‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 24 sur 34 · DOCUMENTS ET ADDITIONS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS ET ADDITIONS

DOCUMBNT n* 1.

Supplément à Ut note de la page 4, relative à l'JnstUui et à la Commission ^Egypte.

Pour eompléter les renseignements que renferme te dernier paragraphe de la note qui se termine à la pap;e 6 de ce volume, et dans l'intention de ne pas laisser éciiapper l'occasion de rappeler de grands et de périlleux services rendus à la France en Ëgypte , nous devons i^outer à cette note , d'après de nouvelles et de persévérantes recherches, qnd^es indications qui méritent Tattention du lecteur.

Dans les premières lignes de ma note, page 4 , j'ai rappelé qu'il s'est fait parfois quelque confusion dans l'esprit des personnes les mieux intentionnées, au sujet de l'Institut d'Égypte et de la Coînmission d*£gypte^ A la fin de cette même note , j'ai donné la liste des membres des deux Commissions qui furent nommées par le général en chef, le 14 août 1799 , pour explorer les monuments de la haute Égypte.

Mais ces deux commissions pour la haute Egypte et l'InS' titut d'Egypte furent deux créations tout à fait différentes , par leur constitution, de la Commission des sciences et des arts, instituée en France et feosant partie de Te^Lpédition secrète et lointaine dont le gouvernement de la république donna la direction au général en chef Bonaparte.

Fourier fut appelé comme géomètre dans cette Commission des sciences et des arts ; d'après une note manuscrite que j'ai sous les yeux, il aurait été nommé par un arrêté du Directoire exécutif, en date du . • . germinal an VI (la date du jour est en blanc). Mais c'est en vam que j'ai cherché cet

L£GTPT£ ET LES Ci::JNT JOUAb. '6 k 5

arrêté ; je puis assurer qu'il n'existe dans les arehtyes du

gouvernement aucuuc trace d'un acte du Directoire exécutif pour riustitutiou de celte Commission des sciences et des arts, ni pour la nomiDation de Fourier, ni pour la désignation d'aucun des membres , fart nombreux , de cette association savante engagée daus une expédition militaire.

J'ai vu une lettre signée par les cinq directeurs , datée de ce même mois de germinal an VI , adressée à Monge alors à Rome, et par laquelle ils Tinvitent, au nom de la patrie, à s'associer à cette expédition dont le but n'est point indicé, et à se rendre à Civitta-Veccbia, pour s'emimiquer avee la

division du général Desaix.

J*aî vu aussi une autre lettre écrite par le Directoire exé- ^ ctttif et ainsi conçue :

« Paris, le 26 ventôse an VI de la république, etc.

« Au ministre de l'Intérieur. ( Pour lui seul. )

« Le Directoire \ous charge de mettre à la disposition du % général Bonaparte les ingénieurs, artistes et autres subor- « donnés de votre ministère, ainsi que les différents objets « qu'il vous demandera pour servir à l'expédition dont il est « diargé. » {Suivent les signatures des cinq directeurs.)

Tout poite à croire, d'après cet ordre du gouvernement , que Fourier fut désigne par le ministre de l'Intérieur pour faire partie de la Commission des sciences et des arts annexée à l'expédition ; et Fourier en effet» alors professeur à l'École polytechnique, appartenait à un établissement placé dans les attributions du ministère de IMntérieur. Mais je n'ai pu découvrir non plus aucune trace des actes de ce ministère relatifs à la création de la Commission d'Ëgypte.

J'en trouve la composition dans r Annuaire de la républù que française , calculé pour le méridien du K aire y tan VIII de l'ère française; au Kaire, de l'imprirneric nationale , an VIII. ( Pages 107 à 109. ) Je tire de ce rare volume la liste suivante , qui est classée sous ce titre général :

3l6 L'iGYPTK ET LES CENT JOUBS.

Commission obs sciences et des aets, et dans l'ordre alphabétique des professions

Architectes f citoyens Le Père, Protain, Balzac. Astrojwtnes , Nouet, Méchaio élève.

• Botanistes, Delisle, Coquebert , Nectoux.

ChimùUs, Cbampy père, Descotils, Ghampy fils, Regnault

Chirurgiens , Labate , Lacepiere. *».

Dessinateur, Dutertre.

Économie politique ,Qi\o\xX\QT.

Géomètres t Costaz , Fourier.

Graveur, Fouquet.

Ingénieurs civils , tous les membres du corps des ponts

et chaussées attachés à l'expédition ; on y trouve les noms de Le Père, Girard, Gratien Le Père, Saiot-Genls,Laneret, Chabrol, Jollois, De* vllliers, Buchanoy , etc.

Ingénieurs constructeurs ^ Boucherat et Gbaumont.

Ingénieurs géographes, tous les membres de ee eoips

attadiés à l'expédition; on y trouve les noms de Jacotiu , Jo* mard, Corabceuf, etc.

Mécaniciens y Conté, directeur. Artistes ^ Âduès père, Adnès fils , Aimé, Cécile, Collin , Couvreur, Fouquet, Hérault, Lenoir, Sirop.

Minéralogistes , Rozières, Dupuy.

Musiciens, Rigal, Villoteau.

Naturalistes, Geoffroy, Savigny.

Peintre^ Redouté.

Pharmaciens , Roudet chef. Rouhlères.

Sculpteur, Castelx.

Élèves de r École polytechnique, Vincent, Viard.

L^KGTPTE ET LES CENT lOtJBS. 3l7

11 faat ajouter à tant de noms recommandablies, ceiix de Mongl)» BerthoUet f Dolomiea » Gorancez , Denoa , et Paneval , presque tons rentrés en France avec le général Bonaparte , quand V Annuaire qui nous fournit cette liste fut irapi Imé en Ëgypte.

Document II.

Discours prononcé par Fourier aux funérailles du général Klébeb, au Kaire, le il juin 1800> en pré' sence de famée d'Égypte.

Français,

An milieu de ces apprêts ftinéraires , témoignages fugitifs mais sineères de la donlenr publique, je viens rappeler un nom qui vous est cher et que l'iiistoîre a déjà placé dans ses fastes. Trois jours ne sont point encore écoulés depuis que vous avez perdu Kléber, général en chef de l'armée française en Orient : cet homme que la mort a tant do fois respecté dans les combats, dont les faits militaires ont retenti sur les rives du Rliin, du Jourdain et du Nil, vient de périr sans défense sous les coups d'un assassin.

Lorsque vous jetterez désormais les yeux sur cette place dont les flammes ont presque entièrement dévoré renceinte, et qu'au milieu de ces décombres qui attesteront longtemps les ravages d*ime guerre terrible et nécessaire, vous apercevrez cette maison isolée où moins de trois cents Français ont soutenu pendant deux jours entiers tous les efforts d'une capitale révoltée, ceux des Mameluks et des Ottomans, vos regards s'arrêteront malgré vous sur le lieu fatal où le poignard a tranché les Jours du vainqueur de Maestricht et d'fléliopolls. Vous direz : « C'est là qu*a succombé notre chef et notre « ami; sa voix tout à coup anéantie n'a pu nous appeler à

3l8 L'iGTPTB £T LES GfiIfT JOUBS.

« son secours. » Oh ! combien de bras en effet se seraient levés pour sa défense! combien de vous eussent aspiré à rhoimear de se jeter entre lui et son meartrierl Je vooi prends à témoin, intrépide cavalerie, qui accourûtes pour le sauver sur les hauteurs de Koralm et dissipâtes en un Instant la multitude d'ennemis qui l'avaieut enveloppé.... Cette vie qu'il devait à votre courage, il vient de la perdre par une confiance excessive qui le portait à éloigner ses gardes et à déposer ses armes.

Après qu'il eut expulsé de l'Égypte les troupes de Yousef- Pacha , grand vizir de la Porte , il vit Aiir où tomber à ses pieds les séditieux , les traîtres ou les ingrats. C'est alors que détestant les cruautés qui signalent les victoires de l'Orient , il jura d'honorer parla clémence le nom français qu'il venait d'illustrer par les armes ; il observa religieusement cette promesse et ne connut pas de coupables. Aucun d'eux n'a péri ; le vainqueur seul expire au milieu de ses trophées. Ni la lideiité de ses gardes, ni cette contenance noble et martiale, ni le zele sincère de tant de soldats qui le chérissaient, n'ont pu le garantir de cette mort déplorable : voilà donc le terme d'une si belle et si honorable carrièrel C'est li qu'aboutissent tant de travaux, de dangers et de services éclatants!

Un homme agité par la sombre fureur du fanatisme est désigné dans la Syrie par les chefs de l'armée vaincue pour commettre l'assassinat du général français ; il traverse rapidement le désert y et suit sa victime pendant un mois. L'occasion fatale se présente , et le crime est consommé.

Négociateurs sans foi , généraux sans courage , ce crime vous appartient; il sera aussi mémorable que votre défaite. Entendez la voix de tous les gouvernements qui vous accusent et vous disent : Toutes les places vous ont été livrées sur la loi des traités, vous touchiez aux portes de la capitale, lorsque les Anglais ont refusé d'ouvrir la mer; alors vous

L^iGTPTB ET LES CENT lOURS. SlQ

aves exigéde nous rezécutioD d*un traité qae vos alliés avaisot romim; tous avez offert à l'armée française le désert poar asile. L'honnear, le péril, l'indignation ont enflammé tons

les cœurs. En trois jours vos armées ont été dissipées ou détruites i vous avez perdu trois camps et plus de soixante pièces de canon ; vous avez été forcés d'abandonner toutes les villes et les forts depuis Damiette jusqu'au Said ; la seule modération dii général français a prolongé le siège du Caire; malheureuse ville où vous avez laissé répandre le sang des hommes désarmés! Vous avez vu se disperser ou expirer dans le désert cette multitude de soldats rassemblés du fond de l'Asie» alors vous avez cooilé votre vengeance à un assassin I...

Mais quels secours, citoyens, nos ennemis attendent-ils de ce forfait? En frappant ce général victorieux ont-ils cru

dissiper les soldats qui lui obéissaient ; et si une main abjecte suffit pour faire verser tant de pleurs, pourra-t-elle empêcher que Tarmée française ne soit commandée par un chef digne d'elle?... Non sans doute; et s'il faut dans ces circons* tances plus* que des vertus ordinaires, si, pour recevoir le fàrdeau de cette mémorable entreprise, il faut une âme élevée et remplie de sentiments iiéiR i eux, un esprit supérieur, cultivé par I ctude et la philosophie , un dévouement sans réserve à la gloire de sa nation ; citoyens, la fortune de la France a réuni toutes ces qualités dans son successeur.*.. Son rang et surtout le choix et Festime de Bonaparte et de Klâber l'ont désigné depuis longtemps, il leur succède aujourd'hui. Ainsi il n'y aura aucune interruption ni dans les honorables espérances des Français, ni dans le désespoir de leurs ennemis.

Armée qui réunissez les noms de l'Italie, du Rhin et de l'Égypte, le sort vous a placée dans des circonstances extraordinaires; il vous donne en spectacle au monde entier, et, ce qui est plus encore, la patrie admire votre sublime courage.

3ao l'Egypte rt lbs cent joints.

£ile consacrera vos triomphes par sa recomuiissance. r^'oabliez point que y cm êtes ici même sous les yeox^de ce grand homme que la fortune de la France a choisi pour y fixer les destinéees de l'État ébranlés par les malheurs publics. Son

génie n'est point borné par les mers qui nous séparent de notre patrie j il subsiste encore au milieu de vous; il vous anime; il vous excite à la valeur, à la confiance dans vos che&, sans laquelle la valeur est inntUe, à toutes les vertus guerrières dont il vous a laissé tant et de si glorieux exemples. Puissent les douceurs d'un gouvernement prospère couronner les efforts des Français I C'est alors que vous jouirez des honneurs dus aux vrais citoyens. Vous vous entretiendrez de cette contrée lointaine que vous avez deux fois conquise, et des armées Innombrables que vous avez détruites, soit que la prévoyante audace^de Bonaparte aille les prévenir jusque dans la Syrie, soit que l'invincible courage de Kléber les dissipe dans le cœur même de TÉgypte. Que de glorieux et touchants souvenirs vous aurez à reporter dans le sein de vos familles 1 Puissent-elles jouir d'un bonheur qui adoucisse Tamertume de vos regrets ! Vous mêlerez souvent à vos rédts le nom chéri de Kléber; vous ne le prononcerez jamais sans être attendris , et vous direz : « Il était l'ami et le com- « pagnon des soldats, il ménageait leur sang, il diminuait « leurs souffrances. » Il est vrai qu'il s'entretenait chaque jour des peines de cette armée et ne songeait qu'aux moyens de les faire cesser. Combien n*a-t-il pas été tourmenté par les retaVds alors inévitables de la solde militaire ! Il s'est appliqué à régler les finances, et vous connaissez les succès de ses soins. 11 en a confié la gestion à des mains pures et désignées par l'estime publique. Il méditait une organisation générale qui embrassât toutes les parties du gouvernement; la mort l'a interrompu brusquement an milieu de cet utile projet. Il laisse une mémoire chère à tous les gens de bien. Personne ne désirait plus et ne méritait mieux d'être aimé!

L'éGTPT£ KT LES CENT lOURS. 321

Ils'attachaitdeplttsenpliisàsesaiicleosamis, parce qu'ils M offraient des qualités semblables aux siennes; leur Juste

douleur trouvera du moins quel(|U(i consolation dans Testime de l'arraée et Tunanimité de nos regrets. Réunissez donc tous vos hommages, car vous ne composez qu'une seule famille, voustous Français, qu'unsort eommun rassemble sur cette terre étrangère ; guerriers , que votre pays a appelés à sa défense !

Vos hommages s'adressent aussi dans cette journée aux braves qui, dans les champs de la Syrie, d*Aboul&ir etd'fléliopolis, ont tourné vers la France leurs derniers regards et leurs dernières pensées 1 Vous qu'une amitié particulière unissait à Kléber, soyez honoré dans ces obst-ques, ô Cafarelli , modèle de désintéressement et de vertus , si compatissant pour les autres, si stoique pouf vous-même

Et vous, Kléber, objet illustre et dirai-Je infortuné de cette cérémonie qui n'est suivie d'aucune autre, reposez en paix, ombre magnanime et chérie, au milieu des monuments de la gloire et des arts. Habitez une terre depuis longtemps célèbre; que votre nom s'unisse à ceux de Germanicus,de TIte 9 de Pompée et de tant de grands capitaines et de sages qui ont laissé ainsi que vous, dans cette contrée , d'immortels souvenirs 1

DocuMBRT II» IIL {Page lO.)

Discours prononcé par Fourier à la cérémonie funèbre célébrée en Égypte^ le 2 novembre ï%oo, en honneur

du général Desaix, mort glorieusement à Marengo,

Français!

La voix de la patrie éplorée vient encore une fois se faire

entendre; elle prononce au milieu de ce deuil triomphal le nom de Desaix, général de division dans les armées de lu

Saa l'iêgtpte et les cent jours.

république ; il parut tout à Y»up en Italie dans Tun des plus grands événements de la guerre , où il semblait qull "Vint représenter Tarmée d*Égypte ; il eut rhonnear de oeuimencer la victoire, et aussitôt après il expira survie champ de bataille.

La vei'tu n'eut jamais de titres plus évidents à l'admiration et aux regrets. Desaix fut grand dans un temps fertile en actions extraordinaires» où Tintrépidité est une qualité natlonaiequi ne distingue pensonne; Il servit souvent de modèle, et eut plutôt des imitateurs que des rivaux. Gomme sa modestie lui réconciliait sur-le-champ ceux que sa supériorité pouvait offenser, il n'excita jamais l'envie ; bonheur rare, dont peu de grands hommes ont joui, et que la fortune accorde à quelques-uns oonmie une prérogative naturelle. On est porté à croire que puis^'il était homme, il ne fut point exempt de défauts, mais s'il en eut, ils échapperont à l'impartialité de l'histoire : on n'a connu de lui que des qualités estimables et de nobles sentiments. La simplicité et la bonté étaient ses habitudes natùrelles; il ne se montrait extraordinaire que dans les grandes circonstances; on le voyait Intrépide à la tète des avant-gardes, Infbtigable et opiniAtre dans les marches, terrible dans la déroute de l'ennemi; le reste de sa vie coulait uniformément , et il ne conservait de sa grandeur que l'élévation des vues et du caractère.

Il s'appliquait, dans les loisirs que lui laissait la guerre, à devenir utile pendant la paix; c'est dans ces temps plus calmes qu'il s'exerçait aux vertus civiles*, s'efforçant pour ainsi dire de se confondre dans la foule des gens de bien.

La science du gouvernement était l'objet ordinaire de ses études, mais une pente naturelle le ramenait aux récits des faits militaires. Qui fut plus sensible que lui à Thonueur du nom français? quel tribut d'admiration ne payerait-il point ai^nnrd'hui à Tarmée d*Égypte dont l'héroïque constance répond à l'attonte de la patrie, sous les yeux du monde en-

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