‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 23 sur 34 · IO9I0I · texte numérisé non relu

IO9I0I

Les «rrondissemeiits de

Chareole-Infér.

s4,4ot

la Rochelle et Boche -

aer^

fort manquent.

Corrèze.

ii,Si4

Corse.

Les registres n'étaient

Côte-d'Or.

pas aiTtvés.

Côles-du-Nord. 5,6«9 1 ^'^'^ '^'^^^

I 93* 4* * Conditionnels.

ir,i68 ir,i46 aa

ia,a99 ia,iaa 177

• » » Les registres non arrivés.

Dordogne.

Doubs.

Di'ôine.

^re. 7,ia8 7,114

Eure-et-Loire. i4,i5i. i4,z4o 11

I Manque i5u registres de ' ^ I Louviers et Évrenx.

Finistère.

» Les registres n'étaient pas arrivés.

it/fotfer,», iii)JB9 3o9,554 i,835

aSo l'^gtptk et les csmt jours.

Départ. Total des votes. Oui.

Non.

Ofaservattons-

Report,.,

3ii|3Ô4) 309,554

Gard.

Les registr. non arrifés.

Garonne(Haute-) 16,634

Gers.

Idem.

Gironde.

5f7Qa

76 Basas et Blayesu'ontpas

fourni.

UéraaU.

Les registres n*étaient pas arrivés.

Ha^t-Vilaioe.

s communes n*oDt pas

Indre.

io,38a

io,36i

1 fourni de registres.

1 ce qui fait une différenoede iB Toix.

Iodre-eE*IiOica.

I9IOI1

Isère.

4x 89 registres de Vienne

manquent.

Xan.

Landes.

Loir-et-Cher.

Loire.

Lee registres n'étaieol pas arrivés.

Loire (Haute-).

Loire-Inférieure* i,338

iS

Loiret

Lot.

Pigeac (arrondissement)

manque.

Lot-et-Garonne.

Les registres n'étaient pas arrivés.

Lozère.

Maine-et-Loire.

idem.

Manche.

Marne.

Marne (Haute-).

a6|Oa8

s6,oo5

Mayenne.

Meurthe.

43,ai8

Meuse.

J reporter,..

le

jl'^gtpte £t les cemt joubs.

Observations.

Départ Total des votes. Oui.

Non.

Beport,.,

JHont-Dianc.

Morbihan.

inoseiic.

Nièvre.

Mord.

* Conditionnels.

Oise.

■ 4>3oa

Orne.

/ IjCs registres de quel-

1 ques cantons man-

Pas-de-Galaiti

[ quent.

17 Bonlogoé (arrondisse-

Puy-de-Dôme.

ment) manque.

i3 Plusieurs cantons n'ont

Pyrénéea (Basa.)

pas envoyé.

Pyrénées (Haut.]

Les registres n'étaient

Pyrénées-Orient.

pas arrivés.

Rhin (Bas-).

a6,5oS

Rhin (Haut-).

Ce département a pei du

deuxarrondissements

par les événements.

Rhône.

Saône (Haute-).

ai,oi6

Saône-et-Loire. 88,093

io3

Sarthe.

Seine.

Seine-Inférieure.

Seine-et-Marne.

Seine-et-Oise.

Sèvres (Deux-).

ia,og4

Bressuire manque.

Somme.

Tarn.

Les registres n'étaient

pas arrivés.

Tarn-et-Garonn.

3,aoa

aa

Var.

J reporter.,, 975,ai7 97»»4io 8,807

âSa L'itGYi>lJ. £T LES C£J\T JOUAS.

Dé|»afl. Total dttTotck OoL Non. OlMenratfoiis. Report,,, 975,317 971*4^0 3,807

Vaacluse. 3,oo5 3,ooo 5 L'arrond'.deCarpentras

manque.

Vendée. a,493 at487 6 II manque les votes des

trois quarts desvcommunes.

Vienne. 15,699 15,67a ao

Vienne (Haute-). i4,$5o i4,543 7 Vosges. 30^571 3o,5i4 57

Yonne. 34,86a 34,880 a

Total,,, 1,076,4101,072,5063,904

Ofi coiislala par ce dépouillement (|ue les registres des votes de 18 (If'partements n'étant point parvenus à Paris, ni ceux d'un grand nombre de communes de départements qui figurent dans ce tableau, ces registres n^avaient poiot concouru au total général des votes exprimés, qui s'élèrent exactement à . • 1,076,410 Les votes de l'armée furent indiqués à . . . • ao5^i68

Les votes de la marine , à ai,oa4

Le total général des votes s'éleva ainsi à i,3oa^6oa

Dont il faut déduire les TOtes négatifs :

DesTdtoyens 3,904 1 4,ao6(i)

De l'armée 3oa 1 '

Il reste, en votes approbatifs constatés 1,198,396

Tétais ainsi resté , dans les nombres officidle-

ment proclamés, de quelques votes affirmatifs audessous de la réalité; et ces détails numériques^ inconnus jusqtiMci, doivent remplir nne lacune importante dans r histoire des dernières années de l'Empereur y de Topinion nationale à son sujet» de la destinée de nos constitutions successives ,

(I) Ce oomiwe est donné dans la reialioo de la séance du Champ àf. Mai i MoDiteor do t |aln, pagt t , ooloons s, à la note : oe nombra^st exaet.

l'égtptb et xbs cent jours. a83

et de ce Champ de Mai reaouvelé des Gaulois , innové en France dans des circonstances que Tîm-

miueiice d'une guerre aciiariiée rendait eu quelque sorte plus solennelles*

C'est pourquoi TEmpereur multipliait ses rapports avec les députations envoyées des départements; il:>'e£forçait d'y entretenir l'enthousiasme qui Tavait accueilli , et qui , malgré l'Acte additionnel f subsistait encore , pur d'intrigues etd'arrière*pensées dans les provinces, pendant que les partis, à Paris, prévoyants ou projetants, cherchaient à pénétrer l'avenir et à le plier au succès et au profit de leurs vues. Les fôrces nationales s'afiaiblissaient ; en dehors du peuple et des fonctionnaires, on regrettait à Paris les quiétudes et les façons de cour de la restauration; la garde nationale^ qui n'allait plus diner chez le roi, iiaisait son service tout juste, et dans le seul intérêt de l'ordre et des propriétés; la chambre des pairs, renouvelée, suivait le mouvement avec la lenteur inhérente à sa constitution; et la chambre des représentants, possédée de T esprit constituant , ne devait pas être modérée par la parole et le geste , également pétulants , de l'illustre Lanjuinais qui la présidait : l'Empereur ne pouvait plus, que pai^ de nouvelles victoires, rendre à son nom et à son autorité leur splendeur et leur force.

Membre de plusieurs députations , j'eus plusieurs fois l'occasion de l'entendre; dans ces

a84 l*i!gtptjei £t les cent joubs.

circonstances j'avais Thonneur d*étre clioisi pour son interlocuteur, et je dis choisi, parce qu^en recevant ces députations Napoléon m'interrogeait aussitôt sur les services des personnes qui les composaient, sur le lieu de leur habitation ; et si ce lieu lui était connu, il rappelait avec un empressement marqué comment il y avait été reçu à son passage. Je puis me rendre cette justice que , dans aucune de ces occasions , je n'ai parlé que pour répondre, ou pour recommander selon leur nature les demandes qui étaient présentées. A l'assemblée générale dans la galerie du Ijouvre, le 4 juin , TEmpereur nous dit en nous approchant : « Donnez donc un peu de votre pa- « triotisme à vos voisins que je quitte^ ils en ont « bien besoin. Les députations des départements étaient rangées dans Tordre alphabétique. Il s'arrêta longtemps avec celle de l'Isère, et je profitai de cette occasion pour rappeler la demande déjà faite d'une école de médecine à Grenoble. « Je ne lai point oublié^ » me dit-il ; a VOUS vous trouvez entre Montpellier et Paris ^ « et voisins de la Suisse » ; et aussitôt il fit approcher le ministre de Tlntérieur , M. le général Carnot, et lui dit : « Entendez M. C. pour cette c affaire de [école de médecine de Grenoble» — « Il nous faudra , sire , lui dis-je , comme base « essentielle, une dotation annuelle de vingt mille « firaiDCS au moins. — jNcus ùvuperons bien vingt

L*iGTPT£ ET LKS CEIIT JOmSi SI 85

« mii/e francs, » répondit-il aussitôt, avec un « gracieux mouvement de tête, « ri est-ce jnis M. a CarnotPJe iiejudi ai pas cette affaire avant de « partir, mais vous me l'enverrez si je reste ot longtemps. » Je redemandai la Description de rÉL^jple pour la bibliothèque de Grenoble.

L'Empereur dit aussitôt au ministre : « Ceci est tr entendu ; ne Foubliez pas comme moi, » L'ouvrage me £ut en eiiet remis peu de jours après.

L'assemblée du Champ de Mai avait été tenue le i*"* juin; elle fut imposante et solennelle : rien de pareil ne s'était vu en France depuis la fédératiou nationale de 17905 l'une et l'autre se sont passées sur le même terrain* A la fédération de 181 5 y l'assistance fut plus nombreuse, le temps très-favorable, et l'ordre parfait. Le procès-verbal en fut inséré au Moniteur; mais il est muet sur une circonstance importante pour l'histoire , et je puis dire ce qui l'amena.

Plusieurs fois dans ses colonnes officielles le même journal avait gratifié Lucien Bonaparte , député de l'Isère, du titre très-gracieux d'Altesse Impériale ; or, sa principauté romaine de Ganino n'emportait pas le titre d'altesse , et la constitution Napoléonienne avait exclu Lucien de toutes les dignités impériales. Ces honneurs l'embarrasfiaient singulièrement , lui qui n'avait jamais pris en France le nom de sa pHncerie papale, et qui avait constamment usé pour sa signature du seul

a86 l'éctpte et les cent jours.

prénom de Lucien , tontefois avec le protocole

princier : votre. (iJJccUouné.

En contradiction avec ces bonnes résolutions, Lucien lioiiaparte, tout au plus citoyen français, siégea néanmoins comme prince et altesse impériale au Champ de Mai , assis à la gauche du troue de l'Empereur ; et Tétonnement public fiit très-grand.

Le Si'^mai au soir, Lucien fut appelé, et l'Empereur lui fit connaître son désir , sa volonté de le voir à côté de lui à la gauche du trône, dont le roi ou prince Joseph occuperait la droite* Les observations, les excuses, les refîis de Lucien furent inutilement et plusieurs fois renouvelés : TËmpereur insista, et pour des raisons d'État. En vain Lucien voulut en appeler hautement à son indépendance, déclarant son intention de sortir de Paris sur l'heure même : l'Empereur fut aussitôt hors de lui, menaça de sa colère , de résolutions désespérées , et Lucien fut contraint de se rendre. Il rentra fort tard, abimé de chagrin , au Palais Hoyal. On n'avait • que quelques heures pour confectionner de toutes pièces le costume qui lui était imposé ; et le lendemain il fut prince impérial pendant quelques heures , pour la première et la dernière fois , devant la nation assemblée, et surprise d'un événement dont elle ignorait la cause que je viens de révéler.

Par TefFet de ce même événement, Lucien Bo-

L'ÉGYPTE et les CF.ITT JOCIIS. 5187

naparte siégeait comme pair au banc des princes, mais il n était que pair nommé , quoique venant de jouir du rang de prince et quoique frère de l'Empereur : le roi Joseph n'omit pas de faire constater la différence des deux titres ^ au pre* mier procès-verbal des séances de la pairie.

La session des deux chambres avait été ouverte en personne par r£mpereur , le mercredi 7 juin : le dimanche suivant, il reçut les adresses en réponse au discours du trône. On voit dominer

préoccupation constituante que j'ai déjà indiquée : «c Tandis que r£mpereur combattra l'ennemi, la chambre travaillera sans relâche au pacte qui doitjaméliorer nos institutions...! » £t l'Empereur répond < qu'il verra avec plaisir que^ pendant son absence, deux commissions prises dans les deux chambres méditent sur nos constitutions. TouteJ discussion publique qui pourrait diminuer la confiance qu'on leur doit, serait, selon lui, un malheur pour l'État. La crise présente est forte : il ne fiiut^pas imiter le Bas-Empire , livré à^des discussions abstraites pendant que le bélier ennemi sapait les portes de la capitale ».

Une^tradition'digne de foi dit que le président Lanjuinais répliqua en persistant dans les termes de Vadresse :]ce n'est pas d'un tel homme y ni sur un tersujet,|que l'Empereur pouvait attendre le moindre amendement.

a88 L KGYPTK ET LES CFHT JOUHS.

La chambre , il est vrai , professait les mêmes principes y et T histoire dans son impartialité exa* minera si les inspirations de son patriotisme ne la trompèrent point , et si son premier devoir était de défendre , de sauver les principes libéraux du gouvernement du pays, ou bien le pays lui-même. Sa défiance manifeste à Tégard des inc tentions de Napoléon revenant vainqueur de l'étranger, nuisit à Tautorité suprême. A des hommes observateurs oculaires des phases diverses de notre révolution , ou qui avaient vieilli dans le maniement des affaires publiques , s'unissait d'intenlion, dans cette chambre , une majorité de jeunes députés , privés des avantages de la même expérience , imbus des meilleurs principes sans doute , mais qui ne se souvinrent pas que , dans les grandes crises des États , c'est de la juste appréciation des circonstances dominantes et de leur accord possible avec ces mêmes principes , que doivent sortir les résolutions utiles; en un mot qu'il faut faire tout ce qu on peut , et que c'est remplir dignement son devoir , que de sauver d'un naufrage imminent le vaisseau d*abord, et ce qu'il est. possible ensuite des meilleures parties de sa charge. £n exigeant, avec une insistance irrespectueuse, l'abdication de l'Empereur, en ne faisant aucun compte des négociations ouvertes à Bàle , secrètes il est vrai , mais non pas de tous ignorées; en n'espérant rien de

L^IÊGTPTE ET i:.ES CENT JOURS. ^89

la possibilité de diviser les alliés , même après

la victoire, car les Autrichiens, ni les Wurtembergeois n'étaient pas en ligne à Waterloo , et ils ne passèrent le Rhin que quelques jours après; en osant mêler le mot de déchéance à ses murmures contre FEmpereur ( i ) , la chambre abolit tout centre d'action , d'exécution , de gouvernement , dépouilla l'armée de son chef et de sa puissance morale, dispersa les éléments de toute défense , ne mit rien sur le trône , ouvrit la voie libre à tous les partis , prépara la seconde restau* ration, qui certes valait mieux que rien; et ellecompléfa Fensemble de ses singuhères résolutions en commettant provisoirement le salut de la France impériale à la conscience de l'homme le plus engagé pour le rétablissement des Bourbons j car Fouché, l'un des volants de la Convention et l'un de ses membres les plus trempés dans ses sanglantes orgies, parut à cette chambre être une colossale garantie contre le retour du roi : on ne se méfia pas des résolutions d'un tel homme placé entre son devoir et son salut, et on sait que le roi Louis XYIII remonta les degrés de son trône ^ soutenu d'un bras par Talleyrand et de l'autre par Fouché. £nûn la chambre des représentants s'était peut - être trop facilement considérée

(i) Ud billet écrit au crayon et envoyé à la hâte et tout ouyert à liucien à l'Élysée, avertit Napoléon de Tétat de la Chambre; et Tabclicalion fui apportée une heure après.

ago l'sgtptb et les cent jours.

comme appelée à tout sauver, toute seule , le trône et l'État. Mais un jour, c'était le 5 juillet, trois semaines après son grand discours à T Empereur, il se rencontra à la porte de son palais ^ un caporal prussien qui dit à la chambre : « On n'entre pas, » et la chambre n'entra plus*

Je n'exprime ici que Feifet des impressions que j'éprouvai au spectacle de ces solennels moments : elles ne se sont jamais effacées de mon esprit et je n'ai rien lu qui les condamne.

Âu jour même de ces mémorables discours , l'Ëmpereur partit pour l'armée ; les journées qui avaient précédé son départ avaient été fort laborieuses; des conseils multipliés furent tenus et il les présida; les hommes dès longtemps habitués à sa parole , secondaient ses vues d'un zèle inÊitigable, afin de pourvoir au présent et à Tar venir. Quelques actes de ces derniers temps du règne de T Empereur sont restés ignorés jusqu'ici aux historiens de ces moments presque posthu* mes de sa vie politique , de ses grandeurs , de ses prospérités , inouïes comme ses infortunes ^ moments glorieux aussi, car la coalition armée de l'Europe entière (i) pour arracher Napoléon

(i) Je trouve dans une note officielle » mais d'une écriture inconnue y les chiffres suivants :

« iVofe iur une parik det/areu ées armées aWées*

' { loCuilefle. CivaieflB.

«i*reorp8d'annéefii«4e.GéoéralRaew8ky. %Sfioo s^Soo

L'jÉGYPT£ EX L£S CENT JOURS. 29 1

du trùiie où la Fiance l'avait élevé (i) de nouveau fut encore un hommage à son génie.

Avant de quitter Paris, il avait consulté le conseil d'État sur le sort et l'emplacement des prisonniers de guerre qu'il allait faire sur Fennemiy

iDfaDterie. Cavalerie, •a* corps d'armée russe. Winzîgerode. 4^,600 a i,5oo

Id. de Saken. . . 4*^>*'ûo a 1,000 «4* A/.c^^deLangeron 40,600 i(^,ooo

«Gardes et réserves à Paris et dans les «enviroos. ••••••«•••••«•••• 18,000 a,5oo

167^00 66,5oo

«II s'y trouvait eu outre pour les Aiitii' ^chiens, 6 bataillons de greuadiers, le i^' ré-

• gimerit de hussards, un régiment d'infan- « terie ^.de rartillerie et le quartier général de «l'Empereur formant ia»ooo io«ioo

« Pour les Prussiens :

« Les i** et régiments de la garde» les ■ chasseurs et la cavalerie de la garde. • . . 4*Soo 9,5oo

« Et en troupes de Bade 800 900

iS^Too 79,3oo

« n y aurait encore à ajouter à cette force

• les corps prussiens de' Kleitz , Blucher,

• BuIow,Yorcky et sur lesquels il n*a jamais

« été envoyé de renseignements, sauf néan- « moins le corps du général Klcilz puni 1«- « quel il en a été adressé un qui portait sa

« force à 17,883 6,554

«Aucuns renseignements ne sont parvenus sur la force des corps « autrichiens qui étaient, soit à Lyon, soit sur les autres parties « du territoire français. »

(i) Madame de Staël dit que la révolution de i8i5 fut une no* ble étourderie. La France en a fait une semblable en i83o : il pa* raltrait que la France est incorrigible.

292 L£GYPTE ET LÏS CENT JOURS.

et le conseil d'État avait décidé ce qui suit :

« An Palais de PÉlysée» le 4 jain 1815. »

Conseil d'Etat. « Extrait du registre des délibérations ^ séance •r du 2 juin i8i5.

Avis.

« Le conseil d'État qui 9 d'après le renvoi or*

a donné par S. M., a entendu le rapport de la « section de la guerf e sur celui du ministre de « ce département ayant pour objet d'arrêter à « l'avance les mesures qu'il serait convenable de « prendre à Pégard des prisonniers de guerre « étrangers y dans le cas où les hostilités vien- <c draient à commencer,

a Est (Tavis, qu'il est avantageux que « les échanges se fiissent, autant que possible, « homme par homme, et grade pour grade , ou a même par compensation de grade et dans le « délai le plus court n

« 2** Que les prisonniers de guerre anglais ne « doivent pas être traités plus favorablement , tt quant au traitement à leur accorder , que les « prisonniers des autres nations. »

<K 3 ^ Que les dépôts de prisonniers de guerre a doivent être établis dans les lieux désignés par « le ministre de la guerre,

« Savoir :

. j Officiers à Chartres.

• j Sou8K)fficier» et soldais à Clermon (-Ferrant.

l'égtpte et les cent sovbs. 393

..... ( Olficiers à Gueret*

« AalriehienB. . .. .

Sons oluciera et soldats a Rouen.

« Anglais ....

« De$ cercles d' A 1-|

«lesanséatiqaes. (

Des Russes.

Officiers à Blois.

Sous-officiers et soldats à Montbrisoo.

1 oe et des vil àAlençon.

. A t' 1 Sous-officiers et soldats à Bourges.

I Officiers à Évreuz.

Sous-officiers et soldats à Moulins.

tf 4** Qu'il est d'une bonne police de ne point « £aiire passer à Paris ou dans les environs les

« prisonniers qui seraient envoyés dans les dé* a pots. 7t

« Pour extrait conforme^ le secrétaire général « du conseil d'État 9

« Signé : le baron Lociuà. »

« Approuvé au palais de l'Élysée, le 4 juin

a Signé : Napoléon. »

« Par l'Empereur y le ministre secrétaire d'É-

(c taty

« Signé : le duc de Bassaito. »

Un autre décret changea sensiblement les attributions du ministre secrétaire d'État, duc de Bassaiio. Ce ministre contre-signait tous les décrets de l'Empereur , et la secrétairerie d'État en donnait les expéditions oiBcielles aux autres ministères compétents. Ainsi l'Empereur et le ministre secrétaire d'État suffisaient à tous les services ; les autres ministres, exécuteurs secondaires sur ex*

L'teTPTE Et LES CENT JOURS.

pédîtion , ne pouvaient pas être responsables. U fat réglé au contraire, le 5 juin iSiS, que les actes impériaux seraient contre-signes par le ministre compétent i et déposés en original au ministère de la seorétairerie d'État d'où les expéditions continueraient d'être délivrées. Voici le texte de ce décret important pour l'histoire de la haute administratîon de l'Empire :

« Àttpalaia de TÉlysée, le âjuin t815.

« NAPOiiik>iry Empereur des Français ,

•a Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ce j^rt, I ^* Tous nos actes, contre-signés par « nos ministres, seront déposés , en original, à « notre sécrétai rerie d'État. »

ce j^ri. a. Notre secrétaire d'État ne pourra « expédier aucuns de nos actes qu'après qu'ils au- « ront été contre-signes. »

c j^rt. 3. Le ministre de la justice ne pourra a ordonner l'insertion au lUillelin des lois desaccc tes qui en sont susceptibles que sur une copie « certifiée par notre secrétaire d'État. i>

a ^rt. 4. Tous nos ministres sont chargés de « l'exécution du présent décret. »

« Signé : t(A90iLàov. »

«Par l'Empereur, le ministre secrétaire d'État, a Signé : le duc de Bassano. »

Ce n'est pas le même esprit qui se manifeste dans un autre décret rendu la veille même du dé'

l'iêgtptb vïï les cent tours. agS

part de r£mpereur pour l'armée : c'est une interprétation des articles i8 et 19 de l'Acte additionuel au sujet de la foi lue de la discussion des lois dans les deux chambres : il y a toujours dix commissaires impériaux présents à la chambre des représentants pour soutenir les projets présentés par le gouvernement; les plus qualifiés de ces commissaires ne sont plus que des membres de lachambrCy s'ils prennent part à la discussion des propositions dont la chambre s'est donné Tinitiative : le gouvernement restreignait tant qu^il le pouvait l'action de la chambre, qui de* vait bientôt passer outre et Tabolir. Yoici le texte de ce décret, l'un des derniers actes de l'autorité de Napoléon y Empereur des Français.

« Ao palais de TÉlysée/le 11 juin 1815. »

« NAPOLéoir f Empereur des Français j nos mi- « nîstres entendus , nous avons décrété et décré-

« tons ce qui suit :

«c jért. i". Toutes les afiEûres relatives à la pro-

a position des lois et à leur délibération dans les « chambres seront portées au conseil des mi« < nistres. »

« ^rt. 2. Quatre ministres d'État , membres de « la chambre desreprésentants, s^ont membres c de ce conseil. •

a Art. 3. Six conseillers d'État seront ttiembres « de la chambre, soit qu'étant conseillers d'É-

« tat ils aient été élus par le peuple, soit qu'ils

Q96 l'kgypte xt les cbmt jours.

flc aient été choisis par nous parmi les membres ce de la chambre. »

« Art. 4« Les quatre ministres d'État et les ce six conseillers d'État, membres de la chambre ta des représentants, seront les intermédiaires du ce gouvernement avec la chambre, ils donneront ce les explications et produiront les pièces qui sect roiit demandées. »

« ArL 5. Lorsqu'il sera proposé à la chambre « des représentants des amendements à une loi, a les ministres d'État en feront le rapport au ce conseil des ministres; et sur Favis de ce concc seil , ou l'approbation des amendements sera c( donnée par Tun des ministres d'État au nom du ce gouvernement, ou il en proposera la modificar ce tien ou le rejet. »

ce An. 6. Les ministres d'État ne prendront ce part dans les chambres , aux discussions qui c< auront lieu sur les demandes de proposition ce de loi sur un objet déterminé , que comme « membres de la chambre. »

a Lorsque ces demandes rédigées dans une ce chambre, et approuvées par Tautre, auront ce été portées à l'Empereur, elles seront mises en ce délibération dans le conseil des ministres. »

<c Art. 7. Nos ministres, membres de la cham- « bre des pairs, sont les intermédiaires du goua vernement avec la chambre. »

ce An. 8. Le conseil d'État sera présidé par le

L*XATPlrB ET LES CENT JOUAS. 297

« prince archichancelier fisiisant fonctions de

« ministre de la justice. Dans tous les cas d'ab- « sence du ministre de la justice, un ministre d'État 9 nommé à cet effet , chaque année y pré- « sidera le conseil. Dans le cas où le ministre d'Ec tat ainsi désigné se trouverait empêché , il sera « remplacé par le plus ancien des trois autres tt ministres d'État présents. »

« Signé : Napoléon. »

« Par TEmpereur, le prince archichancelier

n de l'Empire chargé du portefeuille du minis* « tère delà justice,

« Signé : Cambacérès. »

Terminons Ténumération de ces actes par une

observation tirée de leur texte même , observation de pur protocole, il est vrai, mais néanmoins , ce me semble , éminemment historique , interprétative au moins des pensées de Napoléon qui, successivement, se laissa aller à le modifier par l'effet des événements. Dans ses décrets de Grenoble et de Lyon, il s'intitulait a Far la grâce « «fe Dieu et les constitutions de V Empire y Empe» « reur des Français y etc.j etCy etc. », abréviations significatives pour indiquer au moins une sorte d'adhésion aux traités de ï8i4 qui l'avaient dépouillé de son royaume d'Italie , du protectorat delà Suisse et de la confédération du Rhin. A la fin du mois d'avril les etc,^ etc. y etc. y étaient sup-

agS l'jêotpte et les ceict jours.

primés ; au mois de mait l'intitulé des actes était

réduit à ces quatre mots : Nfipo/éon, Empereur des Français; et ce iut là la dernière formule impériale.

Huit jours après la date du décret du 1 1 juin, tout avait péri à Waterloo, et l'Empire, et Tindépendance nationale française : ils restaient à la merci de la générosité de vainqueurs profondément irrités.

L'Empereur était arrivé au palais de l'Élysée le 20 juin à onze heures du soir ; son retour était ignoré le 11 au matin, et ne lut soupçonné qu'à la vue des factionnaires de la garde impériale qui avaient repris le service aux portes de ce palais. Mais les partisans des Bourbons avaient déjà à dix heures du matin un bulletin exact des évén6> ments. Le lendemain 22, les chambres veulent entamer des n^ociations avec les ennemis et demandent le consentement de l'Empereur à cette exorbitante et oiseuse résolution. Napoléon répond par son abdication et proclame son fils son successeur. La chand^re reprend au nom de la nation les pouvoirs délégués à l'Empereur ; on ne tient compte de sou fils ; un conseil exécutif provisoire est nommé; il siège aux Tuileries; il manifeste ses actes et il rend la justice, au nom du peuple français y c'est-à-dire , au nom de personne ; le duc d'Otrante le préside, et de ce moment doit dater la seconde restauration.

l'égtpte et les cent jours. 299

Dans le choix de ce conseil exécutif, diveri partis se révélèrent : depuis l'ouverture de la chambre on croyait au parti orléaniste; on lui donnait pour chef Fouché ou Laiiajette. Celuici avait été désigné pour la commission de gouvernement par il^'i suffrages 5 mais Fouché l'emporta. On lui donna pour acolytes deux illustres généraux , Carnot et Grenier; mais c'étaient deux hommes éminemment incapables dans la science des intrigues, et les dréonstances exigeaient deux habiles politiques, deux roués si Ton veut, capables au moins de quelque surveillance et de se prései'ver de toute mystification : on sait que Carnot , proscrit par les ordonnances du 24 juillet, ayant dit à son collègue Fouché qui venait de les signer : « Où veuxtu que j'aille, iraùre? y» Fouché lui répondit : « Où tu voudras, iinbccileln

La commission, par un arrêté en date du a 5 juin 181 5, ordonna ce qui suit :

a Extrait des minutes de la secrétairerie d'État. »

« Paris, le 25 juiu 1815.

a La commission de gouvernement charge les « ministres de lui soumettre de nouveau , le plus

« promptement possible, les propositions qu'ils « avaient Êdtes à l'Empereur , et dont les pièces « sont tombées entre les mains de l'ennemi. » « Signé : le duc d'Otrante , président ; Gau-

3oo l'jîgtfte et les ctnr joubs.

<c LAiNcouET duc de Yicence , Caanot , Quicc NETTE j et comte Grenier. «

a Pour expédition conforme , le secrétaire adtf joint au ministre secrétaire d'£tat,

« Signé : F. Berlier« »

Mais cette action légale du gouvernement pro>

visoire de 181 5 était primée par les œuvres occultes de son président, et l'on sait que Tune (les premières résolutions de Fouché fut de iaire appeler M. le baron de VitroUes, arrêté à Toulouse comme commissaire du roi, emprisonné à Paris, et de l'envoyer immédiatement de sa part au quartier général des princes français.

J'avais connu M. le baron de Vitrolles en Dauphiné, avant la première restauration, lorsqu'il était chargé d'inspecter les bergeries impériales de mérinos. Je le revis à Paris en i8i4; lorsque ses services pour la cause royale l'a- • vaient élevé au poste de secrétaire d'État; sa bienveillance pour moi fîit alors la même, et j'aurais pu user à mon profit du crédit que son rare dévouement lui avait donné dans le gouvernement royal. On sait que ce dévouement ne se démentit point pour hâter et consolider selon ses vues la seconde restauration des Bourbons.

Elle s'opérait verbalement et sans secret dans la chambre même des représentants : c'est de la bouche du président Lanjuinais que j'entendis

l'^gtpte et les cent jours. 3oi

pour la première fois prononcer le nom des Bourbons à rappeler au trône, et le député Malleville

passa pour l'auleur d'une brochure en leur faveur, qui fut répandue par paquets sur les bancs mêmes de la chambre. Les bruits de cette restauration s' accrédilaient plus librement dans Paris à mesure que les troupes alliées s'en approchaient. D'autres bruits, plus adroits seulement, et dont les auteurs mettaient én pratique le précepte de police générale inventé et recommandé par Fouché dans ses circulaires : faire espérei\ d'autres bruits , dis-je , annonçaient de la part des souverains étrangers, les meilleures intentions au sujet de la libre désignation du monarque français par le vœu national.

Une capitulation militaire livra Paris aux alliés le 4 juillet. La commission de gouvernement fonctionnait malgré son agonie; j'en trouve la preuve dans la pièce suivante :

«Paris, 4 juillet 1815.

« Monsieur le maréchal , comme en vertu de ce la convention conclue avec les généraux en chef « des armées alliées , la tranquillité de Paris est « spécialement confiée à la garde nationale et à la <r gendarmerie municipale, il est essentiel que <t vous ne souffriez pas qu'aussitôt après le déa part de l'armée , il existe dans Paris ou s'y <c forme aucun corps militaire sous quelque dé-

3oa i«']6gtptx bt les cbbt joues.

« nomination que ce puisse être ^ ni sous quel- « que prétexte qu'il puisse s'offrir , attende que

a ce serait contrevenir aux stipulations et four- <K nir aux malveillants Foccasion de troubler la « tranquillité publique , même en paraissant vou- « loir la protéger. »

« Il est bien important aussi que le siège du « gouvernement, qui est aux Tuileries, soit envioc ronné d'une garde sufEsante pour être hors K d'atteinte de toute entreprise; en conséquence, « vous ajouterez à la réserve de la garde natio- «t nale un piquet de gendarmerie municipale de « cinquante hommes. »

« Signé : le duc d'Otrante , CxVrnot , Cau- « LAUf COURT duc de Yicence , Quixtexxe, et comte « Grenibr. »

Cette lettre fut l'occasion d'un ordre du jour

du général Donzelot , dans lequel , après avoir proclamé les dispositions essentielles de cette lettre , il recommande aussi la conservation des couleurs nationales. (Voyez le document M à la fin du volume.)

Les premières lignes de cette proclamation sont curieuses ; la minute portait : « une convenu ce tion a été faite (wec les généraux ennemis : » on substitua : ai^ec les généraux des puissances alliées. C'était le mot à la mode.

Mais les alliés entrèrent dans Paris sans con-

L*iGTPT£ ET LES CENT JOUES. 3o3

ditioDS politiques; les Écossais campèrent sur la

place du Carrousel, dans la cour même desTuilerieS) et j'ai vu que le roi, pour y rentrer, ne se fraya que difficilement un passage à travers ces bivouacs immobiles en sa présence. Cela dura quelque temps encore. Je ne dirai point pour quel usage Farc de triomphe fîit agencé. La pluie tomba par torrents quelques jours de suite j la paille à moitié pourrie des bivouacs était recouverte de paille fraîche plusieurs fois par jour ; le Carrousel tout entier avait été métamorphosé par les alliés duroi, et sous les fenêtres mêmes de ses appartements, en voirie plus immonde que celle de Montfaucon... Tout ce que je raconte dans ces notes, je Tai vu!

Je vis encore quelque chose après le retour du roi et le rétablissement de son autorité dans toute la France : je demande la permission de le dire aussi.

Foucbé ne quitta point le portefeuille de la

police générale; il le tenait de TEmpereur, il l'exploita pour le roi , et c'est au nom du roi que, dès le 8 juillet, déjà il faisait abolir les ordres de passe exigés aux harrières de Paris par les postes de la garde nationale.

Les alliés gouvernaient et les autorités royales n'existaient que pour leur hon plaisir : elles ne pouvaient prévenir ni réprimer aucun des attentats de l'anarchie militaire j j'ai vu enlever, un

3o4 l'egypte £t les cent jouas.

dimanche matin , tous les chevaux du maréchal Ney, des écuries de son hôtel, par un détachement prussien commandé par des officiers.

Fouché venait de signer les proscriptions du a4 juillet : personne ne pouvait mieux que lui dénoncer à la vengeance des vainqueurs les confidents de Napoléon , les fauteurs de son retour en France. Fouché s'était mis du côté de ces vainqueurs ; le conventionnel qui , en i jgS j frappait de mort les émigrés , s'était &itleur espion en 1 8 T 5 , et ministre de la police générale il en était devenu le mouton, descendant ainsi du premier grade au plus abject. On sait qu'il ne retira pas de ce nouvel emploi de grands profits : il mourut dans l'exil.

Fourier que je n'avais point cessé de voir, presque indifférent, par fiatigue et non par dépit, aux événements politiques qui se passaient sous ses yeux , et après avoir vu deux fois mourir et renaître les gouvernements qu'il avait servis , ne s'occtipait plus que de ses travaux scientifiques, bien déterminé de s'aLstenir dans toute autre carrière que celle qu'ils lui avaient ouverte depuis longtemps. Il pensa à une place à l'Institut , et dans nos projets familiers, il nous parut qu'il pouvait Êicilement succéder à Napoléon qui n'était pas encore rayé de la section de mécanique de l'Académie des sciences : dans nos crédules spéculations nous n'avions pas prévu que la réac- . .

l'égypte et les cent jours. 3o5

tion n'épargnerait pas plus les illustrations savantes que les illustrations militaires , et un décret du lo juin y qui avait accordé à Fourier une pension de retraite fixée à 6,000 fr., fut annulé dès le mois de juillet suivant (i).

Dans les premiers jours du mois d'août , je retournai à Grenoble. Quoique le spectacle qui frappa mes yeux ne f&t qu'une répétition de la comédie qui se jouait alors simultanément dans toutes les villes de France, je ne m'abstiendrai pas de rappeler ici quelques faits, qui sont des traits caractéristiques , quoique fort communs dans Thistoire de toutes nos révolutions intérieures. De mes amis politiques impériaux du mois de juin, de mes complices de& cent jours (si crime ou délit il y eut pour les simples citoyens qui ne vont pas chercher les gouvernements nouveaux , qui les acceptent tels que la Providence les leur envoie), quelques-uns avaient déjà pris leurs précautions contre Tavenir : une large cocarde blanche ornait leur coiffure; d'autres portaient les épaulettes d'officier dans la garde nationale épurée, renouvelée, ou bien s'étaient fait admettre au Casino, cloaque de dénonciations, mené par un prêtre marié et deux ou trois maratistes de 1793, gens à toute main, à qui

(t) Fourier avait perda,dèt la première restanrntton , la do-

talion de 4,000 fr. que l'Empereur lui avoit accordée, le i5 août ii>c)9, sur les biens résersés en Hanovre.

3o6 L'iGTPTX XT LES CEUX JOUAS.

toutes les terreurs convenaient également, la blanche comme la rouge , et qui se chargeaient par caractère de toutes les turpitudes favorables aux intérêts d'une caste qui n'était point la leur , comme les valets dans les comédies se chargent de mentir ppur leurs maîtres. Pour moi , j'acceptai purement et simplement les con8éi]ueBces de mes actes et je me claquemurai dans mon service de bibliothécaire et de professeur, charges que bien des symptômes m^annonçaient devoir bientôt mourir en moi , ou moi dans elles.

J'en fus distrait par un événement inattendu. Vers la fin du mois d'août , une personne qui m'était inconnue et qui me dit se nommer M. Ravier, me remit une lettre d'un de mes amis de Lyon , qui me la recommandait. M. Ravier ajouta qu'il était négociant à Clermont-Ferrand , ' qu'il avait éprouvé des malheurs dans ses àBaJ^ res, qu'il désirait se rendre à Aix en Savoie pour y prendre les eaui^ , mais qu'il n'avait de passeport que pour l'intérieur. M. Berlié , qui vient de mourir sous-intendant militaire à Alger , accompagnait M. Ravier. Je lui promis de seconder ses désirs , en ajoutant que par l'effet des circonstances politiques mon crédit auprès des autorités locales était fort mince. En conversant nous visitions les diverses collections de la bibliothèque; et après une heure . d'entretien*, M. Ravier crut devoir se &ire mieux connaître : c'é-

l'^gtpte et les cent jouas. 3o7

lait le comte d'Ërlon ^ proscrit par les ordonnais

ces du ^4 juillet.

Ce n'était donc plus M. Ravier , négociant en £ùllile , mais je n'hésitai pas à m'oocuper de lui ; avec son agrément , j'associai mon frère et quelques amis à mes arrangements. Le comte d'£rlon passa le reste de Tété dans les environs de la ville, et l'hiver dans une honorable famille; je retirai, imprudemment sans doute, toutes les lettres adressées à M. Ravier poste restante ; plus imprudemment encore, il me fit adresser de Paris, par les messageries , et sans m'en avertir, une valise renfermant une somme considérable en or ; et à la fin de l'hiver, quand ses médecins lui écrivaient qu'il fallait se couvrir plus que jamais, car la saison devenait de plus en plus fâcheuse pour son rhumatisme ^ on le fit sortir en plein jour de la ville , dans un char-àbanc 9 et il fut descendu le soir même à Chambéry, d'où il se rendit très- vite à Munich auprès du prince Eugène; il était sauvé. Tout ceci se passait à quatre pas de la préfecture : lyiM. de Montlivault et Donadieu ne surent que le comte d'Erlon avait paru un instant à Grenoble, disaient-ils, que lorsque le général était depuis longtemps à Munich. Je pense qu'il y mourut, n'en ayant eu depuis aucune nouvelle.

Je clos ici mes notes de i8i5 ; j'a£Girme que je vécus, durant toute cette mémorable période

3o8 L*fiGTFTR KT LES CENT JOURS.

des cent jours, saisi par la plus vive curiosité, et qu'aucune idée d'ambition ne m'en détourna; que j'étais glorieux d'approcher personnellement de l'Empereur, d*être interrogé de sa bouche, et que ces souvenirs me seront toujours religieusement présents et sacrés.

J*afBrme que ce qui me sembla alors de ce grand homme, et que je vais dire vingt ans après sa mort, me parait être encore la vérité même.

Son attention au travail était robuste, toutepuissante, et son regard saisissant^ l'éclair vous frappe moins promptement. De tous les points de sa physionomie vivement animée s'élançaient en même temps des signes expressife et lisibles : ils s'unissaient, par une subite attraction, en un seul jet qui vous pénétrait jusqu'au fond de l'àme et la déployait toute visible à ses yeux. On se sentait irrésistiblement étreint, mais sans trouble ni terreur, car il écoutait à son tour^ et ce qu'il y avait de très-sérieux, de très-pressant dans sa parole, ne dépouillait pas son entretien d'une habituelle bienveillance : il ne commandait qu'à ceux qu'il avait placés pour lui obéir. Napoléon parlait des petites choses comme tout le monde, et des grandes selon lui-même , presque toujours autrement que ses interlocuteurs , et comme s'il avait eu, sur toutes, d'importants secrets en réserve. On a cité ses ardentes colères ; je n'en ai pas vu , un peu d'humeur tout au plus, et je me

. L EGYPTE ET LES CEJST JOURS. SoQ

défie à tous égards des historiens qu'il a grondés,

blâmés ou dédaignés. Il affecta constamment le ' langage et les manières de la haute société, les accrédita par son exemple, et il se montra ton jours, parmi les bomaies de son rang, au nombre des mieux élevés. La trivialité fiEunilière lui déplaisait autant au moins que les importuns, il tolérait plus aisément les rauques allures de ses grenadiers. A ses levers, Funiforme de garde national et la culotte blanche révélaient l'élégance et les justes proportions de ses formes corporelles , et on dit qu'il savait que sa main et son pied étaient des modèles. Sa tenue en public était par&ite ; il l'exigeait telle des personnes admises partout où il se trouvait, et je me suis laissé prendre quelquefois de dépit ou de rire en lisant, dans des feuilletons récents, des récits de délibérations présidées par T^mpereur, dans lesquelles ses conseillers, parlant non plus l'un après l'autre ou chacun à son tour, mais presque tous à la ibis et devant Ti^mpereur trèspatient, luttaient entre eux de petits mots et de sottes paroles. Napoléon eût-il souffert une telle irrévérence? Je ne le crois pas; car, après la capacité et la probité, une réserve digne et respectueuse tout à la fois, et la pratique attentive des convenances sociales, étaient auprès de lui les plus hautes recommandations. On aura beau r injurier, ou ne fera jamais de M. Buonapaiié

3lO LÉGYPT£ ËT LES CENT lOURS.

un homme de mauvaise compagnie... un (^re?...

passe encore!

J'affirme enfin que je ne lui demandai rien :

et si je rappelle que, durant les mêmes cent jours, je composai à Paris et je lus à l'Institut mes Recherches, fort étendues, sur les calendriers des peuples anciens (i), c'est afin de pouvoir dire aussi que, comme Fourier, je demeurai fidèle à mes habitudes littéraires, au sein des plus graves tribulations de la politique.

Enfin si je devais jamais ^ après un exposé plus développé des événements dont je fus le témoin, après avoir mis au jour d'autres documents d'un intérêt réel pour nos annales nationales modernes, résumer en quelques mots les avantages que je retirai de ma curiosité y car dans ce siècle de spéculations tout se réduit à un mercantile bilan , je dirais qu'il m'en est revenu :

Ija décoration de la Ijégion d'honneur; je la portai un mois ou deux au plus ; mais j'ai toujours conservé le brevet impérial , et l'étoile à Teffigie de Napoléon ;

a* La suppression par l'Université de mes emplois de professeur de littérature grecque et de doyen de la fiiculté des lettres de Grenoble , à la condition, il est vrai, d'une pension; mais cette pension fut aussi supprimée à son tour par l'Université qui me l'avait officiellement assignée;

(i) Suprà, page a58 ; et Documents et Additions, XVII.

LÉGYPTK L'£ LES C£NT lOURS. 3l I

3* Ma destitution de bibliothécaire de la ville

de Grenoble;

4° Dix-huit mois d'exil dans le midi de la France , dans mon département du Lot , où je tis la recherche et la découverte de lâ ville gàuloise d' Uxelloduuum assiégée par César en personne; où aussi ^ et comme par la plus innocente des représailles, j'implantai l'enseignement mutuel.

Je dois ajouter que^ après treize années employées à de nombreux ouvrages , la restaura* tion voulut bien me rendre à Paris (en i8a8) une partie des avanlaget dont elle m'avait dépouillé à Grenoble.

Fourier dans la capitale n'y avait pas été plus heureux : son successeur dans les difficiles fenc* tions de secrétaire perpétuel de l'Académie a noblement raconté les vicissitudes de sa carrière scientifique. Apj>elé par l'Académie, il fut repoussé par le pouvoir ; c'est un grand malheur pour lui de figurer pour une mauvaise action dans Thistoif^ d'un homme illustre : les. lettres sont les auxi« liaires naturels de la morale; elles lui suggèrent parfois de légitimes rancunes.

Fourier mourut au mois de mai i83o. Peu de jours auparavant, il avait curieusement interrogé mon irère, arrive récemment d'Égypte et de Nubie. Les résultats de ce voyage, sommairement exposés, l'avaient intéressé au plus haut degré.

a On a beau faire , » lui disait-il à cette occasion , «r les fruits de rexpédition française en ]^ypte « sont une des plus précieuses conquêtes de la phîtt losopbie, et vous en affermirez les résultats ; VÉr R gypte sera longtemps l'école des sages : quel « privilège singulier pour son génie ! ses ruines , a même dispersées , renferment encore une in&- « truction inépuisable. »

On comprend la prédilection de Fourier pour rÉgypte, qui l'aida à Ëdre distinguer son nom parmi tous les noms à jamais illustrés dans l'histoire par les événements presque fabuleux de 1 époque moderne (i).

Il répétait souvent cette pensée tirée de Platon : scientia arnica omnibus; il disait aussi : « La c science inspire une bienyeillance universelle. »

Tout cela était peut-être vrai au temps du pbi« losopbe grec.

Un monument public à la mémoire de Fourier s'élève dans sa ville natale; un disciple reconnaissant a voulu consacrer sa gratitude par

(i) Fourier a aussi écrit quelques discours pour honorer la mémoire des hommes utiles à leur pays. Outre les éloges histori({ues des membres de l'Académie qu'il a célébrés comme secrétaire perpétuel , Fourier a publié aussi, eu 18.20, deux Notices dans le recueil intitulé Galerie historique, l'une sur George d'Anihoise, cardinal et premier ministre de Louis XIII; l'autre sur F. Viète, Tun des fondateurs de l'analyse malbématique» et qui mourut en i6o3.

L*£GirPTE ET LKS CEUT JOUBS.

line statue. Le conseil municipal, le département de l'Yonne et les amis du maître ont ambitionné l'honneur de s'associer à ce pieux

souvenir (i).

(i) Une commission établie à Paris , après le vcea du conseil miuiicipal de la ville d'Auxerret prépare el dirige l*exécuUon de ce monument, d'accord avec M. le maire et le conseil. GeUe commission est composée de MM. Jomard, président; Roux, Larabît, Ghampollion-Figeâc, Gbâtelet et Manger* M. le ministre de llntérieur a accordé à la commission une souscription et les marbres nécessaires à la oonstnictloQ du piédestal qui doit porter la statue de bronze.

Page 1