps incertains fait aux administrateurs qu'on prive de leur place et qu ou appelle à d'autres fonctions qu'on ne leur donne point. Il n'était plus qu'un savant, mais comme Tétaient Laplace, I^agrange, Berthollet, Monge et Legendre ses amis^ liommes éiuinents dont raffection et l'estime ne dépendaient point des passions haineuses de la politique et des révolutions qu'elles ne prévienneut pas. Fourier reprit ses travaux scientifiques, ses anciennes habitudes dans les bibliothèques publiques, aux séances de l'Académie des sciences ; de toute sou ancienne existence , il ne lui restait que le fidèle Joseph, entré à son service à Grenoble, qui le suivit à Lyon , à Paris, lui ferma pietisement les yeux, et alla jeter une pellée de terre sur sa tombe.

a 58 l'jkgypte et les cent jours.

ravaisvirFoiipier dans sa préfecture de Lyon; je le vis arriver à Paris dans toute sa simplicité de citoyen , et il ne tarda point d'apprécier tous les avantages de son indépendance.

Il me trouva un peu mêlé aux événements contemporains , et occupé en même temps de recherches difficiles, dont le sujet l'intéressait particulièrement; il me permit de l'en entretenir fréquemment et de le consulter. J'avais entrepris de restituer les calendriers de tous les peuples de l'antiquité classique, afin d'arriver à dresser des tables de leur concordance mutuelle, celle de tous avec le calendrier Julien , et d'obtenir, au moyen de ces tables, l'exacte interprétation en «tyle romain desdatesnombreuses et d'expressions si variées qui existent dans les monuments grecs t>u latins. Malgré l'syrdeur des passions pohtiques du moment, je luÈ ce long travail à l'Institut (Voyez la note K ci-après), corps assez vigoureux pour demeurer impassible à toutes les catastrophes; fonctionnant périodiquement et régulièrement en toute saison, en présence, mais à l'abri de tous les événements; et dont les membres nombreux, dispersés dans les camps les plus opposés en politique, se conciliaient à . jour et heure fixes pour unir et diriger toutes les puissances de leur esprit vers un intérêt unique, celui de la science.

J'étais arrivé à Paris dans les premiers jours

l'^GTPTE fiT LES CEKT lOURS.

t)*avril. Savais eu l'honneur d'approcher TEmpereur. Peu de jours après, je reçus du chambellan de service, le comte de Forbin Janson , une lettre de sa main par laquelle il voulait bien m'informer «que, d'après les ordres de TEinpereur, je serais admis au lever de S. M. au palais de l'Élysée. »

Je demanderais grâce pour les détails qui vont suivre, si j'étais porté à les consigner ici par les inspirations d'une oiseuse personnalité; mais les£ciits que je rappelle, comme témoin, touchent aux plus grands événements publics des temps modernes, aux dernières infortunes de ma patrie ; ils appartiennent à l'histoire aussi bien que les documenis inédits que je transcrirai textuellement dans ma narration.

Le 19 avril , j'assistai pour la première fois au lever de l'Empereur. La guerre civile du Midi était terminée ; il en exprima une vive satisfaction, et me demanda si le général Ghabert était arrivé à Paris. (Il Tétait de la dernière nuit.) L'Lmpereur me chargea de lui annoncer qu'il venait de le faire lieutenant-général (i). Après l'audience, j'entrai dans son cabinet, dont la porte était gardée par leduc de Rovigo. L'archevêque de Tours, M. de Barrai , de Grenoble , en sortait. 11 s'agissait de faire cesser l'intérim de la préfecture de risère. Le choix d'un préfet n'était pas facile pour un tel département^ qui était limitrophe de l'ita-

(1) Voyez la note L à la lin de ce volume.

a6o L^ÉGTPTE ET LES CfillT IODES.

Iie,où de graves événements se dénouaient,et dont

le passage de l'Empereur, l'accueil qu'il y avait reçu, pouvaient aussi rendre l'administration plus difficile , et l'opinion dominante plus exigeante. Le choix de l'Empereur s'arrêta sur M. Bourdon de Vatry, que bient6t après Rœderer vint seconder sans efficacité.

La guerre du Midi avait quelque temps préoccupé l'Empereur : elle secondait les désirs des étrangers; les volontaires royaux formaient, au cœur de la France, Tavant-garde des armées ennemies; l'opinion de quelques provinces méridionales Ëivorisait leur entreprise par des o£Eres de chevaux, d'argent, par des impositions extraordinaires et le concours d'oiûciers de divers grades tirés de l'armée. Cette guerre intestine venait de finir par la capitulation de M. le duc d' Angouléme et par l'embarquement de ce prince pour l'Espagne; mais ses partisans, le matériel de guerre et l'argent qu'ilsavaient réunis^ demeuraient également sans emploi. L'Empereur confisqua au profit de sa cause, et les volontaires royaux , et les chevaux, etFargent qui leur avaient été offerts, et les officiers généraux qui avaient servi sous le même drapeau. Un décret impérial, rendu à r Elysée, le 19 avril, renfermait toutes ces mesures ensemble; mais ce décret ne fut point publié : j'en insère ici le texte inédit, d'après une expédition originale :

t tGYPTt; i:t les cent jouas. 261 « Aa palais de PÉlyaée , le 19 avril tS15. «

<c Napoléon , par la grâce de Dieu et les cons- « titutions de l'empire , Empereur des Français. « Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : »

ArL a Les bataillons et compagnies de vo" « lontaires dits royaux, levés dans les différentes « villes du Midi, seront désarmés par les soins «t des préfets, des officiers municipaux et des of- « ficiei s de gendarmerie. I^es armes seront trans- « portées dans la place forte ou dans Tarsenal le « plus voisin du lieu de désarmement. i>

c( Les capitaines de gendarmerie donneront des « ordres pour que les armes des hommes isolés « soient envoyées au chef-lieu du déparlement « où le recensement en sera Êdt, et d'où l'on « fera le transport dans la place forte ou dans a l'arsenal où elles doivent être réunies. »

Art* a. <K Les volontaires royaux levés depuis tf le premier mars 1 8 1 5 , dans les différentes villes « des 8% 9% 10^ et ii"^ divisions, sont mis eu « réquisition pour servir dans nos armées. »

« L'état nominatif en sera dressé par chaque « préfet et remis aux officiers de gendarmerie tt qui veilleront à ce que ces hommes soient dic ngés sur les dépôts de Dijon, de Grenoble, Bé- « fort, Strasbourg , Metz et Mezières. »

Art. 3. « Les généraux commandant les 2*, 3', « 5% 7' et iS*' divisions en feront la répartition « entre les différents dépôts des régiments établis

262 l'^GTPT£ £ï les CE5T JOURS.

« dans leurs divisions. Les préfets instruiront

« notre ministre de la guerre du départ de ces « hommes et de leur nombre. »

Art, 4* « Les offres de chevaux qui ont été « fsiites pour les volontaires royaux seront rem- « plies. Les personnes qui les ont faites seront « tenues d'envoyer sans délai lesdits chevaux « harnachés au chef-lieu du département , d*où « ils seront conduits au dépôt du corps de trou- « pes à cheval le plus voisin. »

j^rt. 5. a Les impositions extraordinaires mises « sur les départements ou les arrondissements 9 par les conseils de département ou d'arrondis- ¥ sèment , continueront à être perçues. »

jért. 6. a Les offres faites en argent par les « particuliers seront remplies^ et les fonds versés « dans tes caisses de nos receveurs. A cet effet , •t les préfets feront dresser l'état desdites offres « et en rendront le rôle exécutoire. »

Art.'j. «L'état des généraux 9 colonels ^ cheb « de bataillon et capitaines qui ont été employés « dans les corps de volontaires dits royaux, sera « dressé, et les officiers seront mis sous la surn veillance spéciale des généraux commandant n les divisions , des généraux commandant les d^ « partemeuts^ et de la gendarmerie. »

Art. 8. a Ces états seront transmis , sans déa lai , à notre ministre de la police générale qui , « selon les circonstances , éloignera ceux de ces

L'iGTPTB ET tES CBHT JOUAS. a63

« officiers qui seraient dangereux , des lieux où « ils se trouvent , ou décernera des mandats con-

« tre eux. y>

Art. 9. « Nos ministres sont chargés de Fexé- « cution du présent décret. »

« Sij^né ; NAPOLÉoir. »

« Par r Empereur, le mnistre secrétaire dÉtat^

« Signé : le duc de Bassaiîo. »

Entaché, je crois , de violence et d'illégalité,

cet acte de l'autorité impériale devait être défavorablement accueilli, dans un moment surtout où une commission dont l'opinion publique avait , en grande partie , désigné les membres au choix de l'Empereur , préparait pour la France' une nouvelle constitution , fondée sur des principes plus libéraux que ceux des actes, de natures si diverses , qui composaient les eonstUur tions de l'empire.

Ce difficile travail de la commission fîit terminé le samedi avril, et dans la soirée on connut les dispositions importantes de ce nouvel établissement politique : c'était une constitU' lion , une et complète : la représentation nationale y était notablement élargie ; les représentants du commerce et de l'université y étaient appelés; la discussion des lois était libre et publique; dans le sein des deux chambres ; satisftction en-

'jG4 l'cgypte irr hu cb(it jours.

tière était donnée au vœu national sur toutes les libertés publiques ; les chambres étaient appelées à prendre une plus grande part au gou-

veriieinent de l'Etat; TEmpereur se dépouillait de toute dictature légale. Les membres de cette commision étaient heureux de leur ouvrage ; j'entendis un sénateur s'en féliciter toute la soirée. Ce prodige devait se révéler dans le Moniteur du hnidemain matin, dimanche a3 avril; mais ce dimanche arriva, et le Moniteur ne parut point à l'heure ordinaire; il fallut, malgré renipressement universel , l'attendre jusqu'à quatre heures du soir, et pour y lire, au lieu du prodige universellement attendu , CActe jdddiUonnel aux constitutions de l'Empire.

Cette malheureuse substitution causa une affliction générale; une réprobation toute nationale fraj)j)a cette triste invention , dans tous les • points de! 'Empire; et à Paris on sut bientôt que, la commission ayant terminé* son travail 9 avait laissé aux ministres de l'Empereur l'obligation d'envoyer immédiatement au Moniteur une copie de la nouvelle constitution; que l'Empereur, resté seul avec le duc de Bassano et le comte Regnault de Saint-Jean d'Angély, avait passé une partie de la nuit à refaire ou plutôt à défaire la constitution unanimement arrêtée par la commission, lui substituant l'Acte additionnel qui n'avait pu être remis au Moniteur qu*à la

l'iSgypte et les cent jouas. aCS

pointe du jour. Malgré les habiles commentaires approbatifs du docte Sisraondi, et ceux de Benjamin Constant de Rebecque, fraîchement nommé conseiller d'État 'par l'Empereur, cet acte affligea et refroidit la nation. Soumis à l'approbation des citoyens , il fut accepté comme une nécessité; mais les registres, encore existants, des votes de la France entière, nous apprennent qu'un gnind nombre de ces suffrages étaient sui* vis de la formule restrictive sauj réxfisioiu

Au i^** mai, l'Europe entière se préparait à la guerre : le Moniteur révélait publiquement le traité de Vienne du a5 mars, conséquence immédiate de la déclaration donnée par le congrès le 1 3 du même mois. Par ce traité les quatre grandes puissances étrangères armaient six cent mille hommes contre la France. L'état de la défense^ générale de TEmpire était exposé dans la même feuille : on y oubliait la Vendée , dans la liste des ennemis. Il est vrai que , dans ce mo« ment , l'insurrection royaliste ne Élisait pas beaucoup de fracas j à Gand même , la cour en entendait fort peu parler, malgré la présence du duc de Bourbon dans la Bretagne; et le roi Louis XVIII donna, à ce sujets la déclaration suivante :

« Le Roi ne connaissant pas dans ce moment « d'une manière exacte la véritable position de « S. A. S. monseigneur le duc de Bourbon , dans

266 L'iGTPTE CT LES G£1IT JOURS.

« le gouvernement que Sa Majesté lui a confié ,

a et Sa Majesté voulant pourvoir, autant qu'il « est en elle, à tout ce qui intéresse son service et « le bien de FÉtat en Bretagne, a jugé convena- (c ble dénommer son commissaire extraordinaire « dans les différents départements qui en font « partie, M. le marquis de Marigny, maréchal de « camp y et Sa Majesté place sous les ordres de « M. de Marigny , premièrement M. le comte de « Floirac, maréchal de camp, préfet du ÏNIorbic( han; et en second lieu M. le marquis de la Boi»- « sière, qui remplira sous les ordres de M. de <K Marigny les fonctions de chef d*état major et «r de commissaire extraordinaire adjoint. »

« Des instructions générales ayant déjà été don- « nées par le roi à monseigneur le duc de Bour- «bon, MM. de Marigny, de Floirac et de la (( Boissière sont tenus de déférer à tous ordres <K qu'ils recevront de S. A. Sérénissime. »

a A Gandy le i^' mai i8i5. »

«f Approuvé

a Signé : Louis.

« Par le roi, le ministre secrétaire d'État de la guerre,

« Signé : duc de Feltre. »

A l'intérieur toutes les communes étaient en

mouvement. Les collèges électoraux avaient été convoqués par un décret du 3o avril. A Texception de Paris , partout les votes désignèrent des

LÉGYPT£ £T L£S CENT JOUAS. 2G7

députés d'une opioioa très-prononcée, les uns voulant le régime nouveau avec la dynastie impériale , et d'autres ua peu plus que cela peutêtre. Plusieurs conventionnels siégèrent dans la nouvelle chambre ; ils ne figurèrent point parmi les moins modérés , et il est certain , soit dit à la décharge de ces temps qu'on a trop bénévolement assimilés à ceux de la terreur, que la première fois qu'un de ces conventionnels demanda la parole , un murmure répulsif éclata sur tous les points de la salle; mais Forateur, qui avait affronté de plus grands tumultes , c'était Barrère, ne se laissa pas imposer, monta à la tribune , et après ses premières phrases, obtint, par l'élégance de son langage et la bonne logique de ses avis, toute l'attention de l'assemblée.

Les élections de Grenoble furent désagréables à l'Empereur. Sans qu'il en fût prévenu, sans son assentiment connu , son frère Lucien avait été nommé député de l'Isère. Prince romain, il n'était peut-être plus 1^ rançais; la conservation de ses droits politiques était au moins problématique. Arrivé à Paris, le 9 mai, il fut traité par l'Empereur avec la plus grande distinction ; le Palais Royal, garni de tout le mobilier du duc d'Orléans et à ses armes, argenterie et cristaux, fut donné à Lucien pour sa résidence ; les ministres et les officiers de la maison impériale allèrent officiellement lui rendre visite ;^un des officiers gt'iirraux dv h\ garde nationale fut attaché à sa

!i68 l'égtpte bt les cent jours.

personne avec le titre d'écuyer : c était le comte Alexandre de la Borde, qui vient d*étre récemment enlevé à son pays.

Tant de fisiveurs excitait quelque surprise. On savait qu'il y avait entre Napoléon et Lucien des incompatibilités d'opinion et de caractère; on répétait le mot de Lucien qui avait dit, il y avait quelques années, quil tâchait de faire des économies parce qu'il aurait un jour trois ou quatre rois sur les bras; enfin personne n'ignorait que Lucien Bonaparte était exclu, par les constitutions, de la dynastie impériale, et TÂcte additionnel n'avait apporté à son état aucune modification. Toutefois on expliquait par la réputation d^hommedu progrès , qu'on avait &ite «^Lucien, les attentions de l'Empereur.

Mais le prince de Canino s'était proposé de ne pas dépendre entièrement des bons sentiments, peut-être passagers, de Napoléon; il accepta le titre de député de l'Isère, et il l'obtint par ria> Ûuence de M. Sapey, qui possédait depuis longtemps sa confiance et son afiection. Par l'effet de sa nouvelle ou de son ancienne position en France, distinction fort difficile à préciser, le prince Lucien reprit sa place à l'Institut et lut , dans la séance publique du i8 mai, l'ode qu il avait composée pour la défense d'Homère contre les systèmes négatifs d'outre-Rhin, et intitulée VOdyssée,

En ce même temps , les fédérations se formaient

l'égtptb et les cent jours. 269

dans tous les départements de la France , à limitation de ceux de la Bretagne et du Dauphiné. L'excitation de l'opinion nationale était une nécessité; c'en était une aussi de la porter jusqu'aux limites extrêmes de la légalité, car depuis les événements de 179^9 la France n'avait pas été si universellement menacée.

Mais r£mpereur ne poussa jamais à cette excitation ; aux yeux de ses frères et cousins assis sur les trônes de l'Europe, il voulait se garder de mériter le reproche de gâter le métier de roi. Né d'une famille noble (i), ayant assez longtemps manifesté par ses actes ses préférences et ses affections pour toutes les aristocraties, le concours populaire répugnait à ses mœurs comme au caractère de son autorité. D'ailleurs le temps était venu pour lui d'être trompe par les hommes habiles de qui il devait attendre les meilleurs services , et les probes serviteurs qui Pentouraient ne savaient rien. Un de ses principaux ministres, habitué à la baratterie des hommes, était chargé de la partie la plus importante de l'administration publique, de celle dont Taction et la marche toutes mystérieuses ne se manifestent, dans les moments solennels pour les nations, comme les grands travaux de la nature , que par des bou-

(i) Une décision du conseil supérieur de la Corse» en date du i3 septembre 1771 , a reconnu la noblcbsc de U famille Bolia pur te de Corse. ,

ayo l'égypte et lës cent joubs.

le versements. Ce ministre, en acceptant le premier rang parmi les dévoués de Napoléon y en défen* dant ouvertement sa cause (i), avait néanmoins promis de conserver le trône à Louis XVIII, et il tint parole cette fois. Son exil et sa mort , œuvres de ses protégés , ont terminé dignement rhistoire de sa vie.

Les faubourgs de Paris furent armés ; l'Empereur les passa en revue, et cria au milieu d'eux vit/e la nation! Les partisans de la maison royale s'éloignèrent de la capitale, inquiets sur leur sort, effrayés par des démonstrations où ils se complaisaient à reconnaître les présages certains du retoiu* des cruautés de 1793. L'insurrection vendéenne répandait une terreur plus réelle dans les districts où elle s'était manifestée. Le gouvernement en était journellement préoccupé. Par un

(i) Void an des actes patents de son autorité : • Ministère de la police générale. • Paris le 7 avril i8i5. » « A M. le préfet du département de

« Je suis înfortné , monsieur le préfet , que le journal de. . .

• dans son numéro du a3 mars dernier, fait figurer les procla- •« malions de Louis XVIII à côté de tu lle de l'Empereur. Celle « r/tro/ii'enarice n'aura sans doute pas éeliappé à votre atleiitioii. « Je vous prie de mander le réddcteur et de lui ténioigner tout ■ mon mécontentement. Je désire savoir quelle a pu être son inlcn- « lion en faisant un amal/{ame aussi étrat)ge, et je vous recom- <• mande de me transmettre les renseignements que vous pourrez « recueillir à ce sujet. •

<< Agréez, monsieur le préfet, Tassurance de.ma haute con- « sidération. »

« Signé : le duc d*Otbahtb. »

L^KCYPTIi KT LES CENT JOURS. 2 J 1

décret du lo mai, les compagnies d'élite des gardes nationales de six départements avaient été mises en activité de service. Sur la pi oposition du ministre de la police générale, un autre décret, en date du 19 mai , ordonna d'autres mesures. Voici le texte de ce décret inédit :

« Palais del'Élysée, le 19 mai 1815.

« Napolon, Empereur des Français. Sur le V rapport de notre ministre de la police générale , « nous avons décrété et décrétons ce qui suit : »

Art, i". « Notre décret du lo de ce mois, qui a met en activité de service les compagnies d'é« «litedela garde nationale, dans les départe- « ments de laSarthe, de la Mayenne, de la Loire- « Inférieure, de i\îaine-et-Loire , de la Vendée et « des Deux-Sèvres, est rapporté. »

Art, a. « La garde des côtes des la* et i3' « divisions est confiée aux fédérés de la Loire-In- « férieure, Ile-et-Vilaine, Côtes^du-Nord, Finis- « tère, Morbihan, et Maine et-Loire, sans qu'il « soit rien changé au service ordinaire des canon- « niers. gardes-côtes. »

Art. 3. oc Les garnisons des ports seront formées « par des détachements des compagnies d'élite a de la garde nationale des villes dans les 12% « i3*, et divisions. »

Ah, (\, a Le lieutenant général gouverneur des tt la'', i3' et 22' divisions est chargé de la haute

a 72 L*i6TPTlS ET LES CENT JOURS.

« police dans Fétendiie de son gouvernement. Il

a correspondra, pour cet effet, avec noire miff nistre de la police générale et les lieutenants oc. des a' et 3' arrondissements. »

yJrL 5. « Nos ministres de la guerre, de l'inté- <c rieur et de la police générale sont chargés cha* (t cun en ce qui le concerne de l'exéculion du 0c présent décret. »

ce Signé : Napoliêon. »

« Par l'Empereur, le ministre secrétaire d'État,

a Signé ; le duc de Bassaiîo. »

Troisjours après, un acte semblable, également inédit, et rendu sur le rapport du ministre de la guerre , compléta ces premières mesures de défense contre l'insurrection de TOuest, et ordonna l'envoi des tro)ipe$ en poste. Ce décret est ainsi conçu.

« Aa palais de l'Élysée, le 71 mai 1815.

<c Napoléon , Empereur des Français. Sur le <c rapport de notre ministre de la guerre , nous « avons décrété et décrétons ce qui suit : »

u^rt. i*'. « Il sera formé trois colonnes de gen* a darmerie destinées à opérer dans les déparie- «( ments de l'Ouest; elles seront commandées par « trois maréchaux de camp , qui auront chacun (( sous leurs ordres un colonel de gendarme- « rie. »

^'I/'t. 'I. ic La i'""* colonne sera composée d*un

LiGTPTE £r LES C££IT JUUBS. tk'ji

^ escadron de gendarmes à cheval de 3oo hom« « mes, et de 3 bataillons de gendarmes à pied, a faisant 1800 hommes : elle se rendra à Ân- «rgers* »

« La a"* se rendra à Poitiers, et sera composée «d'un escadron de aSo chevaux et de 5oo genffdarmes k pied. 1»

« I^a 3*"* se rendra à Niort et se composera de tf même. »

Jrt. 3. « Le i** escadron de gendarmes sera a de 3oo hommes , les deux autres de aSo hom- « mesy etc. 9

u^rt, 4- « Chaque bataillon de gendarmerie à a pied sera fort de ôoo hommes , formant 4 com- « pagnies de laS hommes chaque, etc. »

^rt. 5. a Le bataillon de gendarmes à pied, « organisé en exécution de notre décret du i3 « avril dernier, et qui a été dirigé sur Angers , « formera le i*"" bataillon; il sera porté au com- <c plet d'hommes de chaque grade ci-dessus fixé « et fera partie de la i'*" colonne; le sera for- « mé également des compagnies qui se forment à « Versailles et fera partie de la i"* colonne; le 3* « le sera des dix lieutenances de gendarmerie et •c fera partie de la i** colonne. »

j^rt. 6. ce Les hommes destinés à la formation « de ces bataillons seront envoyés en poste sur « les points de réunion de Poitiers et de Niort. »

^it. 7. « Les préfets, conjointement avec les .

ts

« officiers de gendarmerie, sont chargés de rem- « plir les vides que la formation des colonnes (c ci^dessus citées occasionnera dans les brigades, lie par Tadmission des hommes qui leur paraîtront « les plus propres à ce service. >

a lis i»ont autorisés à prendre parmi les miii- « taires rappelés par notre décret du a8 mars, < pourvu toutefois qu'ils puissent se monter, « s'habiller et s'équipper à leurs frais. »

ArL 8. « Notre ministre delà guerre est chargé « de Texécution du présent décret. »

« Signé : NAPOLÉojf . »

« ParPBmpereur, le minUirê secrétaire tTÉtat,

Signé : le duc de Bassaho. »

A cette date le jour des cérémonies du Champ de Mai approchait. Les députés des départements étaient nommés et les registres des votes sur TActe additionnel étaient réunis à Paris; les électeurs, comme autrefois au sacre de l'Empereur, s'y rendaient en grand nombre. Un lieu de réunion avait été assigné à chaque département : Fh&lel Montalivet, ile Saint-Louis, devait être celui de:» collèges électoraux de l'Isère; mais le prince Lucien désira les avoir au Palais Royal , et trois salons furent laissés à l'entière disposition du département. Le prince reçut habituellement chez lui ceux des électeurs qui lui furent pré' sentes. Il s'attachait davantage.chaque jour à>û9

L ÉGlPili IT I.fcS ChiXl JOURS. •À'JJ

titre de député. On verra bientôt que ce titre ne le préserva pas de la position extraordinaire que lui fit l'invincible volonté de TEmpereur.

L'assemblée des collèges de T Isère se constitua sous la présidence de M. Sapey, député; on me remit les fonctions de secrétaire j on y parlait avec chaleur de Tétat bien sombre des affoires publiques. L'infortuné Didier, dont l'histoire est inconnue malgré quelle ait fait récemment quelque bruit, y venait comme dans une réunion de compatriotes; niais il ne délibérait point avec nous, appartenant au gouvernement royal par son titre de maître des requêtes (i). Fourier y fut accueilli avec un empressement ' dont il se montra heureux; mais il demeura en dehors des affaires, ne se croyant plus lié que par des souvenirs qu'il chérissait, avec le dépar* lement dont il avait abandonné l'administration.

L'assemblée accomplit sa mission ; elle fit le dépouillement officiel des 640 registres ouverts dans le département au sujet de l'Acte

(i) M. Didier avait publié, en rannée 1800011 1801, vin écril intitulé : Du retour à la religion, La a* édition, 7$ paj;e.s in-S ", porte la date de i8oa ; elle est dédiée à Bonaparte. Une troisième édition, publiée en l'année 18 10 et un peu augmentée, fut retenue par la censure cl attentivement supprimée. L'exemplaire que je possède est vraisemblablement unique. On trouve dansl'un des premiers d<** de l'Indépendant, fondé en i8i5, et qui vécut peu de temps sous ce titre, un article de plusieurs colonnes et d*iine poHti<|uefort modérée^ cet article signé IX est du même personnage.

^76 l'égtptb et les cent jours.

additionne), et constata 27,851 votes, dont 4i

étaient de désapprobation.

Cinq commissaires furent nommés pour porter ce résultat à rassemblée centrale des collèges électoraux, indiquée pour le 3i mai dans la salle des séances du corps législatif, et sous la présidence du prince archicbancelier de TEmpire. Je fus un des commissaires de mon département; je fus aussi un des secrétaires de l'assemblée générale ; j'y . tins la plume, et ces circonstances me mirent à même de recueillir des notes et des pièces qui me permettent de consigner ici des détails utiles à Thistoire, et que la brièveté bien extraordinaire du Moniteur (1), où l'on ne trouve pas même le chiffre général des votes sur l'Acte aïklitioniiel , rendra tout à fait nouveaux , quoiqu'ils datent aujourd'hui de vingt sept années révolues.

Le 3 1 mai, à quatre heures, le prince Cambacérès ouvrit la séance , en exposant très-sommairement le but de la réunion. Chaque département déposa sur le bureau, et on lut à haute voix le résultat de ses votes. L'assemblée se montra diversement émue selon que le chiffre des votes affirmatifs ou des votes négatifs était plus considérable. Le vote fort minime du département de la Seine excita des murmures.

(1) Moniteur du jeudi i*' juin 1 page 616» coloooe médiale.

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